GRAND NOMBRE DES NOBLES
la faculté, dont il use peu, de conférer la noblesse par gratification (jalovanié).
Le premier elTel d'un tel système, c'est naturellement le grand nombre des nobles, et par suite, le peu d'aisance, le peu d'éducation, le peu déconsidération de beaucoup d'entre eux. Dans la seule Russie d'Europe, les statistiques donnent, pour le (/uortans^yo héréditaire, environ 600000 âmes, pour la noblesse personnelle et les petits employés, au moins 350000'. 11 y auraitlà de (pioi recruter une armée entièrement composée de nobles. En Angleterre, en Allemagne même, dans tous les pays où la noblesse a conservé un prestige politique ou seulement un lustre de vanité, le nombre des homujes qui on sont revêtus est beaucoup moindre. En Russie, la multitude des nobles fait qu'on en trouve partout, <\ tous les degrés de l'échelle sociale, dont ils sembleraient devoir occuper le faîte. C'est dans le sein du dvoriansLvo, plutôt que dans la classe officielle des bourgeois, qu'il faut encore aujourd'hui chercher l'équivalent de notre bourgeoisie. « Qu'est-ce (jue votre noblesse? demandait un de mes compagnons de voyage, à la table d'un juge de paix des bords du Volga? — La noblesse, répondit le mailre de maison, ce sont nos convives, c'est nous tous ici ». C'est là une réponse qu'on pourrait faire souvent en Russie et partout où se montrent des Russes à l'étranger. Les nobles, c'est tout ce qui n'est pas paysan, marchand ou prêtre, tous les gens que l'on rencontre dans le monde, tous les hommes de quelque éducation à la ville et à la campagne. A cet égard on pourrait encore presque dire : en Russie, la noblesse, c'est tout le monde.
Du fond obscur de celte plèbe nobiliaire se détachent naturellement un certain nombre de familles, les unes entourées d'une illustration qui se perd dans les ténèbres de l'ancienne Moscovie, les autres plus ou moins récemment mises en lumière par l'éclat des services. De telles familles,
\. iitali^titchcikii VrcmciDiik, lii;i, 1873,1879.
(Je telles iiiaisûïia existent en Russie comme dans la plupart des pays qui ont derrière eux une longue histoire. La langue russe a môme pour les designer un mot qui lui est particulier, le mot de znat. La znat (du verbe z)iat, connaître) c'est, sans distinction de titre ou d'antiquité de race, les familles connues ou illustres ayant gardé jusqu'à nos jours un haut rang dans l'Élat ou la société. Dans celte haute noblesse, ou plus justement dans celte couche sociale supérieure, s'il y a des familles titrées d'origine ancienne ou récente, il y a aussi des familles sans lilres, dont la noblesse et l'illustralion remontent aux temps des vieux Isars. Cette noblesse de titre ou de nom sera probablement la seule à survivre à l'clTacement progressif du t/vormns/uo; le reste n'a, ni dans la forme du nom, ni dans les souvenirs du pays, rien qui le puisse longtemps distinguer de la masse de la nation *. Le commun des nobles demeure privé de tout signe extérieur, sans rien qui dénonce aux yeux sa qualilé, sans autre titre qu'une inscription dans les registres de la noblesse de sa province.
11 y a aujourd'hui en Uussic |)lusicurs sortes de litres et comme une hiérarchie nobiliaire; mais ce n'est là qu'une importation de l'Occidenl, un récent em|)runl à l'étranger. Chez les Moscovites comme chez les autres Slaves, toutes ces dénominations de duc, comle, baron, étaient incon-
1. beaucoup de Itusscsfont ù l'étranger précéder liuir nom du de fiamjais ou du vun alIcHiand; il n'y a rien d'équivaleiil dnns leur langue nationale. Les noms russes affuclent souvent, il est vrai, la forme d'un lii-nilif pluriel ou plutôt d'un adjectif nominal (Davvdof de David, Séincnof de Senicn, Simon) ; n)ais, loin d'tilre particuliers à la noblesse, de lels noms se rencontrent également chez les préiros, les marchands, les anciens serfs. S'il existe de ce coté une surlo de distinction nobiliaire, co n'est point dans les noms de famille, c'est dans la terminaison rt/c/i, <pic les llusses ont riialidndo d'ajouter au prénom de leur père ipiand ils en font suivre le leur, comme par exemple Alexandre l'élrovitcli. Dans l'ancienne Moscovie, celte désinence anjunrd'liui hanale n'appnricnai'. (pi'auv hommes d'un certain rang. Une seule lamille de marchands, qui formait à elle seule une sorte de classe privilégiée, la famillu Strogoiiof, y avait droit. Ijicoie aujourd'hui, pour les gens du peuple, on emploie en co «ens lu lerminaiMin o/' an lieu do vilcli : ainsi Ivan l'eliuf, Alexis Ivanof. Do lu sans doute l'origine de luiil de luuns eu vf.