L'ÉMANCIPATION : RÉSULTATS ÉCONOMIQUES
d'Alexandre II, sous le minislôre de BI. Grcig, puis de RI. Abaza, il avait 616 question de supprimer la capitalion, encore imposée au moujik, pour répartir sur toutes les classes les soixanle millions de roubles, fournis par cet impôt personnel. Un des premiers actes d'Alexandre III, reprenant les intentions de son père, a été de rendre un oukaze abolissant cet impôt séculaire, dernier corollaire du servage*.
Quant à la réduction des redevances de rachat, le gouvernement d'Alexandre 111 s'est arrêté à un compromis entre deux systèmes dilîérents. On avait d'abord songé à em- [)loyer toutes les ressources, dont pouvait disposer l'Étal, à dégrever les contrées les plus pauvres et les communes rurales les plus obérées. Les diflicultés de cette sorte do péréquation, le désir de faire participer toute la population rurale aux bienfaits du nouveau règne, ont fait abandonner ce projel. Conformément à l'avis d'une « Commission d'experts » réunie à cette occasion, Alexandre 111 a décidé d'accorder une réduction générale à tous les anciens serfs de la Grande et de la Petite Russie. L'oukazo impérial, concé<lant aux paysans émancipés celte sorte de don de joyeux avènement, a en môme temps promis aux villages les plus surchargés une réduction ultérieure supplémentaire. Cette double opération a valu au moujik un dégrèvement annuel de douze millions de roubles'. La réduction a été en moyenne d'un rouble pour chaque âme de revision, c'est-à-dire pour chaque tète de paysan mâle assujettie à la capilation*.
t. La capilation, abolie dénnitivement en 1886, a été remplacée par un impôt foncier, un impôt sur le revenu raobilifr et un impôt sur les successions. On avait, d^s 1880, supprimé l'accise du sel qui, bien que classée parmi les impôts indirects, était en réalité une sorte de capitation pesant particulièrement sur le peuple.
2. Sur cette somme, 3 millions seulement ont été à la cbarge directe du Trésor; 2 millions ont été couverts par les excédents de la caisse de rachat, 9 millions par les bénéfices de la Ban(|ue d'État et la liquidation des anciennes institutions de crédit.
3. Cette réduction générale coûte environ sept ou huit raillions de roubles
L'allégement peut sembler minime; d'ordinaire, c'est environ un septième du taux de rachat acquitté jusqu'en 1882. Si faible que soit cette réduction, elle a fait généralement disparaître la disproportion des redevances entre les anciens paysans des particuliers et les paysans de la couronne. Les 4 ou 5 millions, destinés à venir en aide aux contrées les moins favorisées, ne pouvaient malheureusement suffire à assurer le bien-ôtre des paysans les plus accablés d'impôts. Peut-être eût-il mieux valu réserver pour eux seuls les ressources disponibles, au lieu de les disperser sur tous les villages de la Grande et de la Petite Russie. Malgré les louables efforts du gouvernement et le soulagement réel apporté à leurs souffrances, bien des moujiks plieront encore longtemps sous le poids de la misère et des taxes. 11 est à craindre qu'en mainte région les paysans ne sentent retomber sur leurs épaules, d'une autre façon, les charges dont Alexandre III s'est efforcé de les affranchir en diminuant leurs impôts. En bien des cas, par exemple, le boni, laissé aux anciens serfs par la réduction des redevances de rachat, risque d être absorbé par l'accroissement continu des taxes provinciales et municipales.
Ce qui semble d'abord un paradoxe, l'émancipation a souvent moins modifié l'existence des paysans affranchis que celle de leurs maîtres. Ce sont ces derniers dont l'affranchissement a le plus changé les habitudes, les mœurs, le genre de vie. Pour les propriétaires, en effet, tous les avantages, toutes les commodités du servage ne se pouvaient évaluer en argent. Le servage et la corvée, à part lous leurs petits privilèges, offraient un mode d'exploitation beaucoup plus simple et beaucoup ])lus aisé que le travail libre. En perdant les bras de leurs serfs, les propriétaires ont dû renoncer ù leur indolence traditionnelle;
par nn, car elle ne s'applique point aux paynans île» provinces occidentales dont len rcdcvancef ont été réduites, dès 1803, & lu &uilo do l'insiurrcclion polunuiiic.