Circulaire de M. .Makof, eiijuiu
2. Selon la remarque d'un savant russe, toutes les mesures, prises à cet égard par le gouverneaienl, tournent contre leur but. Les démentis, infligés aux vagues rumeurs en circulation dans le peuple, ne font que leur donner de la consistance, d'autant que les agents inférieurs de la police et de l'administration partagent souvent, à ce sujet, les illusions du peuple dont ils sont sortis. Lorsque le gouvernement leur enjoint de démentir les bruits de nouvelle loi agraire, agents de police et ancieyis de village disent que la répartition est ajournéf junfju'à nouv-l ordre, et qu'en attendant il est défendu d'en parler. Voy. entre autres une élude de M. A. Engclhardl, Oielch. Zapiski, février 1882.
Aux yeux des masses rurales, la question agraire, que le libérateur des serfs et ses conseillers s'étaient flattés de résoudre en 1861, demeurera longtemps encore à l'ordre du jour. Aucune des mesures prises par Alexandre III pour la régler, ni la suppression des paysans temporairement obligés, ni l'abrogation de la capitation, ni la diminution des redevances de rachat ne semblent devoir la trancher définitivement aux yeux du peuple. Les marques d'intérêt, prodiguées par le fils du libérateur des serfs à ses fidèles paysans, sont plus propres à raviver leurs chimériques espérances qu'à les désabuser*. Les naïves convoitises du moujik, qu'aucun démenti ne décourage, sont involontairement entretenues par tout ce qui peut leur fournir un prétexte ou un aliment. Pour répandre le bruit que l'heure de la nouvelle répartition est proche, il suffit parfois d'une enquête ou d'une statistique rurale du gouvernement ou des États provinciaux. Celte attente presque universelle met ainsi obstacle à un recensement général, la population des campagnes étant disposée à regarder toute mesure de ce genre comme le prélude d'une distribution de terres, à moins que, selon d'autres rumeurs parfois aussi répandues dans les villages, ce ne soit la préface du rétablissement du servage, car, chez le moujik, les bruits les pluscontrairespeuventtouràtourtrouvcrcréance. Pour comprendre toute la portée de ces notions villageoises sur la terre et le remaniement de la propriété, il faut connaître le mode de tenure du sol en usage dans les campagnes. Les vagues aspirations, soulevées par l'émancipation, tiennent peut-être moins, en effet, à la brusque expropriation des anciens seigneurs qu'à la constitution séculaire du mir et de la commune des paysans.
I. L'empereur Alexandre III, lorR do son couronnement, s'est cru obligé de déclarer, lui-même, aux ancicua de villaf,'C8 convoqués à Moscou, que la question de propriété était di'-nnilivcmcnt tranchée, que les paysans n'avaient pas de nouvclIeH allocations de terres à espérer. Hien des faits postérieurs montrent que riionnéto |>ariilcdu tsar n'a point suni à détromper lus moujiks.