CARACTÈRES DE L\ FAMILLE GRANDE-RUSSIENNE
au lieu de se borner, d'ordinaire, au père, à la mère et aux cnfanis non mariés, elle embrassail fréquemment plusieurs générations et plusieurs ménages, liés à la fois par les liens du sang et par la communauté des intérêts'.
Souvent plusieurs fils mariés, plusieurs ménages collatéraux vivaient ensemble dans la même maison ou dans la môme cour (</i)or), travaillant en commun sous l'autorité du p6re ou de l'aïeul. La famille était ainsi comme une commune au petit pied, une communauté gouvernéo par un chef naturel, le ilomu/choziatne ou bulchak, assisté de sa femme pour les soins de l'intérieur *. Dans la maison, en effet, devant l'inégalité native du père et de l'enfant; il y a un chef, ne tenant son droit que de lui-même et de la nature ; il ne saurait y avoir de démocratie, l'élection ne peut intervenir qu'à défaut du chef de famille. Quand le père, selon la chair venait à manquer, il était.
1 . Les savants rus«es, qui, dans ces dernières années, ont beaucoup agitj (oiitcs ci'S questions, reconnaissent souvent, chez le paysan, deux types de famille, la grande ou patriarcale (bulchaiia ou ro'Jovaiia, de rwJ, le lalio, gens) et la petite (inalaïa ou ûtsovskaïa, de otsy, pères ou parents), la famille au sens étroit. Toutes deux se rencontrent, en efTet, souvent côte i côte dans les mc^mcs régions, bien qu'à l'iaver&e du passé, la première tende à devenir de plus en plus rare; mais, entre ces deux modes de famille, d'habitation et d'exploitation, il y a trop de transitions naturelles et de degrés intermédiaires, le passage de l'un à l'autre est trop facile et trop fréquent, pour qu'on en puisse faire deux t\[)es opposés.
2. Au chef de ménage, au doinukhuziiine russe, on peut comparer !e domo' tchine de la zadrouga serbe. En fait, entre la famille indivise véliko-russe et la sadrottga iougo-slave, il y a une analogie qu'on a vainement contestée. Il a été démontré, par .MM. Matvéief et Samokvasof entre autres, qu'en certains gouvernements russes, dans celui de Samara en particulier et aussi dans celui de Koursk, il existait encore récemment des communautés de famille, fort semblables, pour l'organisation et pour les caractères juridiques, à la zadrouga serbe, qui elle-même, du reste, ofire difTérents types. Mémoires de la Société i/n/). de géographie : po otdèl. etnog.), t. MU, 1878, l" et 3* parties; Samokvasof : htoriia roiisskago prava^i.l, p 232 ;M. Kovalevsky : Krititch. OfcoswuV. juillet 1879. Les communautés de famille, dans lesquelles certains savants russes voient un type spécial de tenure, qu'ils appellent propriété par cour ou endos {podvornoe vladéitié), se rencontrent encore dans une petite classe particulière, les odnovortsij, iiutamment dans le gouvernement d'Orel. Voy. un mémoire de M. Malvuief : Utcherki narodn, iourid. byta Orlovskoï goub.
d'après l'ordre de succession patriarcale, remplacé par un des membres les plus âgés, par le frère ou le fils aîné, selon les usages locaux. Quelquefois, c'était la veuve qui prenait la direction de la maison; d'autres fois, comme dans le mir, comme dans la zadrouga serbe, Vancien était choisi par les membres de la famille et, au lieu de l'aîné, c'était le plus capable, le plus considéré '. Le père ou chef de maison avait pleine autorité pour l'administration des biens de la communauté, et sa femme pour la direction des travaux de l'intérieur. Dans les grandes familles, composées de plusieurs ménages, Vancien prenait cependant, pour les alTaires les plus importantes, l'avis de ses parents ou associés. Le domokhoziaïne était de droit le représentant de la famille dans toutes les affaires privées ou publiques ; en se réunissant à ses pareils il formait l'assemblée de la commune, car là encore, c'était moins l'individu qui siégeait que la famille dans son représentant.
Au temps du servage, la famille rurale aimait à rester agglomérée ^ Les partages étaient redoutés, ils n'avaient lieu que lorsque la maison, ou mieux, lorsque la cour ou l'enclos [dvor) devenait trop étroit pour le nombre des habitants. Cette nécessité était regardée comme un mal, et la
1. Il en était ainsi dans une Tamille du gouvernement de Koursk, dont M. Samokvasof nous a donné la nionogiapliie (Màn. de la Soc. linp. de Géogr., po otdèl. elnogr., 1878, 3* partie, p. 11 et 1;)). Celle famille ou mieux cette communauté de Tamille, connue sous le nom de Sofronilch, comprenait, en 187*2, 42 personnes, toutes, au moins les hommes, descendant d'un ancêtre commun, mort environ soixante ans plus tôt, et dont les lils, morts à leur tour, puis les pctits-lils ou arrière petits-lils s'étaient entendus pour vivre ensemble et cultiver en commun, sous la direction de l'un d'entre eux. Va\ 1872 celle Tamilie comptait huit couples mariés, deux veuves et plus de vingt jeunes gens ou cnfatits des dfux sexes : tous les membres habitaient la même cour ou dvitr, composée de (juatre izlnu. Vers 1876, des malheurs domestiques et en particulier la folie, puis hi mort d'un chef qui les avait administrés durant quarante uns, décidèrent les Sofronilch & se séparer en quatre groupes dont chacun formait encore une [)etite communauté de famille.
V. (Connue dans la ladrmujti serbe, la maison, le bétail, les instruments de culture, le mobilier, les récolles a()pnrtenaicnt & la communauté; il n'y avait guère d'appropriation individuelle que pour les objets d'usage personnel, tcla que le» v<Meme:ils ou h-s bijoux. Cf. Uogiaitch, Code civil du MiDilennjro,