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LA FAMILLE, LA PROPRIÉTÉ ET LES PARTAGES

division du petit capital patrimonial appelée le partage noir. L'inlérôt du seigneur, obligé de fournir le bois et les matériaux pour la construction des nouvelles izbas, était d'accord avec la tradition pour s'opposer au morcellement des familles. Grâce à ces mœurs, le sol, racheté par les anciens serfs, eût été, lors de l'émancipation, définitivement attribué aux dilTérentes maisons, qu'aux grandes communautés de village eussent pu succéder de petites communautés de famille, fort semblables à la zadrouga serbe. Aujourd'hui qu'avec la liberté, l'individualisme et l'esprit d'indépendance ont envahi la demeure du moujik, si la tenure collective du sol vient à être abrogée, ce sera au profit de l'individu, le paysan russe ne passera point par l'étape intermédiaire où se sont arrêtés d'autres peuples slaves.

Dans la maison où la propriété reste indivise, ce n'est pas tant le décès des morts qui ouvre les successions, (|ue la séparation des vivants qui donne lieu à un partage. Dans ce partage, dont les régies varient suivant les localités, n'interviennent d'habitude que les hommes ou les veuves mères d'enfants en bas âge. Les filles mariées n'ont rien, étant considérées comme appartenant à leur bellcfamillc ; les lilles non mariées n'ont droit qu'à une part du mobilier et de l'argent, parfois à une partie du bétail, des vaches, des moutons, etc., selon les coutumes locales.

Chez les Grands comme chez les Petils-Russiens, dans la grande comme dans la petite famille, les femmes, les lilles surtout, ne font pas, au point de vue de la propriété, partie intégrante de la maison ou de la communauté. La lille n'est que l'hôle temporaire de la maison paternelle, qu'elle doit quitter un jour pour suivre son mari. La femme même, l'épouso, dans la demeure conjugale dont elle a la direction intérieure, n'est pas copropriétaire du fonds commun. Si parfois la veuve obtient une part dans les partages, si elle remplit même les fonctions de chef de maison, c'est d'ordinaire comme représentant de ses

enfants non mariés. La femme n'a réellement de titre ni sur l'avoir de la famille de son père, ni sur l'avoir de la famille de son mari. En revanche, on lui permet, ce qui est interdit aux hommes, d'avoir son bien propre en dehors de la fortune commune, de travailler parfois à son propre compte, de se faire, à l'aide de quelques économies sur le lin ou la laine, destinés à l'habillement de son mari ou de ses enfants, une sorte de pécule que, dans certaines provinces, on appelle sa cassette ou corbeille [korobiia). Cette cassette dont les femmes seules ont la clef, les jeunes filles l'emportent avec elles en se mariant, elle leur sert de dot '. La korobiia d'une femme morte sans enfants revient d'ordinaire à sa famille d'origine, non point à son père ou à la communauté, mais à la mère de la défunte et, à défaut de mère, à ses sœurs non mariées. 11 y a ainsi une sorle de succession en ligne féminine des femmes entre elles. Le pécule comme les vêtements de la mère passent d'ordinaire aux filles non mariées; et, si parfois, dans les partages de famille, la coutume reconnaît aux filles un droit sur une portion du mobilier, voire même sur une partie des animaux, des vaches ou des brebis, c'est probablement que ces objets sont regardés comme étant du ilomaine et de la propriété du sexe.

Quand on parle des partages de famille, il faut, selon la remarque d'un savant russe *, distinguer entre les partages

i. Là où la jeune fllle est autorisée par la coutume à se faire une cassello ou korobiia, intlireclement prélevée sur la comniunaulo, il est généralement d'usage que le fiancé, (|ui doit profiter de celle korobiiit, apporte en dédomniagcmenl à la famille de sa femme une certaine somme, payée en argent on en nature et np|)eléc, dans le gouvernement de Samara, du nom de Idadku. Cette lialiilnde ne doit pas élre confondue avec le kaliim ou achat de lu fiancée, tel qu'il se |tralii|uc encore en llussic, chez cerlains idlo;)cncs finnois ou talars. |ji IJailLa, appelée ailleurs argent de l<ihle (dcmjlii un stol), est hahiluellement destinée aux frais do noce, qui chez les paysans, sont considérailles, variant par exemple de 20 à KO roubles et plus. Voyez, entre autres, pour les détails de ces curieuses coutumes, l'élude de .M. Malvéief (/fa/>iN/a Inip. liounsk. Gco'jr. Olichlrhcslva : 8ccl. clhnogr., t. Mil, 1878, l" pari).

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