NckruKuf, Morot Krusni-Nus
LA FAMILLE : INFÉRIORITÉ DES FEMMES. l\\
leur part au relèvement de la femme. Si les mœurs patriarcales nourrissent davantage l'esprit et les sentiments de famille, l'individualisme développe mieux, dans les deux sexes, le sentiment de la dignité personnelle. Seule entre son mari et ses enfants, la paysanne russe deviendra plus aisément la compagne el l'égale de l'un, la mère et la tutrice des autres*.
L'individualisme et l'esprit d'indé|)endance, en train de miner aujourd'hui la famille patriarcale, n'atteindront-ils pas à la longue la propriété collective? La commune russe est-elle d'une trempe assez solide pour n'être point entamée par cet actif dissolvant qui, avec les vieilles mœurs et l'aulorilé paternelle, ronge et décompose le communisme autoritaire de l'ancienne famille russe ? La famille et la commune, la viedomcsliciuo el la vie du ntir avaient mémo base, môme principe, môme esprit; l'une ne peut point ne pas se ressentir des modilications de l'autre. Tout alTaiblissèment des traditions et des coutumes populaires est un aiïaijjlisscment pour les communautés de village, où tout repose sur la tradition et la coutume. L'homme, qui s'émancipe du joug paternel, aura bientôt besoin de s'atl'rancliir du joug collectif de la commune. Celui qui est las do resler toujours enfant dans la maison ne voudra plus demeurer toujours mineur devant le mir; celui qui redoute la solidarité de la famille se fatiguera bien vite de la solidarité de la commune. L'esprit d'indépendance est ainsi fait que, une fois entré dans une sphère, il ne s'y laisse pas aisé-
1. A cet égard, les cliants |K)pulaires dépeignent en termes pittoresques les inconvénients, |>our les jeunes femmes, des nombreuses familles agglomérées. Eu voici un exemple. • On me fait épouser un benêt. — Avec une nombreuse famille. — OU! oh! oli! oh! pauvre moi! — .\vec un ytète et une mère. — Et quatre frères. — Et trois sœurs. Oh ! oh ! oh ! oh ! pauvre moi ! — .Mon t>caupère dira : — « Voici que vient une ourse. » — Ma belle-mère dira : — • Voici que vient une sale. » — Mes belles-sœurs crieront : — « Voici qu'arrive une fainéante. » — Mes beaux-frères s'écrieront : — « Voici qu'arrive une méchante. » Oh! oh ! oh! Pauvre moi! • Schein, Rouaskii'i narodmjia f/êsni, I, 331. — Ualston, Sunys of llie russiar. pcople, p. 289.
ment enfermer; on aurait beau clore la maison, une fois introduit au foyer il saura bien se répandre au dehors.
Pour survivre à la transformation actuelle, il faut que la commune cesse de peser sur l'individu, il faut qu'elle laisse toute liberté à la personnalité. De môme que, pour garder ses enfants devenus grands, le père de famille chetche à leur rendre insensible le poids de l'autorité paternelle, pour retenir le paysan dans les liens de la communauté, la commune russe en devra alléger les chaînes et adoucir le joug. L'antique régime agraire n'a de chances de durée qu'en se prêtant aux exigences de l'individualisme moderne; or le rnir moscovite en est-il capable? Avec le communisme de la famille patriarcale, la solidarité des membres est inévitable; c'est là une des raisons de l'acluelle décadence de la zadrouga serbe et des communautés de famille, chez les Slaves du sud. En est-il nécessairement de même avec les communautés de village? Dans notre âge de liberté individuelle et d'ardenle concurrence, entre les peuples comme entre les hommes, une institution économique ou politique ne peut, en effet, subsister qu'à deux conditions, étroitement liées l'une à l'autre : la première, c'est de ne pas gêner l'activité individuelle; la seconde, de ne point entraver la production nationale. L'élude du mode de jouissance et du mode de partage, usitcs dans le mir, nous montrera quels sont, à ce double égard, les cfi'ets et les défauts de la commune russe.