LES COMMUNAUTÉS ET LA DENSITE DE LA POPULATION
chaque famille, le nombre des enfants qui doivent partager le domaine paternel. A notre sens, ce serait peut-être là le plus sérieux reproche qu'on lui puisse faire. Au-dessous de la question de propriété, nous découvrons ainsi le problème de la population*.
A cet égard, les deux modes de propriété ont des elTcls inattendus et presque également outrés en sens inverse. Il n'y a pas encore un siècle qu'Arthur Youngécrivaitque, avec notre régime de propriété, la France deviendrait bientôt une garenne de lapins. Les laits ont montré combien ces craintes de multiplication excessive étaient vaines. En limitant raccroi.ssemenl de la population, notre régime agraire tend à mettre des bornes au morcellement même du sol qu'on l'accusait de devoir portera l'inlini. 11 en est tout autrement de la proi)riélé collective; en t-timulant lu reproduction de la population, elle restreint sans cesse la part du sol altribuable à chacun, elle coupe et émiette de plus en plus les terres, en sorte qu'à la longue elle risque de se rendre elle-même impossible ou illusoire.
Si faible qu'y semble la densité de la population, dans les gouvernements même les plus peuplés, les effets de cette loi naturelle se font déjà sentir dans beaucoup do contrées de la Russie. Dans nombre de communes, les paysans se trouvent à l'étroit, les lots accordés au moujik lors de l'émancipation sont déjà notablement réduits, et, à chaque partage, ils deviennent plus exigus; le mal s'aggrave avec les années et l'accroissement de la population. Les communautés de village, grâce, en grande partie, il est vrai, aux défauts de leur exploitation, étoutrenl sur des terres qui souvent, en Occident, sufliraient à un nombre
1. On sait qu'on a vu là, non sans raison, une des causes qui rendent la population de la France presque stationuaire. Le niènie phénomène a pu être sijjnalc en d'autres pa\s, dans des cireoni-lanccs analogues, tn Lelgique, par exemple. M. E. de Laveleu! a remarqué que les deux provinces du royaume cil la propriété est le plus divisée, les Flandres, sont celles où l'accroissement de la population est le moins rapide. La Suisse donnerait lieu à des observations du même genre.
double ou triple d'habitants. S'il en est ainsi, moins de vingt-cinq ans après l'émancipation et la dolalion territoriale des paysans, que sera-ce en un siècle, que sera-ce en deux ou trois siècles'?
Dans un empire comme la Russie, où, en Europe et en Asie, il y a des centaines de millions d'hectares inoccupés, où de vastes solitudes attendent en vain des habitants, l'on ne saurait, s'écrient les défenseurs du mir, s'inquiéter du manque de terres. Dans un tel État, il est aisé de réparer toutes les injustices de la nature ou de la société, aisé de résoudre le problème, insoluble pour les vieux Étals de l'Occident, d'une équitable répartition du sol et de la richesse. En Russie, il y a assez de place et assez de ressources naturelles pour égaliser autant que possible les inégalités sociales, pour supprimer le prolétariat, sans attenter aux droits de la propriété individuelle, des communes rurales ou du trésor. Il n'y a qu'à régulariser l'émigration ou plutôt la colonisation intérieure, il n'y a qu'à donner une direction et assigner une demeure aux milliers
1. La gône esl déjà telle que les elfets s'en font sentir sur le mouvement môme de la population. Un statisticien cminent, M. Séménofj a fait une observation des plus curieuses. Dans les huit gouvernements de la régioa agricole centrale, l'augmentation de la population, par l'excédent des naissances, serait en proportion directe de l'éiendue des terres échues aux paysans. Là où les paysans sont en possession de moins d'une desialine par àiue, l'accroissement depuis l'émancipation est de IG pour 100.
De l à 2 desiat. par ftme, l'accroissement est de 17,3 pour 100
De 2 à 3 — — 19 —
De 3 à 4 — - 21 —
De 4 à 5 -- - 25,4 —
De 5 à 6 — — 27,6 —
Au-dessus de 6 — — 30 — Stalistika pozemeln. sobstcen. e(c. 1880.
Dans la commun»; russe, lo poids dos taxes et redevances eût pu ^Irc regardé comme un fn-in à raccroissemenl do la population, Inxt^e par Ame mAI»', h! la révision des ilinrs fiscales se fût faite a é|ioi|ue régulière ; mais, dans l'intervalle d'une révision à l'autre, l'augmeiitalion de la population n'accrois- Kail |>aH IcH charges des communes et diminuait cell<;s des individus, (piant au [iriniiiial impcU direct, lu capilution, sn[>primi^e depuis 1886.