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LES COMMUNAUTÉS ET LA COLONISATION

de paysans qui, chaque été, quillont en troupe leur commune natale à la reclierclic de terres vacantes, et cela souvent sur la foi de fausses rumeurs ou de menteurs émissaires *.

La Russie ressemble, en eiïet, à l'une de ses riches communes, bien loties de terres, qui possèdent pour les nouvelles générations de vastes réserves territoriales. Les steppes du sud, certaines régions de l'Oural et du Caucase, la Sibérie méridionale surtout, lui olTrent, pour une suite plus ou moins longue d'années, un déversoir au trop-plein des communautés de village de l'intérieur. C'est à l'FItat de savoir mettre à profit de |iareilles ressources, et, sous Alexandre III, il s'en est sérieusement occupé». Si grandes 'qu'elles soient, ces réserves de terres s'épuiseront pourtant un jour, et cela peut-être beaucoup plus tôt (jue ne le supposent les patriotes qui s'en laissent imposer par l'immensité des surfaces comprises dans l'empire. Quelque éloigné qu'il semble, ce jour viendra, en Russie avec la propriété collective, comme en Amérique avec la propriété individuelle, et ce jour-là, les deux modes de tenure du sol resteront en présence, avec leurs avantages et leurs inconvénients intrinsèques, sans que ni l'un ni l'autre puisse appeler à son secours l'émigration. Alors, si sa vie se prolonge jusque-là, sonnera l'heure critique pour la propriété colleclive, resserrée de plus en plus à l'étroit par la multiplication des habitants, et accusée de répondre de moins en moins à ce qu'on attend d'elle, la mise de la terre à la portée de tous. Compter sur une colonisation

1. C'est là, par exemple, la thèse longuement exposée par le prince Vasil- Icliikof. Zeinl'IvUuièitié i zeinlcdtHié. — L'émigration jieut, en eflVl, sembler une des conditions indispensables au maintien des communautés de village qui ont besoin de déverser au dehors le trop-plein de leur poi)nlalion. Historiquement môme, c'est probablement ainsi, en essaimant au loin, que le mir s'est à la fois conservé et étendu par la colonisation des plaines de la Grande- Russie.

2. La question de l'émigration a notamment été débattue dans les assemblées d'experts convoquées par Alexandre III; de plus, elle a fait un réel progrès gi-ùco à la création d'agences de colonisation et à la loi de 1889.

indéfinie pour faire vivre un mode de propriété, ce n'est au fond que reculer la difficulté. Quel que soit le mode de tenure du sol, les hommes ne sauraient tous être largement pourvus de terres que là où il y a beaucoup de terres et peu d'habitants.

Je terminerai cette étude, exemple de tout parti pris, par une dernière remarque. A Pétersbourg et à Moscou, Ton se flatte qu'en conservant le domaine communal du paysan, à côté du domaine héréditaire du noble ou du marchand, la Russie éciiappera aux luttes de classes qui troublent l'Occident. C'est là, pour beaucoup de Russes, une sorte d'axiome inconleslé; mais, sur ce point encore, nous craignons qu'ils ne se fassent illusion. S'il n'y a point' aujourd'hui de luttes de classes en Russie, d'antagonisme conscient et déclaré, entre le propriétaire et l'ouvrier, entre le travail et le capital, cela tient moins à l'exislence du mir qu'à, l'état social, religieux, inlelleclucl, du peuple. Le jour où viendraient à lever les semences révolutionnaires que tant de jeunes mains travaillent à répandre, ce jour-là, le mode de propriété, tant vanté des slavophiles, serait pour la société russe un bien faible palladium. Le mir, tel qu'il existe aujourd'hui, avec toute une classe de propriétaires fonciers en dehors de lui, a en eiïcl un grave inconvénient social, l'inconvénient de partager la jjopulation rurale, comme la propriété, en deux catégories, en deux classes nettement tranchées. Tandis qu'en France il y a, du plus grand au plus pelit détenteur du sol, une chaîne continue et graduée de propriétaires, de tout rang et de toute fortune, en Russie, le grand propriélaire, le pomôclUchi/c, qui demeure en dehors du mir, est entièrement séparé des communes de paysans; par là même, il est en quelque sorte désigné à leur jalousie et peut-être un jour à leurs convoitises. L'un des défauts de la commune russe, qu'on nous représenfe cominc le j)lus sCir obslaclo à la division de la sociélô on classes iioslilcs, c'est précisément de cou-

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