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LE CLERGÉ : SON ISOLEMENT

Retranché de la société cultivée^ le pope ne peut rien ap[)ri*ndre que par les livres, et il n'a guère à sa portée que des traités de tliéologie ou des ouvrages surannés. La science, la connaissance du monde moderne ne lui sont guère plus accessibles que la société*.

L'une des causes et, en même temps, Tun des effets de cet isolement social, c'est qu'entre le clergé et les autres classes il n'y a, d'ordinaire, ni liens de famille, ni communauté d'origine. Sous ce rapport, aucun clergé célibataire n'est plus séparé de la société civile que ce clergé marié. Gomme, depuis des siècles, il se recrute presque entièrement lui-même, le mariage, au lieu de le rapprocher des autres classes et de le mêler aux laïques, l'en a tenu à l'écart. Le pope n'est pas seulement séparé du monde par son éducation de séminaire et ses fonctions; mais aussi par son origine et ses relations de parenté. Le plus souvent, le prêtre est un fils de pope qui a épousé une fille de pope, et tous deux ont été élevés dans les écoles spéciales aux enfants des ecclésiastiques. Se perpétuant lui-même par ses propres rejetons, le clergé n'est rattaché, par les liens du sang, ni au bas peuple ni aux classes instruites. Les laïques, les hommes cultivés surtout, entrent fort rarement dans les ordres, et moins encore parmi les popes que parmi les moines. A cette abstention séculaire il n'y a guère d'exceptions que depuis peu d'années. J'ai entendu citer, sous Alexandre 111, quelques propriétaires ou quelques étudiants, appartenant à la noblesse, qui s'étaient fait ordonner simples popes : ainsi, par exemple, dans le diocèse de Kharkof. Pour ces hardis novateurs, ce n'était peut-être là encore qu'une manière « d'aller au peuple », de servir le peuple et le moujik, à une époque où tant de dévouements cherchent en vain leur voie.

Moralement séparé de toutes les autres classes, le pope

1. Nous devons dire qu'aujourd'hui il se publie un certain nombre do journaux ecclc siasliques^ dont plusieurs ne manquent pas de valeur.

se sent mal à Taise parmi elles; et, par là, il prête souvent au ridicule, en même temps qu'au mépris ou à la pilic. Chez ce peuple si plein de respect pour ses saints, le clergé est l'objet des railleries populaires. Dans les dictons nationaux, comme dans l'art et la littérature, le pope et tout ce qui lui appartient, sa femme, ses enfants, sa maison, son champ, sont souvent tournés en dérision. ccSuis-je un pope, pour dîner deux fois? dit le moujik, et ce dicton n'est pas le plus méchant du genre. « Le pope est ivre et la croix est de bois {pop pianyi a krest déréviannyi) », assure un mélancolique proverbe, où semblent se résumer les déceptions religieuses du peuple. La superstition, qui semblerait devoir profiter à la considération du prêtre, tourne ellemême parfois contre lui. 11 passe pour avoir le mauvais œil; on craint la rencontre d'un pope comme celle d'un mort; pour détourner ce présage de malheur, on crache quand un prêtre passe près de vous.

Méprisé des uns, isolé de tous, le pope des campagnes est dans la dépendance de chacun. 11 < épend dn paysan, qui le paye et cultive son champ; il drpeLLi ^ . pi iélaire^ qui souvent l'a fait nommer et peut le faire révoquer; il dépend de l'évêque, du consistoire, du doyen ou blagotchinnyi\ il dépend de toute la bureaucratie ecclésiastique ou civile. L'évêque, le vladyka^ c'est-à-dire le souverain, le maître*, est moins le père et le protecteur de ses prêlres que leur chef et leur juge. Les dignitaires ecclésiastiques, sortis du clergé noir, témoignent souvent eux-mêmes au clergé des campagnes un dédain peu fait pour le relever aux yeux de ses paroissiens. Le pope est rarement admis en présence de son évêque et il en redoute les visites diocésaines. La seule perspective de la collation à oifrir ce au Très Sacré » [preosviarjitchennyi) est pour beaucoup un sujet de trouble et de transes. Naguère encore, on accusait certains évêques de faire attendre leurs prêtres dans la pièce

Ir Comparez le grec despote^ ôso-tiottjc;, employé aans le môme sens.

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