‹ L'empire des tsars et les Russes 3, La religionChapitre 251 sur 353 · LES KHLYSTY CIVILISÉS · texte numérisé non relu

LES KHLYSTY CIVILISÉS

le secret était la condition de l'initiation; l'existence de la société ne fut dévoilée que par la saisie d'une lettre d'un des membres. L'évocation de l'Esprit, la recherche de l'extase étaient l'objet des conciliabules de laTatarinof. Les adeptes, s'appliquant les promesses de saint Paul aux premiers chrétiens, revendiquaient, eux aussi, le don de prophétie. Pour le provoquer, ils recouraient également à des procédés artificiels, entre autres au mouvement circulaire. Le ministre des cultes d'Alexandre le prince Galitzyne, a été soupçonné d'avoir honoré de sa présence ces danses extatiques. Pour lui, et pour d'autres peut-être des spectateurs ou des acteurs de ces saintes représentations, ce n'était là sans doute qu'une fantaisie de haut dilettantisme religieux.

Gomme les flagellants du peuple, ces illuminés de l'aristocratie se donnaient les noms de frères et de sœurs; et ces familières appellations, et la liberté de ces pieuses réunions, et le suave précepte d'amour mutuel, et la douce complicité d'un secret en commun peuvent avoir été, pour les deux sexes, l'un des attraits de ces mystiques séances. Au lieu des cantiques des khlysty villageois, modelés sur le rythme des chants populaires, la communauté du palais Michel avait des hymnes en langue littéraire, versifiées à la manière de Derjavine, et parfois empruntées aux poètes de la France, de l'Allemagne, de l'Angleterre. Ces khlysly civilisés provenaient sans doute moins des pauvres enseignements de Daniel Philippovitcli ou d'Ivan Souslof que des leçons des mystiques de l'Occident. Leurs auteurs favoris étaient, dit-on, Madame Guyon et Jung-Stilling. C'était l'époque où la noblesse russe, lasse du scepticisme voltairien et du matérialisme encyclopédique, inclinait, par les pentes les plus opposées, aux doctrines mystérieuses et aux enseignements arcanes, où Saint-Martin avait des disciples et Cagliostro des admirateurs, où avec Novikof la franc-maçonnerie pénétrait dans tout l'empire, pendant qu'avec Joseph de Maistre l'influence des jésuites s'insi-

nuait dans les hautes sphères pétersbourgcoises. Dans ce monde ouvert à tous les souffles du dehors, sur cette terre où germaient toutes les idées de TEurope, Tilluminisme avait, lui aussi, trouvé un sol propice.

Venu ou non de l'Occident, l'illuminisme russe se retira peu à peu dans les couches inférieures de la nation; là, chez un peuple grossier, sur un sol réaliste, il se dégrada, se matérialisa. Chez le moujik se propagèrent toutes les aberrations auxquelles peut conduire le dogme de la libre inspiration. Au-dessous des zélateurs de Tascétisme surgirent des communautés aux doctrines impures, au culte sensuel, aux rites obscènes. Là, comme ailleurs, les exaltés, qui prétendaient s'élever au-dessus de la nature humaine, ne purent toujours se tenir sur les escarpements des cimes mystiques; de l'abrupt sommet de Tilluminisme ils tombèrent en d'étranges chutes. L'insph^ation passant par-dessus la mornle comme par-dessus le dogme, aux égarements de Timagination succédèrent les égarements de la chair. L'extase fut demandée à la jouissance, et la mysticité alliée à la volupté. Comme certaines nations primitives et certaines religions antiques, des sectaires du dixhuitième et du dix-neuvième siècle semblent avoir attribué, dans leur culte, une place à l'union des sexes. Peut-être faut-il moins voir là une impudeur calculée qu'une admiration ingénue devant le plus mystérieux des mystères de la nature. Partout les peuples enfants ont été enclins à donner à la génération un caractère religieux. L'acte qui perpétue l'espèce humaine et associe la créature au Créateur peut prendre, pour des âmes naïves, quelque chose de surnaturel, jusqu'à leur sembler l'hommage le plus agréable au Père de la vie.

Rien néanmoins ne prouve que tous les khtysty aienl divinisé la génération et sanctifié la volupté. Loin de là, on ne saurait croire que toutes leurs communautés s'abandonnent ce au péché en tas ou en foule » [svalnyi g^^ekh). Pour la plupart, ce qui a donné lieu à cette accusatioUj

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