‹ L'empire des tsars et les Russes 3, La religionChapitre 281 sur 353 · M. E. M. de Vogué : Le Roman r^usse^ p · texte numérisé non relu

M. E. M. de Vogué : Le Roman r^usse^ p

du midi. C'est ce qu'on pourrait appeler le stundîsme des salons. Dans la résidence impériale, le rcmneur des âmes ne pouvait être un simple pasteur ou de vulgaires colonistes allemands. Un monde aussi blasé voulait un autre prophète. La parole de Dieu lui fut apportée par un lord anglais. C'était chez lord Radstock vme vocation; il avail commencé son apostolat dès le collège d'Eton; il Tavail continué dans l'armée de la reine. Il s'était môme, à son passage, fait entendre dans quelques maisons Je Paris. C'est à Pétersbourg que ce missionnaire de qualité devait récoller la plus ample moisson. Il y fut vite à la mode. Ses familières homélies faisaient concurrence aux séances des spirites fort en vogue au môme moment. 11 prêchait dans les soirées, ou au five o'clock tea^ comme les prophètes populaires autour du samovar, dans les tavernes. C'était, d'habitude, en français que lord Radstork instruisait les dames russes. Les sceptiques avaient beau jeu à railler le lord apôtre ^ Pour tomber sur le tapis des salons la semence évangélique n'en levait pas moins.

Lord Radstock trouva un précieux auxiliaire dans un propriétaire russe, riche, élégant, renonuiié en sa jeunesse comme valseur, M. Pachkof. Une de ses anciennes danseuses me racontait qu'il avait, un soir, entrepris de la catéchiser pendant une mazurka. A M. Pachkof se joignirent d'autres gentilshommes, notamment le comte Korf et jusqu'à un ancien ministre, le comte Alexis Bobrynsky.

Il serait injuste de ne voir dans le pachkovisme ou radstockisme qu'un caprice de la mode. Lord Radstock était apparu à Pétersbourg en 1878 et 1879, à une heure troublée, au début de la crise nihiliste, alors que nombre d'âmes dévoyées cherchaient, autour d'elles, un consolateur ou un guide. Ni lord Radstock ni M. Pachkof ne prétendaient inventer une doctrine. Ils évitaient les controverses dogmatiques, se bornant à commenter l'Évangile. Une des

1. Lord Apostol, Utre d'un roinan satirique du prince Mechtchersky.

Page 1