STATUT MUNICIPAL : MODE DE SCRUTIN
pareil scrutin, alors que dans certaines villes, à Saint- Pétersbourg au moins, chacun des trois collèges, et par suite chacun des électeurs, avait plus dequaire-vingis dél'gués à choisir! On sait ce que devient le scrutin de liste quand il comporte autant de noms : les voix finissent par se répartir au hasard; les électeurs restent indifférents devant une telle suite de candidats, souvent inconnus, ou reculent devant le travail de composer une liste aussi longue.
L'assemblée des plus imposés, qui comptait peu démembres, se laissait d'ordinaire plus ou moins dominer par les influences de famille ou les relations personnelles. L'assemblée des moins imposés, qui, en dépit des abstentions, restait souvent trop nombreuse, était en proie à la confusion et au désordre. Les mêmes élections réunissaient ainsi deux défauts opposés. Le nombre des conseillers à élire étant considérable, et celui des électeurs présents demeurant relativement très faible, on retrouvait, dans ces comices municipaux, le môme phénomène que dans les assemblées de propriétaires pour les élections provinciales. Il arrivait parfois, dans le premier collège du moins, qu'il y avait autant d'élus que de votants. C'est ainsi qu'à Saint-Pétersbourg, en 1873, l'assemblée desgros contribuables n'avait réuni que quatre-vingt-six électeurs pour nommer quatrevingt-quatre conseillers. Si, dans les autres collèges, l'abandon des urnes ne suffisait point à maintenir cette bizarre égalité entre les votants et les élus, on y rencontrait un autre phénomène non moins étonnant pour nous : il y avait souvent plus de candidats proposés que d'électeurs à prendre part au vote *. Cela s'expliquait i^ar ce fait qu'en un sens il n'y avait point de candidats, que les noms de tous les électeurs présents devaient, d'après la loi, être mis aux
1. A Saint-Pétersbourg, dans cette même année 1873, on avait porté 238 candidats dans le premier collège, 298 dans le second et 1019 dans le troisième, de sorte que le nombre total des candidatures mises aux voix (1&&5) était sunérieur au chiffre des électeurs ayant pris part au scrutin (1411).
voix, et qu'on y joignait les noms d'un certain nombre
d'absents.
Les électeurs de chaque catégorie eussent montré sans doute plus d'empressement si, au lieu d'être réunis et confondus en une assemblée unique, ils avaient été divisés en assemblées partielles, selon les différents quartiers des villes. La représentation par quartiers, telle qu'elle se pratique en d'autres pays, eût dû être substituée à la représentation par groupes de contribuables. Elle n'avait, du reste, rien d'incompatible avec la lettre ou avec l'esprit du vote par catégories alors en vigueur. Dans toutes les villes un peu populeuses, un tel sectionnement eût été indispensable au moins pour le second, et surtout pour le troisième collège, qui pouvait compter plusieurs milliers d'électeurs. En restreignant les assemblées électorales, en y attirant plus de votants et en bornant le nombre des choix, on eût amélioré la valeur du scrutin. C'eût été là un des moyens les plus simples de ramener aux élections municipales l'intérêt public. Dans les grandes cités en particulier, dans les deux capitales, dont les différents quartiers pourraient être regardés comme autant de villes, ayant chacune leur population, leur esprit, leurs intérêts, une liste unique ne peut assurer une représentation sincère et complète. Pour des agglomérations aussi étendues et souvent aussi disparates, c'est déjà beaucoup d'une municipalité unique.
Le gouvernement impérial, qui semble toujours avoir le goût des expériences, a, sous Alexandre III, fait un beau jour, dans la capilalc, l'essai d'élections par sectionnements, et cela en s'écarlant singulièrement de toutes les règles fixées par le statut d'Alexandre H. C'était à propos d'un comité consultatif, improvisé en mars 1881, auprès du préfet de police. Tout était nouveau et inattendu dans cette élection, et le mode du scrutin et la manière de recueillir les votes. Il n'y avait plus de distinction de collèges, de grands et de petits contribuables, de patentés et