ÉLECTIONS MUNICIPALES : CONSEIL DE POLICE
de non patentés. L'élection se faisait par quartiers ou par circuitSy et tous les propriétaires et locataires de la ville étaient électeurs. Le scrutin était seulement à deux degrés. Cela était simple, libéral, et pouvait être salué comme un progrès sur tous les modes de votât ion antérieurs. Mallieureusement la façon dont on procédait au vote venait tout gâter. On aurait dit qu'en instituant ce nouveau et éphémère conseil, le gouvernement impérial s'était complu à faire ressortir, en les exagérant encore, les défauts inhérents à toutes les élections russes ; le manque de publicité et de préparation, le manque d'entente entre les électeurs, le manque de programme des candidats et, par suite, le hasard des choix. Le 19 mars 1881 (vieux style) le Messager officiel publiait un décret daté de la veille, ordonnant la création d'un conseil de police et prescrivant le mode d'élection. Ledit décret était suivi d'un avis du préfet de police, annonçant les élections pour le jour même et invitant les habitants à rester chez eux dans l'après-midi, pour attendre les commissaires chargés de recueillir les voles à domicile. Le même jour, 19 mars, de trois heures à minuit, des commissaires ou inspecteurs de police parcouraient les maisons et les logements des 228 circuits de Saint- Pétersbourg, enregistrant, conformément à Toukaze impérial, le vote des habitants, vote revêtu de la signature de chacun. Le dépouillement du scrutin était fait dans la nuit; les 228 électeurs du second degré, un par chaque circuit, étaient convoqués par le télégraphe et, le 20 au matin, procédaient séance tenante à la désignation de 50 candidats entre lesquels l'empereur faisait choix des 25 membres effectifs du nouveau conseil, qui étaient immédiatement rassemblés par le préfet de police ^ En deux jours, le conseil avait été institué, élu et réuni; il siégeait avant que tous les habitants de la capitale fussent encore avertis de son existence. Pour accomplir un
1 . Le maire de la ville et cinq conseillera municipaax, choisia par leurt ooUègaea, en étaient membres de droit.
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pareil tour de force, il fallait un gouvernement autocratique, maître de mener des élections comme un recensement ou une levée militaire. Cette première création d'Alexandre III, qui ajoutait un rouage de plus & une administration déjà compliquée, n'a eu du reste que de courtes et inutiles destinées. Accueilli avec un bruyant concert de louanges par une presse désireuse de se leurrer elle-même, ou condamnée pour vivre à tout admirer, ce conseil, qui devait procurer à la police Tappui et le contrôle de la population, a disparu après quelques semaines. Le gouvernement ne l'a pas supprimé, il s'est contenté de ne plus le convoquer. Le maître de police avait trouvé incommode ce bienveillant contrôle. La municipalité, lélue selon le système inauguré en 1870 est demeurée, jusqu'en 1893, la seule représentation de la capitale.
Les réformes d'Alexandre II n'avaient pu communiquer aux institutions municipales la vie et l'activité dont elles étaient dépourvues sous le régime antérieur. Ce n'est pas seulement que la législation ne possède point le pouvoir d'animer les institutions, c'est que certaines clauses de la loi municipale en altéraient ou en détruisaient l'efficacité. En changeant le mode d'élection, le statut de 1870 n'avait pas beaucoup modifié la composition des conseils municipaux. Certaines villes avaient bien pour maire un noble ou un ancien fonctionnaire; mais dans presque toutes la prépondérance était, comme par le passé, demeurée aux classes proprement urbaines, demeurée surtout aux kouptsy, aux marchands.
Dans la plupart des grandes villes, les assemblées municipales comptaient, il est vrai, des représentants de toutes les classes, nobles et fonctionnaires, marchands et bour-geois notables^ petits bourgeois, artisans et paysans, car, en beaucoup de cités russes, une grande partie de la classe ouvrière est, on le sait, formée de moujiks qui n'en continuent pas moins à rester membres de leur commune natale. Il y avait toutefois fort peu de conseils municipaux où