MAGISTRATURE : PARQUET
tuteur; des fonctions, en principe accessoires, sont en fait prédominantes^
Le parquet est le chemin des plus hautes dignités judiciaires; dans ses rangs se recrute fréquemment le haut personnel de la magistrature assise, les présidents des tribunaux et des cours de justice. Les relations directes et constantes des procureurs avec le ministère leur donnent, à cet égard, un facile avantage. A Saint-Pétersbourg comme à Paris, les ministres oublient trop souvent que pour un juge, voué par profession à l'impartialité, c'est une mauvaise éducation que d'être accoutumé, par métier, à regarder les prévenus du point de vue de l'accusation. De deux fonctions qui, loin d'être une préparation Tune à l'autre, exigent des habiludes d'esprit et des qualités toutes différentes, pour ne pas dire opposées, on fait ainsi une seule et même carrière, au risque de laisser parfois retrouver le procureur sous le juge.
En Russie, ces nominalions de procureurs s'expliquent en partie parla difflcultéde trouver des magistrats instruits et expérimentés. Ici, comme partout dans les nouvelles institutions, on sent le manque d'hommes spéciaux; il faut que les réformes créent elles-mêmes peu à peu le personnel qui les doit appliquer. Dans un pays presque entièrement dépourvu de jurisconsultes, il élait difQcile de trouver des juges. On ne saurait donc beaucoup s'étonner si l'on rencontre encore des magistrats, des présidenis même qui n'ont pas fait leur droit. Il y aune vingtaine d'années, on comptait dans les tribunaux d'arrondissement et les cours d'appel plus de 20 pour 100 des juges, dénués de toute instruction juridique. Aujourd'hui, bien que le minis-
1. Pour mettre fin à cette excessive influence du parquet sur la magi. (rature, un publiciste a proposé de détacher le parquet du ministère de la justice et de le rattacher avec la police au miuislére de l'intérieur. (Golovatchef, Deciat Ut reform,) Quand rien ne s'opposerait à une mesure aussi radicale, les mœurs bureaucratiques actuelles lui laisseraient, craignonsiiou0| peu d'efficacité pratique.
tère de la justice n'admette plus dans la magistrature que des hommes ayant fait leur droite près de 10 pour 100 des magistrats sont encore dépourvus de tout diplôme spécial. Ce manque d'hommes a été la cause ou le prélexte des retards longtemps apportés à l'extension des nouveaux tribunaux et de la magistrature inamovible. Au rebours de ce qui se voit en Occident^ les carrières dites libérales, pour la plupart toutes récentes en Russie, avaient naguère encore peine à se recruter.
C'est 1& du reste un vide tout passager, qui serait déjà comblé sans les défiances du pouvoir vis-à-vis des étudiants des universités et des nouvelles générations. Pour être admis à siéger dans un tribunal, il ne suffit pas de posséder un diplôme et un titre universitaire, il faut avant tout posséder la confiance du gouvernement, et pour cela ne prêter à aucun soupçon de radicalisme ou de mauvais esprit. Plus la loi assure de garanties et d'indépendance au juge, plus le ministre appoile de soins à ne laisser entrer dans la magistrature inamovible que des hommes sûrs et soumis, dont le caractère et les opinions ne fassent redouter ni un excès d'indépendance ni un excès de libéralisme. Quoique la magistrature soit presque le seul ressort où les droits de l'instruction soient respectés, beaucoup de jeunes gens, que leurs études et leur intelligence rendraient aptes à cette carrière, en sont exclus par leurs tendances politiques, réelles ou supposées. La Russie moderne se trouve ainsi emprisonnée dans une sorte de cercle vicieux : des hommes actifs et remuants, qui se voient fermer toute carrière à cause de leurs opinions, sont, faute de débouchés, violemment rejetés dans les opinions qu'on leur reproche. De là un double mal, simultané et en apparence inconciliable, d'un côté le gouvernement et les services publics souffrant du manque d'hommes, de l'autre un grand nombre de jeunes gens sans place.
Si la magistrature ne s'ouvre pas aisément à tous les aspirants, il n'en est pas de même du barreau. Aussi est-ce