ADMINISTRATION CENTRALE : LES MINISTÈRES
à ses peuples des instilutions plus en rapport avec celles des grands ÉfaI s européens. Sous Tinfluence de Spéranski et de Kotchoubei, la France, alors en train d'être réorganisée par Bonaparte, servit encore de modèle. C'est par un oukaze de 1802 que les ministères furent substitués aux collèges de Pierre le Grand, lesquels n'étaient guère, au fond, que les anciens prikazes moscovites, remaniés sur le modèle des administrations collégiales, en honneur chez nous au temps de la Régence.
Les anciens collèges avaient donné lieu à des reproches mhérents au système collégial même ] ils n'en furent pas moins regrettés de quelques hommes d'État, inquiets de l'étendue des pouvoirs confiés à un seul homme, et craignant de rencontrer chez les nouveaux ministres autant d'autocrates. Le comte Vorontsof, dans une lettre à Kotchoubei, l'un des promoteurs de la réforme, s'était fait l'organe de ces appréhensions au lendemain même de l'institution des ministères. Ce patriote s'élevait d'avance contre le despotisme des ministres affranchis de tout contrôle, tandis que les anciens collèges, qui lui semblaient déjà porter leur garantie en eux-mêmes, grâce au partage des pouvoirs entre leurs différents membres, avaient été assujettis par Pierre le Grand au contrôle du sénat*. Si de pareils regrets du passé étaient peu justifiés, les institutions de Pierre le Grand ayant fort mal répondu aux espérances du réformateur, il n'en était pas de même des craintes de Vorontsof pour l'avenir. L'omnipotence ministérielle, en débarrassant l'administration des lenteurs et de la complexité de la procédure collégiale, devait avoir pour premier effet d'exagérer encore la centralisation bureaucratique et la tutelle administrative.
Les dix ministères • aujourd'hui existants n'embrassent
1. I/iUre écrite en 1803 et publiée en 1881 par le Rousakii arkhiv, S. R. Vorontsof faisait part des mêmes sentiments an prince Czartorysky, dans une leltic de la même époque ; voyez M. Bélof, htoritcheskii Vestnik (oct 1880).
2. Les ministères, dont le nombre a plusieurs fois varié, sont aujourd'hui
pas toutes les branches de radminislration; il y a en dehors quelques services indépendants, comme le contrôle de l'empire, dont les chefs ont le rang et les fonctions de ministres. L'empereur a de plus sa chancellerie particulière, qui a longtemps compté quatre sections, dont la troisième, la plus fameuse, est, jusqu'à la dernière année du règne d'Alexandre II, demeurée un véritable ministère de la haute police. La plupart des ministères sont divisés en départementSy presque indépendants les uns des autres. Chaque ministre est assisté d'un conseil qui reste des mois et parfois des années sans se réunir, et que ses membres n'envisagent guère que comme une retraite ou une sinécure. En outre, le ministre a d'ordinaire pour assistants un ou deux adjoints [tovarichtch)y qui sont les collaborateurs de leur chef, et qui souvent lui succèdent. Un Russe, quelque peu humoriste, qui connaissait bien les ressorts habituels des chancelleries pétersbourgeoisos, disait à ce propos que, en Russie, le gouvernement était condamné à une décadence forcée, et devait fatalement finir par tomber aux mains de l'ineptie. D'ordinaire, en effet, les ministres en fonctions cherchent un adjoint dont les talents ne puissent leur porter ombrage. Une fois devenu ministre, ce dernier fait naturellement de même, en sçrte que le niveau des hauts fonctionnaires, le niveau du personnel ministériel en particulier, semble destiné à s'abaisser progressivement de titulaire en titulaire, pour descendre peu à peu de la médiocrité à l'incapacité. Les choses se passeraient peut-éire habituellement de la sorte si, par bonheur pour l'empire, les calculs égoïstes des hommes en place n'étaient souvent déjoués par les intrigues de leurs concurrents, ou par l'intervention du maître qui, au risque de compromettre l'unité des services, impose parfois à ses
au nombre de dix : 1* la eoar ou maison de l'empereur; 2* les affaires étrangères; 3* l'inlérieur; 4* les finances; 5* la justice; 6* rinstruclion publique; 7* les voies de communication; 8* l'agriculture et les domaines; 9* la guerre; lO» la marine.