‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 36 sur 255 · ADMINISTRATION CENTRALE : LES MINISTRES · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION CENTRALE : LES MINISTRES

minisires des collaborateurs dont ils n'eussent pas fait choix.

Le souverain recourt souvent à un procédé pea propre à relever la dignité ministérielle et l'ascendant de ses collaborateurs officiels : & la tête des ministères, et parfois des plus imporlants, il place fréquemment, au lieu de mi* nistres en titre, des suppléants, des gérants qui ne sont confirmés dans leurs fonctions qu'après un stage plus ou moins long. Cet expédient paraît n'avoir d'autre avantage que de permettre plus facilement de confier un portefeuille à des hommes qui semblent n'y avoir de droits ni par leurs talents, ni par leur expérience. D'autres fois, et cela n'a pas été rare sous Alexandre II, la direction des minis« tères a été abandonnée à des favoris de cour, à des hommes à la mode, à des politiques amateurs, pour la plupart aides de camp du souverain, en un mot, à ce qu'un roman de Tourguénef appelle des généraux de Bade *.

Il semble de loin que la patrie de l'autocratie doive être le pays de l'harmonie des pouvoirs et de l'unité adminis« tralive. Vues à dislance, les diverses administrations, avec leur forte centralisation bureaucratique, ressemblent à ces nouvelles horloges pneumatiques, dont les aiguilles, mues par le môme ressort, marchent toutes & la fois et marquent toutes la même heure. En fait, il n'en est rien : l'unité d'action, qui, en théorie, semble l'apanage des régimes absolus, fait souvent défaut à la Russie. Ce gouvernement, où tous les pouvoirs procèdent de la même volonté, où toute l'autorité est concentrée dans la même main, où il n'y a officiellement qu'un seul moteur, est de ceux dont les rouages administratifs donnent lieu au plus de frottements, et, par suite, à la plus grande déperdilion de forces.

La principale raison de celle anomalie est Fisolement des divers ministères, qui forment comme autant d'États

l, Badenskiie Qeneraly (roman ÎDlilulé Fumée),

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indépendants, ayanl chacun leur armée d'employés, sou* vent même leur trésor particulier, et sont toujours prêts à entrer en campagne les uns contré les autres.

Si la Russie a des ministres, elle n'a pas encore de ministère, au sens politique du mol. Entre les chefs des diverses administrations il n'y a aucune cohésion, aucun lien, il n'y a ni solidarité ni direction commune. Les mi* nislrcs se réunissent bien à certains jours pour se concerter ensemble ; mais à ces réunions, impérieusement exigées par les besoins des différents services, la langue orBcielle refuse le titre occidental de conseil {sovêl)^ et è^ plus forte raison le titre parlementaire de cabinet. La Russie n'a qu'un comité des ministres (komilel minislrof)j et ici les noms ne son* pas sans importance. Les ministres du reste ne sont pas les seuls membres de ce comité ; à côté d*cux y siègent, non seulement le contrôleur de Tempirc et le procureur du Saint-Synode, lequel peut être regardé comme une sorte de minisire des affaires ecclésiastiques, mais les chefs de certaines sections de la chan-* ccUerie impériale, les présidents des divers départements du Conseil de l'empire et jusqu'au directeur des haras. Avec un véritable conseil, uniquement composé des chefs des ministères, ce soi-disant comité des ministres deviendrait un rouage inutile. La présidence en appartient & un personnage que l'empereur désigne et qui lui-même n'est d*ordinaire pas ministre. Durant la plus grande partie du règne d'Alexandre II, le président du comité était un homme de cour, sans valeur ou influence politique, un général Ignalief, parent du célèbre négociateur de San Stefano. Lorsque, un an ou deux avant sa mort, Alexandre II avait appelé à ce poste un des plus distingués de ses anciens collaborateurs, le comte Valouief, successivement ministre de Tintérieur et des domaines, on s'élait demandé si, entre ces nouvelles mains, cette présidence, jusque-là purement honorifique, n'allait pas prendre une valeur politique. En fait, il n'en a rien été, et Alexandre III a,

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