‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 40 sur 255 · AUTOCRATIE ET SOLIDARITÉ MINISTÉRIELLE · texte numérisé non relu

AUTOCRATIE ET SOLIDARITÉ MINISTÉRIELLE

d'eDlever t ces derniers, et par suite à leur mattre, la fa* culte de décider aucune affaire sans le consentement de tous leurs collègues; on a érigé en principe que les do* kladSf ou rapports ministériels, ne devraient être soumis à la sanction suprême qu*aprës une délibération du Conseil. Le procédé est des plus simples ; mais, s'il n'était accom-» pagbé d'aucun autre changement dans lÉtat, si, en droit, le pouvoir absolu restait entier, il serait difficile d'assurer, dans la pratique, la stricte exécution d'une pareille règle* Comment, en effet, interdire à l'empereur d'arranger tello ou telle afTaire avec un ministre favori, et de quelle manière le contraindre à ne rien trancher en dehors de son conseil ?

Cette question a été, au printemps de 1881, l'occasion de la dissolution du premier ministère de l'empereur Alexandre III. Pour rassembler toutes les forces du gou« vernement, dans la lutte contre le nihilisme, pour mettre fin aux trop fréquentes guerres civiles des administrations entre elles, il avait été décidé, selon ie principe posé plus haut, qu'à Tinverse de ce qui se pratiquait sous Alexandre II, les ministres ne présenteraient plus & la signature impériale que les mesures approuvées en Conseil par leurs collègues. L'empereur, paralt-il, avait sanctionné cet arrangement, le public en avait été informé; on se flattait déjà de voir la Russie en possession d'un vrai cabinet, lors*, qu'une intrigue de cour, comme il en peut toujours surgir en un gouvernement absolu, vint tout modifier. On avait oublié que la première condition pour qu'un pareil prin* cipe pût être respecté, c'était que tous les ministres fussent d'accord et obéissent à la même inspiration. Or il était loin d'en être ainsi du premier ministère d'Alexandre IIL On y distinguait, selon les traditions du règne précédent, au moins deux tendances, plus ou moins nettement indiquées, car, en Russie, les couleurs politiques sont encore loin d'être aussi tranchées qu'ailleurs. Les partisans des idées soi-disant libérales ou occidentales semblaient l'em-

porter par le nombre comme par Tinfluence. C'étaient, notamment, d'anciens ministres d'Alexandre II, le général Loris Mélikof, ministre de Tintérieur, le général Dmitri Milutine, ministre de la guerre, et M. Abaza, minisire des finances. Ces trois personnages formaient une sorte de triumvirat dont l'ascendant semblait devoir être prédominant. A côté, ou, mieux, en face d'eux, se rencontraient des hommes appelés au pouvoir par le nouvel empereur^ et qui passaient pour représenter les aspirations plus ou moins vagues du parti national, ou des néo-slavophiles; C'était d*al>ord le général Ignatief, l'ancien ambassadeur à Gonstantlnople, alors minisire des domaines, puis le pro-» cureur général du Saint -Synode, M. Pobédonoslsef, ancien précepteur d'Alexandre III, traducteur de l'/mt/o/ton, homme avant tout religieux et conservateur, en tout cas, mieux disposé pour Moscou et le parti national que pour les idées occidenlales en vogue à Pétersbourg. Ce n'était pas un ministère composé d'éléments aussi disparates qui eût pu imprimer à toute la politique une direction uniforme. L'inexpérience russe pouvait seule s'y tromper, mais la déception devait être rapide. Au moment où Ton se flattait déjà de voir la Russie entrer en possession d'un vrat cabinet, éclatait une crise ministérielle, sans précédent jusqu'alors. L'empereur Alexandre III avait, en dehors de ses pripcipaux ministres, arrêté les termes de son mémo-' rable manifeste du 29 avril 1881, où, pour la première fois^ il faisait part de sa politique & ses peuples et à l'étranger. Ce manifeste, qui affirmait solennellement et avec une sorte d'affectation le pouvoir autocratique*, avait été préparé' dans l'ombre par M. Pobédonoslsef et le général Ignatief, avec l'appui du grand-duc Vladimir, frère de l'empereur, et avec l'aide de M. Katkof, le hautain rédacteur de la

1. Dans les traductioDs de ce document publiées à Saint-Pétersbourg, on] a quelque peu atténué le texte original, en substituant aux mots c autocrate » 01 « autocratique > les mots d* c autorité § ou de c pouvoir suprême ».

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