Annexe U à ia notification de septembre
2. 11 importe de dire que les maisons de Saint-Pétersbourg sont d'ordinaira fort grandes, et comprennent parfois des centaines de logements. Les portiera sont devenus des auxiliaires de la police «qu'ils renseignent sur les habitants.
fonctions spéciales, à intervenir dans nombre d'aflaircs plus ou moins étrangères à sa mission. Un journal remarquait que les lois de l'empire ne contenaient pas moins de 5075 articles touchant les attributions de la police. Pour remplir tous les devoirs qui lui incombent, un employé de la sûreté serait obligé d'être à la fois officier de santé, chimiste, architecte, censeur, huissier, accusateur public près de la justice de paix, adjoint des juges d'instruction, inspecteur de l'accise, surveillant des recrues ou des soldats de la réserve, et en outre exécuteur, toujours disponible, des ordres de toutes les autorités. Cetle multitude d'attributions diverses convertit ses agents en fonctionnaires à tout faire, et distrait naturellement la police de sa vocation principale, du soin de veiller à la sécurité et à la salubrité publiques. A force d'en étendre la sphère, on en affaiblit l'action. Les préoccupations politiques ont, dans les dernières années, accru encore cet inconvénient. La lutte contre la révolution, qui absorbait toute l'attention et les capacités de la police, la détournait de soins moins importants; à force de veiller à la sûreté de l'État, elle perdait de vue la sécurité des particuliers. La chasse aux conspirateurs et aux sociétés secrètes laissait des loisirs aux assassins et aux voleurs, dont la vulgaire capture ne pouvait inspirer le même zèle, ni rapporter les mêmes avantages. Les malfaiteurs bénéficiaient ainsi de la guerre engagée entre le gouvernement et le nihilisme, et les facultés extraordinaires accordées à la police ne profitaient point à la sécurité publique.
C'est dans les petites villes et dans les campagnes, là où tout contrôle et tout recours sont impossibles, que la police est le plus défectueuse, qu'elle se permet le plus d'abus et de prévarications. Les paysans, les ouvriers, les petites gens ont fréquemment à pâlir de la cupidité, de l'arbitraire ou de l'insolence de Vispravnik, du stanovoï et de leurs subordonnés. Dans un pays aussi vaste, à population d'ordinaire aussi peu dense, il est naturellement malaisé
POUCE DES GAMPÂONES. 133
d'entretenir une bonne police. Cela est particulièrement dif- Gcile pour les campagnes : au temps du servage l'autorité des propriétaires fonciers et de leurs comptoirs y maintenait Tordre. L'émancipation a, malgré les efforts de la haute noblesse, aboli la police seigneuriale sans toujours la remplacer. Un des membres les plus marquants des commissions de rédactioriy le prince Tcherkassky, avouait, dans sa correspondance privée, que si la nouvelle organisation avait un défaut, c'était l'insuffisance du pouvoir répressif dans les campagnes*. Cette lacune a souvent fait regretter l'ancienne police domaniale, que les efforts plusieurs fois répétés d'une partie de la noblesse n'ont pu faire rétablir. Aux comptoirs des grands propriétaires, le gouvernement a préféré les communes des paysans; mais, malgré les pouvoirs accordés aux anciens de village ou de volost, malgré l'autorité concédée à la police sur les administrations communales, ces dernières ont peine à protéger les campagnes contre les vagabonds, les ivrognes, les voleurs, les incendiaires. La sécurité dans les villages était si mal garantie que, vingt ans après l'émancipation, j'ai entendu nombre de propriétaires déclarer, avec la Gazette de Moscou^ la campagne inhabitable. Aussi le gouvernement a-t-il décidé, vers la fin du règne d'Alexandre II, la création d'une police rurale spéciale. Celte institution, encore toute récente et déjà condamnée, mérite un moment d'atlention, elle est un exemple typique de ce que peuvent produire, en Russie, les innovations en apparence les meilleures.
Des agents de police, au nombre de 5000 ou 6000, furent disséminés dans les campagnes de l'intérieur. On les arma, on les monta, on leur donna de bons appointements et des droits étendus. Ces nouveaux gardes à cheval ruraux, créés en 1878, sont appelés ouriadniki\. Ils diffèrent de nos
1. Lettre du prince Tcherkassky (23 juillet 1861). Voyez Un homme cPÊlat fUi$e {Nicolas MUutine)t dCaprès sa correspondance inédile. Hachette; 1884