‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 58 sur 255 · Du mot ouriadf ordre · texte numérisé non relu

Du mot ouriadf ordre

gendarmes ou des carabiniers ilaliens en ce qu'ils ont chacun leur circonscription isolée, au lieu d'être embrigadés. Au début, on ne tarissait pas en éloges sur cetle excellente institution : les états provinciaux (xemslvos) demandaient à Fenvi des ouriadniks, les journaux étaient unanimes pour regretter que la pénurie du budget ne permit pas d'en doubler ou en tripler le nombre. Deux ou trois ans plus tard, il y avait sur cette même gendarmerie unanimité eu sens inverse : la presse en dénonçait bruyamment les abus, autant du moins que le lui permettait la censure ; le public en réclamait universellement la suppression. Est-ce là encore un exemple de l'inconstance russe? Non ; ce peuple, qu*aucune désillusion ne peut fermer à Tespoir, avait eu seulement une déception de plus. Il avait suffi de quelques mois pour transformer ces nouveaux gardiens de la tranquillité publique en petits tyrans locaux dont l'avidité, le caprice et l'intempérance se donnaient libre carrière. Investis du pouvoir d'arrêter tous les gens suspects, les ouriadniks sont devenus la terreur des campagnes qu'ils devaient protéger. Les gens lettrés les comparent aux sinistres opritchnicks d'Ivan le Terrible ; le paysan, victime de leur insolence et de leurs rapines, les a, par un jeu de mots populaire, baptisés du sobriquet de voleurs de poules*. De hauts fonctionnaires, des gouverneurs de province, ont cru devoir en signaler le brigandage. Voilà donc une institution tutélaire, que les habitudes d'arbitraire, de désordre, de vénalité, jointes aux préoccupations de la chasse aux nihilistes, ont métamorphosée, dans l'espace de deux ou trois années, en nouvel instrument de vexation et d'oppression. Celte garde rurale a montré que, dans l'empire autocratique, le pays pouvait parfois plus souffrir de la police que de l'absence de police *.

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