‹ L'empire des tsars et les RussesChapitre 86 sur 255 · ZEMSTVOS : LEUR EXTENSION · texte numérisé non relu

ZEMSTVOS : LEUR EXTENSION

transformés en tchinovniks d'un nouveau genre. Au lieu de puriGer Tadminislralion et de désinfecter Ja bureaucratie, ils n'ont pu en respirer impunément l'air méphitique, et ont quelquefois gagné le mal qu'ils avaient pour mission de combattre.

Bien que légalement recrutées de la même manière, ces assemblées terriloriales diffèrent, du reste, beaucoup les unes des autres. Elles ont une physionomie diverse suivant les diverses provinces. 11 suffit souvent de peu de chose, d'un homme de plus ou de moins, pour les transformer, secouer leur apathie et les éveiller à une vie nouvelle. Nulle part le levain de l'énergie individuelle n'est plus nécessaire ni plus efficace. Les zemstvos de district qui ont rendu le plus de services le doivent d'ordinaire à un petit groupe local ou à une personnalité active et dévouée. Aussi tel zemstvo qui, durant des années^ s'était distingué par son zèle retombe-t-il tout à coup dans l'indifférence et l'obscurité, comme s'il avait perdu la vie en perdant son leader^.

Si imparfaites que soient ces assemblées territoriales, les provinces qui en possèdent ont un incontestable avantage sur les régions qui en sont dépourvues. Tous les gouvernements de l'empire, en effet, n'ont pas été dotés à la fois de ces Élats provinciaux. En fait de réformes et d'inslilutions, on ne procède pas, en Russie comme chez nous, par mesures uniformes, promulguées le môme jour dans toutes les parties du territoire. Le gouvernement impérial reste maître de la distribution comme de l'introduction des réformes que sa main répand sur l'empire, il les applique là où bon lui semble. Dans un État aussi vaste et aussi complexe, il n'en saurait guère être autrement. Cette méthode a un avantage, elle permet d'éprouver en un champ restreint les instilutions nouvelles, de ne les étendre à tout l'empire qu'après en avoir vu l'effet

1. Mordovlsef : Déciatilétié rousskago semstva; cf. Véslnik Evropy (mars 1881).

dans les provinces les mieux préparées. Aujourd'hui que les zemstvos semblent s'ôlre acclimatés sur le sol russe, le moment paraît venu d'en accorder le bénéQce & toutes les parties du territoire, à toute la Russie d'Europe au moins, si ce n'est encore au Caucase et à la Sibérie occidentale, dont de semblables institutions stimuleraient singulièrement les progrès. Pendant une dizaine d'années, il n'y a eu que 29 ou 30 gouvernements de la Grande ou de la Petite-Russie à jouir des bienfaits de ce self-governmcnt local. Il y en a, croyons-nous, 35 & cette heure*. En dehors même de l'ancien royaume de Pologne, qui n'est nominalement assimilé aux provinces de l'empire qu'à condition d'être privé du bénéfice de toutes les lois libérales édictées pour la Russie, il reste encore en Europe une quinzaine de gouvernements dénués de ces utiles institutions; ce sont pour la plupart des provinces frontières, c'est-à-dire les moins russes par la nationalité ou les traditions. Ces contrées, telles que les anciennes provinces lithuaniennes ou polonaises, sont précisément celles qui souiTrent le plus de l'arbitraire bureaucratique et de la centralisation pétersbourgeoise*. Alors qu'ils se font un juste honneur d'avoir contribué de leurs armes à la libération des Slaves du Balkan, le gouvernement et le peuple russes ne sauraient toujours oublier que, dans les limites mêmes de l'empire, il y a de vastes pays slaves auxquels la Russie

1. Dans les 35 gouvernements en possession de zemstvos, on comptait plus de 400 assemblées de district.

2. Les provinces baltiqucs, Livonîe, Courlande, Esthonie, qui avaient conservé leur landtag et leurs coutumes historiques, sont dans une position toute différente de celle des provinces polonaises. Ces trois provinces baltiques étaient, en vertu d'anciennes chartes, demeurées des pays privilégiés. Le gouvernement russe est, depuis quelques années, en train de les assimiler au reste de l'empire. Bientôt l'administration locale y aura perdu ses caractères particuliers et le self-govemment ses formes germaniques et féodales. 11 est à désirer que cette inévitable transformation ne proûte pas seulement ù la bureaucratie et que, dans son désir d'unification, le gouvernement impérial ne détruise pas entièrement des institutions qui, à plusieurs égards, sont supérieures à celles du reste de l'empire, et pourraient suggérer d'utile» modifications dans l'administration provinciale actuelle.

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