ZEMSTVOS : DÉCEPTIONS
«ol et d'achever la maison, car, sans les étages supérieurs et sans le toit qui les met à couvert de la pluie ou du soleil, le sous-sol et le rez-de-chaussée ne sauraient guère être habitables.
C'est là ce que la plupart des Russes n'ont pas compris, ce que beaucoup encore se refusent à confesser aujourd'hui. Ils n'ont voulu voir que ce qui flallait leur amour-propre et ont couru ainsi au-devant des déceptions. Le self-government local, tel qu'il a élé institué par Alexandre II, était le meilleur mode d'initiation à la vie publique, la meilleure manière de dresser peu à peu la nation au maniement de sesaiTaires. C'était un excellent apprentissage, mais, en se prolongeant indéfiniment, l'apprentissage risquait de dégoûter les apprentis. Le self-government local, impuissant à se suffire à lui-même, ne saurait être qu'un commencement, un point de départ; prétendre s'y arrêter indéfiniment, c'est, à notre sens, une illusion, et cette illusion a élé celle du gouvernement et du pays avec lui.
Le pouvoir n'avait rien négligé pour enfermer les États provinciaux dans l'étroite enceinte des alTaires locales et clore toutes les fissures par où ces assemblées eussent pu être tentées d'en sortir. Le droit de pétition, le plus élémentaire et le plus humble des droits qui puissent être reconnus à un peuple ou à des corps délibérants, le droit de déposer des vœux au pied du trône, a été refusé aux assemblées territoriales, ou, s'il leur a été concédé, il a été rigoureusement borné aux intérêts locaux, et les zcmstvos russes n'ont pas eu, comme nos conseils généraux français, besoin de se faire souvent remémorer la loi par les représentants du gouvernement'. Lorsque, dans la naïve
1. Sans sortir du domaine des inléréls locaux, ob la loi les enferme» les nouveaui Étals provinciaux pouvaient tendre indirectement à élargir leur sphère d'action, ao nom môme do Tintérét local, en se mettant en rappc.rt les uns avec les autres, en se concertant avec leurs voisins pour les allaires qui touchent plusieurs provinces. La burcaucraUe ne pouvait voir d'un bon œil les zemstvos entrer en relation ensemble, et les provinces s'unir, ne fût-ce que dans un intérêt purement économique. Aussi les zemstvos ont-ils
ferveur de leur noviciat à la vie publique, un ou deux zeaistvos firent mine de porter leurs regards au delà de lliorizon provincial, le pouvoir central les rappela sévèrement à leur spécialité et à la modestie de leur mission. Vers 1867, les États provinciaux de Saint-Pétersbourg furent brusquement congédiés pour avoir osé exprimer un vœu illégal en faveur des libertés politiques, et le président de cette imprudente assemblée, un Chouvalof, proche parent du chef de la ///• sectiorij se vit, par mesure de police, éloigné de la capitale. La leçon n'a pas été perdue : depuis lors, peu de zemstvos ont essayé de s'élever au-dessus de leur rôle légal.
Quand, avec une inconséquence expliquée par le trouble de ses conseillers et la terreur des conspirations, Tempereur Alexandre II, dans Teffarement de la crise nihiliste, fit, en 1879 et 1880, appel au concours du pays et des différentes classes de la nation, la plupart des zemstvos ne répondirent que par des adresses banales et de stériles protestations de dévouement, qui ne pouvaient apporter au pouvoir aucune force réelle. Deux ou trois assemblées seu* lement osèrent, dans leur réponse à l'appel impérial, indiquer discrètement au gouvernement les réformes qui pouvaient l'aider à triompher de Tesprit de rébellion. Le zemstvo de Kharkof eut seul la courageuse franchise de déclarer que, la loi leur interdisant toute discussion sur les affaires générales, les zemslvos ne sauraient offrir leur appui au gouvernement, dans la lutte contre la révolution, que si leurs attributions étaient légalement étendues *•
été d'abord rigoureusement maintenus dans leurs frontières respectives et n'ont-ils obtenu qu'en 1879, et pour des motifs déterminés, la faculté de se concerter ensemble. On ne saurait s'étonner de ces défiances, alors qu'en France nos départements, qui sont huit ou dix fois plus petits et deux ou trois fois moins peuplés que les gouhemies russes, ont été systématiquement maintenus dans leur isolement, et que nos conseils généraux n'ont obtenu que depuis 1871, et non sans restriction, le droit de prendre des mesuixis communes pour des intérêts communs.
1. Le texte de cette délibération^ que la presse russe de l'étranger osa seule