‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 28 sur 93 · ET DE ÉTIQUETTE · texte numérisé non relu

ET DE ÉTIQUETTE

Il n'est pas un Européen qui, après un séjour trèslimité dans une ville de l'Empire du Milieu, ne soit vivement frappé du savoir-vivre de ses habitants à quelques classes qu'ils appartiennent, de l'aisance dô leurs procédés et de l'urbanité de leurs manières. La politesse chinoise est devenue proverbiale parmi toutes les notions du monde. Le peuple aux cheveux noirs est certainement le mieux élevé de tous les peuples, sans excepter ceux de l'Occident et soit qu'il faille considérer sa bonne éducation comme une conséquence naturelle de la douceur des mœurs nationales, soit qu'on doive l'envisager, au contraire, comme le résultat trompeur et factice de Thypocrisie de son caractère, elle n'en facilite pas moins ses relations sociales, en même temps qu'elle manifeste, dans tous ses actes, son intelligence pratique et sa grande expérience de la vie. L'inférieur doit toujours témoigner son respect envers son supérieur et les marques de son respect doivent être d'autant plus profondes que sa position est plus humble ou que le rang

de son supérieur est plus élevé. Tel est le grand principe que Ton inculque à Fenfance dès qu'elle atteint Tâge de discernement et dont l'application confiée au vigilant contrôle de la cour des Rites, réglée, depuis des siècles, par les diverses formules de l'étiquette, conformément auxpositions respectives des individus, constitue le cérémonial de l'empire. Ces formules ne sont pas observées dans les rapports usuels de la vie, mais elles constituent les premiers éléments de l'éducation, et comme les habitudes de l'homme fait rellètent toujours les impressions de sa jeunesse, le peuple chinois se distingue, entre toutes les nations du globe, par les forme» ' extérieures de sa politesse et de sa courtoisie. * Le rit natiotial admet 8 espèces de salut que nous Les huit wiuts. attons éïiumérer et définir. Le premier, le Kong chao, est le moins humble de tous; il consiste simplement à joindre les mains et à les élever devant sa poitrine. Pour accomplir le second (Tsoh-yih), on salue profondément avec les mains ainsi jointes. On fait le troisième ffatsien), en pliant les genoux sans les poser à terre, et le quatrième, Tsien, en s'agenouillant. La cinquième forrirre du salut, Kotao, exige que Ton s'agenouille et que l'on frappe une fois la terre du front, tandis que la sixième, San-kao, demande qu'une fois agenouillé on mette, trois fois de suite, le^ front dans la poussière. Pour s'acquitter du Lou-kao qui est le septième, il faut répéter deux fois le San-kao et on le répète trois fois de suite pour le San-koueikiou-tao qui est la forme la plus solennelle et la plus humble de toutes les salutations. Sétifë, le ciel et l'empereur qui le représente sur la terre, y ont droit. Le Lou-kao est dû aux dieux sttpérients et l'on accorde le San-kao aux autres divinités.

Entre personnages officiels, les lois de l'étiquette doi- Étiquette offlcu vent être ponctuellement suivies toutes les fois qu'ils se

visitent ou qu'ils se rencontrent devant témoins. Le fonctionnaire qui va rendre ses devoirs à un collègue, lui envoie préalablement sa carte de visite où figurent ses noms, prénoms et qualités. Lorsqu'il est reçu, son hôte sort de ses appartements, va au-devant de lui, souvent jusqu'à sa chaise, marche à reculons jusqu'à la porte et, après avoir échangé avec lui force saluts en nombre égal, il le fait asseoir à sa gauche, sur le banc d'honneur qui occupe le fond de l'appartement. Une table sépare toujours le maître du logis de son visiteur. On apporte du thé, des gâteaux, du bétel, du tabac et des pipes, et l'entretien s'engage. Quand il est terminé, le visiteur se lève et recule, à son tour, jusqu'à sa chaise pendant qu'ils renouvellent tous deux leurs saluts et leurs démonstrations respectueuses. Les fonctionnaires civils font leurs visites en chaises à porteur, tandis que leurs collègues militaires ne doivent sortir qu'à cheval. En général, les uns et les autres évitent, par tous les moyens possibles, de se trouver sur le chemin de leurs supérieurs. Entre égaux, les rencontres sont fatigantes. Ils sortent de leurs chaises ou descendent de cheval, vont audevant l'un de l'autre, saluent et reculent ensuite, en continuant leurs mutuelles politesses jusqu'à leur véhicule ou leur monture, chacun d'eux s'efforçant d'y arriver avant Tautre. Mais, quand les rangs officiels des deux personnages ne sont pas les mêmes, elles sont humiliantes pour l'inférieur qui est tenu d'accomplir, en présence de son escorte, les actes les plus révérencieux, pendant que l'autre ne daigne même pas mettre pied à terre. Ainsi le veut l'impitoyable étiquette qui attache, d'ailleurs, dans toutes les circonstances le plus grand prestige à l'î^utorité. L'homme du peuple ne peut parler au fonctionnaire qu'à genoux, à moins que son grand âge ne le dispense de cette mortifiante posture.

Les simples particuliers ne se montrent pas beaucoup moins formalistes dans leurs relations sociales que les mandarins, seulement les règles de leur politesse sont moins compliquées et moins rigoureuses. Pour se saluer entre personnages occupant dans le monde des positions égales, on croise ses mains devant sa poitrine et on les agite de bas en haut en répétant, à plusieui*s reprises, les mots Tsing-tsing (salut, salut). Parmi les gens bien élevés comme parmi les fonctionnaires, les visites sont précédées de l'envoi des cartes; l'hôte va recevoir son visiteur hors de sa maison, le fait asseoir à sa gauche et le reconduit jusqu'à sa chaise. Ce dernier engage la conversation par quelques phrases très-respectueuses concernant la famille du personnage qui daigne le recevoir. Il lui demande des nouvelles de tous ses parents en nommant d'abord les plus âgés. 11 appelle §on père « l'honorable grand homme, » sa femme qu'il ne pourrait demander à voir sans commettre une grande inconvenance : « la très honorable ou la très-digne dame, » ses fils : a les dignes seigneurs. » L'hôte, au contraire, rabaisse systématiquement tout ce qui lui appartiejit. Pour lui, sa femme est « la folle du logis, » « Tinsignifiance des appartements intérieurs. » Lorsque son ami prend congé par cette phrase : « je viendrai un autre jour, solliciter la faveur de vos instructions, » il ne manque pas de lui répondre : « ou plutôt, j'aurai l'honneur d'aller vous rendre demain mes humbles devoirs. » Le fds, quand il s'adresse à son père, ou quand il parle de lui, le désigne par les mots de « Majesté de la famille, » « Prince de la famille, » « grand, vénérable père, » ou d'autres semblables et il n'est pas moins révérencieux pour sa mère. Un grand prestige entoure, au sein de la famille, la situation du frère aîné. C'est lui qui représente le père en son absence, et qui succédera après sa mort à sa pleine autorité. Ses cadets lui

Règles

de la politesse

entre

simples particuliors .

témoignent, en toute occasion, leur déférence et ils observent, à son égard, dans leur langage et leur attitude, certaines règles tracées par le cérémonial.

Au reste, il n'est pas en Chine un seul acte de la vie sociale qui ne soit plus au moins assujetti aux exigences de l'étiquette. Tout est formule dans ce vieux monde.' Les gens bien élevés ou tous ceux qui prétendent Têtre, se parlent, s'écrivent, se visitent, se saluent, s'invitent, s'habillent, se lèvent, s'asseoient, marchent selon les rites. Le sage y doit conformer ses actions, ses gestes, jusqu'à ses pensées. On peut dire que la mode règne en souveraine absolue sur l'Empire du Milieu. Mais la mode chinoise n'est pas, comme la nôtre, frivole, capricieuse, fantasque. Immuable dans ses coutumes depuis des siècles, elle a pour elle toute l'autorité de la tradition.

Envoi de cadeaux. L'une de ces coutumes dont nous avons déjà décrit . les principales, exige qu'en offrant des cadeaux à un ami on les fasse accompagner d'une liste où ils sont énumérés, que le destinataire y indique lui-même son choix, qu'il renvoie tout ce qu'il n'accepte point et qu'il récompense le porteur par le don d'un pourboire

iiiviiaiionsàdîner. (Kam-cha). Une autre veut que les invitations à dîner

aient lieu par l'envoi d'une carte toute semblable à celles dont on fait usage pour les visites. On y écrit la phrase suivante : « Un repas insignifiant attend la splendeur de votre présence. » Cette carte est suivie d'une seconde que Ton expédie le jour même du dîner, pour en faire connaître l'heure. L'hôte reçoit ses invités en habit de gala, mais, lorsqu'ils sont tous réunis et qu'il leur a présenté ses hommages en s' excusant de son audace, il se met à l'aise et les prie d'en faire autant. On prend place alors soit à une table commune surchargée de gâteaux, de fruits; de plats, de bols, de saucières, de tasses en porcelaine de toute forme et de toutcf taille.

MCEURS ET RELIGION Si5

soit à de pelites tables isolées qui reçoivent chacune deux convives. Nous avons dit plus haut que les Chinois ne mangeaient pas de viandes rôties. Les grands bols contiennent les ragoûts; on place sur les plats les fruits et les gâteaux. Chacun des invités a, pour son usage particulier, une tasse que Ton remplit de riz toutes les fois qu'il le demande, une petite coupe où on verse le vin chaud, deux bâtonnets en bois de bambou ou en ivoire dont il se sert très habilement en guise de fourchette (voir page 201) et quelquefois une petite cuiller en porcelaine. Ces bâtonnets sont désignés dans la langue écrite par deux caractères qui signifient « garçons diligents » {Kouaï ts) et rien ne saurait être mieux justifié qu'une telle épithète, tant est grande la célérité avec laquelle ils fonctionnent. Les ragoûts et les soupes sont nombreux et très-variés, mais, au lieu de commencer par le potage, les repas débutent d'ordinaire par les fruits et les douceurs. Fort bavard et très-sensuel dans l'occasion, le Chinois ne quitte pas la table facilement. Il n'est pas irare qu'un dîner dure quatre heures et qu'il comporte deux ou trois intermèdes, quatre ou cinq potages. L'apparition simultanée d'une coupe de riz et d'une tasse de thé que l'on donne à tous les convives annonce que le festin est terminé. A certains moments fixés par l'étiquette, ceux-ci portent, de concert, la santé de leur amphitryon.

Nous avons déjà dit quelques mots du misérable dé- transport Hument des hôtelleries de l'empire. Partout où le ^^ ▼otageu Chinois voyage il emporte avec lui ses provisions de bouche, sa literie, sa batterie de cuisine. Seulement les modes de transport ou de locomotion qu'il emploie, diffèrent suivant la configuration et les habitudes des pays qu'il «traverse. Il fait usage de barques et de ba- fiaie«ax teaux dans les provinces du sud, du centre» de l'est, où ^^ ^"^'*

ET DIS MARCHÀNOlSBt

Voitures.

Chaises à porteur.

bês coulis

et de rs corporations.

les rivières, les lacs et canaux sont très-nombreux, les routes carrossables fort rares, de .voitures dans le nord, de chevaux et de chameaux au nord et à l'ouest, de brouettes dans quelques districts du nord-ouest et partout de chaises à porteur. Les bateaux vont à la voile ou se manœuvrent à la rame. Ils sont spacieux, commodes, parfois élégants (voir livre IV). Le voyageur s'y installe confortablement avec sa suite et ne quitte pas sa demeure flottante avant d'avoir atteint le but de son excursion. Rien déplus grossier et de plus primitif, au contraire, que la voiture chinoise, sorte de tonxbereau attelé d'un cheval, non suspendu, à peine éclairé, porté sur des roues massives, pesantes et quelquefois pleines. On en trouve à louer pour un prix modique dans les rues et sur les places de Péking. Les chaises sont de deux sortes; les unes, frêles assemblages de petites bûchettes de bambou, munies de brancards également en bambou, fort légères, très-courtes, trèsétroites, très-raides, recouvertes d'une simple toile de coton bleu, n'ont jamais que deux porteurs et ne servent qu'aux gens du commun. Les autres, dont font usage les fonctionnaires, les personnages riches et de distinction, sont plus solidement établies et beaucoup mieux fermées, longues, larges, convenablement rembourrées, d'une forme élégante, tapissées de drap et ornées de passementeries. Elles sont portées par deux, quatre,, six ou même huit hommes, suivant le rang ofiîciel du propriétaire. Quant on voyage en chaise, on se fait accompagner par des coulis qui portent les bagages. Sur toutes les routes ou les chemins pavés qui en tiennent lieu sont étabhes, de distance en distance, principalement dans les gros villages, des stations de coulis qui louent leurs services aux voyageurs et se chargent d'efftîctuer euxmêmes, à dos d'hommes, le transport des chaises à porteur, des paquets et des marchandises. On change de

coulis aux stations, comme on change de chevaux et de postillons aux relais de poste. Alertes, infatigables, sobres, de bonne humeur et, en général, de facile composition, exerçant leur dur métier de père en fils, les coulis chinois forment, dans Tempire, une nombreuse et influente corporation. Ils ont soin ordinairement de diviser leurs fardeaux en deux parts de poids égal, suspendues chacune à l'extrémité d'une longue latte de bambou qu'ils placent alternativement sur leurs deux épaules. L'équilibre ainsi établi, le labeur parait moins rude. Leur marche est rapide, régulière. Pour en accélérer et en cadencer le mouvement, ils s'aident parfois d'un cri guttural et triste : A-ho, a-ho, qu'ils poussent en mesure et qu'on entend de fort loin. Ce sont également les coulis qui se chargent de traîner les brouettes sur lesquelles on voyage dans quelques parties* de l'empire. La brouette chinoise ditfère complètement de la Des bronettet* nôtre par sa forme et sa construction. Ses conditions statiques sont fort bonnes. De chaque côté de sa roue qui est très-haute sont ajustées deux larges banquettei?; sur l'une s'installe le voyageur et sur l'autre on f)lace les effets. Deux hommes mettent en mouvement c^tte singulière machine. L'un la tire avee une corde ; l'autre la soulève et la pousse suivant le mode européen. ^Quelquefois, quand le vent est bon, ils y ajoutent un xnât et une voile.

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