‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 32 sur 93 · OU CULTB DE FO · texte numérisé non relu

OU CULTB DE FO

Bondha.

%Êê L'EMPIRE DU MILIEU

de rinde» au plus grand des animaux. En venant au monde il marchait tout seul, et dès qu'il eut quitté le sein de sa mère, il cria d'une voix forte^ montrant d'une main le ciel et de l'autre la terre : « Il n'y a que moi dans le ciel et sur la terre que Ton doive honorer. » On lui donna d'abord le nom deSavarthasidda, mais il reçut, pendant sa jeunesse, celui de Sakia-sinha ou de Sakia" Mouni (le lion ou le dévot de la race Sakia) et ses disci*pies lui décernèrent, un peu avant sa mort^ le titre honorifique de Boudha qui représente la raison parfaite et la suprême intelligence. Dans sa 18^ année, il avait épousé trois femmes. Deux ans plus tard^ il les répudia et quitta entièremieni le monde pour la retraite, Tétuda et l'enseignement. Sa doctrine, très supérieure à la philosophie religieuse des brahmanes^ fit bientôt de grands progrès. A 29 ans, il visita les lieux saints du désert et convertit les habitants du Kachemire. Ayant atteint sa 79® année, il établit sa demeure entre les branches d'un grand arbre fort touffu, y passa deux mdç et demi, absorbé dans la plus silencieuse méditation, et mourut après avoir prononcé cette désolante maxime qui fut le couronnement de son édifice religieux et le dernier mot de son système : c Apprenez que le néant 9 est le principe et la fin de toute chose ; que l'homme » sort du néant et y retourne; que le néant doit être le » but unique de ses efforts et de ses espérances. » Cnite extérieur. Les préceptes du maître furent recueillis dans le

Khagieur (commandements) qui compte 108 volumes rédigés en langue sanscrite. Us comportent, en réalité, deux systèmes : l'un que l'on peut considérer comme la. forme extérieure et vulgaire du boudhisme ; P autre qui représente la croyance intime des initiés. Le premier défend le meurtre de toute créature vivante, le vol, l'impureté, le mensonge, l'usage des liqueurs enivrantes; il enseigne que le dieu Fo est venu au monde pour

saiiver^lBS hoiBBies, expier leurs fautes, les ramener à la vertu, ejt que^ pour accomplir sa misdiou divine, il ^ subi, depuis le couimencement des siècles, plus de huit mille ÎQCjarnatioos dans Les corps de différents animaux; que les mérites ou les crimes des hommes sont récompenséSy après leur mort, par de suprêmes béatitudes ou punis, soit par des châtiments dont la description est ^Qfoyable, soiit par de successives transmigrations, mais que l'on peut, dès cette vie, racheter ses fautes par des aumônes, des prières, des ser viees rendus à la société ou aux priètres de Boudha, principalement par la fréquente répétition de certaines formules ineompréhensibto, purement phonétiques, où domine l'expression #-i»î4t, â-mi-li-fou^ et auxquelles sont attachées des indulgences. Les plus efficaces de ces formules rédemptrices sont tarifées et les pénitents les font réciter par les pfiêtres, à tant de la centaine ou du millier. Il est dffîcile de ne point remarquer, en passant, les étranges sioûUtudes qui rapprochent cet usage bis^rre et d'autres pr^^Uies du boudhisme de certaines observances extérieures du culte catholique. Nos missionnaires et tous tes voyageurs européens qui ont visité la Chine, eii ont &it spontanément l'observation, sans en pouvoir expliquer l'origine. La forme des autels que renferpient les tj^a^>les dédiés au dieu Fo, à ses incarnations ou à ses satellites, le ton et la mesure dés chants qu'on y célèbre^ ie eoslume et l'attitude dès officiants, la coupe des vi&tements sacerdotaux, la vie commune des moines et de» nonnes boudhistes dans de vastes monastères enrichis par la candide piété des fidèles, leurs règlements dis(Diplinaires et hiérarchiques, les hommages universellesoent rendus, surtout par les marins, à la vierge Kauanryin(mhre du ciel, mère de miséric(^de), rappellent,

1. On suppose que c'est le nom d'une des incarnations les plus cétëksfs et les plus jénérées da dieu Boadba.

Divioités fN>udbiqaes.

Couvents boudhiques.

par de singulières analogies, le rit et lë dogme romains. Toutes les provinces de la Chine renferment un grand nombre de couvents boudhistes dont quelques-uns possèdent des' biens-fonds très-étendus et d^- vastes bibliothèques. Les dévots y honorent particulièrement, outre Kouan-yin (la dëesse juste, miséricordieuse, toutepuissante) et Ta-mo^ Tapôtre de la Chine, Ti-tsang^ roi des enfers, les dix-huit Louo-han qui furent les plus illustres disciples du maître; enfin, la trinité boudhique, représentée par trois statues semblables, accroupies sur des fleurs de lotus» et comprenant : 0-mi-^t -/b (le premier Boudha), Ça-kia (fondateur de la religion), Mi-lo-fo (le Boudha futur, celui dont Tavénement est attendu). Les moines auxquels on donne le nom de bonzes ont la tête entièrement rasée et portent une robeflot«> tante de couleur grise. Ils font vœu de célibat et de pauvreté et ne peuvent manger que des végétaux. La culture de leurs terres; la vente des amulettes, des charmes, des formules ; les honoraires qu'ils reçoivent pour^la récitation de ces formules; les consultations qu'on leur demande ; les cérémonies des funérailles, ou les rites qu'ils accomplissent dans Tintérieur des familles pour toutes' les grandes circonstances de la vie ; les aumônes qu'ils obtiennent ou qu'ils extorquent, assurent leurs moyens d'existence. Ils se recrutent eft recueillant des orphelins ou en achetant de jeunes garçons. On a vu des personnages revenus des vanités, ou accablés des soucis du monde , se confondre dans leurs rangs. L'estime publique leur est généralement refusée parce qu'on les croit coupables d'abominables souillures et que leur profession les exempte de tout labeur physique, ainsi que de Thonorable responsabilité des devoirs filiaux. Les nonnes ne jouissent pas en général d'une plus grande considération, ni d'une réputation meilleure. Elles portent le même costume que les hommes et pro-

MCEURS ET RELIGION 299

noncent les mêmes vœux, mais n'y sont pas admises avant leur 17* année, bien qu'elles puissent, dès leur plus bas âge, revêtir la robe grise du couvent. Leur devoir est d'instruire et d'aider les pauvres. Quelquesunes se sont illustrées par leurs vertus et leur savoir. Elles sont très nombreuses, très intrigantes et savent, à merveille, s'afiSlier dans le monde de jeunes femmes riches et de bonne famille qui, devenues veuves, enrichissent leurs communautés.

Humbles et méprisés dans la Chine proprement dite chamanisme. où le gouvernement tolère simplement leur culte sans lui reconnaître aucune importance officielle, les prêtres boudhistes constituent, en Mongolie et au Thibet, une puissante hiérarchie civilement et politiquement organisée ; c'est le chamanisme ou plutôt la secte jaune (Houang-Kiao) qui emprunte son nom à la couleur de son costume, dont les pontifes s'appellent lamas et dont le chef suprême le dalai-lama, incarnation vivante du dieu Boudha, habite Lassa (voir page 140], capitale du Thibet, où il occupe un palais magnifique. Comme les bonzes chinois, les lamas mongols et thibétains font vœu de sobriété, de modestie, de sincérité, de pauvreté, de chasteté et d'ignorance, et n'en sont pas moins sensuels, orgueilleux, fourbes, riches, licencieux et fort adonnés à l'étude des sciences dont la pratique peut accroître leur opulence et leur autorité. Ils exercent une influence absolue, par leurs innombrables maléfices, sur les populations grossières et superstitieuses des vastes pays où ils résident. Témoin de leui^ merveilleux et incroyables sortilèges, un de nos célèbres voyageurs, le père Hue, n'hésite point à y voir l'action directe du diable. Depuis plusieurs siècles, les empereurs du Milieu partagent avec la secte jaune, dans la Tartarie et au Thibet, le pouvoir qu'ils ne pourraient exercer sans son concours. Les fonctionnaires chinois traitent partout.

tdO L'EMPIRE BU MILIEU

avec déférence et considération^ ses principaux minis^ très et ne négligent, toutefois, aucune occasion d'entretenir parmi eux des rivalités intestines qui affaiblissent leur prestige au profit de Tautorité impériale. Doctrineintime. Dégagée des pratiques grossières si universellement

répandues dans la Chine, les Indes, la Tartarie et le Japon, la doctrine de Boudha renferme Un système dont le sens philosophique et abstrait échappe nécessairAnent au vulgaire. Les initiés à la pensée intime du maître croient que le monde matériel (San^sara) n'est qu'une illusion de nos sens, et quil faut en détacher nos âmes, par la contemplation immobile, constante, silencieuse des mérites infinis de l'être invisible et immatériel qui gouverne l'univers ; que le sage parvient, au moyen de cette contemplation, à se pénétrer successiment et si complètement de l'essence divine qu'il y est comme absorbé par sa mort qui le réunit pour toujours à Boudha dans le sein du Nirvana, l'éternel repos. De tels enseignements, enfantés par les mystiques rêveries du philosophe indien, s'accordaient mal avec les habitudes actives, laborieuses et policées du peuple chinois. Un des plus célèbres disciples de Confucius, le grand mandarin Poei-guei, signala officiellement les périls qu'ils feraient courir au commerce, à l'industrie, au gouvernement comme aux relations les plus utiles et les plus sacrées de la vie sociale. Depuis le xiv® siècle de notre ère, les patriarches de la religion boudhique ne résident plus en Chine où ils portaient le titre de princes de la doctrine. Ils ont fixé leur résidence au Thibet et pris, comme nous l'avons vu plus haut, le nom de dalaï-lama (prêtre de la mer). Les moines boudhistes s'appellent, à Siam, talapoins et rahdnen chez les Birmans.

MLAMisME. Dès Ic sccoud sièclc de l'hégire, sous le règne de la

MOEURS ET RELIGION m

dynastie des Tang, la religion de Mahomet, propagée^ soit par les voyageurs arabes, soit plutôt p ar les fréquentes relations de TArabie et de la Perse avec le Turkestan, s'introduisit dans Fempire. La Chine propre ne compte guère plus de 500,000 sectateurs de Tlslam, mais on en trouve. un grand nombre en Mongolie, oh ils forment, principalement dans les grandes villes de rili, une population industrieuse et indisciplinée. II est peu de grandes cités des dix-huit provinces qui ne renferment un ou deux temples dédiés au culte du prophète. Péking en possède jusqu'à 24. Les mahométaus chinois sont particulièrement nombreux dans le Tou-nan, le Kouang-toung, le Ghen-si, le Ghan-si, le Ho-nan et ils tiennent perpétuellement en éveil, par leurs mœurs fières et turbulentes, la vigilance des autorités. Ils se divisent en trois castes qui se distinguent par la couleur de leurs turbans. Les plus zélés font tous les ans le pèlerinage de la Mecque. On sait qu'ils pratiquent les cérémonies officielles du culte de Gonfucius et que plusieurs d'entre eux remplissent des fonctions administratives.

Moins nombreux, plus humbles et plus soumis judaismk. que les mahométans, les Juifs constituent plutôt en Chine une communauté qu'une véritable secte. G'est principalement dans le Ho-nan qu'ils ont établi leur résidence. Ils possèdent à Kaï-foung, capitale de la province, ufie curieuse synanogue où, craintifs et prudents comme tous leurs coreligionnaires, ils ont voulu témoigner, par les signes extérieurs qui la décorent, de leur respect pour les coutumes nationales, sans manquer aux prescriptions de la loi. Elle renferme une salle des ancêtres dans laquelle sont placées des inscriptions funéraires dédiées à la mémoires des patriarches et des prophètes, le trône de Moïse, le livre de la loi, des sen-

tences hébraïques empruntées au texte des dix commandements^ et la tablette impériale que la l^slation chinoise impose à tous les établissements religieux, mais sur laquelle se trouve écrite en hébreu la maxime suivante qui met à Taise la conscience du fondateur : c Écoute, ô Israël, notre Dieu est un Dieu unique.» Les Juifs de Kaï-foung ofiScient dans leur temple à l'époque des solstices, suivant le rit chinois^ mais ils observent la circoncision, la pàque, le sabbat, la fête des Tabernacles et ne s'inclinent que devant une idole, celle de Gonfucius. La doctrine qu'ils professent admet le cieU l'enfer et la résurrection des morts. Ils ne se marient qu'entre eux. On sait qu'ils possèdent le texte hébraïque des livres saints, mais on ignore absolument l'époque de leur arrivée dans l'empire.

cHRîsTiAKHME. S'il était vrai, selon la tradition syriaque, que saint

Thomas eût porté l'Évangile jusqu'aux régions de

l'extrême Orient, aucun vestige de ses travaux aposto-

Origines Uqucs ne se serait conservé en Chine. II paraîtrait tou-

do christianisme tefois que ses successeurs y auraient obtenu des succès

plus durables, puisque le Numide Arnobim» qui écrivit au iii^ siècle, fait mention, dans son apologie de la foi chrétienne, des nombreux adeptes qu'elle avait parmi les Seres*, les Perses et les Mèdes. Au moins semblet-il certain, d'après les témoignages de plusieurs auteurs du VII® siècle, la curieuse narration des deux voyageurs arabes et les récits authentiques du Vénitien Marc-Paul, que la doctrine de l'Église nestorienne * s'est introduite dans les provinces orientales de l'empire, vers le commencement du VI® siècle; que cette Église a fondé, en

1. Les Romains donnaient le nom de Seres aux régions les plus éloignées de l'Asie orientale.

2. Nestorius, patriarche de Constantinople sous Théodore le Jeune, en 428, niait l'union hypostatique du verbe avec la nature humaine et distinguait en Jésus-Christ deux personnes comme deux natures.

Nestorianisme.

Chine, un siège métropolitain relevant du patriarche de Syrie; qu'elle y devint si prospère, sous la protection hautement avouée des premiers souverains de la dynastie Tang, qu'en 845, l'empereur Vou-tsoung, redoutant son influence politique, fit rentrer, d'un seul coup, trois mille de ses prêtres dans la vie privée; qu'après avoir souffert de cruelles épreuves, à l'époque des conquêtes de Gengis-khan et des troubles sans fin qui en furent la suite, elle reprit courage et faveur au XIV® siècle, sous les Youen; qu'affaiblie par les luttes qu'elle eut à soutenir, un peu plus tard^ contre les mahométans, les lettrés et les catholiques^ discréditée, dans l'esprit des premiers Ming, par les sévères critiques des nouveaux sages de l'Occident et par ses propres observances auxquelles s'étaient mêlées, depuis plusieurs siècles déjà, les superstitions nationales, elle disparut de l'empire, vers le xv® siècle, après y être restée plus de huit cents ans. En 1625, les missionnaires catholiques découvrirent à Si-ngan-fou ^ capitale du Chen-si, inscription un curieux monument de cette antique splendeur, au- de Si-ngau-fou, jourd'hui complètement effacée. C'est une table de pierre qui porte une inscription chinoise, dont l'auteur, LioU'$iou-yen^ conseiller aulique, a voulu célébrer l'illustration de l'Église Ta-tsin et perpétuer la mémoire de ses bienfaiteurs. Une longue préface la précède. Elle a été écrite par le prêtre King-tsing^ du culte de Ta-tsin (culte de la Judée), et renferme un résumé de la doctrine, des devoirs sacerdotaux, des travaux et des succès de la mission. Dans le style vague, emphatique, imagé de la phraséologie chinoise, King-tsing définit ou expose l'essence de la divinité; —• l'excellence de l'homme primitif; — les ruses de Satan qui amenèrent sa chute ainsi que les corruptions de l'idolâtrie; — la nécessité de la rédemption et la naissance du Christ dans le sein d'une vierge; — l'adoration des mages;— -la mort

vainûue, le inonde sauvé, la civilisation régénérée pair les nouveaux dogmes sacrés et mystérieux dont la croit est l'emblème^ et qui enseignent la miséricorde, l'égalité des hommes, la protection du faible et du pauvre ; •— le repos du septième jour; — Tutilité de l'enseignement religieux et de la mission du prêtre; — la célèbre entreprise du pontife Olopoun, qui est venu de ItiAée a{)porter la vraie religion aux Chinois; •— les faveufts dont le combla Tempereur TaH-tsongy qui examina luimême sa doctrine et en fit sanctionner l'exercice par un décret; — la protection dont elle fut honorée par ses successeurs et la merveilleuse réputation qu'elle acquit au pays de Judée; — les poursuites douloureuses suscitées, à la fin du vu® siècle, par les intrigues des boudhistes et des lettrés, et la glorieuse résistance des prêtres ; -— les nouveaux bienfaits qu'ils reçurent des empereurs Hiouen-tsoung , Tim-pao, Su-tsotmg, ToKtsoung et Kien-tchoung ; — les travaux, la science et les succès du pontife /saac; — enfin, leséminents services rendus à la cause sacrée par le grand mandarin KauotZBy et la résolution de commémorer, par l'érection d'un monument, tous ces actes illustres, ces noms fameux et ces bienfaits. Les deux inscriptions dont la pierre de Si-ngan-fou est revêtue portent la date de 781 . Attribuées d'abord par les jésuites aux premiers missionnaires catholiques, elles ont été depuis l'objet d'un sérieux examen, et on s'accorde généralement aujourd'hui à y voir l'œuvre authentique de l'un des apôtres de la foi nestorienne.

Catholicisme. Koublaï-khan^ fondateur de la dynastie des Youen, occupait le trône impérial lorsque eurent lieu, en Chine, les brillants débuts de la propagande catholique. Pour être plus clair et plus bref, nous exposerons, par ordre de dates, les principaux faits qui l'ont signalée depuis cette époque jusqu'à nos jours.

1262 : Jean de Monte-Gorviiio, envoyé du pape Ni- ifonie^erfino. oolas IV, arrive en Chine par caravane, après être resté un an aux Indes. Bie% accueilli par le khan, il lutie avec avantage contre Tinfluence nestorienne, bâtit une ^lise et une belle tour renfermant trois grosses cloches, baptise 6,000 personnes, achète 150 enfants qu'il instruit dans les langues grecque et latine, compose plusieurs traités pour perfectionner ses élèves et répandre la vraie religion. Le pape Clément YIII le nomme ardievêque et lui adjoint sept suffragants. L'un d'eux, Nicolas de Bentro^ lui succède, en 1336, sur le siège archiépiscopal et reçoit, bientôt après, l'assistance de 26 nouveaux missionnaires. Il est moins heureux ou moins habile que son illustre prédécesseur. Soit qu'il ne sache point continuer l'œuvre de Corvino, soit plutôt que la propagande catholique eût fait, jusqu'alors, des prosélytes parmi les Tartares qui entouraient le trône, sans prendre pied sur le sol chinois, elle disparaît de Péking avec les descendants de Koublaï et, pendant deux siècles, on n'en retrouve aucune trace dans les annales historiques de l'empire. Repoussée par le gouvernement indigène, discréditée par les négociants espagnols et portugais qui en redoutaient justement le sévère contrôle, elle renaîtra cependant, vers la fin du xvi® siècle, plus persévérante et plus adroite, sous l'infatigable direction de l'ordre des jésuites.

1582 : Stérile tentative de François-Xanier, Il quitte st Françoi.-x«Ti«r. les Indes avec le Portugais Pereyra, chargé d'une mission officielle pour la Chine. Les intrigues du gouverneur de Malacca prolongent, dans cette ville, le séjour de l'ambassade, malgré les saintes impatiences de Xavier. Il continue seul son voyage. Ses forces trahissent son ïèle. Jeté par la tempête sur les côtes de la petite île Santchouen (Saint-Jean), près de Macao, il y meurt avant diavoir mis le pied sur le sol continental de remj>ire.

Premières

tentatlTes des

jésuites.

Ricci.

Paal Siu

et

sa fllie Candide.

1579 : Les Jésuites Ruggiero^ Paccio et Ricci débarquent successivement en Chine. Ricci s'illustre par son incroyable habileté , son admiyible patience et ses infatigables travaux. Aucune difiScuIté ne le rebute. Il renouvelle ses tentatives jusqu'à ce qu'elles réussissent et tourne tous les obstacles pour en triompher. Ses la* borieuses étapes le conduisent successivement à Gbaotchéou-fou (dans leKouang-tong] ; à Nan-tchang, capi* taie du Kiang-si; à Sou-tchéou, capitale du Kiang-nan ; à Nan-king, qui Tavait déjà repoussé et oii ses leçons sur l'astronomie, la physique, la religion furent écoutées, cette fois, avec ravissement; à Lin-tsing-tchéou, Tune des grandes villes du Pe-tchy-li; àPéking, où il arrive précédé d'une réputation immense. L'empereur Van-lieh l'accueille avec empressement, ainsi que son compagnon Diego Pantoja, l'autorise à s'établir dans la capitale et lui accorde une pension sur le trésor. La faveur du souverain accroît l'éclat de ses succès et le nombre de ses disciples. L'un d'eux, le mandarin Siu^ qui remplissait des fonctions importantes, se fait baptiser ainsi que sa tîile; ils reçoivent les noms chrétiens de Paul et de Candide^ et deviennent les plus fervents adeptes de la nouvelle doctrine. Unissant leurs efforts pour instruire et secourir le peuple, ils impriment cent trente traités sur le catholicisme, corrigent ceux que Ricci a déjà publiés , afin d'en rendre le style plus clair et la phraséologie plus classique , répandent d'abondantes aumônes, fondent 39 églises et un hôpital pour les enfants trouvés. Le souvenir de leurs bienfaits et de leurs vertus s'est perpétué jusqu'à nos jours. Candide fut honorée de son vivant, par un décret impérial, du titre de Cho-jen (femme vertueuse), et la reconnaissance des habitants de Shang-haï, où elle résidait, l'a placée, ainsi que son père, au rang des divinités tutélaires de la cité. La séduction du lan*

gage de Ricci, le charme de ses manières étaient irrésistibles; il n'avait qu'à parler pour convaincre. Mais on lui a reproché, non sans raison, de s'être montré trop indulgent pour ses convertis. II est certain qu'en permettant la pratique du culte des ancêtres et de Confucius aux nouveaux chrétiens sous le prétexte qu'ils étaient censés accomplir, toutes les fois qu'ils les honoraient, un rit purement civil, il prépara, par excès de prudence et pour n'avoir point voulu offenser les antiques convictions sur lesquelle repose en partie l'édifice politique de l'empire , la ruine de l'œuvre à laquelle il avait consacré sa vie. Ce grand homme s'éteignit, à 80 ans, sans soupçonner les tristes dissentiments et les rivalités funestes qui devaient livrer ses successeurs aux tempêtes de la persécution.

1617 : Les grands fonctionnaires de l'empire prennent ombrage du crédit dont jouit la nouvelle secte et suscitent contre elle un édit impérial qui expulse les jésuites de la capitale et les bannit à Canton. Ces derniers font tête à l'orage avec prudence et fermeté. Ils temporisetit et l'influence de Paul Siu obtient la révocation de l'édit. A cette époque, ils avaient déjà livré à la publicit^plus de 340 ouvrages sur la doctrine chrétienne, l'astronomie, les mathématiques; la mission de Péking s'était agrandie et les principaux ordres relipéux de l'Europe, éblouis par sa renommée, songeaient à lui envoyer des renforts.

1631 : Arrivée au Fo-kien des dominicains espagnols qui viennent y jeter les fondements d'une mission nouvelle. L'un d'eux, le père Morales, s'élève publiquement contre la tolérance accordée par Ricci aux pratiques idolâtriques du culte des ancêtres. Sa protestation retentit jusqu'à Rome. Il s'y rendit lui-même un peu plus tard pour l'appuyer de son crédit et de sa fougueuse éloquence.

Toléranee des jésuites.

Premier èdit de persécation.

Morales.

L'EMPIHE DU MILIEU

Progrès da catholicisme.

Siiaal.

Fabre.

1644-1666 : Â la faveur des tragiques eirconsiaAces qui signalèrent la chute de la dynastie Ming^ l'avâsement de la race actuelle des Tsing et la lutte sanglante que soutinrent, au sud de l'empire, les partisans des deux familles, la propagande catholique fit de merveiir leux progrès. Tandis qu'à Péking, le jésuite Shaal, l'un des plus anciens protégés de Paul Siu, devient le favori du nouvel empereur mandchou et de ses premiers ministres, reçoit l'honorable mission de réformer les erreurs du calendrier chinois^ est successivemeat nommé président du Kin-tien-kien (académie astronomique) , tuteur du prince héritier ^ fonctionnaire de première classe et prête avez zèle, à l'œuvre commune, le puissant appui de son influence ; tandis que, secondé par l'habile concours du célèbre Foir^ qui acquiert, au Ghen-si, la réputation d'un saint, il élève, des temples et convertit en foule les païens^ — d'autres missionnaires, fidèles au malheur, accompagnent, dans leur fuite, la mère, la femme, le fils du dernier souverain de la dynastie déchue ; les baptisent sous les nom d'Hélène, de des missionnaires Marie et de Coustautin ; sollicitent pour eux, par un (lynasiieMiDg. message autographe de l'impératrice mère, l'appui du pape Alexandre YU; les encouragent et les consolent; mettent deux généraux chrétiens Thomas Kiou et Luc Tchin à la tête de leufô armées ;. restent aux côtés du jeune empereur Toung-Lié, jusqu'à sa mort, et jettent ainsi les semences de la foi chrétienne dans les âpres régions qui bordent les deux Kouang, les deux Hou et le Fo-kien.

1666 : La mort de l'enipereur Chouenn-tché, fondateur de la dynastie mandchoue, vient interrompre cette ère de prospérité. Les discussions des missionnaires au sujet du culte des ancêtres et sur les véritables significations qu'il convient d'attribuer aux mots Tim et Chang4i (voir page 220) avaient eu du retentissement

Fidélité

Persécntion sons la rëgeDce.

MCIUBS ET RELIGION M

%% jeté beaucoup de discrédit, à Péking, sur la doctrine des jésuites. Leurs rivaux en prirent avantage pour perdre Shaal et ses compagnons dans l'esprit des quatre régents qui gouvernaient durant la minorité de Kang-hi. Il fut décrété qu'ils méritaient les châtiments dus aux imposteurs qui prêchent aux peuples de fausses et pernicieuses maximes. Dégradé et proscrit, le célèbre jésuite allemand mourut de chagrin l'année suivante, à l'âge de 78 ans; vingt-deux missionnaires fur^it bannis de la Cfaine« l'un d'eux périt en prison.

1662-1723 : Habile à choisir et à mettre en œuvre Faveur accordé* les instruments de sa gloire, prompt à les briser du au"^sstonL moment qu'ik pouvaient nuire à sa toute puissance, Kêng-U^ le pupille de Shaal, favorise et persécute, tour à tour, les missions catholiques. On délivre les jésuites qui languissaient dans les prisons de Péking et on rappelle les exilés. Verbiest ayant soumis respectueusement à l'attention du souverain les récentes erreurs des astronomes officiels, hérite du titre, des honneurs et des emplois qui avaient été accordés à l'illustre Shaal. Activement secondé par ses compagnons, il détermine les l^incipaux points géographiques de l'empire, mesure les distances, dirige la négociation qui fixe les communes frontières de la Qiine et de la Russie, fabrique plus de quatre cents pièces d'artillerie qu'il baptise en grande pitHupe et le gouvernement récompense ses zélés services en décrétant, d'après l'inspiration de l'empereur, le célèbre ^it de tolérance dont la teneur suit :

« Moi, votre sujet, Gou-pa-taï, premier président du Édit d« toiêranc< 9 ministère des rites, etc., etc. je présente avec resjf pect cette Tequête à Votre Majesté pour obéir hum- > blement à ses ordres. »

a Nous avons délibéré, moi et mçs assesseurs, sur » Fs&ire qu'Elle nous a communiquée et nous avons i trouva que ces Européens ont traversé de vastes mers

9 et sont venus des extrémités de la terre, attirés par » votre haute sagesse et par cette incomparable vertu » qui charme tous les peuples et les tient dans le devoir. » Us ont présentement Tintendance de l'observatoire et » du tribunal des mathématiques ; ils se sont appliqués, » avec beaucoup de soin, à construire des machines de » guerre et à faire fondre des canons. Quand on les a » envoyés à Nipchou, avec nos ambassadeurs, pour y » traiter de la paix avec les Moscovites, ils ont trouvé 9 moyen de faire réussir cette négociation* Enfin ils ont 9 rendu de grands services à l'empire. On n'^ jamais » accusé les Européens qui sont dans les provinces » d'avoir fait aucun mal, ni d'avoir commis aucun dé- 9 sordre. La doctrine qu'ils enseignent ti'est point mau- » vaise, ni capable de séduire le peuple et de causer des » troubles. L'on permet à tout le monde d'aller dans les » temples des lamas, de Boudha et de Fô et l'on défend » d'aller dans les églises des Européens'qui ne font rien » de contraire aux lois : cela ne paraît pas raisonnable. » Il faut donc laisser toutes les églises de l'empire dans » Tétat où elles étaient auparavant et permettre à tout » le monde d'aller adorer Dieu sans inquiéter doréna- » vant personne. Nous attendons l'ordre de Votre Ma- » jesté pour faire exécuter le présent édit. » Dissentiments ^^^ bienveillantes dispositions dontcet édit témoientre gnait si hautement à la face de l'empire, eussent assuré

les missionnaires. i j ^ ,. ^ i /^i.-

sans nul doute, par toute la Chine, sous un maître comme Kang-hi, le triomplie éclatant du christianisme^ si l'empereur n'avait pris bientôt ombrage de la querelle déplorable qui divisait alors les missionnaires. Notre cadre est trop restreint pour que nous puissions en tracer, dans ce chapitre, le curieux et triste récit. Il nous suffira d'en indiquer les phases principales. En Sentences 1645, Innocent X confirme le jugement par lequel la dn saint-siège, g^crée propagande, approuvant l'opinion du dominicain

Morales^ avait interdit, comme idolâtriquçs, les rites du culte des ancêtres. Onze ans plus lard, Tinfluence des Jésuites et principalement les habiles manœuvres du R. P. Martinez réussissent à modifier les sentiments de l'inquisition et obtiennent du pape Alexandre VII une nouvelle sentence qui, sans contredire formellement la décision de son prédécesseur, admet que, dans certaines conditions, l'accomplissement de ces rites peut être envisagé comme un acte purement civil ; en sorte que les missionnaires se trouvent en présence de deux interprétations différentes, très-peu propres assurément à terminer la controverse qu'il eût fallu trancher, dès Torigine, par un arrêt irrévocable. Sur le point d'adopter un compromis à Canton oii la persécution des quatre régents les avait exilés et réunis en 1665, ils i^e séparent bientôt à Tinstigation du fougueux Navarette, plus ardents et plus divisés que jamais. Les jésuites tiennent naturellement pour l'opinion d'Alexandre, tandis que leurs rivaux, les dominicains, les franciscains, les prêtres des missions étrangères *, adhèrent uniquement à l'opinion du pape Innocent X. Vers la fin du xviio siècle, le saint-siége, désirant organiser la propagande religieuse dans les régions païennes, la régler et la fortifier par la centralisation, avait institué des vicaires apostoliques auxquels il confiait, en même temps que les fonctions épiscopales, le soin d'exercer, sur les chrétiens d'un même royaume ou d'une même province, le salutaire contrôle d'une direction unique et d'une commune autorité. L'un de ces nouveaux prélats, appartenant à Tordre des Missions étrangères, Mgr Maigrot^ évêque de Gonon, successeur, au Fokien, de François Fallu, évê-

1. La formation d'un clergé indigène qui pût seconder efficacement nos missionnaires, par ses connaissances pratiques des hommes et des mœurs et son influence locale, fut le principal but de la nouvelle institution des missions étrangères.

Décision' de Kang-bi*

Missions

du cardinal

de Tonrnon*

2tf L'EMPIRE DU MILIEU

que d'Héliopolis, se signale, dès le début de son administration, par l'inflexibilité de sa doctrine et la verve acrimonieuse de ses critiques contre les tolérances matérialistes des missionnaires établis à Péking. Ceux-ci espèrent trancher le débat en appelant T attention de Teropereur sur les deux principaux points de la controverse, et en faisant part au saint-siége de sa décision souveraine. Kang-ki répondit que « Tien signifie le vrai f Dieu et que les usages chinois sont, avant tout, des j> actes politiques ; » mais la cause gagnée à Péking était déjà perdue à Rome. Clément XI avait approuvé^ en 1704, les opinions de Mgr Maigrot, et Tournon, revêtu des fonctions de légat apostolique, promu, bientôt après, au cardinalat, venait d'être envoyé en Chine pour en assurer le triomphe. Chassé de Péking où Kanghi refusa de lui donner audience, menacé de rexcommunication par Tévêque de Macao, qui voulait ainsi faire sa cour au gouvernement chinois, gardé à vue par des soldats, réduit à protester^ près du vice-roi des Deux- Kouang, contre les indignes violences de son inférieur ecclésiastique, le cardinal de Tournon mourut dans sa' prison Tannée suivante.II avait, avant de quitter Péking, interdit formellenjent, au nom du saint-siége, comme superstitieuses et idolâtriques, les cérémonies tolérées par jes jésuites, mais l'empereur avait immédiatement protesté contre cet acte hardi qui compromettait son autorité. Un décret, publié par son ordre en 1706, renouvelé en 1718, prononçait la peine de Texil contre tous les missionnaires qui ne recevraient pas Tautorisation écrite de rester en Chine et déclarait que cette autorisation serait refusée aux disciples du Père Maigrot. Rome ayant formulé son arrêt souverain, et la mission Il de Meziabaiba Conciliatrice de Mezzabarba, envoyé en 1 7 1 5 pour fléchir

l'empereur, n'ayant pas réussi, la guerre se trouva nettement déclarée. Elle éclata au moment où le christia-

nisme était partout en voie de merveilleux progrès. On comptait cent églises et plus de cent raille convertis dans les Deux-Kouang. Kang-hi venait de confier à des mis- PersécntioM sionnaires, placés sous la direction des Pères Régis^ Êou- '^"sK»»^-*'*' vet et Gartoux^ la confection d'une carte générale de l'empire. II rappela successivement à Péking tous ceux dont son gouvernement pouvait utiliser les connaissances spéciales, et laissa, vers la fin de son règne, la persécution sévir dans les provinces.

1723-1820 : Elle fut parfois sanglante pendant le sons Yong-tchîni règne de ses successeurs. En 1724, Yong-tching, le fils du grand Kang-hi, fait publier un édit rigoureux contre la doctrine du Seigneur du ciel : Tien-tchou-kiao ( ce sont les termes qui désignent, en Chine, le christianisme ,. ses ministres et ses sectateurs). Les missionnaires, poursuivis par les autorités provinciales, quittent leurs résidences et se réfugient à Canton; mais la plupart parviennent à rejoindre secrètement leurs églises. Armé de la législation déjà en vigueur, Kien-long emploie contre eux les supplices. — 1747 : Cinq domini- Sons Kien-iong. cains , parmi lesquels se trouve un évêque, Mgr de Mauricastre, sont décapités au Fokien, et les chrétiens du Se-tchouen accusés, comme on accuse souvent de nos jours leurs coreligionnaires, de tramer une conspiration contre le trône en faveur de l^ dynastie déchue, sont décapités par le glaive des bourreaux ou ruinés par les exactions de la Justice. Cette calomnieuse imputation, favorablement accueillie par le sombre et soupçonneux Kia-king, devient, en 1811, une cause de persécution générale. Sur un rapport du censeur Kan- sous KiaAing. kia-pin^ et d'après l'avis motivé du ministère des châtiments, il sanctionne un nouveau décret plus cruellement absolu et plus ponctuellement obéi que les précédents. On ne conserve à Pékin que trois missionnaires gardés à vue dans leur prison scientifique. Mgr de Ta-

244 L'ExMPIRE DU MILIEU

braca^ vicaire apostolique du Se-tcliouen, et un grand nombre de prêtres indigènes sont torturés et mis à mort ; les séminaires, les écoles, les hôpitaux, fondés dans plusieurs provinces de Tempire, sont pillés et brûlés; le gouverneur du Se-tchouen, Tchang-ming, s'illustre par la rage impitoyable qu'il déploie incessamment contre les disciples du Tien-tchou-kiao^ quelques-uns confessent leur foi dans les supplices, mais ils ne forment bientôt plus dans toute la Chine qu'un troupeau timide et dispersé.

Éditdc Kîa-kittg, L'édit de Kia-king, refondu plusieurs fois pendant

son règne, fut inséré au code pénal de l'empire, oîi il a figuré successivement parmi les peines édictées contre les voleurs et les lois qui prohibent les doctrines impures. Il punit de la strangulation les missionnaires et leurs catéchistes, de l'e&il et de la grande cangue tous les chrétiens indigènes qui ne veulent pas renier leur croyance, et interdit aux Européens le droit d'acquérir des immeubles sur le territoire de l'empire. En lisant la traduction suivante du texte qu'en donne la dernière édition des codes, on se demande s'il faut voir dans la tolérance accordée, depuis quarante ans, au culte catholique par la plupart des fonctionnaires chinois, un témoignage accusateur de leur négligence administrative, ou si elle n'est pas plutôt une curieuse preuve de leur habile et discrète prudence.

« Concernant la prohibition de la magie. — Loi du » ministère des crimes.

» Les Européens qui propagent, en Chine, la religion » chrétienne, qui impriment des livres de leur autorité » privée, qui rassemblent et exhortent la multitude, et » les Chinois qui agissent de concert avec eux, profes- » sent et propagent leur doctrine et trompent le peuple » en lui imposant des noms de leur secte, devront, ausi> sitôt qu'ils auront été mis en état d'arrestation et qu'il

» sera véritablement prouvé qu'ils sont les chefs de » cette secte, être immédiatement condamnés à la » strangulatioti. Ceux qui n'ont converti qu'un petit » nombre d'hommes et n'ont point donné à leurs con- » vertis des noms de leur secte, seront emprisonnés en D attendant leur jugement.

» Pour ceux qui auraient seulement embrassé la reli- » gion chrétienne, mais ne la voudraient pas abandon- » ner, ils seront envoyés dans les villes des Turcs pour » y être esclaves des princes turcs et chinois, et leurs » noms seront rayés de la liste des populations chi- » noises.

» Ceux qui auront répandu des doctrines perverses » et contraires à la raison, ce qui est un acte très-dom- » mageablé, et ceux qui, faisant usage d'inscriptions et » de discours, auront séduit et violé les femmes, ou ar- » raché les yeux des malades, ou commis quelque autre D action perverse de ce genre, seront punis selon la gra- » vite de leur crime.

» Mais, si ceux qui professent le christianisme vien- » nent spontanément trouver le magistrat et renient » leur religion, avouant et détestant leur crime, ou si » même, étant arrêtés, ils renient volontiers leur croyance » en présence de Tautorité, foulent aux pieds la croix » dans le prétoire et se rétractent du fond du cœur, ils » seront renvoyés impunis. Que si, après qu'on les a » renvoyés et qu'on leur a pardonné leur crime, ils re- » viennent aux pratiques de leur culte, que d'ailleurs ils » consentent ou non à fouler aux pieds la croix devant jD le magistrat, ils devront d'abord porter dans le lieu où » a été commis le crime, la grande cangue pendant 1 trois mois, après quoi ils seront envoyés en exil, à » moins, toutefois, que leurs crimes ne méritent la » mort.

» En sus, qu'il soit rigoureusement défendu aux Eu-

Situation dn iesithoiicisme

soas Tao-Konang.

» ropéens d'acheter dans l'empire chinois quelque iiu- » meuble que ce soit.

» Tous les mandarins, tant militaires que civils, qui » négligent de poursuivre les Européens qui demeureni » en Chine et y propagent en secret leur religion, seront 10 traduits en jugement devant le tribunal supérieur.

» Qu'on respecte ceci 1 »

1822-1864 : Depuis le commencement du règne de Tao-kouang jusqu'à nos jours, la généreuse imprudence d'un missionnaire, la forfanterie maladroite d'un prêtre indigène, ou le zèle inopportun d'un magistrat soupçonneux, a tristement évoqué, de temps à autres, sur quelques points isolés de la Chine, les rigueurs des édits de Kia-king; mais aucune persécution générale n'y a sévi contre les maîtres ou les disciples du Tien-tchoukiao, et de grands faits s'y sont accomplis qui ont successivement amené l'entière émancipation du christianisme. Nous pouvons dire avec orgueil qu'elle a été avant tout l'œuvre glorieuse de la France. C'est la France qui a pris en Chine, lorsque les autres nations y étaient exclusivement occupées des soins de leur avenir commercial, la défense d'abord patiente et oflBcieuse, puis ofiQcielle et éclatante de la civilisation opprimée. C'est elle qui, après avoir applaudi aux courageuses et infatigables tentatives de ses diplomates, aux nobles actes de ses soldats, après avoir encouragé, de ses vives sympathies , les habiles efforts des Lagrenée, des Forth-Rouen, des Bourboulon, a signé, par la main ferme et vaillante du baron Gros, les conventions qui consacrent, dans l'empire chinois, l'affranchissement définitif du culte chrétien. L'œuvre éminemment française que Louis XIV et Louis XVI ébauchèrent, et que Louis-Philippe fit revivre dans les pays de l'extrême Orient, Napoléon III l'a couronnée à Tien-tsin, le 25 octobre 1860.

1839 : Utt lazariste français, M. Perbcfyre, est étran- Traité glé à VoTi-tchan-fou, capitale du Hou-pé, après être ^^ whampou. resté plus de dix mois en prison.

1844 : L'article 23 du traité de Whampou, le premier des actes officiels qui ait consacré nos relations avec la Chine, stipule que « si, contrairement aux préj» cédentes dispositions*, des Français, quels qu'ils » fussent, s'aventuraient en dehors des limites ou péné- » traient au loin dans l'intérieur, ils pourraient être ar- » rétés par l'autorité chinoise, laquelle, dans ce cas, se- » rait tenue de les faire conduire au consulat du port le » plus voisin ; mais qu'il est formellement interdit à » tout individu quelconque de blesser ou de maltraiter, » en aucune manière, les Français ainsi arrêtés, de peur ^ de troubler la bonne harmonie qui doit régner entre * les deux empires. » Les prêtres français et les missionnaires étrangère que l'ignorance chinoise confondit Souvent avec eux, sont ainsi placés sous la sauvegarde ^solennelle d'un acte international. Dépassant la limite cie ses instructions, notre ministre M. de Lagrenée "Veut associer les missions elles-mêmes aux bénéfices de C2e succès diplomatique : « il juge digne de la France et » de son gouvernement, écrit-il confidentiellement à >^ M. Guizot, de prendre date à leur tour, après les con- ^ quêtes commerciales des Anglais, et de signaler leur * action au point de vue moral et civilisateui* » , et par de ■iëlieates négociations, il obtient qu'à la requête pres- ^^nte du plénipotentiaire chinois Ki-ing, le gouverne- Oaent impérial accorde l'édit suivant dont communica- Édit de tolérance ^ion officieuse doit être faite au représentant de la décrété -France : -— t Le grand chancelier de l'empire à A7, ^ assistant du prince impérial, etc., et kHouang^ gou-

i. Celles qui obligent les FraDçais résidant dans les cinq ports à ne point dépasser certaines liHiites û&ées d'un commun accord entre les ^H^nàùls et Tautorité locale.

» verneur provincial, etc.; le 25 delà première Lune » de la 20® année de Tao-kouang (20 février 1846), » rcmpereur nous a signifié Tédit suivant :

9 Ki-inget ses collègues nous ayant ci-devant adressé » une pétitiçn dans laquelle ils demandaient que » ceux qui professent la religion chrétienne dans un » but vertueux fussent exempts de culpabilité, qu'ils » pussent construire des lieux d'adoration, s'y rassem- » bler, vénérer la croix et les images, réciter des prières » et faire des prédications sans éprouver en tout cela A le moindre obstacle ; nous avons donné notre adhé- 9 sion impériale pour ces divers points dans toute » retendue de l'empire.

» La religion du Seigneur du ciel, en effet, ayant » pour objet d'engager les hommes à la vertu, n'a absos> lumcnt rien de commun avec les sectes illicites » quelles qu'elles soient; aussi avons-nous accordé » dans les temps qu'elle fût exempte de toute prohibi- » tion et devons-nous également faire en sa faveur » toutes les concessions qu'on sollicite maintenant, » savoir :

» Que toutes les églises chrétiennes qui ont été con- ]» struites sous le règne de Kang-hî dans les différentes » provinces de rem])ire, et qui existent encore (leur

V destination primitive étant prouvée), soient rendues » aux chrétiens des localités respectives où elles se trou- » vent, à Texcoplion cependant de celles qui auraient » été converties en pagodes ou en maisons particulières; » et, s'il arrive, dans les différentes provinces, qu'après » la réception de cet édit, les autorités locales exercent » des poui^suites contre ceux qui professent vraiment la » religion chrétienne sans commettre aucun crime, on

V devra infliger à ces autorités le châtiment que méri- » tera leur coupable conduite.

» Mais ceux qui se couvriront du masque de la reli-

iMOEURS ET RELIGION 249

» gion pour faire le mal, ceux qui convoqueront les 9 habitants des districts éloignés pour former des as- » semblées subversives, comme aussi les malfaiteurs, » membres d'autres religions, qui, empruntant fausse- » ment le nom de chrétiens, s'en serviront dans un » but de désordre : tous ces gens-là, coupables d'actions » perverses et par cela même infracteurs des lois, de- » vront être rangés parmi les criminels et punis selon les » lois de l'empire. »

« Il faut ajouter ici, qu'en conformité avec les trai- » tés récemment conclus, il n'est en aucune façon per- » mis aux étrangers de pénétrer dans l'intérieur du pays » pour y prêcher la religion, car les réserves faites, à » cet égard, doivent demeurer clairement établies. »

t Portez cet avis à la connaissance de qui de droit : » qu'on respecte ceci. J'obéis à la volonté de l'empe- » reur en envoyant cette communication. »

Notre plénipotentiaire ne néglige aucune des mesures qui peuvent garantir à ses yeux la publicité de ces dispositions bienfaisantes ; il demande même à Ki-ing, afin de satisfaire aux exigences des missionnaires protestants, Ja déclaration positive a que les pratiques extérieures » du Tien-tchou-kiao importent peu au gouvernement 3> chinois et que les chrétiens sont innocents devant la » loi, non parce qu'ils vénèrent la croix et les images, » mais parce qu'ils sont vertueux. » — Toutefois, avant Duplicité de quitter la Chine, il s'aperçoit déjà qu'il est le jouet **" ko"'^™^'»^»»de généreuses illusions. Ne constituant pas un engagement solennel pris oflGciellement par Tao-kouang envers le roi des Français, la concession de l'édit impérial n'a été au fond qu'une ruse du commissaire Ki-in. Il n'est ni exécuté ni même publié ; l'édit persécuteur de Kiaking subsiste au code pénal de l'empire et , pendant que le cabinet de Péking observe assez fidèlement à l'égard de nos missionnaires durant une période de

Martyre

de

M. Cbapdelaine.

Traités de Tien-tsiu etdePé-kiug.

dix années, Tarticle 23 du traité de Whampou, Tactè gracieux de Tao-kouang demeure à l'état de lettre morte et les réclamations infatigables de notre diplomatie en faveur des <;hrétiens indigènes sont toujours infructueuses. En 1856, le gouvernement cbinois, aigri par les progrès de l'insurrection, égaré peut-être par tes aspirations chrétiennes des .premiers chefs rebelles, s'oublie jusqu'à commettre urje violation manifeste du traité lui-même. La tête d'un prêtre français des missions étrangères, M. Chapdelaine, tombe sur la place publique de Si-Linn, petite ville du Kouang-si, et l'auteur de cet ouvrage, alors chargé d'affaires de France, réclame, en termes énergiques, la satisfaction que doit recevoir l'honneur de son pays. Dans le but de l'obtenir et de renverser enfin les barrières qui séparent la plus riche partie de l'univers du reste de l'humanité, la France joint ses armes à celles de l'Angleterre. Une première convention signée à Tien-tsin en i8S8, est anéantie l'année suivante par la trahison du gouvernement impérial. La victoire de Pa-li-kao venge les surprises de Ta-kou et de Tong-tchéou; nos plénipotentiaires et nos soldats franchissent le seuil de Péking; les conventions de 1860 font revivre le traité de Tien-tsin et le complètent par de nouvelles dispositions. Ces conventions stipulent que les sujets des puissances contractantes peuvent librement parcourir, lorsqu'ils seront munis de passe-ports réguliers, tout le territoire de l'empire *, que les membres de toutes les communions chrétiennes y jouissent d'une entière sécurité pour leur personne, leurs propriétés et leur culte, que les missionnaires, munis de passe-ports, seront efficacement protégés, que tout sujet de l'empereur a le droit d'embrasser et de pratiquer le christianisme, que tout ce qui a été précédemment écrit, proclamé ou publié en Chine,

i. Article 8 du traiU de Tien-tsin.

contre le culte chrétien est complètement abrogé et reste sans valeur dans toutes les provinces *, que, conformément à redit impérial deTao-kouang, les établissements religieux et de bienfaisance, conOsqués sur les chréiiens, seront rendus à leurs propriétaires, par Tentremise du représentant de la France, auquel le gouvernement chinois fera également délivrer les cimetières et les autres édifices qui en dépendaient, enfin que le sous-préfet de Si-linn, coupable de l'assassinat du prêtre français Cliapdelaine, sera dégradé et que la Gazette de Péking publiera oflSciellement cette mesure réparatrice.

Depuis la conclusion des traités, la charte diplomatique dont les clauses consacrent, en Chine, les droits delà religion chrétienne, est décidément en vigueur. Le gouvernement impérial s'est exécuté de bonne grâce comme il sait le faire dans les grandes nécessités et a tenu loyalement sa parole. Ses procédés envers nos missions ont été presque partout larges et généreux. Il leur a fait restituer pour un vil prix, à titre de compensation, des propriétés immobilières d'une grande valeur. A Péking, une seule église, celle du Midi, restait encore debout ; elle a été publiquement rendue par le prince Kong à notre ambassadeur ainsi que les terrains où avaient été construits les temples de TEst, de TOuest, du Nord et ceux où reposent les dépouilles vénérables de nos premiers missionnaires. A Canton, un édificeatholique s'élève, imposant par ses proportions et la grandeur des faits dont il perpétuera le souvenir, sur les ruines mêmes du prétoire de Yémintchingy l'allier viceroi des Kouang. Au mois de décembre 1861, le prince de Kong, ayant inséré dans la gazette ofiicielle un décret de tolérance qui assimile la religion de Jésus aux cultes méprisés de Tao et de Boudha, l'infatigable et consciencieux dévouement de notre ministre plénipotentiaire,

Siiuaiiou aetuell

da

catholicisme

en Chine.

Nouvel édlt de tolérance.

i. Article 13 du même traité.

et satisfaction onnéeàlaFrance.

M. de Bourboulon, obtint un second édit précédé de considérants très-étendus et très-explicites par lesquels le gouvernement chinois s'engage de nouveau à faire disparaître les clauses pénales ou infamantes portées contre le christianisme au code de l'Empire (voir pièces justificatives n°* 8 et 9). Vers la même époque , le général Tien-ching-chou^ commandant les forces militaires et remplissant les fonctions de commissaire impérial dans le Kouéi-tchéou, rédigea une circulaire contre la religion de Jésus et fit publiquement exécuter, d'après

lartyreduP.Néel les sentences de deux magistrats subalternes, le Père

Néel, ainsi que neuf chrétiens indigènes. C'était un soldat de fortune qui avait vaincu les i*ebelles de la province, que l'on avait comblé d'honneurs en récompense de ses éminents services, mais dont on redoutait l'irrésistible influence sur l'armée et qu'on savait prêt à tout entreprendre. On ne pouvait, sans témérité, attaquer de front un tel coupable, ni laisser un si grand crime impuni. En cette délicate occurrence, le gouvernement se conduisit avec beaucoup de tact et de mesure. Il écouta très-attentivement les réclamations énergiques de l'ambassade française, promit une réparation complète, demanda du temps, puis, quand il eut ruiné, par d'habiles manœuvres, le redoutable crédit du général Tien^ il le destitua de ses hautes fonctions et l'exila en Tartarie, donnant ainsi, aux yeux de tousses sujets, un mémorable témoignage de sa fidélité à ses engagements diplomatiques et un gage officiel de sécurité aux populations chrétiennes delà Chine.

État actuel Le tableau suivant OU nous avons inscrit les données

des missions approximatives que nous devons à la gracieuse obli-

cathoiiques. '^^ . . . . , • /» t%i

geance de nos missionnaires , résume , aussi tidèlement que ces données, très -incomplètes, permettent de l'établir, la situation actuelle du catholicisme dans

Ui;r UrenrrbL'S.

SclibuDcu iKcidcnLul

MjrPlnchun.

SeLcbontn méridional

Mgrincbon.

yon-non

Ugr PunsDL.

Mgr Faurlï, Drai-Knuang

Mgr Gulllmbi.

landchaurie

Hgr Ve miles, bibct

Ugr Cliaunuu.

UgrÙéniéùi!""

KUng-iDU

TcLUi Brienlal

cbilinonl

«tr Buulj.

thiil sud-ouesl,...

Mgr Auuuilb.

cW-klang

Mgr DcLipl'ce.

Igr inul, pravitalri

n^quui

IIOUO 11,0001'

1 . La Corée esl dans nn ém permanent de perskulion. S. Les jèsuilcs oe forment point de clei^ indigène. LenriniESÏ< Kiaug'Sou eii Ils prêtaient leur babile coDconrs aux franciscains t Shang-hal, le InI tlibliseemeDl du Zi-l»-wel. Le sainl-siége leui apostolique de cette province et celai du TcU-li oriental qui faisait partie Jusque^â du i «■îsie de i'eking.

3. La procure des Laiarisles est i Sbang-baT;.ils dirigent trois élablissements de Cbariti Cou de SaîDl-Vincenl-de-Panl) i Petipg, Tien-lsiu el Ningpo.

d'abord établie dan

UEMPIRE DU MILIEU

Missions protestantes.

Nouveaux venus sur l'arène, plus timides dans leurs procédés et moins ardents à la lutte, observateurs plus scrupuleux des conventions internationales qui interdisaient aux étrangers Taccès du territoire de l'empire, les missionnaires protestants, chez qui les joies ou les soucis du foyer tempèrent Tardeur du zèle apostolique, ont acquis, en Chine, unemoins illustre renommée que leurs intrépides rivaux. Les encouragements et les sympathies de leurs coreligionnaires ne leur ont point manqué; l'argent, qui est un des nerfs les plus- actifs de toute propagande, ne leur fit jamais défaut. On ne leur, peut refuser assurément ni la persévérance, ni le courage, ni la foi ; mais la diversité des nombreuses sectes qu'ils représentent sépare naturellement leurs intérêts en isolant leurs efforts et, soit que l'esprit indigène, naturellement subtil et ergoteur, repousse une doctrine qui manque d'unité, soit que, volontairement ou à leur insu, ils discréditent leurs mutuels succès, la Chine, à l'heure qu'il est, ne renferme encore qu'un bien petit nombre de leurs convertis. A vrai dire, ils ont fait bien plus, jusqu'ici, au point de vue scientifique ou philanthropique qu'au point de vue religieux. Les écoles, les hôpitaux, les imprimeries qu'ils ont fondés en Chine, dans les villes du détroit et dans les îles de Tarchipei Indien, les livres qu'ils ont traduits de l'anglais en chinois et du chinois en anglais, les difficiles et con* sciencieuses études auxquelles ils se livrent avec une méritante assiduité, témoignent de leur charité infatigable et de leur active érudition.

Bobert Morrisson- Robert MorrissoTi fut leur précurseur et leur maître.

La société des missionnaires de Londres l'envoya, en 1807, à Canton, ou il mourut \^ i^^ août 1834, après un séjour en Chine de 27 ans qui fut interrompu seulement par un voyage à Londres. Le concours amical de M. Hobard, chef de la factorerie anglaise, le bon vouloir

de la compagBie des Indes orientales qui l'avait nommé son interprète pour les langues chinoises et de l'ambassadeur, lord Âmherst, qu'il accompagna, en 1800, à Péking, les généreuses allocations des sociétés dont il était le mandataire, secondèrent utilement ses efforts. Il porta quelque temps le costume indigène, mais n'ayant pas obtenu de la propagande active les résultats qu'il en espérait, convaincu que les conquêtes du prêtre sont d'autant plus solides et plus durables qu'il persuade la raison avant de toucher le cœur ou d'éblouir les sens, il adopte un système tout contraire à celui que suivirent à Péking les premiers missionnaires catholiques, et se renferme modestement dans la retraite pour se consacrer aux études qui devaient, suivant son opinion, préparer l'eiBcace enseignement de la doctrine. Ce travailleur infatigable publia un grand nombre d'ouvrages et de traités sur la religion et la science. Les Actes des Apôtres, le Nouveau et l'Ancien Testament traduits de l'anglais en chinois, un livre de dialogues, un grand dictionnaire anglo-chinois, et si no-anglais, comprenant six volumes in-quarto, furent ses œuvres capitales. Les ^ais d'impression de ce dernier oj;ivrage s'élevèrent enàron à 300,000 francs et la bible chinoise n'en coûta 'a$ moins de 1 65,000 ^ Morrisson avait fondé à Talacca un collège que dirigeait le docteur Milne, son >lIaborateur, et auquel était attaché une imprimerie li donna le jour à plus de 500 ouvrages; cet établistnent fut transporté en Chine après sa mort. Tsaï-ako \ son premier converti. Liang-afa, qu'il baptisa un peu is tard, rendit de grands services à la mission en alité de catéchiste.

U est vrai que dans cette somme se trouvaient comprises les dëles occasionnées par la publication faite àSérampour d'une autre ion de la Bible; elle était due butl études du docteur Marshman et rait très-peu, d'ailleurs, de la version Morrisson.

256 L'EMPIKE h\S MILIEU

Successeurs Parmi les successeurs de Morrisson, il faut citer, au

deMorrisson. premier rang, W. Milne, qui lui prêta son zélé concours pour la traduction de la Bible et la direction du collège de Malacca, où il fixa sa résidence jusqu'à sa mort, après avoir laborieusement et stérilement semé, parmi les colonies chinoises de Tarchipel, l'enseignement de la doctrine protestante; — W. Medhurst, dont le zèle ardent fonde, en 1819, la mission dePenang, continue à Java les travaux de Slater, distribue sur les côtes de la Chine des milliers de traités religieux, évangélise la population de Shang-haï par de fréquentes prédications; — le missionnaire hollandais Charles GutzlalF, sinologue distingué, agent très-hardi et très-actif de la propagande protestante dans les districts maritimes de l'empire où il répand, à pleines mains, un nombre incroyable de livres et de traités ; secrétaire, pendant les dernières années de son séjour en Chine, de la commission instituée, en 1834, par le gouvernement anglais, pour surveiller et protéger officiellement le commerce national; — E.-E. • Bridgman, le premier missionnaire américain qui se soit établi à Canton où il recueille les exemples de Morrisson et publie sous ses yeux, en 1832, les premiers numéros du Chinese Repository ^ ; — Wells Williams, son zélé collaborateur, auteur lui-même du Middle Kingdom^ le plus complet et le plus utile de tous les ouvrages que Ton ait écrit sur la Chine, secrétaire et interprète de la légation américaine; — le médecin anglais Colledge qui, aidé du charitable concours de la compagnie et de la communauté étrangère, établit à Macao, en 1827, une pharmacie et un hôpital pour le traitement

1. Cette abondante et précieuse collection, à laquelle ont ampiQment coopéré Morrisson et presque tous les hommes distingués qui ont habité la Chine, est devenue malheureusement très-rare. Elle renferme d'utiles notions sur l'histoire, les mœurs, les sciences et les arts de la Chine.

HfCBURS BT RELIGION 157

Spécial des Chinois et dont les rapides succès donnent une grande impulsion à l'œuvre des missions médicales; — P. Parker et W. Lockart, infatigables ouvriers de cette entreprise éminemment philanthropique, le premier à Canton^ le second à Tchou-san et plus tard à Shanghaï où ils ont promptement obtenu de très-beaux et très-féconds résultats *; — ^ S.-J. Roberts, qui eut l'honneur de fonder, en 1842, une mission à Hong-kong et dont le nom fut bizarrement mêlé, pendant quelque temps, aux aventures des rebelles ; — W.-J. Boone, D. Al>eel, H. Gumming, Â. Stronach, dont les intelligents eliorts ont heureusement dirigé la mission et Thôpital d'Amoy; — D.-J. Macgowan, missionnaire écrivain, qui n'a pas déployé moins de zèle à Ningpo ; — Dyer- BaiU qui a fait progresser en Chine l'art de Timprimerie, en préparant des types métalliques, élégants et maniables.

Abondamment secourus par les sociétés religieuses auxquelles ils appartiennent^ et par les généreuses aumônes des membres les plus riches de la communauté étrangère, les missionnaires protestants ont fondé, dans l'Empire du Milieu, plusieurs œuvres philanthropiques destinées à assurer un jour le triomphe de leur propagande en opposant les bienfaits de l'instruction et de la charité aux obstacles qui la repoussent. L'une a pour objet la distribution gratuite de la Bible, des évangiles, des livres chrétiens en général parmi les populations indigènes que la parole divine doit toucher et con-

OEavres

philanthropiques

des

protestants.

1 . M. Peter Parlcer a rempli, en 1855 et 1856, les fonctions de ministre plénipotentiaire des États-Unis.

2. Les plus importantes de ces sociétés, dont les sièges sonl établis en Angleterre et en Amérique, portent les noms suivants : London missionary toeiety ; American Board of commissionners for foreign Missions; American Board ofBaptist foreign Missions ; American Episcopal Board of foreign MisHons ; Board of Foreign Missions of the presbylerian ehurch; Wienish missUmary society.

fm L'BMPIRt DU MILIKU

vaincre. Gutzlaff et Medhurst ont été ses plos zélés apô* très. Elle a fonctionné très-activement dans les détroits, aux environs de Canton, sur les cotes de la Chine, et rapporté peu de fruits. Les missions médicales inaugurées par Morrisson, servies avec talent et persévérance par Colledge, Peter Parker, Lockart, Cumming, Macgowan, ont été plus heureuses et infiniment plus utiles. Leurs hôpitaux et leurs pharmacies ou le missionnaire-* médecin s'efforce de toucher les âmes en guérissant les corps, ont excité tout d'abord à Canton, Amoy, Tchousan, Ghang-haï, la méfiance et la surprise, puis l'admiration et' la reconnaissance des populations. Deux autres so* ciétés se proposent principalement de répandi*e parmi les habitants de la Chine les trésors de l'instruction. L'une {Society for diffmion of meful Knowledge)^ établie en 1834^ a publié sous la direction de Morrisson, de Gutzlaff, de Bridgman, le Chinese magazine et imprimé en chinois, à très-bas prix, quelques bons ouvrages renfermant sur l'histoire, la physique, l'industrie, des notions simples et pratiques. La seconde {Morrisson edu* cation society), fondée l'année suivante sous les nobles auspices de la mémoire du vertueux Morrisson, qui venait de mourir, a pour but d'entretenir des écoles où l'on enseigne aux jeunes Chinois de dix à quinze ans, suivant leur intelligence et leur aptitude, la langue et la littérature de leur pays, l'anglais, l'histoire, la géographie et la doctrine chrétienne qu'ils sont d'ailleurs parfaitement libres de ne pas suivre. Une de ces écoles fonctionne depuis dix ans, à Hong-kong, dans d€f bonnes conditions. Afin de compléter, par l'éducation des jeunes filles, cette institution bienfaisante, quelques femmes de missionnaires anglais et américains se sont mises à l'œuvre dans ces dernières années, avec un admirable enthousiasme; de faibles succès ont répondu jusqu'ici à leurs vaillants efforts.

On se demande comment il a pu se faire que la doc- obsueies trine évangélique introduite à Péking, il y a plusieurs ^ «'oppombi siècles, par l'initiative hardie de nos missionnaires, pro- anx progrès pagée dans Tintérieur des provinces par leur zèle impa- *" christianisme, tient, et sur le littoral, par les efforts non moins infatigables, mais plus réfléchis, plus mesurés des protestants, ait conquis en Chine si peu d'adeptes qu'on n'y compte pas même un milHon de chrétiens. Les sanglantes annales des persécutions religieuses que les funestes rivalités, les généreuses imprudences des prêtres catholiques, la jalousie des grands fonctionnaires de l'État ou la méfiance du gouvernement ont suscitées à diverses reprises dans l'Empire du Milieu, ne répondent pas suffisamment à cetle grave question. Il convient d'y ajouter les réflexions suivantes inspirées à un auteur chinois de nos jouré par l'attitude des Européens qui résidenidans son pays : c II est monstrueux, dit-il, dans la polémiqué » qu'il soutientcontre le docteur Medhurst, quecesbarba- » res entreprennent de réformer les habitants de l'Empire » du Milieu tandisqu'ilssonteux-mêmessi misérablement » imparfaits. Lorsqu'ilsnous empoisonnent avec l'opium » pour s'enrichir à nos dépens, ils manquent certaine- » ment de charité. Du moment qu'ils envoient leurs

> flottes et leurs armées pour dépouiller les nations de » leurs territoires, ils ne peuvent avoir nulle prétention » à la justice. En admettant des usages qui permettent 1 aux hommes de fréquenter en public la société des 3 femmes, ils montrent qu'ils n'ont pas la moindre notion ai des convenances, et ils ne font pas preuve assurément de ^ sagesse en rejetant les maximes de nos anciens. Nous

> admettons qu'ils ne sont pas totalement dépourvus de » sincérité; mais, après tout, ils ne pratiquent qu'une » seule des cinq vertus cardinales et cependant ils veu- » lent amender les autres! Ne les avons-nous pas vus, « au moment même où ils dépensaient de grandes som-

« mes d'argent pour répandre leurs traités parmi le » peuple, fouler aux pieds nos livres et témoigner ainsi n de leur dédain pour les fondateurs de la science? » Pratiquent-ils au moins la piété filiale, ces soi-disant » convertisseurs du monde ? Non , ils oublient leurs

> parents aussitôt qu'ils ne sont plus; ils déposent leurs » cadavres dans des cercueils minces et fragiles; ils ne » rendent aucun honneur à leur mémoire; ils n'offrent 1 aucun sacrifice sur leurs tombeaux pour consoler et » soulager leurs mânes. Enfin ils confèrent les emplois

> publics aux riches et aux nobles sans les soumettre » aux examens littéraires et ferment ainsi la voie des

> honneurs au mérite humble ou indigent. Ils sont » donc inférieurs aux Chinois et fort incapables de les » instruire I » Si Ton envisage, outre ces appréciations qui résument assez fidèlement le sentiment national et les motifs historiques exposés plus haut, la haute antiquité des premiers classiques chinois qui prime de plusieurs siècles celle de nos livres sacrés, l'indifférence du peuple en matière religieuse, le froid scepticisme et l'orgueil des lettrés, l'amour de l'argent et des honneurs, ainsi que le respect des traditions et l'attachement héréditaire aux coutumes nationales dont sont pénétrées toutes les classe?, on s'expliquera sans peine que la doctrine du crucifié ait fait, depuis cinq siècles, de si insensibles progrès dans ces vastes régions où elle n'a eu cependant à combattre ni le préjugé religieux, ni le fanatisme d'une classe sacerdotale politiquement constituée.

CONFUSION Au fond, tout est obscur et désordonné dans les

«s CROYANCES maximcs, les pratiques religieuses, superstitieuses ou

*^"t!u^^^ philosophiques des habitants de l'empire. Le Chinois

50PLE CHINOIS, n'cst pas attaché, par le cœur ou la coutume, k la foi

de ses pères ; mais il fréquente tel ou tel temple, honore

MCEURS ET RELIGION Î6i

telle ou telle divinité, selon les hasards de sa naissance, les aventures ou les nécessités de sa vie. Le gouvernement rend politiquement hommage à des dieux qu'il méprise, et il professe une sorte de dédain officiel, d'indifférence ironique pour toutes les religions de ses sujets. Les Tao-se ont greffé leur culte sur les vieilles croyances polythéistes du pays, ils les ont adoptées et enrichies; les boudhistes se les sont également appropriées, et les lettrés, sous le voile austère du Ju-kiao (voir page 273), y adhèrent en secret avec plus ou moins de ferveur. L'empyrée chinois ouvre complaisaminent ses portes à toutes les célébrités qui frappent l'imagination du vulgaire, et la hiérarchie céleste, que préside Yu-kouang-ta-ti (voir page 224), le grand dieu des Tao se, admet volontiers dans ses rangs, aussi hospitaliers que ceux du paganisme romain à l'époque de sa décadence, le sage Confucius, le dieu Fô, sa trinité et ses apôtres, la populaire Kouan-yin, deux ou trois missionnaires catholiques et même, assure-t-on, l'empereur -Napoléon 1®'. Toutefois un petit nombre d'observances, sanctionnées par la loi ou la coutume, acceptées et ratiquées presque universellement , dominent toute 5tte confusion. Nous voulons parler du culte rendu à lonfucius, à la déesse Kouan-yin, aux mânes des ancét.m~<cs, aux bons et aux mauvais génies, particulièrement IX divinités infernales.

tia Chine a élevé, dit-on, seize cents temples à son cultk

^*"^nd philosophe auquel tous les magistrats et les habi- "** cosfucius.

ta. nts de Tempire offrent, deux fois par an, des hommages

^ "^ fois politiques et religieux. Sur les portiques et les

^■^letlcsqui décorent ces temples, se lisent les inscrip-

^^^^s suivantes : « Dédié au pivot de la science, »

* ï^espect-au maître des âges, » « Sanctuaire de l'excel-

«ute perfection, » « Trône du plus vénérable des an-

cieDs lettrés.» — Les sacrifices que reçoivent les mânes de Gonfucius, au printemps et à l'automne, consistent en viandes de différents animaux domestiques ou sauvages et en pièces de soie. On sait qu à l'origine nos missionnaires ne les regardaient point comme idolâtriques.

CULTE Toute l'Asie orientale adore, dans Kouan-yin, le sym-

DB EouAH-YiN. jj^j^ jj^j^ j^ ^^ justicc, dc h miséricordc et de la toutepuissante intercession. Suivant une légende boudbique, elle était tille de roi et subit trois incarnations succès-^' sives. Vouée au célibat, persécutée et étranglée par son père, accueillie avec honneur par les divinités de l'empire et du ciel, elle fut envoyée par Boudha dans Tile de Pou-to (voir page 68) et introduite, après sa troisième mort, au rang des plus puissantes divinités. Les Tao-se croient que le roi du ciel ne saurait rien refuser à sa prière. Les marins lui rendent un culte particuliei? comme nos Bretons et nos Provençaux honorent la vierge Marie. On lui a élevé dans toute la Chine, principalement à Pou-to, d'innombrables autels, et les em- - blêmes qui la représentent varient essentiellement suivant les localités. Tantôt elle est assise sur une fleur de lotus et coiffée d'un diadème; tantôt, ressemblant à un fantôme à cause de sa robe unie, longue et flottante, elle est debout sur une mer agitée ; tantôt elle tient dans ses bras un petit enfant qu'elle offre aux femmes stériles. On fabrique au Thibet quantité de petites statuettes et d'images de Kouan-yin qui sont distribuées dans tout l'empire. Il ne faut pas confondre la déesse de miséricorde avec la reine du ciel, Tien-héou, à laquelle les marins et les voyageur offrent également leurs prières, et dont l'image est placée à bord de tous les navires chinois. Tien-héou a des temples au Fo-kien, mais ses adorateurs ne lui attribuent ni le rang ni la. puissance de Kouan-yin.

MOBURS ET RELIGION

Mtl

Pratiqué aux premiers âges du monde par la plupart des nations de TÂsie, le culte des morts a reçu en Chine, dès la plus haute antiquité, la toute-puissante sanction de la coutume. Il s'y est conservé universel et vivace à travers les vicissitudes historiques et les convulsions sociales; il fait essentiellement partie, depuis bien des siècles, des mœurs privées aussi bien que des institutions publiques. Nul doute, au reste, qu'il ne procède beaucoup moins intimement de la piété filiale que des vagues terreurs inspirées par la croyance aux mauvais esprits ou aux douloureuses transmigrations de la vie future, et qu'en offrant chaque jour ses craintifs et respectueux hommages aux esprits de ses ancêtres, le Chinois songe avant tout, soit à éloigner de sa maison leur inQuence vengeresse, soit à acquérir les mérites qui doivent épargner un jour à ses mânes les redoutables épreuves de l'enfer.

Lorsqu'un père de famille vient à mourir, son corps, revêtu de ses plus beaux habits^ est étendu sur le plancher. On suspend une lanterne blanche à la porte de sa maison, on brùie dans la rue des papiers dorés représentant les vêtements précieux, les chevaux, les pièces de monnaie dont ses mânes ont besoin pour accomplir commodément Feur long et périlleux voyage. Les prêtres que Ton a fait appeler accomplissent, avec 1- assistance des proches parents, de bruyantes cérémonies afin de fixer l'âme du défunt dans la tablette que l'on a placée près de lui et qui ornera, dans quelques jours, la salle de ses ancêtres^; son fils aine, vêtu d^^une longue robe blanche , le front ceint d'un bandeau blanc , va

CULTB DES MORTS.

Cérémonies des fanéraillvs.

1. D'après une doctrine assez répandue, l'âme fixée dans la tablette funéraire ne serait pas la seule que posséderait le défunt. U en aurait encore deux autres, dont l'une recevrait, après sa mort^ la récompense ou le châtiment de ses actions, tandis que la troisième hanterait son tombeau.

prendre au puits voisin, où il laisse tomber une pièce de monnaie, un peu d'eau pour laver le cadavre. Pendant de longues heures.les prélres psalmodient, sur un ton tristement nasillard, de nombreuses formules destinées à fléchir la colère des esprits infernaux. Le jour du convoi étant arrivé, la famille, en grand deuil, se rassemble dans la salle mortuaire. Tous les assistants s'inclinent devant le cadavre près duquel on a servi quelques mets, puis il est déposé dans le cercueil, et on s'achemine vers le lieu de la sépulture. Le personnage qui ouvre la marche distribue, à pleines mains, aux esprits errants de petits papiers où sont fictivement inscrites de grosses sommes d'argent. Il est immédiatement suivi par une bande de musiciens qui exécutent de funèbres symphonies. Ceux-ci précèdent la chaise à porteur où est placée la tabletle qu habite maintenant , Tâme du mort, les porteurs de bannières et enfin le cercueil accompagné par une troupe de gens vêtus de voiles funéraires qui poussent des cris lamentables. Ou loue souvent des pleureurs ou des pleureuses pour augmenter la pompe lugubre des convois. Lorsqu'on a comblé avec de la terre, ordinairement mêlée de chaux, la fosse où vient d'être introduit le défunt, on brûle sur sa tombe quelques pétards pour effrayer les mauvais génies et des papiers dont la forme imite les objets qui pourraient lui êire chers pendant sa nouvelle existence. Les assistants se séparent ensuite et regagnent silencieusement leur logis.

Cercueils. On sait le pieux souci que prennent presque tous les

habitants de l'Empire du Milieu de se faire confectionner, pendant leur vie, Tétroite demeure où seront déposés leurs corps et où résideront leurs mânes. Beaucoup de Chinois n'ont pas de plus fidèle compagnon que leur cercueil. Ils les fabriquent avec les bois les plus durs, les plus épais, les plus incorruptibles, et les font

ornw des plus riches ciselures, des plus belles incrustations. Us les conservent toute leur vie dans le lieu le plus apparent de leur demeure, et les emportent avec eu& quand ils partent pour un long voyage. Les cercueils chinois ont la forme arrondie d'un tronc d'arbre. Les corps y sont placés sur un lit de chaux -et de ouate et recouverts avec de la chaux vive ; puis on les visse, on les mastique et on les vernit avec le plus grand soin, de façon à ce qu'ils soient très-hermétiquement calfeutrés. Il arrive souvent que de respectables familles gardent sous leur toit les restes de leurs parents défunts, attendant, pendant de longues années, qu'elles soient devenues assez riches pour leur procurer de convenables funérailles.

Après la confection de son cercueil rien de plus im- Sépaïuires. portant pour un Chinois de mœurs honorables et de bonne maison que le choix du lieu où sera placé son tombeau. Il demande à l'art du nécromancien de le fixer longtemps à l'avance dans un site hanté par les bons génies ; il n'hésite pas à dépenser pour l'acquérir des . sommes très-considérables; il est heureux quand le terrain oii reposera son cercueil est environné d'aspects agréables et pittoresques. La loi n'exige pas en Chine, comme dans la plupart des autres pays du monde, la réunion des sépultures. Les tombes y sont disséminées partout, aux environs des villes et des villages, le long des routes et des sentiers, au fond des vallées, principalement au sommet et sur le versant des collines. Celles des riches, construites en pierres de taille, ressemblent issez fidèlement, pour la forme, à la lettre grecque nu^aou à un fer à cheval. La maçonnerie ne s'élève as à plus de deux pieds du sol. L'épitaphe, qui indique mplement le nom, l'âge et le lieu de naissance, est avée sur la face intérieure de la partie centrale, à l'en oit même où le corps est placé. Les pauvres sont en-

terrés sous des buttes de terre allongées ou coniques, $uiv%nt les habitudes locales. Quelquefois, comme nous l'avons vu nous-méme à Chang-haï près des terrains de la concession française, leurs cadavres sont déposés dajos des bières ouvertes que recouvrent à peine les lambeaux d'une natte grossière et que Ton place sur quatre piquets disposés en croix, afin quMIs ne tombent pas trop vite en pourriture. De vastes terrains plantés d'arbres à feuillage triste comme Tif et le cyprès, ornés de statues d'animaux que l'on dispose toujours dans un ordre parfaitement symétrique, sont consacrés par tout« la Chine, mais plus particulièrement vei^ le nord, aux sépultures des hommoR illustres et desriches familles.

Deaii. Fixé par la loi à trois ans, le deuil du fils a été réduit

par la coutume à 27 mois. Pendant les 30 jours qui suivent la mort du père de famille, ses plus proches parents ne peuvent ni se raser la tête ni changer d'habits. Le décès du souverain met tout l'empire en deuil ;. du* rant l'espace de cent jours, tousses sujets doivent laisser croître leurs cheveux; les magistrats ne. peuvent ni revêtir leurs costumes de cérémonie ni porter leurs globes officiels. Ils doivent timbrer en bleu toutes les pièces qui émanent de leur chancellerie.

Le blanc est la couleur du grand deuil. Le demi-deuil se porte en bleu. Ajoutons que la pompe funèbre dont Tusage et la législation entourent les obsèques des ascendants, u'est point exigée pour les autres membres de la famille. On enterre avec beaucoup moins d'apparat les fils non mariés, et sans aucune cérémonie les jeunes enfants*, les filles, les concubines, les esclaves.

Tablettes Lorsque les cérémonies requises par le rit religieux

funéraires.

1. Il existe près des grandes villes des tours construites en pierres et hautes de quelques métrés, dans lesquelles ou entasse les cadavres des jeunes enfants. Nous avons vu, aux environs de Chang-hai, un de ces oharniers.

MCEURS ET RELIGION

ont 6xé l'esprit 4u défunt dans la tablette, funéraiisey elle est portée, avec beaucoup de vénération et de pomper à lasalle des ancêtres et suspendue perpendiculairement aux parois intérieures des murs. Cette tablette, appelée Cftin-tcAou (demeure de l'esprit), est une planche mince, de forme conique, longue d'un pied, large de trois à quatre pouces, sur laquelle sont gravés les nom, âge et qualités du mort. Le rang qu'on donne au Chintchou dans la salle des ancêtres correspond à celui que le défunt occupait dans la famille, les tablettes de tous les pareats du même degré étant placées sur la même ligne. Chaque jour, les esprits qu'elles renferment reçoivent de pieux hommages, chaque jour quelques membres de la famille se prosternent et font brûler de l'encens devant elles : touchant et salutaire usage que l'on aimerait à savoir dégagé des croyances superstitieuses auxquelles il doit son origine et qui contribue efficacement, depuis bien des siècles, à perpétuer en Chine le respect des devoirs filiaux. Toutes les maisons n^ont point de salles des ancêtres ; elles sont attenantes en général à la demeure occupée par le chef actuel de la famille. Les pauvres placent simplement les tablettes de leurs parents dans une sorte de châsse plus ou moins ornée qui décore leur misérable logis.

Chaque année, au commencement d'avril, les défunts reçoivent, sur les lieux consacrés à leur sépulture, les sacrifices, les libatioQ3 et les hommages prescrits^par les rits. Leurs tombes sont relevées avec soin et, pour témoigner au public que c^s pieuses obligations ont été remplies, on y place trois baguettes qui supportent de petites banderoles eu papier peint. Ce sont les cérémoilies du Pai-chan (fête sur la montagne).

Fête d'avril

en l'honneur

des morts.

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