‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 33 sur 93 · FETES · texte numérisé non relu

FETES

Les pratiques superstitieuses auxquelles se livrent les habitants de la Chine^ les fêtes qu'ils observent à des pvbuques.

époques périodiques procèdent plus ou moins directement du culte qu'ils rendent aux morts ou de la terreur que leur inspire la puissance occulte des génies. Nouvel an. Une seule de ces fêles, celle du nouvel an, est véritablement chômée, et met dans toutes les villes, dans tous les bourgs et les villages, tout le peuple en liesse. Elle dure au moins trois jours dont tous les instants sont remplis par les visites, les félicitations mutuelles, les dévotions, les festins, et Ton peut dire que ces réjouissances publiques célèbrent la fête universelle de la race aux cheveux noirs, les Chinois ayant Thabitude de compter leur âge à partir du premier jour de Tannée pendant laquelle ils sont venus au monde, en sorte que le nouvel an doit être considéré comme l'époque anniversaire de toutes leurs naissances. La veille de cette grande solennité populaire, les rues, les maisons, les magasins sont lavés à grande eau et nettoyés avec soin; on clôt toutes les boutiques et toute affaire demeure suspendue; chacun se munit de petites pancartes rouges et dorées où sont inscrits les vœux qui conviennent à sa profession et les colle à tous les objets sur lesquels il veut appeler spécialement la protection divine. Le plus commun de ces vœux implore les cinq félicités, à savoir ; une longue vie, — la richesse, — la santé, — Tamour de la vertu, — une mort naturelle. Après avoir employé la plus grande partie de la nuit à tirer un nombre prodigieux de pétards pour épouvanter les démons, on va pieusement, dès l'aurore, déposer ses offrandes dans la salle des ancêtres, puis on se met en marche revêtu de costumes d'apparat pour aller rendre ses devoirs à ses supérieurs, à ses parents, à ses amis. Les malades et ceux qui portent le deuil d*un parent proche sont seuls dispensés de prendre une part active à la bruyante allégresse. Dans les rues circule une foule diligente et animée ; une gaieté franche brille

sur tous les visages. De nombreux passants, mis avec une élégante recherche, échangent entre eux de mutuelles politesses; on n'entend que ces deux mots : « Kon-chi, Kon-chi » ( je fais des souhaits respectueux pour votre bonheur) qu'ils répètent à toutes leurs connaissances. Vers le soir^ chacun prend place, pour plusieurs heures, à une table amie ; pyis, sur le seuil de toutes les maisons, de formidables explosions de pétards retentissent jusqu'au matin. Les visites, les échanges de félicitations et les dîners recommencent le lendemain, continuent le jour suivant et les gens riches prolongent souvent plus d'une semaine ces plaisirs monotones qui ne durent en général que trois jours pour les artisans. Ceux-ci retournent sans murmure à leur vie laborieuse et réglée et, vers le milieu du quatrième jour, les cités ont repris leur paisible aspect. Une ancienne coutume, qui a f<^ce de loi, oblige les débiteurs à régler leurs comptes pour le* nouvel an. Il en résulte, par toute la Chine, de sérieux embarras pour un grand nombre de négociants, un mouvement d'échange très-actif, de brillantes spéculations pour les monts-de-piété et les banques.

La première pleine lune qui suit le nouvel an chi- Fête

iiois éclaire une fête fort singulière que Ton célèbre en **** lanterne». Chine, depuis plus de onze cents ans, mais dont Torique nous est inconnue. C'est la fête des illuminations. Dès que le jour commence à baisser, les façades des maisons se couvrent de lanternes en verre, en corne et «n papier de toutes formes et de toutes couleurs. Une foule de promeneurs encombre les rues et les démons invisibles reçoivent quantité de pétards dont le bruit «crépitant excite encore l'allégresse publique. Les effets lieurtés de ce bizarre éclairage sont infiniment plus réjouissants que les monotones splendeurs de nos illuminations oiScielles.

Fête

des

bateaai-dragons.

Procession

du

dragon de la mer.

S70 L'£Mt>IRt DIT IIILIËO

En commémoration des pieux et inutiles efifom cple firent, il y a trente siècles, les habitants dés protidces quebaigne leYang-tze-kiangpour retrouver le cadavre dé Tun des bienfiiiteursdu peuple chinois, le ministre Vou- Touen, qui s'était noyé .dans le grand fleuve, la fête des bateaux-dragons ramène diaque année, le 5® jour de la 5® lune, des divertissements nautiques d'une nature fort singulière. De longs bateaux, en forme de pirogues, très-étroits et terminés, à Tavalit, par une tété de dragon, luttent de vitesse sur les lacs et less rivières. Soixante rameurs les manient avec beaucoup d'ensemble et d'animation ; les passagers témoignent^ par leurs . gestes et leurs regards anxieux, qu'ils cherchent quelque chose à la surface des eaux, ou bien enflamment des pétards et battent du gong avec fureur pour terrifier les génies malfaisants. L'émulation qui anime les équipages des bateaux-dragons et qu'eïcitent jusqu'à la frénésie les applaudissements des spectateurs, amène souvent des collisions périlleuses que la police est impuissante à prévenir.

Vers le milieu du printemps oii de l'automne, les marins et les pêcheurs organisent des processions en rhonneur du dragon de la mer, afin de conjurer lés redoutables effets de sa fureur. A la tombée de la nuit, un dragon gigantesque, illuminé par de brillantes lanternes qui représentent ses luisantes écailles, parcourt, avec de majestueuses oscillations^ les rues étroites des villes maritimes. Sa tête est hideuse et sa croupe horriblement recourbée. Un grand poisson le précède; les joyeux éclats de la gaieté ptiblique accompagnent sa marche tortueuse. Le corps du monstre 'qui ne mesure pas moins de 50 à 60 pieds, se coin- ■ pose de plusieurs carcasses d'osier dont chacune est portée par un homme et que recouvre une belle étoffe de soie.

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UtmtJM ET llËLldtO^ iti

Une cérémonie plus pieuse et plus gi'ave, appelée Fêtes et caiie Ta49iêê, i lieu, chaque année, sous la direction des ^^

mânes errantes.

prêtres de Boudha, dans le but de consoler les mânes des hommes morts sans postérité et de satisfaire la rage famélique des esprits pervers. On leur ofl're de splendides banquets, on les charme par de doux concerts, on illumine et on décore brillamment les rues pour honorer leur visite. Un peu plus tard, vers le mois d'août, on brûle devant toutes les maisons des découpures de papier peint représentant une foule d'objets dont Tusage leur pourrait être utile où agréable, comme des lingots d'argent, des vêtements, des palais, des chars, des chevaux. Enjfin les dévots et les superstitieux se cotisent pour payer la location et l'entretien de la salle qui ren«> ferme les tablettes funéraires des hommes morts sans enfants et pour solder les gages des serviteurs chargés de leur offrir, au nom du pubhc, leurs hommages quotidiens.

Nous avons vu plus haut que la crédulité populaire Fête

attribuait aux prêtres de Tap et de Boudha le pouvoir ^^^ corporations surnaturel de fixer dans les tablettes funéraires, par leurs incarnations magiques, les esprits des morts. Elle admet que ce pouvoir s'étend jusqu'aux génies et aux signes extérieurs qui les représentent et de cette croyance grossière est née la superstitieuse ferveur des hommages rendus aux effigies des dieux qui protègent les cités, les villages, les rues, les maisons, les champs ou qui patronnent les corporations. Ces dernières rivalisent de zèle et de magnificence dans les solennités qiT elles célè- ])rent annuellement en l'honneur de leurs dieux. Il est d'usage qu'on en relève l'éclat par une représentation théâtrale et une nombreuse procession où figurent des Imnnières richement brodées, des mets ornés de fleurs, des chasses reluisantes d'or et de pieiTeries, de belles jeunes filles soigneusement fardées étalant, dans leurs

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chaises, de brillants atours, des jeunes garçons jouant ie rôle de cavaliers à Taide de carcasses de bambou qui imitent la forme d'uncheval, enfin la statue du dieu respectueusement et majestueusement portée. Toutes les grandes villes renferment des magasins où se loue l'appareil de ces bruyantes mises en scène. On croirait voir, en y assistant, un cortège du bœuf gras dans une de nos villes de province.

PRATIQUES SUPBtSTITlBUSES

Amulettes.

Consultations

du sort et des oracles.

Naturellement portés, comme tous les peuples de l'antique Orient, aux idées et aux pratiques mystérieuses, les Chinois consultent le sort, interrogent les diseurs de bonne aventure, croient, sans hésiter, à l'occulte influence de certaines planètes, de certains métaux, de certaines plantes et des objets que leurs prêtres ont bénis ou charmés. Les ministres de Boudha et de Tao trompent, à qui mieux mieux, le peuple par leurs détestables jongleries. Ils vendent très-cher des prières toutes spéciales pour le saint ou la divinité dont ledévot invoque particulièrement le patronage; des invocations magiques qu'on doit brûler et dont il faut avaler les cendres; des amulettes de toute forme et de toute nature, comme de petits poignards fabriqués avec de vieilles pièces de monnaie ^ cousues ensemble, quantité d'objets de cuivre sur lesquels sont gravés les huit diagrammes (voir liv. IV) ou qui figurent l'unicorne, le phénix, la griffe du tigre ; des pierres précieuses ; quelques monnaies antiques où sont inscrites des sentences et que les enfants portent suspendues à leur cou, enfin des fleurs de pécher ou d'armoise que l'on dépose près de leur couche. Ils ont soin, d'ailleurs, de placer sur l'un lies autels de leur temple les deux petits morceaux de bambou (Kao-tse) avec lesquels il est permis à tout

1. Les pièces de monnaie chinoises sont trou(^os au milieu; on les enfile comme les graines d'un chapelet.

le monde de consulter gratuitement le sort. Les Kao-tse sont de forme semblable et imitent assez bien les deux morceaux d'une corne que Ton aurait sciée dans sa longueur. Pour connaître Tarrét du sort^ on les jette en l'air et on observe la position qu'ils prennent tous deux en retombant. Cette position est-elle la même ? la réponse est défavorable; est-elle différente, au contraire? l'augure est propice. Les curieux qui ne se contentent poiajt d'un aussi vague oracle, ont recours aux Tsien. Ce SOQJE de petites flèches que renferme une boîte placée Clément sur le principal autel des temples. On secoue vivement la boîte ; une des flèches en jaillit; le prêtre examine les signes qui s'y trouvent gravés, consulte son grimoire et vend, pour quelques sapèques, une réponse écrite. Enfin, quaqd on n*a pas une entière confiance dans lesT&ao-tse'où les Tsyen, on va trouver simplement les diseurs de bonne aventure. Ceux-ci abondent partout en Chine. Ils sont censés lire laborieusement leurs réponses ambiguës dans les ingénieux assemblages qu'ils parviennent à former en combinant les caractères dont se compose le nom du consultant avec ceux qui désignent les cinq planètes, les éléments, les couleurs, ou que renferment certaines sentences philosophiques. Au reste, si la crédulité native du peuple chinois, déçue et exploitée, depuis vingt siècles, par les adroites manœuvres de ses prêtres, lui a fait admettre d'absurdes croyances et de ridicules superstitions, les enseignements charitables qu'il a reçus de ses anciens philosophes et que renferme la doctrine boudhiste ne sont pas restés complètement stériles. On retrouve dans l'empire, à l'état rudimentaire, la plupart des institutions philanthropiques dont s'honore l'Europe. Les souffrances du pauvre y sont officiellement et secrètement secourues non pas avec la discrétion, la délicatesse et Tintelligence qui honorent la charité chrétienne, mais avec l'évidente

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et pieuse intention de les soulager efficacement. Chaque province possède plusieurs greniers d'abondance oti ia sollicitude administrative doit emmagasiner âe précieuses ressources pour les années de disette. Les familles riches se cotisent entre elles pour faire enterrer les pauvres, pour élever les orphelins et consoler les mftnes des hommes morts sans postérité. L'empereur fait de larges aumônes aux victimes des incendies^ des sécheresses, des inondations, sur sa cassette particuUère. L'État a fondé dans toutes les grandes villes poor les malades, les enfants trouvés et las vieillards, des hos* picôs auxquels il a donné des immeubles étendus et à l'entretien desquels concourent les périodiques faveurs de la générosité impériale, les dons et legs des riehes particuliers, les secours en nature auueUemrat perçus sur les contribuables. Malheureusement, toute'cette organisation, réglée par des statuts pompeux, fonctionne fort mal. Les magistrats, les directeurs des hôpitaux dont ils devraient surveiller la gestion, les gardiens de ces établissements, s'entendent tacitement entre eut pour distraire, à leur profit, la plus grande partie des fonds consacrés au soulagement du panvre. — L'intelligence pratique du peuple chinois a compris, de bonne heure, la puissance et la moralité du principe d'association. Ses institutions pourraient être grandes et fécondes si, corrompu par les vices sans nombre de son antique^^-^^' civilisation, il n'était devenu incapable de suivre fidèle ment la noble pensée qui les a conçues.

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