‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 36 sur 93 · CONSEILS · texte numérisé non relu

CONSEILS

DU

GOmfERNEMENT.

Noni-ko (cabinet).

Entre l'empereur qu'ils assistent et l'administration qu'ils dirigent^ sont placés les deux grands conseils du gouvernement, le Noui-ko et le Kioun Ki-tchou (v. page 278). Le Noui-ko (cabinet) examine les affaires importantes qui concernent le gouvernement de l'empire, soumet à l'empereur le résultat de son examen, prend ses ordres et promulgue sa suprême volonté. Il renferme seize membres : à savoir six ministres d'État Ta-hioz (grands savants lettrés) dont deux assistants, les uns Mandchoux, les autres Chinois, et dix autres conseillers ou assesseurs, désignés simplement par le titre de Hioz (savant lettré). Le peuple donne le nom familier de Co-lao aux quatre premiers ministres et de grand Colao à celui dont le nom figure le premier sur la liste des membres du cabinet. Les Colao sont particulièrement chargés du soin de délibérer sur les mémoires soumis au conseil, d'en conférer avec l'empereur et de transmettre aux différents ministères les ordres de S. M. Aux dix assesseurs sont confiées des fonctions moins considérables, qui consistent à présider certaines cérémonies civiles ou religieuses, à recevoir et à entretenir les représentants des pays étrangers, à main* tenir l'intégrité des vingt-cinq grands sceaux de l'Etat dont la garde leur est remise et qu'ils conservent dans le temple de la paix. Les vingt-cinq sceaux affectent des formes différentes correspondant aux catégories admises par la haute bureaucratie de l'empire.

L'assistance que prête au souverain le conseil général Kioan-ki-tebou (Kioun-ki-tchou) est moins mystérieuse et moins privée, ^^"**" générai). mais plus active et mieux définie. Délibérer sur toutes les matières importantes du gouvernement de concert avec les membres du ministère ou du tribunal qu'elles peuvent spécialement concerner; siéger^ aux époques de guerre, en comité permanent des voies et moyens ; recueillir et faire expédier, par l'entremise du département de la guerre, les ordres de l'empereur ; lui faire connaître les fonctionnaires méritants et les personnage^ capables de servir utilement l'État; inscrire et conserver dans les archives publiques et secrètes les opinions exprimées personnellement par l'empereur; rédiger le texte des édits et des arrêts souverains de S. M. ainsi que les procès^verbâux constatant les transactions qui intéressent directement l'État; veiller, en général, à l'observation des édits ; désigner, parmi les documents qui lui sont soumis ou qui émanent de ses délibérations, ceux qui doivent être insérés dans la gazette officielle {King-tchao) ; — telles sont les attributions variées et importantes dont il est revêtu. Les princes du sang, les quatre Colaos, les présidents et vice-présidents des six ministères et des autres grandes cours qui siègent à Péking, certains fonctionnaires qui remplissent, dans les provinces ou aux colonies, des fonctions élevées, sont membres de droit du conseil général de l'empire. Le Kioun-ki'tchou se rassemble tous les jours, entre cinq et »x heures du matin, dans une des salles du Palais interdit. Lorsqu'il est spécialement convoqué dans la chambre du conseil, il prend place sur des sièges fort bas en présence de l'empereur ou simplement en face du trône.

Cest donc au Kioun-ki-tchou que les institutions natio- King-tchâo

, ^ . , . . , .„. , - OouTMl olD«iel.)

nales ont remis le soin si grave de recueillir, de compul^ ser, de modifier, d'écrire et de publier les documents

tOÛ L'EMPIRE DU MILIEU

qui doivent constituer un jour les annales historiques de la Chine, ou éclairer actuellement Topiniou publique par la voie quotidienne de la presse. Chaque' jour des extraits étendus de ces documents sont affichés sur un des murs du palais. Le King-tchao (littéralement les copies de la cour), que nous appelons la gazette dePéking, y puise le texte officiel qui doit remplir ses colonnes, et le gouvernement en envoie des expéditions aux principaux fonctionnaires des provinces qui les font imprimer en y ajoutant le bulletin administratif des localités où ils résident. Les lois de l'État ne tolèrent aucune autre publication périodique ; seulement, il est permis d'en faire copier et distribuer des extraits à condition d'en conserver rigoureusement le texte et de n'y mêler aucune note ou commentaire. Le journal ofl^ciel parait donc sous des formats très-divers dans les différentes parties de l'empire, suivant le besoin de ses abonnés et rinlelligence de ses rééditeurs.

LesLonb-pou Subordonnés aux instructions qui émanent des deux dé^^tT -grands conseils, les Louh-pou (les six départements) dirigent et surveillent immédiatement les principales branches administratives de l'État. Leur organisation ne ressemble nullement à celle de nos ministères. Les bureaux des six Pou qui fonctionnent^ d'ailleurs, avec beaucoup d'ordre et de célérité, sont placés sous le contrôle d'une cour responsable composée de deux présî* dents (Chang-chu) et de quatre assesseurs (Chi-lan), les uns Mandchoux, les autres Chinois. Les départements de la guerre, des finances et des crimes ont, en outfe, un surintendant spécial choisi parmi les membres du Noui-ko ou les présidents d'un autre ministère. Lij-pou Du Lij'pou (département civil) relèvent tous les fono-

départemçntcivii) tionnaires civils de l'empire. Il contrôle leur administration et leur aptitude, juge leurs mérites, examine et fait valoir les droits qu'ils peuvent avoir à l'avancement,

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aux congés pour cause de deuil et de fatigue, à la faveur impériale^ aux distinctions honorifiques, aux hommages posthumes. La loi' veut que le souverain, pour reconnaître les services éminents des grand magistrats^ ano** blisse^ par décret, leurs mânes ou leurs ancêtres. On pourrait donner au Lij-pou le nom de ministère du personnel.

Au département des finances ou des revenus (Houpou) sont confiées spécialement les plus vitales fonctions de gouvernement. Il surveille la rentrée et l'emploi des impôts. Le recensement de la population ; les indem* nités et les traitements des fonctionnaires; les subventions octroyées par TÉtat; la distribution des secours accordés pour le soulagement des misères publiques ; la conservation des limites cadastrales et le jugement en appel de toutes les contestations concernant la propriété territoriale ; l'administration des mines ; la perception des taxes en argent et en nature, dépendent de son ressort. Ses nombreux bureaux et ses innombrables employés exercent encore d'autres attributions moins importantes, dont Tune consiste à dresser périodiquement la liste des jeunes filles mandchoues parmi lesquelles l'empereur choisit ses concubines.

Le Li-pou (ministère des rites) est chargé de maintenir int^ralement la pureté des cinq grandes classes de rites : les rites favorables, les rites fortunés, les rites militaires, les bons rites, les rites funestes; de veiller à la constante et fidèle observation des règles de l'étiquette par les employés de la cour et de tous les fonctionnaires de l'État dans leurs relations officielles écrites ou verbales ; de conserver les formes du costume national; de défendre les privilèges des académies et des lettrés ; de faire respecter les lois et décrets qui réglementent les examens littéraires ; de prescrire les formalités qui doivent être suivies dans les réceptions des personnages étrangers, ambassadeurs ou porteurs de

Hoa-poa (départpmei des finances

Li-pou (mioistère des rites.)

Académie de musique.

Ping-pou (département e la guerre.)

Hing-pou (ministère s châtiments.)

Kong-pou inistère des travaux publics.)

tributs. Le respect traditionnel dont sont pénétrés tous les Chinois pour les formes extérieures du cérémonial et que consacre, depuis 20. siècles, Taotorité suprême des leçons de Confucius, explique suffisamment l'incontestable utilité d'une telle institution. Un des bureaux du LUpou a pour mission spéciale d'étudier et de répandre l'harmonie, de perfectionner les instruments de musique, de composer des mélodies nouvelles appropriées aux cérémonies pubUques exigées par les circonstances. On peut affirmer que les plus simples notions de la science musicale, le génie et l'inspiration, font entièrement défaut à cette étrange académie.

Dans les attributions du Ping-pou (département de la guerre) est compris tout ce qui concerne le recrutement, l'organisation, les approvisionnements de l'armée et de la marine, les examens militaires, la surintendance de la police, la haute surveillance des courriers de la poste.

De très-graves fonctions appartiennent au Hing-pou (ministère des châtiments), qui constitue, avant tout, une haute cour de justice. Réunis aux censeurs (voir page 294)^ les premiers magistrats de ce département forment un tribunal permanent qui connaît de toutes les causes importantes. Aux assises d'automne, ils s'adjoignent quelques membres des cinq autres ministères pour examiner, en appel et dernier ressort, les sentences des autorités provinciales et enregistrer les arrêts par lesquels l'empereur sanctionne leur décision. Le Hing-pou surveille, en outre, la révision et la réédition quinquennales du code, l'administration des prisons, et la rentrée des amendes subies par les criminels en commutation de peine.

Entretenir, aux dépens du trésor ou des taxes locales^ les édifices publics, les digues, les canaux , les fortifications de Fempire ainsi que les mausolées impériaux ;

procurer, d'après les instructions du Ping-pou, des vivres et des munitions à Tarmée, des bois à la marine; maintenir /'exactitude des poids et mesures; fixer, par des taxes périodiques, la valeur officielle des perles et d'autres pierres précieuses ; faire ériger des tombeaux aux fonctionnaires qui ont bien mérité de l'État, en vertu des décrets impériaux que provoquent les appréciations du Lij'pou : telles sont les principales attributions du Kong-pou (département des travaux publics). Sa compétence est aussi étendue que variée.

En un mot, suivant une expression synthétique et figurée du code chinois, l'empereur a recours au I»ypou pour gouverner son peuple, au Hou-pou pour le nourrir, au Li-pou pour le conduire, au Ping-pou pour le protéger, au Hing-pott pour le corriger, au Kong-pou pour lui procurer le bien-être et le repos.

Cependant le concours des six Pou ne suffit pas au des principau: pouvoir impérial. Il a encore pour auxiliaires immédiats ^^^^

* , DE L JETAT

le département des colonies^ le collège des censeurs^ Yaca- aotres demie impériale^ la cour des remontrances^ la haute cour quelessixpou crtminelle. L'administration des vastes territoires que parcourent les tribus mongoles et que commencent à Li-fan-youen fertiliser les patients labeurs des colons chinois, est ^q^^^^^^) placée sous le contrôle de Li-fan-youen (département des colonies). Il entretient et raffermit les relations qui unissent à la Chine les peuples nomades du Cobdo^ de rili, du Ko-ko-nor; fait passer à leurs chefs les traitements qu'ils reçoivent de la munificence impériale ; surveille le fonctionnement de leur législation criminelle et la rentrée des impôts qu'ils doivent à l'État; règle les concessions de terrains qu'ils sont tenus de faire aux colons chinois; prend toutes mesures propres à soumettre les cultivateurs du sol à l'action directe du pouvoir en aff'aiblissant, par un système de gradation très-patiemment

)énomi nations

officielles les étrangers.

et très-habileraent suivi, l'autorité féodale des ^Aati^tartares. II maintient la chancelante fidélité de ces che& barbares, en faisant entrer dans leur lit des princesses du sang impérial, et en leur versant, avec une scrupuleuse exactitude, le traitement annuel dont ils jouissent. Le chiffre de ce traitement varie, suivant le rang des titulaires, de 16,000 à 800 francs. On y ajoute des pièces de soie dont le nombre est d'autant plus considérable que ceux-ci sont plus haut classés dans la hiiSrarchie des princes. La langue officielle de l'empiré donne le nom de Ouai-fan (étrangers extérieurs) aux -tribus placées sous le contrôle du département des colonies; de Noui'fan (étrangers intérieurs) à celles qui habitent les montagnes du Sé-tchouen et de Formose; de Noni^ (barbares indigènes) aux Miaotse; de Ouai-i (barbaros extérieurs) à tous les peuples qui ne reconnaissent pas la domination chinoise.

De toutes les fonctions exercées par les grands tnaurdeicenseur») gig^^ats de Tempire il n'y en a pas de plus nobles, de plus respectées, de plus utiles et, ajoutons-le^ de plus fidèlement et courageusement remplies au milieu des corruptions administratives, que celles dont les institutions nationales ont investi la cour des censeurs. Le Tou-tcha-youen (cour qui examine tout) a le droit d'adresser au trône des observationsetdesremontrancessurtous^? les sujets qui intéressent Tautoritéde remperêuretlebon-^ heur de ses sujets, spécialement sur les procès criminels»» Il comprend 40 membres entre lesquels est réparti ' contrôle de toutes les branches de l'administration* uns sont attachés aux différents ministères pour apprécier leurs actes et procéder périodiquement à l'exametr:^^ de leurs archives ; d'autres surveillent particuliëremen les autorités de la capitale, et le service de la navigatîo] intérieure, tandis que tous peuvent siéger, à tour à^^ rôle, dans la cour souveraine (voyez page 392) qui oOiu stitue le Hing-pou,

rott-tehi-yowft

Non moins respectée que le collège des censeun, Han composée des savants qui ont obtenu les plus hauts ^*^ grades littéraires^ l'académie impériale {Han-lin-youên) exerce les plus honorables attributions. Les quatre col-** Jéges entre lesquels se partagent ses membres, relatent les faits et gestes de l'empereur, recueillent ou rédigent les éléments qui doivent entrer dans la composition d» l'histoire nationale, préparent les documents qui sont publiés avec la sanction du pouvoir. C'est parmi les doo« ^eurs de l'académie que sont choisis d'ordinaire les plus liauts magistrats de l'empire.

Entre le cabinet et les autorités provinciales, entre le long-shing sMuverain et les plus humbles de ses sujets, est placée ^^mme intermédiaire, le Tong-shing-tse qui transmet au ^^^ouùko les mémoires de ces autorités ainsi que les ap- ^)els de leurs jugements et remet à l'empereur les hum« ^Dles suppliques des simples particuliers.

Enfin le Ta-li-sze (haute cour criminelle) confirme Ses sentences des tribunaux de province et juge en appel M4» causes importantes qui entraînent la peine de mort ^sauf la suprême décision de l'empereur), de concert vec le collège des censeurs et le Tong-shing-tse.

Nous mentionnerons encore, pour achever l'énuméation des principaux corps de l'État, le Kin-tien-kien <x>llége impérial d'astronomie) dont les membres doi- '^ent étudier le cours des astres et les phénomènes célestes» fixer les jours fastes et néfastes et rédiger annuellement l'almanach impérial , mais s'acquittent fort mal :31e leur tâche et sont bien plutôt des astrologues que des listTonomes; — et le Tao-t-j/OMm (académie de médecine) ^ui se compose de la réunion des médecins de la cour.

Ta-li-ue.

Kin«tien-kiei

(collège d'astronomie)

Monument achevé et impérissable du génie législaeur des Chinois, marqué, sur toutes ses faces, du sceau \e leur organisation puissante et de leur remarquable

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