‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 41 sur 93 · POUCE · texte numérisé non relu

POUCE

Nous avons vu plus haut que parmi les attributions des anciens, figurait le droit de surveiller la police des bourgs et villages. A vrai dire, la pohce chinoise n'existe pas dans les campagnes et elle signale son action dans les villes où elle est organisée, par des procédés si humiliants, si arbitraires, si vexatoires, par des exigences si injustes et de si impitoyables exactions qu'elle inspire partout la terreur et le dégoût au lieu d'entretenir la sécurité, et que les habitants de l'empire la considèrent comme le pire de leurs fléaux administratifs. Placés sous les ordres de fonctionnaires corrompus, mal rétribués, accessibles eux-mêmes à tous les genres de cor-»

ruption^ les agents de la police chinoise, depuis le comr missaire qui seconde le sous-préfet jusqu'au plus humble de ses employés, vivent toujours aux dépens de ceux dont ils devraient protéger la fortune et la vie. Dans les grandes villes, à Péking surtout, où les autorités redoutent les rassemblements, les émeutes, les incendies 3 ils sont soumis à un contrôle assez rigoureux, astreints à la discipline militaire et fonctionnent avec régularité. Us portent la pique et le sabre et sont vêtus comme des soldats. Les postes qu'ils occupent sont nombreux et assez rapprochés pour qu'ils puissent se prêter, en cas de péril, un mutuel secours. Ils doivent disperser les groupes qui se forment sur la voie publique et prêter main forte à l'autorité civile ou militaire dès qu'ils en sont requis. Tous les soirs ils font clore les boutiques et fermer les portes des rues*. Pendant la nuit, les uns parcourent les quartiers dont on leur confie la garde, arrêtent tous ceux qui circulent sans lanterne et frappent, de temps en temps, l'une contre l'autre deux planchettes de bambou dont le bruit sec et régulier témoigne de leur vigilance, terrifie les rôdeurs, rassure les honnêtes gens. D'autres sont placés en sentinelle dans des corps de garde aériens que supporte une charpente de bambou, toujours prêts incendies. à battre du gong dès qu'ils voient poindre, dans un endroit quelconque de la ville, la première lueur d'un in« cendie. Mises en alerte par ce lugubre avertissement, les autorités compétentes envoient aussitôt un corps de troupe sur les lieux pour éteindre les flammes, sauver les habitants et leurs richesses, maintenir Tordre, éloigner les pillards. On dit qu'elles sont tenues responsables des d^âts occasionnés par le sinistre jusqu'à concurrence d'une certaine partie de leurs traitements.

i. Dans les Tilles chinoises chaque tronçon de rue porte un nom particulier et est muni de portes à ses deux extrémités.

L'EMPIRE DU MILIEQ

FINANCES DE l'empire.

Obscurité du sujet.

On a beaucoup écrit sur les finances chinoises sans parvenir à élucider même imparfaitement cette grave et obscure matière. Les auteurs qui l'ont étudiée avec le plus de soin d'après les documents originaux cru les informations verbales qu'ils ont pu recueillir^ de Guigne, Trigault, Staunton^ etc., et, dans ces derniers temps,* MM. Medhurst, Wells-Williams, d'Escayrac de Lauture, ont obtenu des résultats très-divers, soit qu'ils n'aient pas puisé aux mêmes sources, soit que leurs investigations, dirigées par des méthodes différentes, soient arrivées à des conclusions dissemblables tout en reposant sur les mêmes données. Les uns ont négligé des chiffres importants auxquels ils n'ont pas accordé une attention suffisante, d'autres ont commis d'évidentes confusions. Il faut reconnaître qu'en un pareil sujet, si vaste, si complexe, si négligé des Chinois eux-mêmes, la vérité, même incomplète et approximative, est impossible à atteindre. On en jugera par ce seul fait que les documents officiels consultés par Medhurst accusent, pour les douanes de tout l'empire, un produit annuel de 1,500,000 taëls (ou onces d'argent), tandis qu'à l'époque même où ils étaient mis sous les yeux du gouvernement, la seule douane de Canton rapportait, chaque année, plus de 1,000,000 de taëls. Nous reproduirons ici, sous une forme abrégée, les notions laborieusement recueillies et les chiffres cités par le savant missionnaire, en y ajoutant quelques observations tirées du récent ouvrage de M. d'Escayrac de Lauture.

Chacune des provinces de l'empire doit subvenir à ses propres besoins et contribuer, dans la proportion de ses ressources, aux charges générales de l'Etat. Tel est le grand principe qui domine toute l'économie du système financier.

L'impôt foncier, les douanes, les salines et diverses du revenu pubUc. ^j^^^g par^i lesquelles figurent la patente et l'enregis*

trement, sont les sources légales du revenu public.

Principes généraux.

Sources

GOUYERNEIISNT ET LÉGISLATION HIÈ

La terre paye l'impôt en argent et^n grains, prc^rtionnellement à l'itendue de sa surface. Il y a donc deux taxes foncières dont la première, fixe de sa nature, est en moyenne de 50 c. par mo ou de 7 fr. 50 par hectare^, et la seconde, essentiellement variable suivant la valeur des grains et les superficies annuellement cultivées, est évaluée, également. en moyenne, à 2 kil. 50 par mo '. Cette dernière est convertible en argent au gré du con* Iribuable. En principe, l'impôt foncier est le seul applicable aux dépenses intérieures des provinces.

Les douanes fournissent d'abondantes ressources qui ae sont certainement pas estimées le dixième de leur vaeur exacte. Elles ont été placées depuis dix ans, dans les (ailles maritimes que fréquente le commerce étranger et lu grand bénéfice du gouvernement chinois, sous l'inelligente et' intègre direction d'inspecteurs européens [u'il se charge de rétribuer. Les droits que paye l'opium lepuis que les traités en autorisent le trafic, versent, cha- [ue année, plusieurs millions dans les caisses publiques. I existe en Chine quelques douanes intérieures dont les ternières conventions ont essayé d' affranchir le com- :ierce international.' Le personnel des douanes in- [igènes est nombreux et particulièrement accessible à la orruption, La plupart des employés fraudent l'État, oit qu'ils se livrent eux-mêmes à la contrebande, soit rmi*its se laissent corrompre par ceux qui la font.

Vimpôt du sel n'est point administré en régie. L'Etat :>tie l'exploitation de ses salines à un fermier général ^^ai réside à Tien-tsin, et la fait surveiller, dans les ►^•ovinces maritimes, par ses propres agents, qui ne sont il moins apathiques ni plus honnêtes que les inspec-

Imp6t foncier.

Douanes.

Gabelle.

A. Le mo mesure environ 6 ares 66 centiares.

9. L'impôt est évalaë, pour chaque mo cultivé, à 60 millièmes de ton. •i^ tan comprend iOO livres chinoises et pèse un peu plus de 60 kilo- {**«ïmnes.

Impôts divers.

teurs des douanes. Le prix du sel varie suivant les provinces. La contrebande en livre au commerce des quantités énormes et fait une grande concurrence au fermier dont les bénéfices ne paraissent pas considérables*

On compte près de trente petits impôts. Celui de la patente est payé par les corporations, les magasins et les marchés. La vente des terres est assujettie à un droit d'enregistrement d'environ 5 p. 100 qui ne parait pas atteindre celle des maisons. Il n'existe en Chine ni contribution personnelle, ni impôt mobilier, ni taxe des portes et fenêtres, en sorte qu'en réalité elle paye seulement deux des cinq contributions directes que nous acquittons en France. II est vrai qu'elles sont tyranniquement perçues et très-arbitrairement réparties.

Voici les chiffres approximatifs des recettes que centralise le trésor public et de celles qui sont affectées sur les lieux mêmes aux dépenses locales.

Évaluations

approximatives

des budgets.

Budget des Recettes de l'Etat.

Impôt foncier en argent 31 ,745,966 taëls

Impôt en nature, 4,230,957 ian,

soit en argent, k raison de *

2 laëls 1/2 pour un tan 10,577,392

Douanes 1,480,997

Salines 3,843,927

Total des recettes centralisées. 47,648,282 taëls 47,648,282 taëls

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