‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 45 sur 93 · FORMATION SUCCESSIVE DU LANGAGE ' ÉCRIT · texte numérisé non relu

FORMATION SUCCESSIVE DU LANGAGE ' ÉCRIT

Houang-tû qui régnait 2700 ans qivant le Christ, ^t Tsan-kieh, qui fut un de ses ministres, eurent la glmre, selon les traditions de l'histoire nationale, d'inventer les premiers signes du langage, t Cette merveilleuse décou- » verte, dit un ancien auteur, mit fin k la dépLpr^t^le )) anarchie où était plongée la Chine, combla de joie Ift » terre et les cieux, et inaugura les plus utiles réfoniies, » On vit alors renaître l'empire de Isl raison et de h » justice, les arts se perfectionner et se répandro^ U^ j> relations sociales se régler et s'adoucir. Les lois et (os y> sciences furent fixées. Les magistrats, 1^ philosophas, » les savants eurent désonnais des guides surs et re&" » pectables. On ne craignit plus le retour de ces lameo* » tables époques où les esprits des ténèbres attristaieut » le cœur de l'homme par leurs continuels géoûss*** » ments» et où les oieui; pteaveient du sanig[. Tpv^^ WJ^n

DES SGI8NCE8 ET DES ARTS

& dans l'ordre et le bonheur. Les larves n'étendirent » plus leur empire au delà de la nuit; les divinités o^ » kstes répandirent, à pleines mains, la maturité et » Tabondanee. »

Au débuts les signes de la langue ne sont que de grossières copies des objets extérieurs, et on tes désigne naturellement par les noms que T usage attribiM à ces objets. Peu à peu , à des époques que l'histoire ne fixe point, ces symboles primitifs dont le nombre était trèsrestreînt et dont la tradition a conservé en partie la foraie naïve, se multiplient, se modifient, se perfectionnait. Le pinceau souple et moelleux succède, dans la main du seribe, au stylet rigide, et l'écriture, plus rapi« dément tracée, aifeçte des formes plus régulières, plus carrées, par conséquent moins indécises. Sous l'empire de la nécessité, on compose des caractères qui expriment, par la juxtaposition et l'arrangement des signes primitif dont ils sont composés, et suivant des lois très^ ^vagues, non plus seulement des idées simples comme Thùmme^ le soleil^ Varbre, h montagne^ Yœil, le char, mais des associations d'idées : comme Ti^^ (la lumière ^u soleil), la colère (l'esclavage du cœur), la forêt (la Téunion des arbres), en sorte que la disposition des i^nes c^nrrespond à la combinaison des idées. Puis, les besoins croissant avec l'usage et cette ingénieuse innovation ne :3ufi^ant plus, le son vient enfin en aide au symbole ; réléuient phonétique est introduit, il entre dans la com* biaaison de la plupart des caractères dont se forme suecessivement la langue écrite ; mais il arrive trop tard ; I0 vice originel subsiste, et la langue restera toujours incomplète et déSectueuse.

Voici con^ment, dans la plupart des caractères d<ml se compose le langage écrit des Chinois, l'élément phonétique s'e^ associé à l'élément symbolique. On a réuni deux #ign^s symboliques dont l'un a p0rdu le B0m que

Introdaction de l'élément phonétique.

Classification

et nombre des caractères.

l'usage lui attribuait pour ne plus exprimer qu'un son^ tandis que l'autre a conservé sa signification. Aucun caractère n'existait^ par exemple, pour désigner un insecte connu sous le nom de nan; mais la langue possédait un signe employé pour représenter le sud^ et qui se prononçait par hasard nan^ exactement comme le nom vulgaire de Tinsecte qu'il s'agissait d'exprimer. Ce signe, accolé au signe symbolique qui désigne Vinsecte en général, a perdu complètement son sens^ mais donné son nom au caractère formé par leur réunion, lequel,aux yeux de tous les Chinois qui savent lire^ signifiera Vinsecte nan^ bien qu'ils ne connaissent préalablement ni l'existence ni le nom de cet insecte. La science sinologique donne les noms de primitif et de radical aux deux éléments qui entrent dans la composition de ces caractères mixtes. Le primitif est le signe qui perd son sens et qui prête sa prononciation ; le radical est celui qui perd sa prononciation et conserve son sens. Le j?nmitif exprime simplement le son par lequel la langue vulgaire désigne l'objet que représente le caractère mixte ; le radical indique l'espèce, le genre, la classe à laquelle appartient cet objet dans le monde physique ou métaphysique. En général, le primitif se place à la droite du radical; malheureusement cette règle n'est pas absolument invariable.

Les grammairiens chinois répartissent en six groupes tous les signes dont se compose la langue nationale. Dans les quatre premiers et le sixième, ils rangent tous les caractères symboliques, c'est-à-dire tous ceux qui sont formés soit par les anciens symboles dont l'usage, comme nous l'avons vu plus haut, a tant soit peu modifié la forme, soit par la réunion, la juxtaposition, la combinaison de ces symboles. Pour prononcer un caractère symbolique, il faut absolument connaître et l'objet qu'il désigne, et le nom que la langue parlée

donne à cet objet. Le cinquième groupe, celui des Kia%ching (union du son à l'image), renferme tous les caractères mixtes qui réunissent les deux éléments et qui se prononcent, ainsi que nous venons de le voir, comme leur signe primitif. Il conviendrait de compléter la classification grammaticale par l'addition d'un septième groupe, celui des néologismes^ dont l'extension des rapports internationaux nécessite actuellement l'usage. Ce dernier groupe^ d'ailleurs très-peu nombreux, comprendrait toutes les expressions destinées à reproduire purement et simplement les sons européens, comme français, english, american, steamer ^ caplain^ et qui se composent uniquement de signes primitifs auxquels il ne faut attacher aucun sens. Presque tous les mots actuellement en usage sont des Kiaï-ching, On en compte, d'après le système généralement accrédité, 21,810, tandis que la totalité des symboles ne s'élève pas à plus de 2,444. La langue chinoise posséderait donc environ 24,254 mots représentés par des signes différents. Il est vrai que le dictionnaire, rédigé sous le règne de l'empereur Kang-hi, lui en donne 44,449 et qu'elle n'en aurait pas moins de 260,899 si l'on s'en rapporte à l'opinion de Montucci. Mais les formes vieillies, synonymes ou absolument inusitées sont si nombreuses, que la connaissance de 10,000 caractères suffît amplement pour lire tous les livres et écrire, avec facilité, ' sur tous les sujets. Le savant Prémare, dans sa Noticia lingnœ sinicœ, réduit à 4,000 le nombre des signes dont l'homme du monde doit posséder l'intelligence pour l'ornement de son esprit ou la conduite de ses affaires, et par le fait on n'a pas compté, dans les cinq classiques, plus de 2,000 mots différents.

Tous les caractères s'énoncent par une seule émission inconTénient de voix et sont, en conséquence, monosyllabiques. De deiaprononcitti là naissent, pour la langue parlée, les plus sérieux i|i-

convénients. Il n'est pas donné à la voix humaine d'émettre plusieurs milliers de monosyllabes différents*. Les mots sont donc infiniment plus nombreux que les sons dont on fait usage pour les exprimer, c'est-à-dire que beaucoup de caractères, ayant des significations parfaitement distinctes, doivent s'énoncer par des sons tout à fait identiques, ce qui peut produire les {rfus nombreuses et les plus grossières confusions. Ce grand péril auquel on a dû chercher instinctivement à se soustraire dès l'origine du langage, est évité, en partie, par l'usage des tons qui viennent en aide tout naturellement à la mémoire. Les monosyllabes chinois ne se prononcent pas seulement; ils se chantent, suivant leur signification, sur quatre modes différents qui admettent chacun deux tons, de telle sorte que tous les sons du langage subissent huit modifications parfaitement intelligibles pour les indigènes. Toutefois, les tons ne suffisant pas encore à marquer toutes les distinctions nécessaires, les interlocuteurs chinois ont coutume, pour donner plus de clarté à leur discours, d'insister, par la répétition, sur certains monosyllabes, ou de joindre deux monosyllabes qui offrent un sens identique tout en ayant une prononciation différente. On conçoit aisément que l'observation des ces nuances, si nombreuses et si délicates, auxquelles l'usage façonne les Chinois progressivement et sans effort depuis leur berceau, nous présente des difficultés à peu près insurmontables. Les étrangers peuvent apprendre à lire la langue chinoise; ils ne parviennent jamais à la parler clairement, s'ils ne la pratiquent depuis leur première enfance.

ouuGTEf. A ces difficultés viennent se joindre les fâcheux obsta-

cles que fait naître, pour les Chinois eux-mêmes, la diversité des dialectes. On en compte trois principaux qui, se servant des mêmes signes, leur attribuent néanmoins

des prononciations tout à fait différentes. Le Kotian-houa (langage des fonctionnaires) est parlé à Péking et dans la plus grande partie des provinces du nord, de Touest et du centre. La Chine, la Cochinchine, la Corée, le Japon en font usage dans leurs relations officielles. Il est le seul auquel nos sinologues consacrent ordinairement leurs études. On parle le cantonnais au sud de l'empire, et le fokiennois sur les côtes orientales. Il semble que h premier de ces dialectes soit plus doux, plus uni, plus harmonieux ; le second plus net, plus rapide ; le troisième plus rude, plus brusque, plus accentué. Ce dernier offre une particularité très-remarquable. Il a réellement deux syntaxes : Tune pour les écrivains, l'autre pour les orateurs, en sorte qu'on né saurait faire comprendre un livre, par la lecture, à des fokiennois illettrés, si on ne leur en donnait une traduction orale. Au reste, tous ceux qui emploient les mêmes dialectes n'ont pas un langage absolument semblable. Leur prononciation diffère souvent dans des limites restreintes, par des nuances très-appréciables. On prononce par exemple, choui et tse à Canton, soui et chi à Macao, les deux caractères qui veulent dire eau et enfant.

Essentiellement différente, par sa structure et ses for- grammaire. mules, de tous lesidiomes usités de nos jours, la langue /

chinoise est régie par des lois grammaticales toutes particulières. Ces lois qui ont trouvé, parmi les savants indigènes, beaucoup d'interprètes et de commentateurs, sont peu nombreuses. La grammaire chinoise ne traite ni de l'orthographe ni de la lexigraphie ; elle enseigne seulement l'art de grouper des mots immutables qui, selon leur position ou le sens général de la plirase, sont tour à tour verbes, substantifs, adverbes, adjectifs et dont on modifie soit le mode, soit le temps, soit le nombre, au moyen de particules invariables disposées tou-

jours suivant des règles fixes. Elle se borne à la syntaxe et à la prosodie ; elle apprend plutôt à bien dire qu'à dire correctement. Mais, comme Técrivain recherche, avant tout, Télégance du style, l'élévation ou la profondeur des pensées, sans se préoccuper beaucoup de la clarté des expressions ; comme, en général^ il ne daigne pas faire usage de la ponctuation ; comme aucun signe ne distingue, dans les textes/les noms communs des noms propres ; comme le début et la fin des phrases n'y est même pas marqué ; comme tout y concourt, au contraire, à embarrasser et à égarer le lecteur,

— il est très-essentiel de se bien pénétrer des règles de la syntaxe sous peine de ne pouvoir comprendre une seule ptirase du langage écrit. Les grammairiens partagent tous les termes de la langue en deux classes, dont la première renferme les termes essentiels : ceux que l'on emploie comme verbes, noms, adjectifs ou adverbes, et la seconde comprend les particules dont on fait usage

*pour lier les membres de phrase ou pour indiquer le mode, le temps, le nombre. Ils admettent trois sortes de style : le Kou-ouariy celui des anciens classiques qui est leur modèle et dont ils considèrent la concision, l'élégance, la correction comme parfaitement inimitables;

— le Ouan-tchang, celui des ouvrages sérieux et des compositions littéraires; — le Siaochouo, celui des écrits familiers. Ils enseignent dans la syntaxe, plutôt par des exemples que par des préceptes, que le sujet doit toujours précéder le verbe et que ce dernier précède à son tour le régime direct qui est suivi du régime indirect, que l'adjectif ou l'adverbe est placé avant le substantif ou le verbe, et l'incident, l'accessoire, le conditionnel, avant le principal, de telle sorte que les qualités des mots sont déterminées par leurs positions respectives.

DICTIONNAIRES. Si OU Ut avcc quelque soin les notions élémentaires

DES SCIENCES ET DES ARTS 34i

que nous venons d'exposer sur l'origine et la structure de la langue, on comprendra sans peine que les étrangers et les Chinois eux-mêmes aient absolument besoin, pour ne point se perdre au milieu de ses innombrables combinaisons, d'un bon lexique rédigé avec clarté et méthode et que la composition d'un tel livre doive offrir au sinologue des difficultés presque insurmontables. Le système sur lequel repose, dans nos idiomes alphabétiques, la classification des mots est si nettement tracé par la nature même de ces idiomes, qu'on n'en peut concevoir de plus simple ni de plus aisé. Une fois les mots rangés suivant l'ordre respectif que leurs premières lettres occupent dans l'alphabet^ le classement en est fini, il n'y a plus lieu de s'occuper que de leur définition exacte, de leur emploi, de leurs acceptions diverses, des modifications qu'ils subissent suivant le temps, le mode, le nombre, et c'est là, sans contredit, la seule tâche vraiment laborieuse de l'auteur. Il n'en est pas de même pour les caractères chinois, qui sont, comme nous l'avons vu, immutables de leur nature, mais dans lesquels les deux éléments phonétique et symbolique se combinent de telle sorte, dont la forme aussi bien que le ton sont si variables qu'on ner saurait les soumettre à une classification fondée sur la correspondance régulière du son avec l'image. Il ne serait pas impossible assurément, en observant toutefois les tons, de disposer tous les mots suivant un ordre alphabétique convenu d'avance, et c'est précisément à cette méthode que se sont attachés les grammairiens chinois en rangeant par familles tous les caractères dont la prononciation est semblable; mais elle est impraticable pour les étrangers qui, ignorant, au début de leurs études, la prononciation de ces caractères si nombreux, si bizarres, si dissemblables, ne sauraient dans quel groupe il en faut chercher le sens. Pour épargner à leurs études des labeurs aussi rebutants

De la méthode

à suivre >oar apprendre

la langue.

34i L'EMPIRE DU MILIEU

que stériles, les sinologues européens ont adopté le système suivi par les rédacteurs du dictionnaire de Kang-hi et qui consiste à classer les mots de la langue chinoise, non d'après leurs sons, mais d'après leurs signes. Cette méthode, aussi ingénieuse que philosophique, repose sur les deux observations suivantes : 1° chaque caractère contient un radicaL reproduction tant soit peu modifiée de l'un des anciens symboles, et qui exprime l'objet principal de la pensée ; — 2® le nombre des radicaux peut être réduit à 214. Elle divise donc tous les caractères en 214 groupes, dont chacun porte le nom du radical qui est comme la clef des signes qu'il renferme. Dans ces groupes, dont la plupart comportent une extension considérable, la place respective des caractères est déterminée par le nombre de traits qu'il a fallu ajouter au radical pour le tracer. Ceux qui possèdent, outre le radical, le même nombre de traits, figurent pêle-mêle dans le groupe. Quelques grammairiens, pour épurer le système, ont décomposé les radicaux dont ils ont ainsi augmenté le nombre. Le savant Gonçalves a très-bien montré qu il était au contraire avantageux de les réduire. Quand on connaît bien la forme des radicaux, qui sont placés généralement, comme nous l'avons indiqué, à la gauche des caractères, on les distingue immédiatement et Ton peut trouver, sans grand effort, le groupe qui renferme ces derniers.

Se famiUariser d'abord avec les radicaux; les lire, les relire, les répéter jusqu'à ce qu'on connaisse imperturbablement et leur forme et l'ordre dans lequel ils sont classés; étudier ensuite les primitifs qui donnent leur son en se mêlant aux radicaux tout en perdant leur sens (voir page 335) ; puis prendre chaque jour, pendant quelques heures, avec un lettré chinois, des leçons de lecture, d'écriture et de conversation : telle est la meilleure méthode à suivre pour apprendre la langue

<rècrttnre.

DES^SÈIfiNCES ET Md ARTS 2»»

chinùhe, méthode purement mécanique et particttHèrement fastidieuse à ses débuts, mais qui doit être lentement progressive sous peine de créer, dans l'esprit des élèves, la plus inextricable confusion, de leur faire prendre des habitudes incompatibles avec le génie de la langue et de les exposer ainsi à perdre tout le temps de leurs études.

Six dîflTérents genres d'écriture sont connus des Chi- L^sixmodcs nôis. Le Tchouen-chuhy qui porte le nom de son inventeur, est le plus ancien. On l'emploie pour les inscriptions, maïs on ne l'imprime pas. Ses formes arrondies se rapprochent beaucoup des anciens symboles. — Le Li-chuh (texte officiel) sert pour les préfaces et les dédicaces des livres. Il est connu depuis le commencement de l'ère chrétienne. Ses caractères, très-différents des signes du Tchouen, bien qu'ils en dérivent par une évidente filiation, affectent des formes particulièrement droites et carrées. — Ces formes deviennent moins raides, plus élégantes dans le Kiaï-chuh (texte modèle), que tout homme instruit doit savoir écrire correctement et dont l'imprimerie fait quelquefois usage. — Elles sont parfois à peine reconnaissables dans le Hing-chuh (main courante) qui est le texte ordinaire des manuscrits. Cette écriture, qui sert également aux préfaces et aux inscriptions, est plus rapide, plus liée, moins régulière que les trois premiers styles. — La main légère et habile qui fait usage du Tsao-tse (style de fantaisie) ne doit pas quitter le papier et peut se permettre, comme celle de nos grands calligraphes, des caprices qui donnent à ses œuvres, souvent inintelligibles, un cachet de suprême élégance et dé fantasque bizarrerie très-admirée des Chinois. — Ceux-ci impriment ordinairement leurs livres avec les caractères du Soung-chuhy qui fut introduit, ainsi que l'indique son nom, sous la dynastie des Soung et dont les formes imiteraient fidèlement celles du style

toUTDBB A Là MAIN.

Encre.

Pinceau.

3U L'EMPIRE pu MILIEU

modèle (le Kiaï-chuh) si, pour la commodité des imprimeurs, qui les gravent sur leurs blocs, elles ne devaient être un peu plus anguleuses et plus carrées. La connaissance du Kiaï'Chuh et du Hing-chuh sufiSt aux étrangers qui ne se proposent point Tétude des antiquités chinoises.

Au temps de Gonfucius, 6 siècles avant la découverte de rimprimerie, on écrivait avec un stylet sur des morceaux ou des feuilles de bambou. Ce fut l'époque des formes arrondies ; 200 ans plus tard, on commençait à ' tracer les caractères avec le pinceau sur Tétoffe, particulièrement sur la soie. Dans le courant du i«' siècle de notre ère, l'usage du papier s'introduit ; celui de l'encre indienne date du vu^; l'imprimerie est inventée 900 ans ap es le Christ.

On confectionne Tencre de Chine ^ qui est aussi appelée encre indienne, en triturant avec de la glu végétale ou de la colle de poisson parfumée, la suie que Ton obtient par l'incinération de certaines huiles ou de certaines résines. Le mélange est introduit dans des moules sur les parois desquels sont gravés des caractères ou des paysages et d'où il sort trèsdur, très-noir, très-joliment orné. On le délaye avec un peu d'eau sur une pierre lisse et plate, toujours très-dense, comme le marbre ou la lave, quelquefois élégamment sculptée. Le pinceau qui en est imprégné et avec lequel on trace, ou plutôt on peint les caractères, est un instrument très-délicat. Sa forme se rapproche un peu de celle des pinceaux dont nous nous servons pour la peinture à raquarelle. 11 se compose d'une petite touflTe mince et allongée de poils d'hermine ou de renard, de loup, de chat, de lapin^ que l'on fixe dans un tube de roseau. Les bons pinceaux sont à la fois élastiques et moelleux. C'est la pulpe fibreuse du bambou,

bouillie, broyée» réduite en pâte, étendue dans des moules, qui fournit le papier le meilleur et le plus résistant. On la mêle quelquefois, par économie, avec celle du cotonnier, ou de Tarbre à papier (broussonetia). L'écriture des Chinois est nette, correcte, élgante. Rarement ils font suivre leurs œuvres du signe qui exprime leur nom. Un sceau indiquant leur profession ou leur dignité, un caractère particulier, quelque périphrase ou quelque sentence philosophique dont les termes sont convenus d'avance entre eux et leurs amis, remplacent leur signature.

Papie

L'artdulithographe, queFoung-tao inventa aux® siècle, parait avoir précédé et préparé Timprimerie, ou plutôt la xylographie, car les Chinois se sont servis uniquement jusqu'à notre époque de blocs en bois, pleins et immo-" biles, pour reproduire sur le papier, à l'aide de la presse, les caractères de leur écriture. Ces blocs sont en pêcher ou en prunier et d'un demi-pouce d'épaisseur. Leur largeur varie suivant le formal^de l'impression. Le texte écrit à la main sur une feuille très-mince est appliqué contre la surface lisse du bloc. On mouille légèrement le verso de cette feuille et lorsqu'elle est bien sèche on l'enlève avec précaution. L'empreinte des caractères que renfermait le texte apparaît alors sur le bloc trèsnettement accusée et l'œuvre délicate du sculpteur commence. Il fouille avec le ciseau, jusqu'à la profondeur d'une ligne ou à peu près, les contours des caractères a, quand il a terminé sa tâche, laisse la place à l'imriineur. Celui-ci étend l'encre avec une brosse sur le îlief du bloc , pose avec précaution sur ce relief la uille qui doit être imprimée et la recouvre doucement un épais cahier dont il fait usage comme d'un tamn ; l'impression est alors achevée. La disposition des tes chinois diffère beaucoup de celle qui est adoptée

IMPRIMBRIK.

Blocs.

Impression.

Téxlé.

Formats.

Bon marché des liYres:

Ztë L'ËirPIRE Dtr MILIEU

potïr nos livres. Écrits de haut en bas et en coiiimençaBt par la droite, toas les feuitlets et tontes les colonnes qu'ils renferment sont entourés d'un trait linéaire. On n'imprime que sur un seul verso. Les titres de l'ouvrage, ceux des chapitres ainsi que la pagination se trouvent indiqués dans une colonne qui tient le milieu entre les deux pages. Ceiles-ci sont repliées en dedans de telle sorte que leurs versos blancs se touchent et que la colonne intermédiaire, renfermant les titres, est coupée en deux par leur pli. Ce sont les plis des feuillets qui forment la tranche extérieure des livres, tandis que leur réunion par la reliure en forme le dos. Les notes et remarques sont placées à la partie supérieure du feuillet où sont écrites parallèlement au texte en caractères plus fins et plus serrés. Parfois deux ouvrages qui se servent ^mutuellement de commentaires sont imprimés ensemble, chacun d'eux occupant une moitié de page. Les gravures ne sont pas insérées dans le texte^ mais réunies au commencement du livre. Une vignette, représentant le dragon infpérial, entoure d'ordinaire les feuillets dans les œuvres officielles de l'autorité.

On trouve en Chine des ouvrages imprimés de tous les formats, depuis rin-32 jusqu'à l'in-folio. Ils sont presque toujours d'un prix très-modique, mais la reliure n'en est pas solide et, quand on les veut conserver longtemps, il faut les mettre dans des étuis. Rarement un livre a plus de 2,000 pages. Un des ouvrages littéraires les plus estimés, le San-kotio-tchi (Histoire des trois États) qui renferme 24 volumes in-12, se vend pour 4 francs environ. Le dictionnaire de Kang-hi^ contenant 21 volumes in-8®, n'en coûte pas plus de 22. Les magasins de libraires, les échoppes de bouquinistes, les colporteurs abondent dans les grandes villes. Pénétré, depuis son enfance, par les premiers principes de son éducation, du respect traditionnel de sa race pour iessciraces

et la littérature, le Chinois aime et vénère les livres. Au B*«i»ûe reste, la presse est libre et n'a rien à craindre de la censure tant qu'elle ne s'avise pas déjuger ou de commenter les actes du pouvoir, restriction très-pénible assurément pour les Chinois, naturellement malins et frondeiirs.

Depuis le commencement de ce siècle, de nombreuses Perfeciionnemcnt

*^ de 1 imprimerie

tentatives ont été faites en Chine, non sans succès, afin chinoise. d'obvier aux inconvénients très-sérieux que présente l'usage des blocs en bois pour l'impression des livres. Ces blocs immobiles sur lesquels sont sculptées plusieurs pages s'égarent facilement et s'usent relativement assez vite*; leur préparation est difficile ^ et les caractères dont ils supportent le relief n'ont pas la netteté des types métalliques de nos imprimeries, enfin la correction des erreurs y est, pour ainsi dire, impossible. M. P. P. Thoms eut l'honneur de tenter le premier essai. En reproduisant sur des blocs d'éiain, par la sculpture, le texte de la traduction que Morrisson a faite des Hvres sacrés, il réalisa un progrès très-appréciable sous le rapport de la durée et de la netteté des caractères. Le fer fut substitué avec beaucoup d'avantage à l'étain par MM. Dyer et Marshman. On fait usage aujourd'hui en Europe, particulièrement à Paris et à Berlin, de types mobiles en fonte, représentant les radicaux et les primitifs que l'art <îu prote associe pour former les caractères; mais la forme de ces types est loin de réaliser toute la perfection clésirable.

1. Chaque bloc peut cependant fournir, ayant d'être usé, jusqu'à ^6,000 épreuves.

8. Afin d'éviter les frais très-considérables de sculpture, on emploie l.a cire au lieu du bois pour les documents qui, comme les proclama- ^ons et les affiches, ne doivent être tirés qu'à un petit nombre d'exeml^laires. 1^

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