‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 47 sur 93 · DE LA JEUNESSE · texte numérisé non relu

DE LA JEUNESSE

Ces principes ont été développés, expliqués, commen- éducation tés par le Siaou-kio (le guide de la jeunesse), dont le et iNsiRucTior premier auteur fut, à ce que l'on croit, Confucius, mais qui fut aêhevé par Tchou-hi vers le xii® siècle de notre ère. Le Siaou-kio, dont la vogue n'eut point d'égale, dont le texte est dans toutes les mains et les maximes dans toutes les mémoires, prend l'homme au berceau et le conduit, à travers les phases multiples de son existence^ jusqu'à sa tombe. Il traite des soins qu'il faut donnera l'enfance; des études progressives auxquelles doit se livrer le jeune homme ; de la bienséance; des honneurs auxquels ont droit le prince, le magistrat, le vieillard; des obligations sociales et des devoirs réciproques de la famille. 11 enseigne, par des exemples tirés des anciens et des modernes, la piété filiale, la modes-

Préceptes

du Siaou-Kio.

tie, la sincérité, la bienveillance, Téconomie, la gravité, Tassiduité. Il veut qu'à sa naissance Tenfant soit remis aux soins d'une nourrice choisie parmi les concubines de son père, belle, intelligente et bonne; que la première direction de ses facultés morales soit confiée à sa mère, laquelle doit lui enseigner avant tout l'obéissance; qu'à 10 ans on le place sous la direction d'un maître qui lui apprend la lecture, l'écriture, l'arithmétique, la poésie, les règles de la politesse et du savoir-vivre; que, depuis 20 jusqu'à 30 ans, il achève de se perfectionner dans la science et la pratique des vertus sociales; qu'à 30 ans il se marie et commence à s'occuper des affaires. Il ne doit pas entrer dans le service public avant 40 ans, et sa 70® année sera la limit^extréme des fonctions qu'il pourra remplir.

Liberté En Conférant des grades littéraires, en commettant

de l'instruction, jgg fonctions officielles à ceux qui en sont revêtus, l'État

donne une éclatante et continuelle sanction aux préceptes du Siaou-kio^ mais il ne les met pas lui-même en pratique. 11 patronne, constate, honore l'instruction, mais il ne la donne point à ses sujets, et c'est à peine s'il prend soin de la surveiller. La Chine ignore les bienfaits de l'instruction publique. Les écoles où sont élevées l'enfance et la jeunesse dans les bourgs et dans les villes ne reçoivent aucune subvention du goifVernement. • ^ Elles sont dirigées par des lettrés malheureux qui i m n'ont pu obtenir d'emploi et qui donnent des leçons<^^ pour vivre. Les uns nourrissent et logent leurs élèves;^ J les autres n'admettent que des externes. En général». M^ V'msiituieur primaire se contente pour ses internes, don le nombre dépasse rarement huit ou dix, d'une rétribu—, tion scolaire de 3 francs par mois et de légères gratifications en vêtements et en vivres que leurs parents lu remettent aux époques solennelles. Le salaire qu'il d mande aux externes, est infiniment modique. Les pro

fesseurs qui enseignent les jeunes gens ou les hommes faits, montrent naturellement un peu plus d'exigence, mais on peut dire qu'en aucun pays du monde l'instruction n'est à meilleur marché.

Tous les villages de la Chine possèdent au moins une Écoles primaires école primaire pour l'éducation de l'enfance, et toutes ses villes un collège pour l'instruction de la jeunesse. L'enfant est assidu aux écoles pendant quatre ou cinq années. Il y reste depuis le lever du soleil jusqu'à cinq heures du soir; ses études ne sont interrompues que depuis dix heures jusqu'à midi, et il n'y a guère par an que vingt-cinq jours de congé répartis entre les grandes fêtes. Un peu de lecture, d'écriture, d'histoire et de morale composent ordinairement tout son bagage scientifique. Il le forme surtout à l'aide du San-tse-king (classique san-tse-iiing. trimétrique) qu'il doit apprendre par cœur, retenir et réciter imperturbablement afin de se bien pénétrer de la forme et du son des caractères. Le San-tse-king fut composé, sous la dynastie des Soung^ par un professeur du nom de Ouang-pi-hao, pour l'usage de ses élèves. C'est un livre d'une morale, irréprochable, mais d'une parfaite aridité, procédant par sentences brèves, aflSrmatives, heurtées, composées chacune de six mots qui forment deux Hgnes et se lisent trois par trois. II renferme des notions très-concises et très-élémentaires sur la nature humaine, les' avantages de l'éducation, les devoirs de l'homme envers ses parents et ses sembla- Wes, la physique, l'agriculture, l'histoire nationale, les règles qu'il faut suivre et les livres qu'il faut étudier pour acquérir la science. La plupart de ces notions dépassent de beaucoup l'intelligence de l'enfant. Aussi répète-t-il d'abord le San-tse-king, uniquement comme il répéterait un syllabaire, sans comprendre les signes qu'il lit ni les sons qu'il émet. Quand, après deux années d'un labeur assidu, il énonce sans hésitation tous

Méthode

de l'instraction

primaire.

Tenue

et

discipline

des

écoles primaires.

les caractères du classique trimétrique avec les intonations voulues, et les retrace élégamment à l'aide du pinceau, son maître commence à lui en expliquer la signification, et, dès que son intelligence peut la saisir, il place sous ses yeux d'autres ouvrages, comme le classique millénaire où il retrouve les mêmes mots et fait connaissance avec de nouveaux signes, par conséquent avec de nouvelles idées. C'est ainsi qu'en suivant une méthode d'abord toute mécanique, puis lentement progressive, il peut acquérir en quelques années^ si le courage, la patience, la mémoire et le temps ne lui font défaut, une notion suffisante de sa langue pour lire les principaux classiques. Mais il arrive souvent, tant il est malaisé de s'en rendre maître, qu'au sortir de l'école, le jeune Chinois possède seulement le sens des caractères les plus indispensables et prononce les autres sans les comprendre, tout comme nous lirions les mots d'une langue inconnue écrits avec des caractères français.

Le mobilier des classes est d'une simplicité extrême. Chaque enfant dispose d'un tabouret et d'une petite table sur laquelle sont placés deux ou trois livres, de l'encre, un pinceau et quelques feuilles de papier. Le pupitre du maître, haut, large, massif, abondamment pourvu des objets qui lui sont nécessaires pour enseigner et punir, domine toute la classe. Dans un coin de la salle l'encens ne cesse de brûler devant une tablette dédiée à Confucius et au dieu des belles- lettres. Avant de prendre leur place, les élèves doivent, chaque matin, s'agenouiller devant ce pieux emblème et saluer ensuite profondément l'instituteur. Une fois cette muette et respectueuse cérémonie achevée, la classe entre en rumeur. Lés enfants étudient tout haut pour se mieux pénétrer du son des caractères et se corrigent mutuellement. Dès que l'un d'eux sait bien sa leçon, il s'avance vers le pupitre du maître auquel il la répète à très-haute voix et .

en lui tournant le dos. En général, la discipline est sévèrement maintenue parmi ces jeunes écoliers qui se livrent| scvec une ardeur, un entrain et une patience extraordinaire, à la plus ingrate de toutes les études. Le professeur ne se fait point faute de réchauffer leur zèle et d'assouplir leur caractère à l'aide du bambou, des privations et des humiliations de tout genre. C'est un vieil adage très eu vogue parmi les Chinois : qu'un bon maître doit savoir, quand il le faut, stimuler la paresse et châtier l'indiscipline par des peines rigoureuses.

Au sortir de l'école primaire, que les enfants des Collèges. classes pauvres fréquentent d'ordinaire pendant quatre ou cinq ans, le jeune Chinois connaît les signes les plus usuels de sa langue et possède quelques notions de morale ainsi qu'une très-légère teinture d'histoire. Ses parents veulent-ils lui faire embrasser une profession ou le pousser dans la voie périlleuse qui conduit aux examens littéraires et aux fonctions publiques, ils le confient, s'ils sont riches, aux mains d'un précepteur, ou bien l'envoient aux écoles secondaires que l'on trouve dans les villes et les gros bourgs, afin qu'il acquière soit les notions spéciales dont il a besoin, soit l'intelligence des grands classiques, ainsi que la connaissance des règles du beau style, du beau langage et de la composition littéraire. Ces écoles ou plutôt ces collèges, qui ensdgnent aussi un peu de mathématiques, de physique, de géographie, admettent, comme les écoles primaires et pour un prix très- modéré, des externes et des internes. Les professeurs, qui s'associent au nombre de trois ou quatre pour les établir, et qui les dirigent à leur profit, sont souvent des hommes de mérite qui ont subi avec succès les premiers examens, et qui se préparent, par l'étude et l'enseignement, à de nouvelles épreuves littéraires. C'est parmi ces gradués courageux que se recru-

Collège national.

Distribotion

de

prix.

TSSk, L'EMPIRE DU MILIEU

tent également les précepteurs auxquels est remise l'éducation des fils de famille.

Ces derniers jouissent d'un privilège très-appréciable qusrnd leurs pères occupent une position élevée dans la hiérarchie officielle. La loi permet à tous les fonction? naires des quatre premiers rangs (voir page 304) d'envoyer leur fils à Péking^ où ils sont instruits aux frais de l'État dans le Kouohtsekien (collège national).

A. certaines époques des encouragements officiels trèshonorables, très-enviés, mais d'une valeur fort minime, sont publiquement décernés aux élèves les plus instruits, en présence de leur famille, par les anciens des villages ou îes autorités des villes. On convie à ces distributions solennelles, pour en rehausser l'éclat et l'importance, le magistrat qui préside les examens et tous les lettrés du lieu. Au reste, et bien que le jeune Chinois poursuive le cours de ses études avec une assiduité, une patience, un acharnement que rien ne décourage, bien que sa vive intelligence soit remarquablement précoce et sa mémoire admirablement fidèle, il n'obtient jamais de Usuiut ordinaire ses Opiniâtres efforts que de médiocres résultats. L'ensei-

des

éludes. gnement qu'il reçoit est sans doute d'une irréprochable moralité et peut dessécher son coaur sans le corrompre; niais il est, sous certains rapports, si élémentaire, si liaïf, si incomplet, sous d'autres, si routinier et si exclusif; la -langue dont il fait usage se prête si mal à l'expression nette et claire de la pensée, est un instrument $i défectueux, en même temps si délicat, exige elle-nâéme une éluâe si fastidieuse et si longue, qu'on peut dire, sans hésitation, que le lettré chinois perd son temps, use ses facultés morales, épuise ses forces physiques pour entasser dans son esprit un fatras de connaissances aufesî peu utiles à lui-même qu'à ses semblables, et apprendre, en réalité, fort peu de choses.

Tout ce vain luxe d'érudition éclate dans les examens pour la plus grande gloire du lettré et de sa famille; il est récompensé par les honneurs académiques qui doivent précéder nécessairement, comme nous Tavons va plusbaut, les honneurs officiels. LeChingis peut obtenir, en passant par de laborieuses épreuves, quatre grades littéraires auxquels correspondent les titres de Sîomim, Kivrjen^ Tsin-se^ Hanlin que nos sinologues traduisent par ceux de bachelier, licencié, docteur, académicien.

Pour recevoir le diplôme de Siourtsaï, il faut subir victorieusement trois examens : le premier au chef-lieu de son arrondissement, le second au chef-lieu de sa* préfecture, le troisième dans la capitale de sa province. Les candidats doivent faire trois compositions, deux en prose et une en vers, dont les sujets, choisis par les présidents d'examen, sont tirées ordinairement des quatre livres {se-tchou). Les présidents sont le sous-préfet pour la première épreuve, le préfet pour la seconde, et le chancelier littéraire pour la troisième. On affiche en grande pompe les noms des candidats heureux. Ceuxci ont droit successivement aux dénominations honorifiques de Hien-Ming (connu dans l'arrondissement), de Fou-ming (connu dans le département) et de Sioutsaii (talent merveilleux). Les examens durent un jour entier et le canon qui en donne le signal en annonce ïlssue. Il va sans dire que les candidats doivent être fouines avec soin, qu'ils ne peuvent emporter avec eux aucun Tivre, ouvrage ou traité quelconque et que toute "communication soit entre eux, soit avec leurs parents ou leurs amis, leur est formellement interdite durant toute ia durée de l'épreuve. Les lois de l'empire exigent même qu'ils ne fassent point connaître leurs noms et qu'ils ne signent pas leur œuvre, afin que leurs juges n'aient point à lutter contre la tentation des iiifltjtences

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