SCIENCES
CHINOISES
fatigue, mais n'invente point, ne crée point. Elle décrit minutieusement les faits, sans découvrir les lois qui les régissent; elle suit, avec une persévérance opiniâtre, les sentiers battus, quelque rebutants qu'ils soient ; s'il lui arrive d'en sortir, elle divague et s'égare. Quand le lettré connaît imperturbablement sa langue, quand il a lu, relu et appris presque par cœur ses auteurs classiques, quand il les comprend sans effort et qu'il peut écrire «
aisément dans leur style, quand il a chargé sa coura- —
geuse et facile mémoire d'un prodigieux amas de faits ^ historiques, de maximes politiques, philosophiques et ^■ iDAcales ; quand il y a joint une teinture légère des no- — ^ Iwi» toujours très-incomplètes, souvent confuses, pué- —5 ril'es, naïves et ridicules que renferment ses livres sur la géographie, les mathématiques, l'astronomie, la médecine, il se range, sans hésitation, parmi les maîtres du genre humain, n'a d'égards que pour ceux de ses semblables qui sont académiciens comme lui, se drape fastueusement dans sa science et ne regarde pas au delà. . ^«
Les écrits des anciens sages et les livres de LITTÉRATURE nombrcux commentateurs constituent la littérature CLASSIQUE. classique dont le Vou-king(o\x les cinq livres), les œuvres^^3BS du célèbre Fou-hi, le Hiao-king (livre des devoirs filiaux),» ^)i les Se-tchou (ou quatre livres), le San-tse-king (classiqu^^ ^^^ trimétrique), le Tsien-tse-ouan (dsissique millénaire), I^^^'® SiaoU'kio (guide de la jeunesse), le San-kouo-tchi (his — toire des trois états), le Se-ki (mémoires historiques) et le Tong-kien-kang-muh (miroir historique) forment la^ ^^ partie essentielle * .
1. On trouve dans le Se-foU'tsiouen'ehU'tsoung-mou (catalogue d^ ^ tous les livres que renferment les quatre bibliothèques), Ténumératic raisonnëe de tous les ouvrages scientifiques et littéraires qui ont ace en Chine une certaine notoriété. Ces ouvrages sont au nombre di 20,000 environ et leur catalogue ne comprend pa& moins de. 1(12 vola-" mes in-8 ayant chacun 300 pages.
Peux siècles environ avant la naissance du Christ, Ti-king Tchi'houang'ti, un des souverains les plus gueiTÎers et ^ ^^
les plus absolus qui aient gouverné la Chine, ayant pris transmatations:" OiOibrage des maximes libérales qu'enseignaient hardiment les lettrés, ordonna, sous des peines rigoureuses, que tous leurs livres devinssent publiquement la proie des flammes. Un seul, le Yi-king^^ le plus ancien, le plus vénéré, mais le plus obscur et par conséq^uent le plus inoSensif de-tous, fut épargné ou peut être dédai- ^é^par la vengeance impériale. Après la mort du despote, lorsqu'on retira les autres classiques des cachettes où le pieux zèle de r(uelques savants les avait ensevelis, leur texte se trouvait tellement altéré par la poussière des vieilles murailles, la moisissure des caves ou les vers des tombeaux, qu'il fut impossible de le rétablir dans toute sa pureté primitive. De tous les ouvrages qui furent composés avant Tchi-honang-ti le Ti-kingesi donc le seul auquel la tradition accorde une incontestable authenticité. Elle lui donne pour auteur Fo-hi, le premier souverain de la Chine, qui vint au monde 2,800 ans avant le Christ, pour traducteurs Ouang-ouang et TcheoU'kong, son fils, qui vécurent 1,800 ans plus tard, et pour principal commentateur Confucius, qui composa une explication ingénieuse, mais très-hypothétique, de leur glose incompréhensible. Au temps de Fo-hi^ la Chine ne connaissait pas l'écriture et les indigènes faisaient simplement usage, dans leurs transactions commerciales, de petites cordes dont ils disposaient les nœuds d'une certaine façon pour étaWir leurs marchés et fixer leurs comptes. Ce fut à ces instruments primitifs du langage, dont les Annales historiques ont conservé la forme, que fut empruntée, dit-on, par Fo-M, ridée des figures symboliques qu'il imagina et combina,
1. Le caractère que nons traduisons par livfe classique ou canonique et que Ton prononce King signifie Doctrine siiblime, immuable.
de soixante-quatre manières différentes, pour exprimer, sur la physique, la politique, la morale, des principes ^ très- profonds, de très-habiles doctrines et de très-sages ^s maximes. Rien de plus simple que les types de ces fi- — .gures. Ce sont deux lignes droites Tune continue, Tau- — jtre brisée. La première, selon Ouan-ouang^ représente le ^^J( Yang (le parfait) (voir page 222), et la seconde le Y-ing y^^\ (l'imparfait) . Disposées trois par trois, ainsi qu'il suit : —
elles signifient le ciel^ les sources des montagnes^ le feu^^ le tonnerre^ les vents, les eaux des plaines, les montagnes^g. la terre. C'est en associant, deux par deux, ces hui^ m M combinaisons dans une table ou chacune d'elles est re — ^reproduite 16 fois, que Fo-hi a composé son Yi-ktng. Or^ar^i) comprend, sans peine, à combien d'interprétations dif3t jtf-
férentes il a donné lieu, dans les quatorze cent cin .m-
quante livres qui tentent de l'expliquer et quel parti em. ^sn a pu tirer, suivant leurs divers points de vue, Tespri — irit philosophique ou superstitieux des commentateurs. L^ — ILe sage Confucius a fait sortir de ces lignes symboliques ^^ et des textes mystérieux de Ouan-ouang^ d'ingénieuses maf -^is fort douteuses théories sur la physique et la morale. chou-king Qn Irouve dans le Chou-king (Livre des annales^-J^^)»
(livre des Annales,\ . ., ^. i>i • * • • •*• j ■- 1o
une vaste compilation sur 1 histoire primitive de M. ** Chine pendant une période de seize siècles qui embrasa -^se à peu près, depuis l'année 2350 avant notre ère, W ^^ règnes des trois premières dynasties. Yao, Chun^ Y^ *'» Tchin-tang^ Vou-ouang et Théou-kong sont les héros c^^ "® cette vénérable légende qui expose en général, sous '^
forme dialoguée, leurs belles actions et leurs sages di^ -^^" cours. La Chine considère le Chou-king auquel Confi^^" cius a mis la main et qui a eu beaucoup de commerr:^" 'tateurs, comme la base de son système politiqu ^^f religieux, scientifique et militaire. Le Père Prémare ^^^ a donné une traduction satisfaisante.
A l'époque féodale des princes de la troisième race, du 12® au 3® siècle avant l'ère chrétienne, furent composées les poésies célèbres dont la réunion forme le Chù king (livre des vers). Ces poésies ont été réparties en quatre livres : « les chants nationaux », « les éloges solennels x>, « les petits éloges », « les cantiques de louange pour les sacrifices impériaux. » Le style en estmétaphysique, très-concis et parfois fort obscur. Elles chantent les mœurs du temps, la gloire et la sagesse des empereurs de la troisième dynastie, des princes leurs vassaux et de leurs ministres. Gonfucius, qui les tenait en grande admiration, eh a corrigé quelques-unes. Les commentaires ne leur ont point manqué. Prémare en a traduit plusieurs.
Tcheou-kongj frère de Tempereur Vou-ouang^ qui vivait il y a 2,900 ans et dont le Chou-king a célébré les vertus, fut, d'après la tradition, le principal auteur du Li'ki^ livre des rites. Développée par les interprétations des deux frères Lai, complétée par Gonfucius, expliquée par les leçons de ses premiers disciples, cette compilation fameuse expose les coutumes que Ton prsttiquait sous les trois premières dynasties et, les prenant pour bases du système religieux, moral, social de Tempire, en déduit les règles minutieuses qui constituent ce sys^ tème. Le Li-ki a exercé une prodigieuse influence sur les mœurs de la Ghine. La religion d'État, et le cérémonial qui y joue un rôle si important, ont été établis d'après ses maximes ou ses formules, dont le Li-pou (département des rites) a pour mission spéciale de maintenir rintégrité.
On croit que le Tchun-tsiou (livre du printemps et de l'automne) qui continue, pendant 240 ans à partir de Ping-ouang, les annales historiques renfermées dans le ChoU'king^ fut écrit par Gonfucius. Co-chi, un des disciples du maître, l'a commenté. Le style en est sec et peu
Chi-kiDf Givre des Odeti).
Li-ki (livre des rites).
Tchun - tsioa
(le prinlemps
et l'automne).
Voo-kiDg.
Commenlaire
de
Tchou-hi.
fleuri ; c'est le moins estimé des classiques. On attribue le titre bizarre du Tchun-tsiou à l'intention qu'a eue l'auteur de montrer, par d'illustres exemples, que les destinées politiques d'un empire sont instables comme les saisons.
La collection des cinq ouvrages dont nous venons de parler porte le nom de Vou-king, les cinq classiques^ les cinq classiques par excellence, les cinq grands classiques. Parmi les innombrables commentaires dont le Vothking a été l'objet, celui du célèbre Tchouhi est l plus clair, le plus net, le plus logique. Estimé parfoii à l'égard du texte dont il éclaircit les obscurités ou dé-
chiffre les énigmes, il est lu avidement pas tous ceu qui veulent comprendre les œuvres des anciens sages.^ On sait qu'elles furent incomplètement rétablies aprè^ la mort de Tchi-houang-ti qui en avait ordonné l'en — tière destruction. Remarquables, en général, parla rapi— i dite et l'extrême concision de leur, style, toutes plein^^ d'expressions, de locutions et d'images qui n'ont plus cours, tronquées dans leurs parties les plus essentielles, ces œuvres présentent des métaphores, des allégories^, des lacunes considérables dont l'ingénieuse sagacité da Tchou-hi a su tirer presque toujours un parti satisfais ^ sant. Ce savant docteur, qui vivait au xii® siècle, a rendes d'éminents services à la littérature et à l'histoire nationales. II habitait près deNankangfou, dans leKiang-si une gorge profonde des montagnes Lw, que l'on appelai i « la vallée du Daim blanc » et qui est encore aujour d'hui un lieu célèbre de pèlerinage pour les lettrés di l'empire.
Outre les cinq premiers classiques, la Chine tient en grande vénération un certain nombre d'ouvrages de mo raie, de philosophie ou d'histoire qui portent des dat plus récentes, mais qui ont acquis presque autant de ce lébrité. Nous allons citer les principaux.
Je le
Is
es as ^ss,
si, lit r-
Le HiaO'kingy dont l'auteur n'est point connu, renferme, en 18 chapitres, les leçons que Confucius a données à son disciple Tsang-tsan sur la nature et la pratique des devoirs filiaux. La science fait un cas particulier de cet ouvrage que de savants philosophes ont enriclii par leurs commentaires.
tJn célèbre lettré, Tchingfoii-tse ^^ a réuni, il y a 1,000 ans, en une vaste compilation qui porte le nom de Se'tcJiou(\es quatre livres), deux ouvrages inspirés par les enseignements directs de Confucius, le Ta-Mo et 1è Lun-yu , un traité de morale philosophique, le ïchong' yong^ composé par son petit-fils, Tso-se^ sur le juste milieu, et les écrits du fameux Mencius. — Le Se-tchou^ comme Te Vou-king, est le principal objet de l'étude et de la méditation des Chinois qui aspirent aux honneurs littéraires. On examine toujours sur des sujets qui en sont tirés les candidats aux grades de licencié et de docteur. Confucius traite dans le ta-kio^ sur lequel son disciple Tsang a publié des notes et des éclaircissements, de la connaissance, du respect de soi-même, du jgouvernement de la famille et de TÉtat. — Le Lun-yu renferme, en vingt chapitres, une suite d'entretiens et de discours où il expose ses opinions et ses vues sur la vertu privée et la vertu publique. On y rencontre des conseils très-pratiques, des principes très-élevés et entre autres cette belle maxime que le paganisme civilisé ne connaissait pas : « T7e fais point aux autres ce que tu ne voudrais pas qu^ils te fissent à toi-méine.»^ Tso-se a reproduit, en écrivant le Tchong-yong (milieu imratiabié), lès instructions de son aïeul sur la conduite que l'homme sà^é doit savoir tenir pour dominer ses passions et gouverner ses semblables. Éviter toujours les extrêmes ; sùîvre constamment la voie droite et naturelle que le Tîch
Hiao-king (devoirs filiaux).
Se-tehou
(uules
quatre livres).
Tarhio (livre des adultes).
Lun-yu.
Tclîong-yonf immuable.)