‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 54 sur 93 · DES BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

DES BEAUX-ARTS

Poésie. — Romans. — Proverbes, — Architecture. — Construction des habitations, des navires et des bateaux. — Temples. — Monumeuts honorifiqaes. — Sculpture. — Peinture. — Musique. — - Gonfucius et Mencius.

Dans la culture des lettres et des beaux-arts, le peuple chinois n'a pas été plus hardi et n'a pas obtenu de plus brillants succès que dans la poursuite laborieuse des abstractions ou la patiente étude des sciences utiles. Le respect traditionnel de Tantiquité, le culte aveugle et fanatique des anciens condamnent inévitablement, depuis des siècles, le génie national à l'impuissance et à la stérilité. Il n'aspire plus aux découvertes et ne s'avise jamais de contempler l'avenir. Il ne sait pas féconder de ses sueurs le sol rebelle où naît F inspiration. Humblement courbé vers les sillons que. les vieux maîtres y ont creusés , il y cherche obstinément et péniblement leur trace. Le progrès lui fait peur et la nouveauté lui répugne. On dirait qu'il s'étudie à modérer son essor et qu'il prend soin de briser lui-même ses propres élans. U ne met point son honneur dans l'invention qui régénère ou qui tue glorieusement les peuples, et ne voit rien au delà de l'imitation servile qui les conduit sans secousses, par une voie très-lente mais très-sûre, à la

DÉCADENCE DKS LETTRES ETDKS ARTS.

décadence et à la mort. Les arts et les sciences de la Chine sont entrés depuis longtemps dans Tère de décrépitude où ils ont été fatalement conduits par son caractère national et ses mœurs littéraires.

POÈHC.

Toa-youen.

Li-téï-pé. Sou-long-po.

Ses deux plus féconds versificateurs, Li-taï-pé et SoU'long-po^ vivaient, Tun au vii®., l'autre au x« siècle de notre ère. Le plus ancien de leurs poètes didactiques, You-youeriy qui écrivit des strophes remarquables sur a Part de guérir le chagrin, » administrait les affaires publiques il y a plus de deux mille ans. L'époque pendant laquelle régnèrent les souverains de la dynastie Tang (618-907 après Jésus-Christ), fût i' âge d'or de leur poésie. Les œuvres innombrables que comprennent les Tsi'-pou (mélanges), sous les titres de poésie de Tsou^ odes et chants, art de la poésie, collectians générales, etc., ne manquent ni de facilité, ni de grâce dans Teipression , ni de vivacité et de finesse dans le coloris, ni d'originalité, de charme et de douceur dans la description; mais la noblesse et l'élévation de la pensée, la grandeur et Téclat des images leur font presque entièrement défaut. Ce sont, pour la plupart, autant qu'il nous est permis d'en juger par les traductions que possèdent nos bibliothèques, des compositions fadement idylliques ou prosaïquement didactiques, dans lesquelles tout semble de convention, le sentiment, la passion, le style, et où nous chercherions vainement la trace du feu sacré qui inspire les vrais poè'tes. Le gouvernement actuel a fait recueillir et publier les œuvres poétiques écrites sous le règne des Tang. Cette vaste compilation réunit 900* volumes, dont 30 appartiennent à Li-tàî-pé et H 5 sont sortis de la plume féconde du fameux Sou^ tong-po, qui vécut trois siècles plus tard. On y rencontre tous les genres, depuis le plus noble et le plus sérieux jusqu'au plus léger et au plus bouffon. La muse dii-

noise a produit des odes^ des élégies et des églogues ; des ballades» des poésies didactiques, et quelques épopées historiques; des drames et des tragédies, des comédies, des farces, et un nombre infini de compositions fugitives. Ses odes, au moins celles des vieux classiques, sont souvent belles de simplicité et de concision; ses élégies et ses églogues respirent presque toujours une sentimentalité enfantine qui en rend la lecture insipide. On ne peut guère parcourir sans ennui ses naïves et monotones épopées. Quelques-unes de ses ballades et de ses chansons, au contraire, sont vives, gaies, spiri-

ri

tuelleS) très^goûtéçi;^'j4)]^|)ubiic. Quant à ses œuvres dra- OEuvres matiques, dont un fort petit nombre a été traduit par dramatiques les Europé^s^, ni le talent, ni la méthode, ni l'intérêt ne semblent leur faire défaut, mais on n'y a pas encore découvert ces situations fortes et terribles créées par le génie de nos grands tragiques.

Le théâtre chinois, qu'alimente principalement la source presque inépuisable des Youen-tchin pé-tchong (les cent drames de la dynastie Youen), ne connaît pas la règle des trois unités. 11 ne fait aucunedifférence entre les genres tragique et comique* Dans ses volumineux recueils se trouvent mêlés et confondus les drames, les tragédies, les comédies, les farces. Quelques-unes de ces pièces n'ont pas moins de vingt actes ; d'autres ne comportent que deux jOU trois scènes. Elles sont écrites soit en prose, soit en vers, soit en prose et en vers, et admettent ordinairement, outre 1^ principaux acteurs, un personnage qui chante des apophthegmesdans toutes les graves circonstances et remplit ainsi le rôle attribué aux chœurs par la tragédie antique.

1. On peut citer VOrphelin de Tchao, par le Père Prémare; le Vieillard héritier, par Davis (1817); les Tristesses de Han, par le môme; .VOrphelin delaChine, par Stanislas-Julien (1834); et les quatre drames traduits par Bazin dans son ouvrage intitulé Théâtre chinois, lequel renferme de remarquables considérations sur Tart dramatique de la Chine.

Toujours chaste dans ses compositions sérieuses, le drame est en général aussi réservé dans ses gestes et stô paroles que sobre dans sa mise en scène^ et ne tolère que très-rarement les bouffonneries licencieuses. Nous avons vu à quels naïfs expédients ses acteurs avaient recours pour faire comprendre à leur auditoire les mou* vements de temps ou de lieu qui sont indiqués, dans nos spectacles 5 par les changements de décors et de costumes (voir page 209).

PROSODIE. Les règles auxquelles est assujettie la métrique chi-

noise, qui définissent la rime, dét^minent la césure, la cadence, la mesure du vers, diffèrent essentiellement de notre prosodie; elles présentent des difficultés que les poètes ne parviennent pas à vaincre sans un opiniâtre labeur, et dont les improvisateurs ne peuvent triompher qu'en accomplissant d'incroyables tours de force. Aussi les lettrés attachent-ils aux formes de la versification une importance qui exclut presque toujours l'emploi du mot propre, et qui déprécie singulièrement, aux yeux du vrai littérateur, le mérite des poésies chinoises. La mesure des vers dont elles se composent varie de trois à huit mots et par conséquent de trois à huit syllabes, la langue étant monosyllabique.

ROMANS. Si le Chinois éprouve, pour les œuvres lyriques et di-

dactiques de la vieille poésie nationale, un seiîtiment traditionnel de respectueuse admiration, s'il aime à voir jouer le drame ou la comédie, à entendre chanter la pic^ante ou frivole ballade, il est passionné pour la lecture de ses innombrables romans. Aucune littérature n'est aussi riche en fictions que la sienne. Le romancier cliînôis écrit très-souvent en vers. Il aborde tous les sujets, priacipalement les sujets historiques. Il distribue généreusement à ses lecteurs le mystérieux, l'invraisem*'

blable, l'absurde auquel il mêle très-volontièrs la mo«-* raie et la philosophie^ Ses désertions sont presque toujours minutieuses jusqu'au puéril et à Tennui» ses dialogues interminables, ses réflexions longues, monotones, somnolentes. Rar^xient il est licencieux, plus rarem^^t encore amusant. Nous connaissons en partie, par les travaux des sinologues européens, un certain nombre de romans i^hinois, dont les plus remarquables sont : les Quatre livres merveilleux (S«-fa-fci-tcAow), sorte d'ouvrage classique, très-répandu et très-goûté * ; — le Pe-che-Uing-m (blanche et bleue, ou les deux couleuvres fées), traduit par. Stanislas Julien, en 1834; — les Voyages de Tempereur Ching-ti, imités en anglais; — les Kin-kùn-H^kouen (événements anciens et modernes); — les Long-tou-kong-ngan (causes célèbres). Le Père Prémare, Stanislas Julien, Davis, Thoms, Thomas Pavie, Sloth ont extrait quelques poétiques épisodes de ces deux derniers ouvrages.

On remarque dans toutes les productions de la litté- proverbes

1*. Le Se-torki-ehou comprend l'hisloire des trois empires (San-koutché) mentionné plus haut (page 370); — le Choui-hou-tchouan^ ou les Aventures des fameux voleurs qui dévastèrent les cités du Kiang-nang, an temps des empereurs de la dynastie Song ; — le Si-yéau-ki (page 373) «voyage dans les pays de Touest » du prêtre de Boudha Tching Hiouan-Tsang *et le Kin-phing- méi • ou « la vie de Simen-King, » négociant riche et dissolu. Ces quatre ouvrages, qui sont très-étendus et écrits dans un style que sa pureté classique rend souvent obscur, ont été abrégés et modernisés par les auteurs du Chi-Tscûitse (œuvre des dix beaux esprits) lequel renferme : i° un résumé de l'histoire des trois empires ; — 2» le Hao-Kieou-Tchouan ou « la vie d'une femme accomplie» (Gaillard D'Arcy, Paris, 1842) ; —3« Le Yu-Kiao-H «les deux cousines» (AbelRémusat, 1826); — ¥ le Phing-chan-leng-yang, «histoire des deux jeunes savants et des deux jeunes savantes; — 5» le ChouihoU'Tehouan, « les fameux voleurs; » — 6» le Si-siang-Ki (contes dialogues de l'aile occidentale du Logis) ; — 7<* le PM-pJia-ki, « histoire de la Guitare » (Bazin, 1841); — 8<> le Hoa-Tsien, ou « le lit de fleurs • (Thoms, 1824) ; — 9Me Phing-Kouéi-tchouan,'' la victoire des mauvais esprits »; — idft le Pe-Kouéi'iehif « File blanche de Jaspe. »

d9S L'ËMPIRB DU MILIEU

rature des Chinois^ dans les écrits de leurs poëfes et de leurs romanciersy aussi bien que dans les livres de leurs savants et de leurs philosophes, une tendance à dogmatiser qui a produit une foule de proverbes, les uns profonds, concis, pratiques, les autres vagues, énigmatiques, presque incompréhensibles pour les Européens. Sir John Davis a trouvé, dans le célèbre dictionnaire des sentences intitulé Ming-sin-pao-kien (précieux miroirs pour éclairer l'esprit), une collection de ces imudmes métaphoriques et bizarres que le ciseau du sculpteur grave sur les monuments, que le pinceau du peintre ou de l'écrivain reproduit sur les murs, les placards, les affiches et dont le lettré assaisonne agréablement ses discours. Nous ne résisterons pas au plaisir de signaler les suivantes à l'attention de nos lecteurs.

« L'homme sage sait se plier aux circonstances comme l'eau prend la forme du vase qui l'étreint. »

a L'erreur d'un moment devient le chagrin de toute une vie. »

f Quand l'arbre est abattu, son ombre disparaît [Tempora si fuerint nuhilay soins eris). »

« Il faut frotter le diamant pour le polir (l'homme devient parfait par le frottement de Tadversité). »

« Mieux vaut richesse après pauvreté que pauvreté après richesse. »

a Qui mange vite, mange peu (il faut étudier lentement pour bien comprendre). »

€ Ce qu'on ne peut dire, il ne faut pas le faire. »

« Le ciel n'aide pas l'homme qui laisse fuir l'occasion. »

« Creusez le puits avant d'avoir soif. »

a Pourquoi verser de l'eau sur le dos d'un canard? (ne donnez pas de conseils inutiles). »

« Qui travaille avec fatigue mange avec plaisir. »

a II faut être quelquefois sourd pour bien gouverner. > .

€ Il n'y a pas de livres qui n'apprenne quelque chose. »

€ La simplicité est inséparable du génie. >

a Respect vaut mieux qu*amour ; la haine est préférable au niépris. »

€ Il ne faut pas publier les fautes domestiques. (Laver son linge sale en famille). »

€ Une bonne action ne sort pas du logis ; une mauvaise a bientôt fait cent lieues. ï>

( Moins on tombe de haut^ moins grande est la chute. D

« Que chacun balaye la neige de sa porte sans s'inquiéter de celle qui couvre le toit du voisin. »

< Soyez sévère pour vous-même comme vous Têtes pour autrui, indulgent pour autrui comme vous Têtes envers vous-même. »

Ainsi que nous Tavons fart maintes fois remarquer, c'est, depuis bien des siècles, le caractère essentiel de la civilisation chinoise de s'immobiliser dans la contemplation et la servile imitation du passé, comme si elle avait dit son dernier mot, produit son dernier effort et qu'elle se reconnût désormais incapable de mieux faire. Cet humble aveu éclate dans toutes ses manifestations, particulièrement dans les œuvres de Tarchitecture nationale. On dîjrait, quand on les contemple, que toutes pleines encore des réminiscences d'une vie primitive dont il ne reste plus aujourd'hui aucun vestige authentique, mais qui a du se passer dans le désert, sous la tente, au milieu des troupeaux, la nation chinoise veuille en perpétuer les images par les formes invariables dont elle n'a jamais cessé de revêtir ses monuments publics et ses maisons particuUères. Par la forme gracieusement con-

AnCHITEOTURE,

Caractères

généraux

de Tarchitectare

chinoise.

cave de sa toiture qui est très-visibtement reletée à ses quatre angles, par ses colonnes ou plutôt ses piliers de bois sans fûts et sans chapiteaux, Tédifice chinois ressemble à la fragile demeure du berger nomade qui s'abrite, pour quelques jours, sous une tente de peau ou de toile soutenue par des pieux. Les maisons des villes et des bourgs, souvent isolées et entourées de jardins, oht rarement plus d'un étage. Lorsque le voyageur les découvre tout à coup, au sortir d'un défilé ou du sommet d'une colline, il lui semble apercevoir un campement au milieu des bois. Au reste, tout est parfaitement original dans l'architecture chinoise. Elle est entièrement dépourvue, à la vérité, comme toutes les créations du génie national, de majestueux et de grandiose; mais elle n'a fait d'emprunt à aucun peuple; elle ne doit qu'à elle-même cette élégante et fantastique légèreté, cette ornementation bizarre et charmante qui font sa grâce inimitable et sa réputation par tout l'univers. Matériaux La chaux, la terre, le sable tamisé, la pierre, le mar-

bre, le bois, le chaume, sont employés comme matériaux de construction. On obtient généralement la chaux en faisant cuire soit des coquillages ramassés sur le bord de la mer, soit des détritus recueillis dans des terrains calcaires, le combustible étant trop coûteux pour qu'on puisse soumettre la pierre elle-même à l'action du feu. La terre cuite donne les tuiles et les briques. Passée à la claie, puis gâchée avec un mélange d'huile et de chaux, elle fournit une pâte compacte que Ton coule entre des planches dans quelques provinces, pour construire les murs et qui acquiert, en peu de temps, la dureté et la densité de la pierre. Les maisons n'ont, le plus souvent, ni fondations ni cave. Leurs murailles minces, hautes de 20 à 25 pieds au plus, rarement recouvertes d'un enduit, au moins à Textérieur, sont presque toujours bâties en briques. Elles s'appuient ordinairement sur de

de constraction .

larges bases, hautes d'environ 2 pieds et oonàtruites en moellons, qui reposent sur la surface n^êroe du sol. Elles n'ont ni corniches ni entablement, mais des fleurs, des arabesques parfois de petites figurines assez finement moulées dont les couleurs vives, se détachant sur une lai^e bande peinte en noir, ornent leur partie supérieure sous la saillie du toit. La brique coûte, suivant son volume, de 18 à 45 francs le millier. Elle est ordinairement d'une couleur cendrée. Les tuiles, creuses comme des gouttières, sont posées d'abord sur le dos en rangées longitudinales, contiguês; puis, les rainures plus ou moins larges, que ces rangées laissent entre elles et qui pourraient donner passage à la pluie, sont recouvertes par d'autres tuiles placées en sens inverse. Le toit est noyé dans un lit de mortier étendu sur les voliges. Nous savons qu'il forme des ondulations concaves, comme la toile qui abrite les tentes. Les chevrons dépassent toujours l'aplomb des murs. Deux figures d'animaux fantastiques ornent les faîtages des pagodes. Des sonnettes que fait doucement tinter le zéphir, pendent d'ordinaire aux angles des demi-toitures superposées qui protègent les étages des tours. Excepté dans les villes où les marchands couchent au-dessus de leurs magasins, les maisons particulières, même les plus somptueuses, ne s'élèvent pas au-dessus du rez-de-chaussée. Celles des pauvres, recouvertes d'un toit de chaume ou de roseaux que soutiennent quatre pieux auxquels sont fixées simplement des nattes grossières en guise de murailles, présentent le plus misérable aspect.

Plus l'habitation est opulente, plus les cours intérieures sur lesquelles s'ouvrent les fenêtres des appartements, sont nombreuses. En général, un couloir de dégagement borné par le mur d'enceinte, règne autour ties bâtiments dont les parallélogrammes successifs forment ces cours intérieures. Les maisons de campagne

Toitures.

Distribution

des

maisons

particulières.

Maisons des champs*

ont 3 portes percées, au midi, dans le mur d'enceinte et qui donnent accès sur la première cour ornée de gazon, d'arbustes et de fleurs; celle du milieu ne sert que les jours de grande cérémonie. Lorsqu'on a traversé la première cour et franchi 2 ou 3 marches, on pénètre sous un péristyle, soutenu par des colonnes en bois, muni de quelques sièges et orné de vases, lequel communique directement avec la pièce principale de la maison. Le couloir extérieur que longe le mur. d'enceinte, aboutit à la première cour de chaque côté du pé- Maisonsdes villes, ristyle. Dans les maisons de ville, au contraire, la porte

d'entrée, qui d'ordinaire est unique, ouvre immédiatement sur une sorte de porche qui est gardé par le concierge. A l'extrémité de ce porche se trouve un mur ou un vaste écran qui dérobe la vue de l'habitation et derrière lequel se développe la première cour intérieure ; un autel dédié au dieu du seuil y est contigu. La première cour sur laquelle débouchent, comme dans

maisons rurales, les deux branches du couloir intérieu donne entrée, soit directement, soit par le péristyle^ ^s, dans la grande salle. Des lanternes, qui portent er :min grosses lettres les noms des propriétaires, pendent au>^:^ x angles que la toiture projette sur la rue. Grande salle. Tour à tour salon pour les usages de la famille, sall«^^

de réception, ou salle à manger, la pièce principale es— ^-^ fermée, au nord, par un mur et communique, au sud ^ avec le péristyle. Au milieu du mur est placé un aut^-/ où l'encens ne cesse de brûler, en l'honneur des dieu ^ du logis. De chaque côté de l'autel, s'ouvre une port^ soit sur les appartements, soit sur la seconde cour intérieure. Devant l'autel une table basse, sorte de lit de Ll camp, munie d'un marchepied, supporte trois coussins; celui du milieu est le siège du maître. A droite et à gau- I j;^ che, le long des murs latéraux, deux rangées de petites h^ tables, garnies chacune de deux tabourets, attendent le 1^;^

thé et les convives. Les distributions que nous venons d'indiquer, bien que généralement suivies, ne sont pas rigoureusement imposées par la coutume. Les caprices du propriétaire ou celui de Tarchitecte les modifient quelquefois. On est surpris, quand on les examine, de leur ressemblance avec le plan des maisons romaines que recouvraient les cendres de Pompéi.

Simple et non dépourvu d'une certaine élégance, le mobilier manque absolument de ce que nous appelons le confortable. On s'asseoit d'ordinaire sur de simples tabourets. Les chaises ne sont pas rembourrées, elles ont des dossiers droits et raides. On ne fait usage ni de fauteuil, ni de canapé, ni de causeuse. La literie est détestable. Le riche et le pauvre couchent sur des planches <jue soutieiinent des tréteaux et que recouvre une natte plus ou moins fine. Leur tête repose sur un traversin Ibrt dur, rembourré avec des épluchures de bambou, ou sur un petit escabeau de bois poli, très-étroit et on ne peut plus incommode. Les personnes riches ont parfois des bois de lit fort joliment fouillés, et la moustiquaire qui protège leur sommeil est faite en gaze transparente Ornée de fleurs. Une toile grossière enveloppe la couche du pauvre. Les appartements intérieurs ne sont munis que des meubles les plus indispensables; mais les chaises et les tables sculptées, les lanternes peintes, les stores de soie coloriés ou brodés, les vases de bronze, les porcelaines aux vives couleurs, les riches émaux, les pan^ cartes aux majestueuses inscriptions, les paysages fine»ment esquissés qui décorent la grande salle et le péristyle des maisons opulentes, forment un gracieux et harmonieux ensemble dont l'aspect plaît infiniment.

Beaucoup de maisons reçoivent le jour par des châssis placés sur la toiture. Celles qui sont éclairées par la façade ont des fenêtres basses et étroites. Un mollusque^

Mobilier.

Éclairage des maisons.

le placuna^ dont la coquille est transparente, founiit presque toute la verrerie chinoise.

Qiaaffage. Âucun des appartements habités par les personnes

riches n'a de cheminée ni de poêle. Un foyer commui^^ qui sert quelquefois de fourneau de cuisine, distribue le calorique dans toute la maison au moyen de tuyaux qui passent sous les chambres. L'extrême rareté du combustible a conduit naturellement l'industrieux Ghinois à l'invention du calorifère. Quant aux gens peu aisés des provinces septentrionales, ils établissent gêné* ralement^ au centre de leur pièce principale, un grand poêle de brique muni d'une tablette très- vaste sur laquelle ils font cuire leurs aliments, travaillent pendant le jour, et dorment pendant ^ nuit.

Navires et bateaux Pour bien connaître l'intérieur des habitations chichinois. noises, il faut avoir visité quelques-uns des innombrables navires et bateaux de toutes formes, de toutes tailles, de toutes sortes qui sillonnent ses parages maritimes, ses rivières, ses lacs et qui constituent, dans plusieurs ports fréquentés de l'empire, de véritables villes flottantes. Nous avons vu, au livre premier de cet ouvrage, qu'en certains points du littoral, notam-

Bateaux- maisons, ment à Canton, Ning-po, Fou-tcheou, un grand nombre de familles vivent presque exclusivement sur l'eau, exerçant une industrie quelconque conforme à leurs mœurs, rétribuées presque toujours par le commerce maritime, qui louent leurs mobiles demeures comme allèges, transports ou entrepôts, se nourrissant du produit de leur pêche, adonnées à des coutumes particulières, parlant parfois un langage dont l'origine est inconnue. Les bateaux dont elles font leurs demeures et dont les plus spacieux ont 70 pieds de long sur 12 de largç, renferment ou plutôt supportent trois chambres qui s'élèvent au-dessus du pont, comme une vaste dunette. Elles mesurent huit à dix pieds entre plancher et pla-

fond. Il faut descendre une ou deux marches pour y entrer. La plus proche de la proue sert de vestibule aux autres. C'est le péristyle dont nous avons parlé plus haut. Elle donne accès dans la pièce principale où se tient la famille et qui est suivie de la chambre à coucher. Le tout est surmonté d'une plate-forme où Ton vient prendre le thé et respirer la fraîcheur du soir. Derrière la chambre à coucher et sous le pont se trouvent plusieurs compartiments que recouvrent des trappes mobiles et où Ton dépose les ustensiles de cuisine^ les provisions de bouche, la literie des domestiques. Les bateaux-maisons n'ont pas de mâts, on les conduit à la rame et à la godille. Ils sont toujours remarquablement propres et parfois ornés avec goût.

Distribués sur le même plan , mais décorés avec Bateaux de oenrs. beaucoup de recherche et de coquetterie, les bateaux fleurs servent de résidence à des courtisanes. Le son du luth, les chants langoureux ou les gais propos y retentissent toute la nuit. On y vient prendre le thé ou fumer l'opium. Les riches Chinois s'y rendent le soir pour se reposer des pénibles labeurs de leur négoce et de l'accablante température de leurs comptoirs, ou les louent pour y fêter leurs amis. Ce ne sont pas à proprement parler des maisons de prostitution, mais plutôt des cafés-concerts habités par de jeunes femmes aux mœurs élégantes et faciles.

Les Tankas ressemblent exactement à une demi-co- Tankas. quille de noix. Ce sont des barques pontées longues de 7 à 8 mètres. Une bâche semi-circulaire que recouvrent des nattes épaisses et qui est hermétiquement close, à ses extrémités, par deux petites portes à deux battants, forme, au milieu du pont, la case étroite et basse ou vivent les Tankadères avec leurs familles. A l'arrière sont placées la godille et la boîte aux compartiments qui renferme l'eau potable, les vêtements, les vivres. La

Bateaax de transport.

Honat-ting (fast-boat).

Embarcations de police.

Jonques de guerre et de commerce.

tankadère naît, vit et meurt, constamment ballottée dans sa boite flottante. Elle est industrieuse, alerte et galante. Les rémunérations des passagers qu'elle transporte avec leurs bagages, les libéralités de ses amants d'un jour sont ses principaux moyens d'existence.

On voit circuler sur les lacs, les fleuves, près des côtes, de grands bateaux, munis de deux ou trois mâts, plutôt longs que larges et qui jaugent quelquefois trois ou quatre cents tonneaux. Les uns, dont une vaste chambre occupe tout l'entre-pont, transportent des marchandises ; les autres, qui renferment deux pièces destinées, la plus grande aux hommes, la plus petite aux femmes, portent des voyageurs.

Par le nom chinois de Hoiuit-ting et les mots anglais de Fast-hoat^ sont désignées des barques, très-étroites pour leur longueur, qui portent un ou deux mâts, une large voilure et se manœuvrent, au besoin, à la rame. Elles tiennent admirablement la mer, bien qu'étant de petite taille et n'ayant qu'un faible tirant d'eau; virent aisément; vont très-vite; rendent de grands services au commerce et à la pêche ; rarement elles mesurent plus de 35 pieds de longueur.

Quarante ou cinquante rameurs conduisent, avec une effrayante vitesse , les embarcations employées, par les directeurs de la douane, à la police des ports et à la surveillance des côtes. Très-longues et très- effilées, hérissées de piques et de lances, abritant leur équipage sous deux rangs de boucliers qui recouvrent leurs plats bords, elles ressemblent aux pirogues guerrières des peuplades malaises, mais sont infiniment moins redoutables.

Nous désignons en Europe, sous le noih de jonques, les navires chinois destinés à tenir la haute mer. Ce sont de lourdes machines, mal distribuées et mal construites, qui naviguent presque toujours en vue de terre avec prudence et lenteur, mais dont les équipages courent

DES SCIENCES ET DES ARTS 40i

tant de grands périls. Elles ressemblent par leur ConstmcUoo. 3, disent les Chinois, aux monstres marins qui hanes abîmes de l'océan. Deux yeux blancs et noirs, ;ros et très-saillants, sont adaptés à leur proue afin les puissent voir de loin et éviter les écueils. Leur isse, large, courte, ventrue, arrondie, munie à Tard'une dunette très-élevée, navigue mal au plus près, j beaucoup et chavire facilement. Elles n'ont pas, à rement parler, d'entre-pont, mais sont divisées en eurs compartiments dont on calfate soigneusement loisons, ce qui est une précieuse sauvegarde en cas rie d'eau. Rarement elles jaugent plus de 500 ton- X. L'équipage mange, couche et vît sur le pont, unette sert de demeure aux oflSciers et renferme un I où fume toujours l'encens en l'honneur des divii de la mer. Les mâts, en généi*al, au nombre de Mâture et voilure. , sont d'une seule pièce, peu élevés, posés perpenlairement, maintenus par des cordages et par des en bois, mais n'ont pas de haubans. On ne fait t usage de beaupré. Placés sur l'avant du navire et proches l'un de l'autre, le grand mât et la misaine à peu près de même taille; l'artimon a des proions beaucoup moindres et joue un rôle très-secon- 3. Chaque mât ne possède ordinairement qu'une 5 voile; c'est une immense natte tressée avec des s ou des fibres de bambou, attachée à deux fortes ues, qu'on hisse avec beaucoup de fatigue et de 3ur et qu'on ne peut carguer. Elle est maintenue ; toute sa largeur, de distance en distance, par des BTses de bambou légères et flexibles au moyen desles on prend très-facilement des ris. Quelquefois, (id la brise est favorable et régulière, on ajoute à la 5 une bonnette ou un hunier en toile de coton. Le eernail est large, puissant et placé dans une vaste Gouvernail. mcrure dont les rebords le protègent contre les coups

Ancre.

Pavillons.

Magasins des marchands.

Ktt vKÉTiKt tv rkiuÉv

èe mer.L'dncre, tûbtiqùéd en bois dur et fbrrée à âes deal bonis, est beaûcottp plus légère et portative, et parait presque aussi résistante que les nôtres. Au reste, comme fa Chine n'a pas de pavillon national, comme tes jonques de commerce ont identiquement les mêmes formes et sont souvent aussi bien armées que fes Jonques de guerre, il est impossible de les distinguer à distance. t)e petits étendards triangulaires, sur lesquels sont inscrits te nom et fe grade des commandants, ftottent aut mâts des jonques iiupériafes. Les navires marchands ar* borent des pavillons carr& ou triangulaires et dès flammest de toutes couleurs.

Oh n*admirë pas, dans les cités de la Cbnne, les fastueut étalages qui décorent nos splendides magasins; mais ses marchands ne sont ni moins habiles, ni moins économes, ni moins empresséà que les nôtres. La salte oii îls reçoivent leurs chalands est ouverte sur ta voie publique et éclairée en outre par la toiture, mais, comme les rues sont généralement fort étroites, elle est presque toujours, particuliërement Thiver, humide et obscure. De deux côtés règne un large comptoir â Tangle duquel se tient le maître, accueillant les acheteurs avec le plus affable sourire, répondant à toutes leurs questions avec la plus courtoise politesse, activant ses commis du geste et de la voix. Sur le comptoir on voit une petite statue du dieu des richesses qui reçoit, nuit et jour, Tencens et les vœux de son fervent adorateur. Une chambre noire, qui sert ordinairement de salle à manger, de dortoir et de décharge, est contiguë au magasin. Parfois le marchand fait sa cuisine â la vue du public sur un fourneau placé devant la rue, â Tune des extrémités du comptoir; mais le plus souvent il habite le premier étage où il possède un grenier qui lui sert de petit entrepôt, une ou deux chambres à coucher et une terrasse pour prendre le frais. Ses enseignes, écrites avec

DES' SCÎÎËl*CteS tt DÉS ARTS 403

Beaucoup d art efren belles lettres rouges, noîrès, Éleues ou dorées, sur des planches peintes qui ont huit; à neuf pieds dfe longueur, sont accrochées perpendiculairenient à l'un des anglies extérieurs de la maison et égayeiit un peu I aspect des rues.

Celles-ci, bordées de maisons basses, presque toujours très-étroites, pavées de longues dalles mal jointes qui recouvrent transversalement des égouts où dorment les plus infects résidus de la cité, pleines de fange Thiver et de poussière 1 été, encoitibrées d'immondices en toute saison, accusent, par leur déplaisante perspective, la maladresse des architectes qui les construisent aussi bien que Tincurie de la police qui les trace et les entretient, fi'idole du dieu protecteur, appliquée contre l'un des pignons, y frappe les regards des passants, mai§ elles ne possèdent ni plantations d* arbres ou de fleurs, ni bancs, ni fontaines, et Ton n'y remarque aucun d'e ces objets qui parent ou assainissent nos cités. Ouvertes communément en face des édifices publics, les places sont rares et die médiocres dimensions. On voit que l'extrême nécessité en a seule ménagé l'insuffisant espace. Les impérieux besoins de l'agriculture rendent le peuplé avare de son terrain.

Rien [de moins imposant que ces édifices dont l'ensemble comprend les temples des dieux, les prétoires des magistrats, les ponts des rivières, les fortifications des villes. Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons dit plus haut (page 305) des yamoun et de leur mesquine ordonnance. Les temples affectent des formes très-distinctes. Tandis que les uns, désignés par les Européens sous le nom de pagodes, sont de grandes maisons octaédriques, à deux ou trois étages, ou consistent simplement en une succession de salles rectangulaires ouvertes sur le devant, ornées de découpubres izarres, renfermant un ou deux autels et des statues, entourées de

Rnes et places publiques.

Temples.

cours et de jardins, ombragées par des arbres séculaires, accompagnées de cellules, résidences des moines, et de plusieurs chambres où ils reçoivent et hébergent les voyageurs; — les autres, dressant leurs formes élégantes et s veltes sur le sommet de quelque coteau boisé , prêtent, par leur riant aspect, un charme incomparable au paysage. Ce sont des tours polygoniques et pyramidales, dont quelques-unes s'élèvent à une grande hauteur et ne comprennent pas moins de neuf étages. Chacun d'eux est entouré d'un balcon et protégé par une toiture recouverte souvent de tuiles vernissées aux éclatants reflets. Leur charpente est peinte ou dorée. Un mât terminé par une boule métallique, surmonte le toit de l'étage supérieur. La fameuse tour de porcelaine Paongen-se (temple de la reconnaissance) qui dominait un des faubourgs de Nanking et que les rebelles ont détruite il y a quelques années, était le plus célèbre de ces gracieux édifices. Ils sont dédiés au dieu protecteur des régions qui les entourent.

Ponts. Moûuments indestructibles et presque majestueux de

la sollicitude des premières races impériales pour les jiécessités publiques, les grandes digues qui contiennent le caprice des fleuves, les ponts hardiment élancés qui relient leurs rives dans certaines parties de la Chine, les vastes dalles, largement assises, solidement reliées qui bordent les quais des villes maritimes, étonnent l'œil du voyageur. La forme des ponts varie beaucoup suivant les localités. Tantôt leurs arches, auxquelles on donne en général une très-grande élévation, afin que les bateliers n'aient pas besoin d'abaisser leurs mâts pour les franchir, sont construites en plein cintre, tantôt elles afiectent la forme ogivale, tantôt resserrées vers le milieu et s'élargissant au sommet, elles ont exactement celle de la lettre grecque oméga. D'autres fois on s'est contenté d'avoir recours, pour les construire, au mode le plus primitif et

le moins coûteux, en jetant de larges madriers sur des piliers en pierres. Les ponts de bateaux sont communs sur les grandes rivières près des villes populeuses. Quelques-uns (comme celui de Ningpo) sont fort larges et bordés de boutiques en bois. On voit dans le nord, principalement sur les petites rivières qui coulent aux environs de la capitale, de beaux ponts dont les parapets de marbre sont élégamment sculptés et revêtus d'ornements bizarres qui représentent des animaux fantastiques.

Les fortifications des villes, composées d'une muraille d'enceinte très-haute et largement crénelée, appuyées à un talus intérieur, entourées d'un fossé profond, flanquées à leurs angles de vastes tours carrées et pyramidales, qui ont parfois 60 pieds d'élévation, affectent de loin un aspect formidable, mais ne valent rien pour la défense , parce qu'elles ne sont protégées par aucun travail extérieur, parce que les embrasures sont beaucoup trop larges et que la partie crénelée des murs qui surmonte le talus est trop haute, surtout trop faible pour offrir la moindre résistance au canon. Quelquesunes des tours qui protègent les places fortifiées, particulièrement sur les frontières, n'ont pas de portes. On y pénètre par une étroite ouverture pratiquée à mihauteur et à laquelle on ne peut parvenir qu'au moyen d'une échelle. La garnison est ainsi à l'abri d'une surprise; mais elle doit vaincre ou mourir.

Quant aux monuments que la piété des familles ou la reconnaissance municipale élèvent, avec la permission du souverain, à la mémoire d'un père vénéré ou d'un magistrat vertueux, ils ne sont ni plus remarquables ni plus imposants que les édifices publics. Nous savons quelle est la forme ordinaire des tombeaux (voir page 265). De simples murailles carrées et plates, construites en pierres de taille, quelquefois en briques, hautes d'en-

FortifieatioBS.

Monuments honoriûques.

de pltiMoce.

viron 25 pieds, occupant presque toujours la largeur des rues, percées d'une grande porte que flanquent deux Ouvertures latérales, ornées de quelques sculptures et de beaucoup d'inscriptions, jouent le rôle de nos arcs de triomphe.

Jardins U faut visiter les jardins de plaisance pour saisir,

dans sa plus complète et plus intime expression, le véritable caractère du goût artistique des Chinois. Là, rien de grand ni de simple; ni lignes droites, ni larges courbes, ni beaux arbres, ni perspectives étendues; ce n'est pas la nature, mais la fantaisie, qui fait rêver; tout est calculé^ contourné, raccourci, mesquin. La régularité est strictement interdite, mais les contrastes sont trop brusques et trop étudiés pour plaire. On voit trop vite que tout est habilement factice dans ces rocs maigres et tourmentés, dans ces nombreux ponceaux aux structures bizarres, ces bassins étroits aux capricieux contours, ces petites cascades mousseuses, ces arbres nains, ces allées en zigzag recouvertes de grossières mosaïques. Les jardins publics de Péking et les parcs impériaux dont les plans, bien que dessinés d'après les mêmes principes , ont cependant plus d'ampleur, parce que l'espace n'y a point fait défaut à l'architecte, offrent un aspect infiniment plus agréable. Rien n'y est vraiment beau, mais tout y parait gai et joli : les frais bosquets de bambous, les lacs profonds et limpides au milieu desquels surgissent de petites îles, les élégants pavillons qui dressent au bord des eaux leurs formes sveltes et gracieuses, les rochers qu'ombragent des arbres touffus ou qu'enlacent de belles lianes, les collines boisées, les clairs ruisseaux. Les vastes jardins du Youen-ming-youen charment les regards des Européens qui les peuvent parcourir.

Gd n est pas qu'on y rencontre, comme dans nos jar-

DES ^ÇIENÇÇ^ ET OJS? AATS ^

dins |>ublicsy ces granits ou ces m^bres spulpté^ qui » par l'^teureuse et naturelle ii;ait^ioo 4^ fo|rn^ç§ l^jyi- QPiilines, embellissent, animent^ ppétisf^pt )a Pl^y^^?^ L'imagination, le seatiment du beau i^i; d^i grap^f ]p vrai géni^ artistique semblent faire complétejipi^nt dé«* faut à la sculpture chinoise ; ses oeuvi'e^ p^ ^9p| quç des copies plus ou moins serviles, ma^s ^yjour^ fhtl^ et inanimées ; ses types ne sont point no))les. pans Jçs i46les de bois ou de |ûerre, aux couleurs Yqyapte3 et tranchées, a^x traits vulgaires et grotesques, ^^^ yête*ments longs et raides qui dissimu}ent ep général toutes les partiiBS du corps sauf la tête, les mains et les pieds; -T- ^ans les formes ignoblement avachies ou horriblement décharnées de quelques symboles divins ; -f- dans les monstrueuses figures de lions, de tigres, d'éléphants, de tortues qui gardent l'entrée ou décorent les jardins des prétoires et des temples ; — dans cette foule de petites statuettes en bois, en pierre, en jade, en terre cuite, en bronze qui représentent les dieux nationaux ou les génies domestiques, les fontionnaires, les artisans, les mendiants, les philosophes; — dans cette multitude d'onnements sculptés qui décorent les toitures, les colonnes, les balustrades, les ares de tfi<:M»phe et les objets de toute sorte qui encombrent les magasins de curiosités ûu ies aftpartements d^s riches; -^ TbabUeté, le fini, la patience du travail frappent général^sient le regard; le goût délicat de l'ouvrier apparaît quelquefois, mais on dierdierait >^i vain cette a&pir ation v«rs Tidéal cette (entente de rharmonîe qui caractérisent les chefs-d'œuvre.

Toutes ces remaiiques peuvent s'appiiquer à la pein- psiNt^un* ture. Uniquement voué, commele littérateur et le sculpteur, au culte fervent .^t stérile de l'imitation, mais Payant m conçu ni appris les lois essentielles de son art, le peintre chinois copie mi^^tieusement, finep^en^.

avec de belles, brillantes et solides couleurs, mais ne sait point peindre. Il ignore presque absolument les règles de la perspective et ne fait aucun usage des ombres. On dirait que, pour étudier les paysages qu'il figure sur sa toile, il s'est placé perpendiculairement au-dessiis d'eux à midi et en plein soleil. S'il pénètre d'aventure dans le domaine de la fantaisie, s'il représente des personnages, des objets de son invention, le grotesque, le ridicule, l'impossible apparaissent immédiatement sous son pinceau. On ne peut cependant refuser une sorte de charme fantastique aux vaporeuses esquisses qu'il trace avec l'encre de Chine sur le papier ou la soie, et qui représentent d'ordinaire des clairs de lune, des orages, des visions*.

Peintare La peinture sur papier de riz est l'occupation favorite

sur papier de nz. ^f^^ grand nombre d'artistes. On donne le nom de

papier de riz aux tranches très-minces que l'on détache en rond, avec un couteau flexible, sur la moelle d'une espèce d'artocarpus ^ qui croît dans les provinces occi-

1. Si Ton en juge par les médaillons historiques du cabinet do M. Thiers et les curieuses collections que renferme, à Rome, le palais Barberini, l'art de la peinture a produit eu Chine, quelques œuvres remarquables par l'habileté, le fini, la grâce même de l*exécalion« et serait aujourd'hui en pleine décadence. L'histoire nationale a consenré les noms de plusieurs grands peintres^ portraitistes illustres ou merveilleux imitateurs de paysages, d'oiseaux, de chevaux, qui vivaient sous les dynasties des Han, des Tsin, des Tang, des Song, des Youen, aux premiers siècles de notre ère. Kang-hi et son fils Kien-loung honorèrent de leur éclatante protection les Jésuites Belleville, Ghérardini, Castiglione et Attiret, auxquels ils firent exécuter un grand nombre de portraits. Malheureusement, le désir de satisfaire les caprices de leurs maîtres et la nécessité impérieuse où ils se trouvaient de se conformer, dans toutes leurs compositions officielles, à certains types, à certaines formes que les exigences du goût public et l'approbation de la cour des rites consacrent de temps immémorial, ont guidé, avant tout, la main de ces pieux artistes, dont les travaux exercèrent, en réalité, bien peu d'influence sur la peinture indigène.

2. L'Artocarpus est l'arbre à pain dont les diverses espèces fournissent, par leurs fruits, de précieuses ressources aux habitants des régions intertropicales.

dentales. Étendues sur cette substance, à la fois élastique et poreuse, les couleurs prennent une apparence veloutée, des teintes mates et douces très-agréables à l'œil. Les Chinois peignent aussi sur lames de verre, sur bois, sur corne et sur feuilles d'arbre. Pour rendre les feuilles végétales propres à recevoir et à conserver les teintes, on commence par les dépouiller de leur parenchyme en les traitant par le procédé de la macération, et on remplit ensuite les intervalles de leurs fibres avec une matière gélatineuse qui durcit en se desséchant.

De toute antiquité la nation chinoise a tenu la mu- musique. sique en très-haute estime. Confucius enseignait qu'elle adoucit les mœurs et que, par son action bienfaisante, se règlent et s'harmonisent les relations sociales. Elle fut enseignée autrefois par des philosophes dont Thistoire * mentionne les noms, mais dont les œuvres se sont malheureusement perdues. Kang-hi, Tun des plus illustres et des plus graves souverains de l'empire, la cultivait ' avec zèle; il prodiguait, en face de toute sa cour, les témoignages de son admiration au Père Pereira, parce qu'il avait le talent de la noter et instituait, sous la présidence de son troisième fils, une académie destinée à en recueillir, perpétuer et perfectionner les traditions. Mais, ni l'enthousiame de ce grand homme, ni le zèle de cette académie, qui publia sous son règne trois gros volumes intitulés « de la vraie doctrine musicale, » ni l'autorité même du prince des philosophes n'a pu modifier les instincts primitifs de la race aux cheveux noirs. La musique chinoise est restée ce qu'elle était autrefois, simple, monotone, douce, mélancolique comme toutes les musiques orientales. Les Chinois ne comprennent pas la variété qui engendre la majestueuse harmonie de nos concerts. Elle les ennuie ou les irrite. Sur leurs théâtres, dans leurs cérémonies publiques, toutes les

Principaux

instruments

de musique.

vQixifihaQteat et tous les instruments jouent à 4' unisson. Çepeni^ant ils goûtent fort^ dans le chant, les transi* tions /brusques, les modulations heurtées, et rien .ne nous semble plus désagréable que d'entendre la voij a^uë, grêle^ nasillarde de leurs bonzes ou de leurs acteurs, s'élever .et s'abaisser à tous moments de trois, cing ou huit notes à la fois. Au reste, leur échelle musicale diffère essentiellement de la noire, et la méthode qu'ils en^loient pour représenter les sons est si compliquée qu'ils n'en fout presque jamais usage. On peut dire qu'ils n'ont d'autres guide en musique que leur mémoire et leur sentiment de la mesure, qu'ils jouent ou qu'ils chantent les airs par imitation et par routine. .S'il faut en croire la légende historique, tous les instruments dont ils se servent et qui sont très-nombreux , furent imaginés dans le but .de contrefaire les divers accents de la voix humaine. Le bois, la pierre, le fer, le bronze, le cuivre, la soie, toutes les matières reconnues susceptibles de rendre, par la vibration, des sons graves ou aigus, entrent dans leur fabrication. Au nombre des plus communs il faut citer : le Kiriy grande guitare, longue de 4 pieds, dont on pince avec la main les 7 cordes de ' soie (il est désigné par le mot Kin qui veut direré^jprm^, parce que ses sons harmonieux calment les orages du cœur); — le Pi-pa, violon à 4 cordes que l'on fait vibrer sous l'archet; — le San-Hien, rebec à 3 cordes, aux formes arrondies et dont l'âme repose sur une peau de serpent qui recouvre le fond ; — un autre rebec à 2 cordes entre lesquelles est insérée celle de T archet et qui donne des sons extrêmement criards; — le Yangkin, garni, comme nos harpes, de cordes métalliques sur lesquelles on frappe avec de petits marteaux ; — une flûte de Pan, le Yang, qui consiste en 13 tuyaux de bambous dans lesquels on souffle par un tube commun; — Le Houang-tihi flûte à 6 trous, â foisplus langue que la

iiôlre ; — une espèce de hautbois appelé Chouh - tih dont les sons rappellent ceux de la cornemuse et qui est l'instrument oflSciel par excellence (il n'est jpas de cérémonie publtique oU II ne figure au [premier ^ng et ne fasse lapartieprincipale); — un trombone dont les branches, emboîtées Tune dans l'autre, s'allongent à volonté et avec lequel cyi obtient des notes ti^graves ; ^-«^4iiie trompette longue et droite dont la voix est plutôt aiguë qu'éclatante ; — le Gongf, grande cymbale que l'on bat à coups ^redoublés iivec un jtaxppon supporté par ^un manche flexible et qui rend un son vraiment formidable;— le tambour dont on distingue 17 espèces; — enfin iies Dasjss musiccmx^ consistant &à tt ^Gowfm <4e porc^aine, à demi pleines d'eau, qui, frappées avec de petites baguettes, donnent des notes différentes d'une sonorké assez agréable. La voix de tète est la seule dont fasse usage le chanteur chinois. Il s'accompagne avec le Jii^^t Jie §an4Iien^ Les eflprts que font les muscles de ses.iMPQBches pour moduler les notes aiguës, paraissent extrêmement pénibles. Pourtant il est rare qu'on l'entende qhânter faux.

Xa simplicité primitive sdes méloclies chinoises n'est pas dépourvue d'originalité. Comme les airs arabes, elles sont généralement douces et tristes. Des 3 suivantes, les premières sont tirées de l'excellent livre du| docteur 'Wells-Williams; la dernière, que nos missionnaires ont notée, il y a 2 siècles, à Péking, 3e trouve dans le grand cmacage de Du-Halde.

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Deux noms qu'il faut prononcer avec respect, sont inscrits, depuis 2,000 ans, en caractères immortels, dans les annales classiques et littéraires, aussi bien que dans Thistoire sociale du peuple chinois. Ce sont ceux de Gonfuciu^ et de Mencius, qui personnifient à ses: yeux la sagesse, la science, la vertu. Les premiers chapitres de ce livre ont déjà entretenu nos lecteurs, à diverses reprise»^, de ces deux grands hommes. Nous Ietefmin^%BS par un résumé succinct de leur doctrine et de leurs travaux.

coîiFocios. Contemporain de Pythagore, Kong-fou^tse ou le doc-

tecOr- Kong:* naquit à une époque où le tferritoifô c&ini^^KL-^i divisé en un grand nombre de petits royaumes que réû — * -• nissait politiquement l'autorité commune du sceptrc^i^^e impérial, constituait une vaste féodalité. Ce ftif datoi^ ^s lès États du prince de Lu * où son père ocoupait uii^^ «^ charge officielle, qu'il vit le jour^549 ans avant le Christs -=*• De grandk prodiges dont la légende pefpétliep le-pieu^^s:: x souvenir, signalèrent sa naissance. Deux drâgdh»^ giatfr^ daient la demeure de son père ; sa mère croyait entendr

une musique céleste ; on trouva, sur sa poitrine, cett^^- -^ meiHeilleuse inscription : <r J'inventerai un système pou gouverner le monde. » Ses parents ayant remarqué s précoce aptitude pour les études classiques, prirent^grainS^J soin de son éducation et de ses mœurs. « A l-5-ail5-, dli^*^ le grand philosophe dans le Lun-yu (page 367), j'em brisai le culte de la sagesse, à 30 j'y fus eniiètfe — ment converti. » Dès sa 18® année, il remplissstif ife^ emploi public qu'il résigna bientôt pour visiter, er» voyageur, les royaumes voisins et s'instruire par l'expérience. Revenu dans son pays natal, il commença, vers

1. Les Jésuites ont fait de Kong-fou-isé le mot latin de Confueiut.

2. Le territoire de ces États fait maintenant partie de la province du Ghantong.

DES SlCIENCBS Et DË^ ARTS It8

l'âge db 30 an?, S eiiseigirer lés doctrines et, commesa réputation ne tarda pas S gi^andir, il' ftit appelë damsfes conseil^ politiques du prince d\î Tsï; mais rfë^ûfté Bientôt des luttes qu'il' avait à soutenir contre Ik frivolité de son entourage, il résigna ses fonctions, consacra fô années 5 de nouveaux voyages et devint, Torsqù-iî revit Ta principauté de £«, pTemier ministre dû souve* raih qui* la gou vern ait. tfne intrigue ourdie' par ses' jaloux le disgracia. ïl s'établit alors dans les domaines^ dû' prince de OUe^ où ses leçons eurent tàmf dé succès quepfiis dii Jf,Ô06 disciples fréquentaient son ébole. Gha dit- que parventr à cette période de l'existence otr Fespriï de rBomme fort s'aBandbnne d*6rdinaire aux spéculations ambitieuses, il résolut de se vouer uniquement à Fétude delà sagesse. Il avait 58 ans quand il revit une troisième Ibis son pays où ses- enseignement? obtinrent une vogue eiittiaowlînaire et oui! acheva ses grands travaux sur les d^!ifssiques. En 479, après av^ir mis' ses œuvres sôbs Kl protection du ciel en présence de ses disciples^, il mourut peisibiement aux lieux qui Taraient vu naître.

Ëi'absolue souTûission du fils aur volonté de s©n père eH comme corollaires naturels de- cette soumission, la re^ectueuse obéissance du sujet aux ordres du prince; — l'humble subordination *e la^ femme enverr soiï jffifâri^ dès familles envers lëtri' chef ;-— la* justice et là» modération, bases de toute relation ^eiale^ règles- sujwpêmes de la conduite de* prinees- qui» dmvent eomptè di^feurs actions ati ciel dbnfilÈr tieiinent leur autoril^;) --'^la science de soi-flâéme qui* apprend âl contenir ses^ passions dians une juste et prtidente mesure, sources infaillible de toute perfection et de toute jouissance ; — le bmiheur de Thomme uniquement fbndé stir ia^ satisfaction qjue procure la vertu : tels sont les points fondamentaux du matérialisme épicurien de Genfuciu» qui! traite les divinités nationales avec une respectueuse" ii^^

416 L'EMPIRfi DU MILIEU

différence^ et garde un silence absolu sur la vie future. On sait qu'il laissa de profondes interprétations sur le Yi'king (livre des transmutations), le Chou-king (livre des annales), le Chi-king (livre des odes), le Li-ki (livre des rites, voir page 365) ; qu'il écrivit ou qu'il inspira le Tchun-tsiou (le printemps et l'automne) , le Hiao-king (livre des devoirs filiaux), le Tah-hio (livre des adultes), le Tchong-yong {YimmuMe milieu) , le Ltin-yt* (voir page 367) ; que sa doctrine, [expliquée par Mencius, professée de nos jours par le Ju-kiao, eut le célèbre Tchou-bi pour principal commentateur, et qu'un de ses axiomes philosophiques était cette belle maxime : c Agissez envers les autres comme vous voudriez les voir agir envers vous. »

MENcius. 79 ans après la mort de Confucius, naissait dans la

ville de Tsao que renferme aujourd'hui le Ghan-tong, l'homme illustre dont l'admiration et la reconnaissance populaire devaient, pour toujours, associer le nom à celui du plus grand sage de la Chine. Meng-tse (le docteur Meng) auquel on a donné le nom latin de Men- — cius, eut pour mère une femme remarquable, Tchang' — "' che, dont l'histoire a célébré les nombreuses vertus. • ^* Restée veuve quelques mois après la naissance de son fils, elle voulut consacrer tous ses soins à son éducation et prit des précautions extraordinaires pour éloigner de^^ ^ lui, pendant sa jeunesse, les pernicieuses influences qui-ï ^' pouvaient ternir la pureté de son cœur. Mencius se pas- — ' sionna pour l'étude de la philosophie classique et fu l'élève d'un petit-fils de Confucius, Ts'-tse, qui lui trans

1. Il avouait qu'il ne comprenait pas grand'chose à ce qui les concerne et qu'il valait mieux garder le silence à leur égard; Tchou-Uen^ son disciple, enseigne de son côté qu'on ne peut affirmer qu'ils exis^ — lent, mais qu'il n'est nullement nécessaire de s'occuper d'un tel sujet (Davis).

mit directement les inspirations du sage. Le prince de Oueï lui donna une charge à sa cour. Mais ayant vu ses conseils dédaignés par son bienfaiteur, il résigna son emploi pour aller vivre à Tsao, oîi il tint plusieurs années^ avec un grand succès, école de sagesse. Il y mourut en 314 à l'âge de 54 ans.

Dans les célèbres dialogues qui renferment sa doc- son sYstème. trine et qui forment une partie de la collection classique du Se-tchou (voir page 367), Mencius communique à d'illustres personnages de son pays ses pensées intimes sur la politique et la morale. Il combat les vices de son époque par le ridicule, le sarcasme et l'ironie; il enseigne que la nature humaine renferme le principe de toutes les vertus, que l'homme, primitivement bon, est corrompu par la contagion de Texemple, qu'il faut fuir avec horreur, tous les excès, même celui de la vertu ; il conseille aux princes d'écarter de leur trône les influences personnelles et de consulter, avant tout, le sentiment de leurs peuples.

On ne trouve dans les doctrines de Gonfucius et de Mencius ni les scientifiques abstractions du sage de Milet, ni les conceptions vastes et les spéculations métaphysiques du grand Pythagore, ni les nobles théories ou les mystiques profondeurs des Védas, ni les subtils raflGnements de Çakia-mouni et de Lao-tse. Mais il faut reconnaître que leurs pratiques enseignements sur le respect de l'autorité et de la tradition, sur la science de soimême, sur le juste milieu qu'on doit observer en* toute chose^ sur la modération qui est la source de toutes les vertus, étaient admirablement adaptés au génie national de la Chine, convenaient merveilleusement à ses mœurs, comme à ses instincts politiques, puisque le système social qu'ils ont établi ou perfectionné est resté intact jusqu'à nos jours et que, depuis 20 siècles, leur gloire comme leur influence sont demeurées sans rivales. —

4i8 L'EMPIRS DU MILIEO

Aucun philosophe n'eut jamais pareille fortune. Toutes les Tilles de l'empire leur ont élevé des temples où leur mémoire reçoit chaque jour de pieux hommages. On sacrifie publiquement et officiellement à leurs mftnes. Les sages et les politiques se placent sous la protection de leur patriotique renomma. Les titres de noblesse conférés à leurs descendants par la reconnaissance et l'admiration de leur pays, sont les seuls auxquels la loi accorde la perpétuelle transmissibilité, comme si la nation tout entière avait voulu décréter que leur illustrar tion ne doit jamais périr.

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