‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 61 sur 93 · MÉTALLURGIE · texte numérisé non relu

MÉTALLURGIE

Ses procédés.

Emplois da fer.

les Chinois fabriquent des cloches, des canons, des armes, des ustensiles de cuisine, ou de menus objets employés dans la construction, comme des clous, des gonds, des vis. Cet utile métal n'est point consacré par eux à tous les usages pour lesquels nous l'employons. Us se servent plus volontiers du cuivre qui est plus commun et plus malléable^ et dont l'extraction présente ordinairement moins de difficultés.

BmpioisdacaiTre. C'est le cuivre qui fournit la principale matière de la

monnaie courante, des gongs aux sons retentissants, des cymbales, des trompettes guerrières, des cloches, des trépieds qui ornent les temples, des miroirs métalliques auxquels on commence, depuis un siècle à peine^ à substituer les glaces en verre étamé , de ces antiques statuettes de divinités ou d'animaux dont les formes étranges et monstrueuses, excitent la curiosité des voya- Gongs. geurs. Les gongs sont de grands disques lenticulaires qui lancent dans les airs, sous le battement d'un tampon, de formidables éclats. On les suspend à la porte des maisons, des temples, des prétoires ou à l'avant des jonques et on les frappe dans toutes les occasions solennelles; ils figurent aussi dans les concerts. L'étain, en s'alliant au cuivre dans une large proportion, donne à ces étranges instruments leur efifrayante sonorité. Il entre Cloches. également dans la composition des cloches. Celles-ci n'ont pas de battant; pour les faire résonner on les frappe avec des maillets. La plus grosse cloche de la Chine se trouve à Péking dans un des temples consacrés à Boudha ; elle mesure 14 pieds et demi de haut sur 13 de diamètre.

Trépieds. Rien n'est plus variable que la dimension des tré-

• pieds de bronze destinés à contenir les cendres des papiers funéraires ou des bâtonnets odoriférants que la crédule piété du peuple brûle en l'honneur des morts ou des dieux. On en voit dont la hauteur dépasse

quatre pieds. D'autres atteignent à peine quatre pouces. Quelques-uns, d'une fabrication fort ancienne, portent de délicates ciselures, de charmantes nielles ou des incrustations très-riches.

Les miroirs métalliques renferment du cuivre, de rétain et un peu d'argent. L'image, réfléchie par leur surface convexe, est généralement deux fois plus petite que l'objet lui-même. Us ressemblent, par leur forme et leurs dimensions, aux miroirs arrondis que Ton a trouvés dans les fouilles égyptiennes.

Mélangés dans les proportions suivantes : 40.4, 25.4, 31.6, 2.6, le cuivre pur, le zinc, le nickel et le fer, auxquels on ajoute parfois une petite partie d'argent, produisent un alliage blanchâtre, malléable, ductile, auquel les Chinois donnent le nom de Peh-tong (cuivre blanc) et avec lequel ils fabriquent un grand nombre d'ustensiles de ménage. Le Peh-tong, quand il est neuf, a l'apparence et l'éclat de l'argent, mais il entre trop facilement en fusion pour qu'on puisse le soumettre, plus de quelques minutes, à l'action d'un feu ardent.

Nous savons qu'à proprement parler la Chine ne possède point de monnaie d'or ou d'argent. Ces deux métaux entrent, sans aucun alliage, dans le commerce sous la forme de lingots qui portent la marque du fondeur responsable et dont le poids seul détermine la valeur. L'orfèvrerie en fabrique des vases, des caupes, des plateaux habilement ciselés et une foule d'objets de fantaisie ou de petits bijoux travaillés avec beaucoup d'art et de délicatesse. Elle les emploie aussi en filigrane pour composer de jolies parures dont elle rehausse l'éclat en y enchâssant des perles ou des pierres précieuses. L'or est aussi battu en feuilles très-minces dont on fait usage pour la dorure. Nous avons vu qu'on l'extrait principalement par le lavage (voir page 147) du sable des grands fleuves qui arrosent le Se-tchouen et

Miroirs métalliques.

Caivre blanc.

Emplois de l'or et de l'argent.

le You-nan. L'argent abonde dans les mines du Younan; elles sont également très-riches en minerai de cuivre, mais ce métal est surtout commun au Koueïtchéou.

INDUSTRIE A l'ouest, au centre et à Test de la Chine proprement

8KRICIC0LE. ^jj^^ jgg habitants du Se-tchouen, du Hou-pé, du Tchekiang, du Kiang-nan, se livrent avec ardeur et profit à l'éducation du ver à soie. S'il faut en croire les annales historiques de l'empire, l'industrie séricicole y a été fondée, 2602 ans avant notre ère, par une femme illustre, Si-ling ou Youen-fi, épouse de l'empereur Houang-ti^ qui aurait enseigné à ses sujets la précieuse culture du mûrier. Ce qui paraît certain, d'après plusieurs documents dont M. Stanislas Julien a fort bien établi l'authenticité vénérable, c'est que la fabrication de la soie était connue en Chine huit siècles avant la naissance du Christ. Le peuple aux cheveux noirs honore Youen-fi comme une des divinités tutélaires de l'empire, et sacrifie publiquement à ses mânes. Chaque année, en commémoration de ses bienfaits, l'impératrice régnante, environnée de sa cour, plante de ses propres mains un jeune mûrier dans l'enceinte de l'un des temples de la capitale. Éducation On ne prend pas un soin moins délicat et moins minu-

tieux du ver à soie que du végétal qui le nourrit. Les établissements où on l'élève sont placés d'ordinaire au milieu même des plantations, et isolés autant que possible des maisons voisines, afin d'éviter les bruits soudains, comme le battement des portes, le jappement des chiens, qui peuvent troubler gravement l'éducation. Les magnaneries, soigneusement calfeutrées et presque toujours d'une étendue médiocre, sont munies d'appareils de chauffage habilement disposés qui permettent de faire varier à volonté la température. On ne donne aux jeunes vers que les parties les plus délicates de la feuille;

des vers.

ilssont rationnés, tenus avec une propreté extrême etjon a soin de changer, sans cesse, les claies sur lesquelles ils prennent leur nourriture. Ils se transportent eux-mêmes d'une claie à une autre, attirés parTappâtdes feuilles fraîches. A mesure qu'ils grossissent, on leur permet une alimentation plus substantielle et plus fibreuse. Quand ils ont changé de peau et atteint leur croissance, ce qu'on reconnaît à leur grosseur, à leur couleur, aussi bien qu'à la transparence de leurs corps, on les place dans des boîtes à compartiments pour les faire filer. Au bout de trois jours, les cocons sont formés. On en fait alors deux parts : les uns, de beaucoup les moins nombreux, sont conservés pour la reproduction qui s'opère progressivement par la transformation de l'insecte en papillon, par la ponte de ces papillons et par l'éclosion de leurs œufs; — les autres sont entassés dans d^s jarres en terre, sous une couche épaisse de sel qui intercepte l'air complètement et fait mourir les vers, tout en les empêchant, par ses propriétés antiseptiques, de se cor- » rompre. On les dépose ensuite dans des vases remplis d'eau tiède où la substance glutineuse qu'ils renferment se dissout promptement et colle, les uns avec les autres, les minces fils dont ils sont formés. Livrés ensuite aux dévidoirs, ils produisent la soie grége qui devient propre au tissage, après avoir subi diverses préparations (soie torse, organsin, soie plate, soie floche) selon le genre d'étofie qu'il s'agit de confectionner.

Des métiers qui, par leur agencement et leur mécanisme, ressemblent beaucoup à ceux qu'inventa, en France, notre illustre Jacquard, ouvrent en Chine, depuis bien des siècles, de belles soieries aux- couleurs éclatantes, à la trame forte et nourrie, au tissu souple et fin. Les Chinois imitent aisément tous les modèles qu'on leur fournit. Ils fabriquent le crépon, le satin, le damas, h gaze. Sous leurs doigts agiles et effilés, les solides étotfes que

DéTidag6 des cocons.

Tissage.

Broderie.

Oiflirents ▼en k soie.

tissent leurs métiers, se couvrent de broderies fantastiques et charmantes, exécutées avec du lacet, de la soie torse, de la soie plate, des fils d'or et d'argent. Les ateliers de broderie abondent à Canton où nous les avons visités quelquefois. Ce sont des salles basses, souvent humides et mal éclairées, où quelques hommes, travaillant avec une incroyable patience et une propreté admirable, achèvent d'orner ces damas épais ou ces crépons légers avec lesquels on confectionne les bourses, les étuis d'éventails, les souliers de femme, les costumes officiels dont font usage les indigènes et les chftied destinés à l'exportation.

Le Ver du mûrier n'est pas le seul, en Ghine> qui produise la soie. Dans les provinces de l'ouest, principale-* ment au Sé-tchouen, V Atlante, sorte de sumac que la France cultive sous le nom de vernis du Japon, le ricin (Palma-Christi),lecA^}ielui-méme| alimentent des chenilles dont les cocons fournissent des fils épais et tenaces employés pour la confection de certaines soieries communes. De consciencieuses études entreprises pendant ces dernières années, sous la direction intelligente de la société impériale d'acclimatation, des travaux fort intéressants exécutés, sous son infatigable patronage, par MM . Guério* Menneville etSacc, permettront peut-être d'introduire en France l'éducation de ces robustes et utiles espèces^

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