CHAPITRE PREMIER
NOTIONS SUR l'histoire NATIONALE
Période légendaire. — Le premier homme. — Les cinq souverains.
Les vingt et une dynasties.
La philosophie de la Chine admet en général l'existence ptooDc primitive du Chaos, au sein duquel les deux grands prin- uêg^ndaire. cipes générateurs, le Yinet le Yang^ agissant réciproquement l'un sur l'autre, puis fécondés par leurs propres créations, produisirent etcoordonnèrentleséléments dont la réunion constitue le monde. Elle enseigne que le feu émane du Yang, et que le soleil est la pure essence du feu; que l'eau émane du Yin et que la lune est la pure essence de l'eau; que le soleil et la lune ont engendré les astres. Mais l'imagination du peuple n'est point satisfaite par ces vagues subtilités et les croyances légendaires, expliquant la formation de l'univers par des images plus sensibles^ l'attribuent à l'action directe du géant Pouan-kou. Pouan-kou est le produit mystérieux Pouan-kou. du Yang et du Yin. Personnification gigantesque delà force, du génie et de la fécondité, il débrouille le Chaos et sculpte le monde. Sa tâche immense, dans laquelle il est constamment assisté par le Phénix, la Tortue, le Dragon et l'Unicorne, types fabuleux de tous les animaux, dure dix-huit mille ans. Chaque jour apporte trois coudées à sa taille. Après sa mort, sa propre
6i6 L'EMPIRE DU MILIEU
substance subit des transformations qui complètent son œuvre. Son haleine est le vent qui engendre les nuages; sa voix est le tonnerre; ses veines deviennent les fleuves et ses chairs les champs qu'ils fécondent; sa tête est changée en montagne et sa barbe brillante en étoiles ; les poils de son corps et ses cheveux deviennent les arbres et les plantes; ses dents sont^ les métaux; ses os les rochers et leur moelle engendre les pierres précieuses ; sa sueur forme la pluie ; les insectes qui dévorent son cadavre sont les hommes que nourrit la terre. Ce mythe grossier est purement matérialiste. Ainsi procède d* ailleurs toute la mythologie chinoise : l'idée de l'intervention divine en est bannie. Elle se montre toujours froide, positive, prosaïque^ souvent ridicule et puérile : aucune de ses fictions ne rappelle ni les gracieux et poétiques mystères du paganisme grae, ni ]m insondables profondeurs du mysticisme hindou^ ni kè austères et subhmes aspirations du monothéisme héhrau* Les Le monde, après Pouan-kou, est soumis, pendaint
dix-huit mille ans» à la direction d*une trinité suprême que constitue la réunion monstrueuse des trois souverains céleste, terrestre et humain. Ceux-ci enseignent aux mortels les fonctions de leur existence, le mangeff le boire, le dormir. Ils instituent Tunion des sexes et Tart du gouvernement. Les générations n*ont conservé de leurs bienfaits que de vagues souvenirs. Le récit de leurs grandes actions avait été tracé sur la carapace de la tortue qui fut la mystérieuse compagne de Pouankoa* Il p6vii naturellement avec elle.
Vou-iciiao. Puis viennent successivement Vou-tchao (l'homme au
nid) qui apprit sans doute aux hommes à se construire (les demeures, ainsi que paraîtrait l'indiquer son nom;
Soui-jin. et Soui'jin (rhomme mèche), qui fit descendre le feu du ciel et le donna aux hommes pour qu'ils fissent cuire leurs aUments.
trois souverains.
Au Prométhée chinois succède Fou-hi^ dont le règne période termine l'ère mytliologique et inaugure l'iiistoirô an- historique. cienne. L'opinion la plus généralement répandue parmi Le»
les annalistes indigènes, fixe l'époque de ce règne ^*°^ ^^"^^''^^"s- ^852 ans avant le Sauveur ; mais cette date esl controversée par plus d'un auteur chinois et il en est de même de toutes celles qui se succèdent jusqu'à l'avènement de Voxtrti^ l'un des souverains de la dynastie Han. A Époque à partir partir de Vou-ti^ qui monta sur le trône au début de ia'cl[ouoî"^ie la période dite Kien-youen et 140 années avant la nais^ nationale sauce du Christ, la chronologie nationale n'est plus «'«^tpius discutée. discutée.
FoU'hi montre à ses sujets la musique, la chasse^ Fou-hî. la pêche, et fonde les institutions qui sont les base» d'un bon gouvernement. Il est l'inventeur présumé de la doctrine des huit mutations que Ouan-Ouang traduisit, dix-sept siècles plus tard, par l'obscur et mystérieux Yi-king (voir page 363). On croit qu'il établit sa capitale près des lieux où fut fondé plus tard Kaïfoung dans le Honan ; ses successeurs sont :
Chin-nong (2737), qui invente l'agriculture et découvre les propriétés médicinales des simples;
ttouang-ti {^Gdl), l'empereur Jaune, dont le ministre Houang-ti. Nao le Grand institue le cycle sexagénaire et qui acquiert, par cette importante réforme, une impérissable refiommée *;
1. A partir de cette époque, les temps de l'histoire nationale se supputent par périodes de 60 ans, dont chacune porte une dénomination particulière empruntée aux événements qui frappent Fimagination publique. La première de ces périodes inaugure la soixante et unième année du règne de Houang-ti.
D'après le système chronologique auquel on donne le nom de Sanyouen-kia-tsé et que suivent généralement les historiens chinois, l'époque actuelle serait séparée de ce règne quasi légendaire par soixante-seize cycles sexagénaires.
Le ÎCien-yotten-hien, chronologie plus récente rédigée d'après certains manascrits qui furent découverts, au ui* siècle de Dotre ôrci dans im
Cftoo-ftoo (2597);
rcAi(m-^n-&w (2513);
Kih. £tiA(2435), qui perfectionnent le gouvernement e ^
font progresser la civilisation par de nouvelles décou — vertes dont l'histoire nationale donne une descriptioED vague et peu circonstanciée. Fou-hi et ses quatre suc — cesseurs y sont appelés les cinq souverains. Ce furen M des princes électifs comme les juges d'Israël. GhacuKi d'eux régna en moyenne 85 ans. Ils eurent poar contemporains les patriarches dont parlent les livres saints.
Tio. Yao (2357). Une effroyable inondation, czmée par le
débordement des fleuves, occasionne, dans le nord de la Chine, d'innombrables désastres. Deux grands hommes dont la reconnaissance nationale a immortalisé les noms, Choun et You, sollicités par leur souverain, se mettent à l'œuvre avec une ardeur infatigable et sauvent l'empire en endiguant les rivières^.
tombeau impérial et qui t)assent pour authentiques, réduit ce nombre à soixante-quatorze. Depuis le règne de Vou-ti, jusqu'à nos jours, Iw deux systèmes concordent de tout point. Nous empruntons au premier» qui est encore le plus vulgaire, les dates que «renferme cet ouvrage. 1. Les historiens qui pensent que le déluge eut lieu 2348 ans avant le Sauveur, ont voulu voir dans l'inondation qui désola le nord de U Chine, sous le règne de Yao, la confirmation pure et simple de leor système chronologique. Ceux qui n'approuvent point ce système et qui assignent au déluge, suivant l'opinion générale, une date plus ancienne, objectent que]Ies traditions chinoises, les conciliabules de Yto avec ses ministres, les moyens auxquels ils eurent recours poar conjurer le terrible fléau, le succès même qui couronna leurs puissants efforts, s'accordent mal avec le récit biblique. 11 leur semble naturel de penser que ce fléau fut simplement occasionné par le débordement du fleuve Jaune, lorsque cet impétueux estuaire, sous l'influence d'un cataclysme encore inexpliqué, abandonna la direction qu'il suivait jusqu'au golfe de Petchili, pour venir se jeter dans la mer, au nord du Kiang'Sou, mais ils n'expliquent point comment il a pu se faire que le premier déluge, dont on retrouve, sur toute la surface terrestre^ les impérissables vestiges, ne soit point mentionné dans les annales légendaires de la Chine.
Ghoon.
les Hia.
Ton le Grand.
Choun (2255) succède à Yao; secondé par Tactive assistance et les sages conseils de YoUj son fidèle et zélé coopérateur, il continue avec succès Tentreprise que lui avait confiée Yao.
You (2205) prend à son tour la couronne après la PremièredynasUe, mort de son ami; il est appelé au souverain pouvoir par la gratitude du peuple et fonde la première dynastie, celle des Hia. Ce prince illustra le trône par ses vertus. La tradition raconte que sa taille avait neuf coudées et que, pendant son règne, une pluie d'or féconda la Chine. Il divisa en neuf provinces ( Tchéou) la région soumise à son sceptre. Ses sujets, dontil développa la prospérité, lui donnèrent le surnom de You le Grand*. On conserve encore à Si-ngan-fou, dans le Chen-si, une inscription antique, dont Tauthenticité passe aux yeux des Chinois pour incontestable, et qui perpétue, depuis quatre ïnille ans, le glorieux souvenir des travaux de You et de ses deux prédécesseurs. Elle avait été gravée primitivement sur le granit au sommet d'un mont sacré, le Heng-chang^ où le grand monarque avait coutume d'offrir des sacrifices 2.
1. Yao, Choun el You, particnliôrement les deux premiers, furent immortalisés par les enseignements de Gonfucius et les commentaires de son école. Le Clwu-king (livre des annales) les propose à tous les princes présents et à venir comme des modèles dé sagacité, de modération, de prudence et de vertu.
2. Voioi le sens de cette curieuse inscription qui a été copiée par Amyot : « Le vénérable souverain a dit : Oh, vous, mes ministres et » mes conseillers, ne m'aiderez-vous pas à porter le fardeau des af- » faires ? L'immense inondation a tout submergé, les|^ lieux habités
• et inhabités, les demeures des bêtes et celles des oiseaux. Avisez au » mal; repoussez les eaux, construisez des digues. Depuis longtemps, » j'ai oublié ma propre famille et je n'ai d'autre refuge que le sommet » du mont Yohlou. Je ne connais plus les heures et je n'ai plus d'autre
• repos que mes incessants labeurs. Ils ont commencé par les monts » Houa, Yo, Taï, et Heng. C'est là aussi qu'ils ont pris fin. Lorsque » mon œuvre a été accomplie, j'ai offert, au temps des solstices, un » sacrifice d'actions de grâce. Mon afQiction a cessé. Le désordre de la » nature a disparu. Les impétueux torrents qui venaient du Sud
ifoMcUe Après Toa la monarchie devient héréditaire. Ce n'est
^*''^'^'^' plus le premier ministre du prince* le plus sage de ses conseillers qui hérite de sa couronne ; elle passe à ses enfants par droit de primogéniture à moins qu'en vertu d'un acte de sa volonté souveraine, il n'en ait disposé autrement. Pi-y, le célèbre coopérateur de You, que ses vertus et le vœu populaire appelaient au trône, contribue lui-même à l'institution de cette prudente coutume, en y faisant monter Ti-ki (l'empereur Ki),, le fils afné de son maître. Fermeté de ce prince qui vient à bout de vaincre une insurrection redoulable.
Ta'kong, son fils atné; il s'adonne à tous les vices.
Tchoun-kang^ son frère, le détrône ef gouverne avec vigueur.
Ti-iiang^ fils du précédent : son eitréme faiblesse; il.
est détrôné par ses ministres Yé et Han-tsou qui régnent
successivement à sa place et périt dans une bataille qu'il