‹ L'empire du Milieu, description géographique [&c.]Chapitre 79 sur 93 · RELATIONS DES PEUPLES CIVILISÉS AVEC LA CHINE · texte numérisé non relu

RELATIONS DES PEUPLES CIVILISÉS AVEC LA CHINE

-Relations de la Chine avec l'Occident sons Tempire romain^sous le Bas- Empire, an moyen âge. — Missions nestoriennes. — Ambassades enroyées pur Innocent IV et saint Loais. — Voyages de Marco Polo et des Arabes. — Entreprises des Portugais, des Espagnols, des

' Russes, des Hollandais, des Prarçuis, des Américains, des Anglais.

.. — Trafic de Topiom. — Guerres de 1840. — Traités de 1842 et de 1844. — Événements de Canton* — Politiqne des puissances à l'égard des rebelles. — Événements militaires et diplomatiques de 1858 et 1860. — La Chine ouverte aux nations étrangères.

Un résumé chronologique des relations que les peuples européens ont entretenues avec la Chine terminera convenablement cet ouvrage. Il nous a paru que nos diplomates et nos négociants y pourraient trouver de précieuses notions etdes dates utiles. Au moins leur permettra-t-il de lire, en quelques pages, le curieux récit de ces relations et d'embrasser, pour ainsi dire d'un seul coup d'œil, Tensemble des progrès que l'audacieux génie de l'Occident a conquis depuis trois siècles sur les orgueilleux préjugés, les aveugles méfiances et l'antique civilisation de la race chinoise.

Le résumé qui va suivre nous semble comporter naturellement trois périodes distinctes. A la première appartiennent le& faits, plus on moins obscurs, qui témoignent des anciennes relations de l'Occident avec la Chine. La seconde commence avec le seizième siècle de notre ère; elle embrasse les événements beaucoup mieux connus qui attestent les courageuses et persistantes entreprises des Portugais, des Hollandais, des Russes, des

HISTOIRE ^i

Anglais, des Américains, des Français et se termine h l'époque où le nouveau régime, inauguré par les conventions de 1842 et 1844, consacre au profit des peuples dont les efforts avaient été jusque-là individuels, l'égalité des conditions et la communauté r)es intérêts. La troisième, enfin, débute ayec ce régime et dure encore aujourd'hui. Nous croyons qu'une telle classification donne au précis chronologique contenu dans ce chapitre plus de clarté et de méthode et permet, en conséquence, de le consulter avec plus de fruit.

Première période embrassant les quinze premiers siècles

de notre ère.

PREMIÈRB PÉRIODE.

A l'époque oîi régnait Trajan (98-117 ap. J.-C), Tchang-kiang, général de l'empereur Tchangti (un des souverains de la dynastie Han), pénètre jusqu'aux rives de la mer Caspienne et en rapporte la vigne *.

166. — Marc-Aurèle envoie une mission aux pays qui produisent la soie. On en trouve de curieuses traces dans les annales historiques de la Chine. Elles constatent qu'à cette époque un ambassadeur venant des grands

1. Nul doute qu'antérieuroment à cette époque les précieuses marchandises que fabriqunit la Chine ne parvinssent en Occident et notamment à Rome. Les marchands occidentaux allaient-ils les chercher jusqu'aux lieux mêmes de la production ? Leur étaient-elles livrées par les nations intermédiaires, Tlnde et les peuples de TAsie centrale? Leurs expéditions avaient-elles lieu par terre ou par mer ? Leurs flottes s' arrêtaient-elles à Tyr ? Allaient-elles mouiller, au contraire, dans le port de cette mystérieuse Caitagara dont parle Ptolémée? Leurs caravanes prnétraient-ores par ces profonds et dangereux défilés de la Perse et de la Bactriane jusqu'à Thina dont fait mention Tillustre astronome ? Doit-on voir, dans cette dernière ville, la cité qui porte aujourd'hui le nom de Si-ngan-fou et penser que, sur les ruines de Cattagara, s'élève aujourd'hui Fou-lchéou, Amoy. Canton ou bien Calcutta ? l^s Sinœ et les Seres étaient ils Ips mêmes peuples ? Étaient-ils Indiens ou Chinois ? Ce sont des points fort obscurs et que la science des géographes n'a pas encore fixés. On ne peut, toutefois, se refuser à reconnaîtrp que le Jugement porté par Ammien Marcelli|i suf les

Premières

relations

avec les empirei

romain et grer*

K53 L'ËMPIRË DU MILIEU

royaumes deTOccident, Ta-tsin-kouoh, apporta leurs tributs à l'empire du Milieu ' . On croit qu'à la suite de cette mission, le commerce étranger prit naissance à Canton.

Jusqu'à ravénement de la puissance ottomane, l'empire grec achète à la Chine, directement ou indirectement, des étoffes de soie et de coton, des perles, des pierres précieuses et les feuilles aromatiques du malabathrum (le bétel ou le thé).

Sixième siècle. — Les apôtres du nestorianisme pénètrent en Chine (voir page 232). Deux moines, probablement deux prêtres nestoriens , rapportent le ver à soie à Constantinople.

ïVahaietAbuzaid. Neuvième siècle. — Deux Arabes, Wahal et Abuzaid^

visitent la Chine. Récit très-curieux et probablement véridique de leur long voyage. Âbuzaïd raconte que, lors du sac de Canfou (probablement Canpou dans le Tchékiang), 120,000 négociants arabes, juifs, parsis et chrétiens furent mis à mort. Canfou était donc, à cette époque, l'entrepôt florissant d'un commerce très-actif entre la Chine et l'Occident ^.

Seres ne s'accorde fort exactement avec les mœurs des Chinois. — « Ils sont très-soigneux, dit-il, d'éviter tout contact avec les autres » peuples du monde; ils ne font le commerce qu'à la frontière; ils y » apportent une extrême méfiance et sont prêts à livrer tout ce qu'ils • possèdent pour de l'argent. Du reste, tempérants, doux et paisibles, » ils professent une grande aversion pour la guerre. » Ptolémée attribue au pays qu'il appelle Serica des dimensions analogues à celles que possédait la Chine à cette époque, et il mentionne deux grands fleuves (probablement le fleuve Jaune et le fleuve Bleu) qui le traversaient de Touest à Test.

1. Les historiens chinois parlent aussi de plusieurs missions envoyées par leurs souverains aux " Ta-tsin-kouoh ». Au delà des Tao^ chiy disent-ils, on rencontre une grand mer par laquelle, en naviguant vers l'ouest. il est possible d'atteindre les régions où se couche le so-leil . Que doit-on entendre par les Tao-chi et les Ta-tsin-kouoh? Estce la Perse, l'Inde, Tempire romain ? On ne peut faire encore là dessus que des conjectures.

2. Anciennes relations de deux voyageurs mahométans (Eusèbe Renaudot),

Treizième siècle. — 1243. — Le pape Innocent IV en- Carpinivoie comme ambassadeur le franciscain Carpini^ archevêque d'Antivari, au souverain des Tartares, Kou-youkkhan, pour le sommer d'embrasser le christianisme et de mettre fin à ses incursions sur les terres d'Europe. Périls que court l'ambassade ; humiliations qu'on lui fait subir ; elle est admise en présence du grand khan. Réponse hautaine de Kou-youk* (voir les pièces justificatives) .

1253. — Saint Louis ayant conçu le dessein de nouer Rubraquis. des intelligences avec le grand khan des Tartares qu'il croyait chrétien, confie ses pleins pouvoirs à un corde- Her brabançon, Guillaume de Ruysbrœck, connu sous le nom de Rubruquis. Celui-ci part de Constantinople; traverse la Crimée, visite Batou sur les rives du Volga où il avait établi le centre de ses campements nomades^ et, après un périlleux voyage dans l'Asie centrale, arrive <

à la cour du grand khan Mangou, successeur de Kouyouk. Les nestoriens y sont en faveur et lui suscitent mille diflQcultés. Batou et Mangou l'interrogent sur la puissance militaire du roi de France. Plusieurs Européens, entre autres l'architecte français Bourchier, font partie de la suite du grand khan. On permet à Rubruquis d'accompagner la cour à Karakoroum d'où on le fait partir pour l'Asie mineure. Son voyage avait duré deux ans. Il en adresse à saint Louis une très-curieuse relation^.

1230. — Deux riches marchands vénitiens, Nicolo et Matéo Polo, qui possédaient des comptoirs en Crimée,

1. Innocent IV envoya dans le même but, mais par un autre chemin, une seconde ambassade au khan des Tartares. Ascelin qui la dirigeait fut moins heureux que Carpini. Le khan ne permit point qu'il dépassât ses avant-postes, il reçut le message dont il était porteur et lui fit dire en réponse que, si le seigneur pape désirait avoir une conférence avec lui, il pourrait se rendre en personne à sa cour.

2. M. d'Avezac a pyblié, en 1838, la relation des voyages cL Rubruquis et de Carpini,

ManoPolo*

Ibo-Batoata.

Odéric.

visiisDi la Chine. Koublaï-khao (le chef de la dynastie Youep) les accueille avec bienveillance, les garde quelque temps près de lui et leur fait promettre, en les congédiant, de revenir prochainement à sa cour. Ils s'jr rendent de nouveau, quelques années après, accompagnés de Marco Polo^ fils de Mattéo. Faveur dont jouit Marco Polo auquel le gouvernement confie les fonctions de préfet dans un des départements du Tché^ kiang. Il publie en italien, à son retour, le récit trèsintéressant et très-véridique de ses aventures. Les Polo étaient restés 24 ans en Chine. [Is y avaient trouvé le catliolicîsme florissant s^ous l'habile direction du célèbre missionnaire Jean de Montecorvino (voir page 235)*.

Qtmtorzième siècle, — Un Arabe de Tanger, /6n-Batptita9 qui était venu s'établir aux Indes, reçoit une misnion pour la Chine du sultan de Delhi. Il débarque i Zaîtoun, probablement Canton ou Tchao tchao. Ses récits, évidemment inspirés presque tout entiers par l'amour du merveilleux , confirment cependant en partie la narration de Marco Polo *.

Vers le même temps, voyageait à travers l'Asie centrale et la Chine, le moine Od&ic qui a raconté également les incroyables aventures de sa dangereuse pérégrination. On regrette que le pieux narrateur, expliquant les faits dont il est témoin par des causes surnaturelles, voie partout l'intervention divine ou l'œuvre du diable et que la liberté de son récit soit souvent enchaînée par ses terreurs superstitieuses. Comme Batouta , Odéric vjs'ta Zaï-toun où était établie uno mission de frères cordeliers.

1. Voir le tome i*' du Recueil des voyages de la Société de g^ graphie.

^. Le professeur Lee, de Cambridge, a publié une traduclion de ces réc}t?;

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Il résulte des informations dont ces hommes intré- ATantiexyi«siëc pides ont fait part à leurs contemporains, qu'à l'époque de^J^chL où ils visitèrent l'extrême Orient, l'accès n'en était point li'était pas ferme fermé aux nations étrangères. Les hommes de l'Occident pénétraient librement en Chine ; ils pouvaient s'y établir, s'y livrer au commerce, y pratiquer leur religion. Ils étaient tenus seulement de remplir certaines formalités d'inscription et ^e passe-port que, dans la plupart des pays européens, la police exige encore aujourd'hui.

Deuxième période commençant avec le xvi® siècle et finissant en 1842.

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