LIVRE DEUXIÈME VUlcs ct LiBux Temarquahlcs
qui ont introduit dans le pays l'industrie des tapis aux vives couleurs et celle de la distillation du vin de roses.
La province ajuste deux régions bien différentes : l'est, le sud, le centre du pays, ensemble qui a vaguement la forme d'un cœur, composent le Kansou chinois, qui comprend les neuf dixièmes de la population; restent environ un million d'hommes pour le Kansou mongol, ainsi nommé par opposition au Kansou chinois.
Ce Kansou mongol accolé au Kansou chinois occupe le nord-ouest de la province, sur une longueur d'au delà de 500 kilomètres, avec largeurs de 120 à près de 230, entre les sables de la Mongolie à l'est, au nord, et les monts, plateaux et lacs du Tibet à l'ouest et au sud.
Lorsque, sur la route de Lantcheou à Liangtcheou, on arrive au col d'Ousou, qui s'ouvre par 3 073 mètres environ d'altitude, dans les Montagnes Neigeuses (Nan chan) ou chaîne de Richthofen, on l'econnaît aussitôt qu'on est arrivé à la limite de deux régions naturelles : au sud et à l'est, le Kansou chinois, c'est encore et c'est toujours la Chine, ses riches vallées, ses eaux abondantes, ses « fils de Han s ; au nord et à l'ouest, les cieux stériles, la terre aussi, et au lieu de l'humus nourricier la steppe et le désert; mais pas absolument l'un ou l'autre, car ce n'est qu'au bout de cet appendice de la province qu'on entre dans le désert essentiel de l'Asie Centrale.
Ici, du double flanc des Montagnes Neigeuses descendent des torrents intarissables qui déterminent, sur ces 500 kilomètres de longueur, un isthme de terres cultivables qui n'a jamais moins de 50 kilomètres de large. C'est donc théoriquement, non pas absolument, qu'on quitte la Chine chinoise au défilé qui met en communication les deux Kansou, à côté des débris de ce que fut le rempart de briques et d'argile dit « la Grande Muraille ».
Les Nan chan ont à leurs créneaux des neiges éternelles.
Ces neiges seraient là de bien moindre étendue, voire peut-être absentes, malgré les cinq et six mille mètres d'altitude des crêtes de cette rangée, s'il ne leur arrivait plus de nuages qu'on ne le croirait possible à première vue.
Au sud-sud-ouest de cette région du Kansou mongol, la masse continentale est échancrée par le golfe du Bengale, dont le demi-cercle n'a pas moins de 1 500 kilomètres de rayon. Grâce à cette vaste nappe d'eau qui s'avance entre les deux péninsules gangétiques, l'espace qui sépare de l'océan des Indes les Nan chan du Kansou de Mongolie est réduit de
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moitié; l'atmosphère, chargée de vapeurs maritimes, peut être portée par les vents jusque par delà le Koukou nor et y laisser un peu de son humidité.
D'ailleurs, les vents qui traversent les montagnes du Tibet oriental, de l'estuaire du Brahmapoutra aux solitudes de la Mongolie, ne rencontrent pas dans cette route d'obstacles semblables à ceux que présente à l'ouest l'énorme plateau du Tibet central, avec ses plaines uniformes de 4 oOO et de 5 000 mètres de hauteur et ses puissantes chaînes bordières de 7 000 mètres. Les arêtes montagneuses de la province de Kham sont moins élevées que celles de l'ouest; elles offrent aussi de nombreuses brèches, et, dans une grande partie de leur parcours, elles sont disposées parallèlement dans le sens du méridien, de sorte que les vents du sud peuvent s'engouffrer dans les vallées et remonter facilement jusqu'aux montagnes du Koukou nor. Les moussons du sud-ouest, qui apportent dans le bassin du Brahmapoutra une si prodigieuse quantité d'eau, sont loin d'être desséchées quand elles franchissent la chaîne de Bayan khara. Du mois d'avril à la fin de l'automne, c'est-à-dire pendant une moitié de l'année, elles apportent des neiges et des pluies : l'atmosphère ne redevient claire et sèche que pendant l'hiver. Prjevalskiy a vu des neiges tomber journellement durant tout le mois d'avril.
11 n'est donc pas étonnant que les nuages déversent encore au delà du Nan chaû une certaine quantité d'eau sous forme de neiges et de pluie et que de véritables rivières puissent naître dans les montagnes et couler au loin dans la plaine; toutefois aucune d'elles ne peut aller rejoindre de fleuve s'écoulant vers la mer : toutes vont se perdre en des lacs ou des marécages salins au milieu des roseaux. L'Az Sind (Etzina, Edsinaï) reçoit les eaux des « Montagnes du Sud », puis, au nord de la Grande Muraille, s'unit à une rivière qui l'égale presque, le Tachapho ou Tolaï de Soutcheou, appelé le « Fleuve d'Or » par d'anciens documents; au delà il s'appauvrit peu à peu, se ramifie en des marécages riverains et finalement va se perdre, sur les confins du désert, dans les lagunes de Sogok nor et de Sobo nor.
Gi'âce à l'influence des moussons, qui fait naître ainsi des eaux courantes entre les deux moitiés du Gobi, les Chinois ont pu facilement maintenir leur ligne de communication avec les dépendances extrêmes de leur Empire, du Nan chaû aux extrêmes ramifications méridionales des Monts Célestes, à travers les terribles solitudes de la dépression centrale du Turkestan et de la Mongolie.
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La route naturelle, que suivirent toujours leurs caravanes et leurs armées, est celle qui, après avoir quitté Lantcheou fou, au grand coude occidental du Hoang ho, traverse les montagnes derrière lesquelles se cache le bassin du Koukou nor, puis descend dans la plaine septentrionale, franchit la Grande Muraille au défilé de Kiayou et se dirige au nord-ouest vers l'oasis de Hami. En cet endroit, la voie historique se bifurque des deux côtés de l'arête orientale du Thian chaû : tandis que l'une des routes pénètre dans le bassin du Tarim, fleuve qui n'atteint pas la mer, l'autre gagne la Dzoungarie pour redescendre sur le versant occidental des sierras dans le monde russe, qui est déjà l'Europe.
On comprend combien il importe à la Chine de posséder cette région relativement fertile, conquise par elle il y a déjà deux mille ans, qui coupe en deux la zone des déserts et que parcourt la route transversale des bords du Hoang ho aux Montagnes Célestes.
Dans le Kansou chinois il n'y a guère que des fils authentiques du Grand et Pur Empire; mais dans le Kansou mongol la population est plus mélangée. 11 y a là des Mongols, des Tangoutes tibétains; mais aussi nombre de Chinois. Ceux-ci sont un peu, beaucoup comme l'hydre de Lerne : la guerre des Dounganes avait fait de leurs villes du Kansou du nord-ouest d'informes amas de ruines, mais la « Chinoiserie » a repoussé dru par constante immigration du pays d'en bas vers le pays d'en haut.
La ville la plus élevée des bords du Hoang ho, Gomi, a été visitée par Prjevalskiy, dans un de ses périlleux voyages; elle se trouve à 2 400 mètres, à la limite extrême des cultures que les laboureurs tangoutes réussissent à maintenir en dépit du climat : au delà ne se voient plus que des forêts, où nichent les faisans bleus.
Sining fou, située à l'est du Koukou nor, à 2 250 mètres, sur la rive gauche du Sining ho, qui rejoint le Fleuve Jaune par le Tatoung, est la métropole du haut Kansou et la résidence des autorités auxquelles est confiée l'administration des Tangoutes et des Mongols du lac Bleu, de son vrai nom mongol : Koukou nor; mais la population urbaine, estimée à 60 000 âmes, est presque entièrement chinoise. La situation de Sining, à l'angle nord-oriental des plateaux tibétains, et près de la voie historique de la Chine centrale au Turkestan chinois et à la Dzoungarie, lui donne une importance de premier ordre comme place stratégique et comme entrepôt; mais
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elle a été, pour ainsi dire, assommée par les Dounganes, puis par les Chinois, ceux-ci comme ceux-là ayant exterminé tout ce qu'ils ont pu de la population. Aussi y a-t-il ruines sur ruines entre ses liantes murailles de dix kilomètres de tour, et l'activité commerciale du pays a-t-elle émigré pour une grande part vers Donkir, à une quarantaine de kilomètres à l'ouest, sur la frontière même du pays de Koukou nor. C'est à ce Donkir que descendent les Tibétains orientaux, les Si-Fan ou Fantze, pour l'achat de leurs denrées et pour la vente de la rhubarbe, des cuirs, des laines, des animaux, des minerais; c'est là que s'organisent les caravanes pour la périlleuse traversée des hauts plateaux. Toutes les races de la Chine occidentale sont représentées dans la population de Donkir, mais les échanges ne s'y font pas toujours d'une manière pacifique : les marchands sont armés, et les moindres disputes menacent de se changer en batailles.
Le pays de Sining est une région sacrée pour les bouddhistes tibétains et mongols : c'est là que naquit le réformateur Tsonkhapa, et quelques-uns des couvents de la contrée ont une réputation de sainteté particulière.
La lamaserie de Kounboum est située au sud de Sining, sur une terrasse boisée, non loin de la vallée profonde dans laquelle coule le Fleuve Jaune; quatre mille lamas vivaient dans ce monastère avant le passage d'insurgés mahométans, puis de barbares Si-Fan, qui le ravagèrent en 1872 et en 1874; maintenant il n'y a plus que deux mille moines. L'université de Kounboum comprend quatre écoles, consacrées à l'étude des mystères, des cérémonies, des prières, et à l'art de guérir les « quatre cent quarante » maladies de l'homme. Un des principaux remèdes est la feuille d'un arbre sacré, espèce de sureau, qui croît devant le portail du grand temple et dont les feuilles, disent les fidèles, représentent la figure du Bouddha et divers caractères du saint alphabet tibétain. Hue crut voir ce prodige, et Szechenyi, après avoir inutilement cherché lors d'une première visite, réussit à découvrir le lendemain une feuille sur laquelle on avait tracé les contours d'un informe Bouddha. Lors des grandes fêtes, une foule prodigieuse de pèlerins. Tibétains, Mongols et Chinois, se réunit dans les temples pour contempler les statues et les décorations élégantes, toutes en beurre, qui représentent des quadrupèdes, des oiseaux et des fleurs, et que l'on détruit soudain après une splendide illumination nocturne.
Au nord de Sining fou, au nord-ouest de Lantcheou, au
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pied du versant « désertique des Nan chafi » on signale quelques villes importantes.
Liantcheou aurait peut-être une centaine de mille habitants, à 70 kilomètres à l'ouest de la Grande Muraille, à 1 565 mètres environ d'altitude. Place commerçante, peu de cités en Chine sont plus propres et mieux entretenues; mais la partie comprise dans la dernière enceinte est la seule qui présente cet aspect d'activité et de bien-être. La moitié de la ville, contenue entre la première et la deuxième muraille, n'est qu'un amas de ruines. Du haut des remparts on est frappé de la multitude de petites forteresses qui s'élèvent partout, au bord des ruisseaux, dans les vallées, aux sommets des collines. Ces fortifications d'origine récente sont les demeures des paysans revenus dans le pays depuis l'insurrection des Dounganes : ils prennent leurs précautions contre de nouveaux désastres, espérant qu'en s'enfermant dans leurs réduits ils pourront voir, sans danger pour eux, s'écouler le flot des envahisseurs. L'excellent charbon de terre des montagnes voisines commence à être exploité par les industries locales.
Kansou, Kantcheou, qu'on dote de 20 000 âmes, a son site à 1464 mètres, sur une des rivières qui composent l'Az Sind. De toutes les villes de la contrée, c'est une de celles qui se sont le mieux relevées du désastre de la guerre civile, et ses maisons neuves brillent au milieu de campagnes verdoyantes. C'est la t cité des peupliers » : il y en a partout; « on se croirait dans un parc » : parc à peupliers, donc ni touffu, ni solennel.
Soutcheou, à un peu moins de 1 150 mètres, aurait également 20 000 âmes; elle borde un ru qui court vers le Che ho ou c Rivière Noire », dit aussi Tacha ho ou « grand ru de la Boue ». Ce fut jadis la ville gardienne de l'Empire contre les Mongols; mais en 1872, après sa reprise sur les Chinois, il n'y restait plus une seule maison : les murs se dressaient au milieu d'un immense champ de ruines, d'autant plus tristes à voir que pas un arbre, pas un arbuste n'avait encore germé sur les décombres. C'est immédiatement à l'ouest, de l'autre côté de la rivière de Boue, que s"ouvre, à l'origine même de la Grande Muraille, dans un étroit défilé, la fameuse Kiayou kouan ou la « Porte du Jade », ainsi nommée parce qu'elle donne accès à la route du Khotan, cette région où les marchands chinois allaient recueillir la précieuse matière. Mais la porte n'indique point, comme on le croit généralement, la limite du désert, car sur les deux bords du chemin se voient encore des arbustes et
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des touffes d'herbes; les eaux courantes ne manquent pas non plus, et sur les bords de ces ruisseaux s'élèvent des peupliers et des saules pleureurs. Deux siècles après Marco Polo, le premier voyageur européen qui ait suivi la voie du désert par le Lob nor et le Tchertchen, le missionnaire portugais Benedict de Goës pénétra également dans le Kansou méridional par la voie du Khotan, mais il ne dépassa pas Soutcheou; il y mourut en 1607, et ses manuscrits ne purent même pas être sauvés par son compagnon, l'Arménien Isaac, qui continua la route jusqu'à Peking. Soutcheou est un grand marché pour les populations mongoles des alentours. D'après le traité signé entre la Russie et la Chine en 1881 Sining reste ouvert aux marchandises russes comme entrepôt libre.
Les musulmans du Kansou mongol exploitent dans les Nan chaii des mines d'or qui sont, qui pourraient surtout être très productives, et l'on y puise l'huile minérale à des sources de pétrole.
La cité murée de Lantcheou fou, point de départ de la route qui relie au Royaume Central ses possessions extérieures de l'occident, a pu, grâce à sa forte enceinte, se maintenir intacte et donner asile à d'innombrables fugitifs. Capitale officielle du Kansou, quoique le vice-roi aille tous les six ans résider pendant trois années dans la ville de Soutcheou, près de la Porte du Jade, Lantcheou fou est située au point de convergence de toutes les routes du lloang ho supérieur, sur la rive droite du fleuve, qui se recourbe en aval dans la direction du nord pour décrire sa grande courbe autour de la péninsule des Ordos.
A 1 500 mètres d'altitude, sinon même à 1 708, d'après un document russe, le « fléau des fils de Han » n'a devant Lantcheou que 200 à 300 mètres de largeur, mais son courant est extrêmement violent. Ce n'est pas sans appréhension qu'on l'y traverse sur un pont de bateaux retenu par deux chaînes de fer et quatorze câbles de laine ou de fibres de palmier chamserops, ouvrage remuant ou vacillant qu'une compagnie anglaise a vainement proposé de remplacer par un pont de pierre. La plaine est large et fertile, mais au sud un long promontoire, qui termine un chaînon du Maha chan, s'avance jusqu'aux portes de la ville, portant sur ses croupes quelques tours carrées : des fortifications régulières, construites à l'européenne, défendent la cité. Au nord, de l'autre côté du fleuve, s'élèvent des monts rocheux de 600 à 900 mètres de hauteur, s'appuyant sur des contreforts arrondis, parsemés de temples et de kiosques qui brillent au milieu de la verdure.
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Lantcheou n'a point d'édifices remarquables; ses quarante mille maisons sont presque toutes des masures en bois; mais les rues, dallées en marbre ou en granit, sont très proprement tenues : peu de cités chinoises ont un aspect plus agréable que ce « fou », capitale de 500 000 habitants ou au delà, qu'Obrutchef tient pour « beaucoup plus peuplée que Peking ». Ce n'est pas dans Lantcheou même, dans la place murée qui n'a guère d'espace entre son enceinte à tours et à créneaux, mais dans de vastes excroissances de faubourgs que vit ce demi-million d'hommes.
Quoique située à distance « énorme » du littoral et des ports de commerce ouverts aux Européens, Lantcheou fou est une des cités du Royaume Central où l'on a le plus essayé d'imiter les industries de l'Europe, surtout les industries homicides de la défense ou de l'attaque : son principal établissement est une fonderie de canons; mais une autre usine moderne, dirigée par des Européens, fabrique des draps pour l'armée et d'autres étoffes grossières en laine de brebis et en poil de chameau. Lantcheou fou a déjà des machines à vapeur employant le charbon des mines avoisinantes, et tout autour de la ville rayonnent de larges routes de construction moderne, ombragées d'ormeaux et de saules. Ni sale, ni fétide, ainsi que le sont tant de capitales chinoises, bien pourvue d'eau par d'immenses roues hydrauliques puisant à même le Hoang ho, Lantcheou est une des villes du « Milieu » les plus agréables pour un Européen. On dit que les plantations de Lantcheou fournissent le meilleur tabac de la Chine.
C'est à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Lantcheou fou, dans une vallée latérale du Hoang ho, que s'élève Salar ou Hotcheou, qui fut, on le sait, la principale forteresse des insurgés dounganes pendant la dernière guerre. Les mahométans doivent probablement à cette ville le nom de Sah la', sous lequel ils sont connus dans le pays : en réalité ce terme de Salar ou de Salor n'est pas le nom de la ville : il désigne avant tout une tribu musulmane d'origine tartare vivant dans vingt-quatre villages par la rive droite du Hoang ho en amont de Lantcheou.
La population diminue graduellement en aval de Lantcheou fou, sur les deux bords du Fleuve Jaune qui, de cluse en cluse, serpente dans la direction du nord. La ville commerçante de Tchongwi'e, bâtie sur la rive gauche du Hoang ho, à la base orientale de l'AIa chan, s'appuie sur la Grande Muraille, à l'une des portes du désert et les dunes en assiègent les remparts. Plus bas est le village de Kinkipao, qui fut lune des
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places fortes des mahométans pendant la révolte des Dounganes; leurs ancêtres l'occupaient depuis plus d'un millier d'années, sans que le gouvernement chinois eût tenté de les en déloger. Ninghia, le chef-lieu de cette partie du Kansou, est bâtie à 7 kilomètres environ du Hoang ho, dans le pays où la Grande Muraille, cessant de longer la rive gauche du fleuve, passe sur la rive droite pour limiter au sud le territoire des Ordos. Comme entrepôt entre la Chine et la Mongolie, cette cité eut jadis quelque puissance; elle fut même le chef-lieu d'un royaume au x^^ et au xf siècle. Ruinée par Djenghiz khan, elle se rebâtit, et ses pagodes, ses hautes murailles en briques, entourées de marais, lui donnent un aspect très imposant; mais à l'intérieur les rues sont étroites, tortueuses, et les maisons partiellement abandonnées.
Au nord-est de Ninghia, dans la presqu'île sablonneuse des Ordos, point de villes, mais quelques restes de villes. Ainsi, à 30 kilomètres au sud du fleuve, on voit encore parmi les sables les vestiges d'une cité de plus de 8 kilomètres de côté dont les remparts n'avaient pas moins de 15 mètres d'épaisseur : entre ces murs il n'y a plus que la dune, la solitude, et les anciens puits y sont comblés.
Actuellement, en dehors de la vallée du fleuve, la contrée des Ordos est en grande partie abandonnée; ici aussi les insurgés dounganes ont fait « merveille » ; ils ont même détruit les campements des Ordos mongols, et les bestiaux abandonnés sont redevenus sauvages ; bœufs et vaches ont perdu l'air stupide que leur avait donné la longue servitude et reconquis les mœurs de la vie libre. En l'espace de deux ou trois années, la transformation était devenue complète : à l'approche de l'homme, ces animaux prenaient la fuite à toute vitesse, et les chasseurs avaient à les atteindre presque autant de peine qu'à chasser l'antilope. Des chameaux, des chevaux vivent aussi en bandes sauvages dans la steppe; mais les brebis ont été dévorées par les loups. Lors du voyage de Prjevalskiy, en 1871, les seuls visiteurs du pays des Ordos étaient des marchands qui venaient y prendre des chargements de réglisse, l'une des plantes caractéristiques de cette région de la Mongolie.
En somme, il n'y a peut-être pas plus de 60 000 habitants dans la boucle des Ordos, et rien à voir, sinon les ruines de Bora balgassoun et de Tsagan balgassoun, dans le sud-ouest de la péninsule, près de la Grande Muraille, et celles de Tokhotokhoto (en chinois : Tontchen), dans le nord-est; plus les trois campements sacrés qui se font gloire de conserver des reliques
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du grand héros mongol, Djenghiz khan; « saints des saints » dont le principal, qui a nom Ika Edjen Khoro, est confié à la vigilance de six cents familles mongoles. Comme de juste, toutes les ruines des Ordos, villes antérieures au conquérant, passent pour avoir été des cités fondées par lui.
Mais si les Mongols sont en décadence sur le plateau des Ordos, les Chinois se répandent de plus en plus le long du Hoang ho, qui est le gigantesque fossé de cette redoute. Les villes riveraines n'ont guère d'autres habitants qu'eux. La plus considérable se trouve dans la partie de la vallée qui Ijoucle la presqu'île au nord-est : c'est la Bitchoukhaï des Mongols, la Baotou des Chinois, à 7 kilomètres de la rive gauche, dans une riche campagne, au milieu d'un cercle de villages également chinois, peuplés d'agriculteurs. Baotou, dont l'enceinte carrée a plus de 3 kilomètres de côté, fait un très grand commerce avec la population des plateaux et possède des fonderies. A 50 kilomètres à l'est, une autre ville, de construction récente, s'élève près de la rive septentrionale : c'est Tchagan kouren ou « l'Enceinte Blanche ». Bâtie par les Chinois depuis le peuplement de la Mongolie inférieure, elle n'a pas d'égale dans l'Empire pour la propreté, la largeur des rues, la régularité des maisons : quelques-unes de ses places sont ombragées d'arbres. Tchagan kouren, située près du coude nord-oriental que forme le Fleuve Jaune autour de la péninsule des Ordos, est un des lieux le plus fréquemment choisis par les caravanes pour la traversée du Hoang ho. Au sud de la Grande Muraille, dans la partie de son cours où le fleuve, rentré dans la Chine proprement dite, sépare les deux provinces du Chensi et du Chansi, — Chensi, la « Frontière Occidentale » ou les « Défilés Occidentaux »; Chânsi, « l'Occident Montagneux », — le principal endroit de passage est au défilé que domine du haut d'un rocher la ville forte de Paoté (dépendante du Chansi) : en cet endroit, le courant a seulement 400 mètres de large.
Les villes qui se sont élevées en territoire des Chinois de Chine, tout au long de la voie historique suivie de tout temps entre les deux coudes du Hoang ho à Lantcheou fou et à Toung kouan, ces villes, disons-nous, ont pris une importance beaucoup plus grande que les cités du nord, situées sur les confins du désert. Les principales étapes de cette route du sud, dans la vallée du King ho, grand tributaire gauche et comme seconde branche mère du Weï ho, sont Pingliang fou, qu'on dote de 60 000 âmes, Kingtcheou et Pintcheou, celle-ci entourée d'arbres
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et surtout de poiriers, qui donnent les plus gros fruits de la Chine. Elles ont pu résister aux mahométans révoltés, grâce à leurs murailles, mais toutes les campagnes environnantes avaient été ravagées, et, après la victoire définitive des Chinois, ce sont des prisonniers hoï-hoï qui ont dû rebâtir les villages de la contrée, réparer les chemins et restaurer les cultures. D'anciens remparts, soigneusement réparés, et de nouvelles fortifications défendent ces cités, les défilés et les cols de la route. Une grotte des environs de Pintcheou renferme une statue de Bouddha taillée dans la roche même : c'est l'une des plus grandes et plus fameuses de la Chine centrale; devant cette énorme effigie, haute de 17 mètres, celles de deux disciples, moins élevées de moitié, montrent le saint aux fidèles prosternés devant lui.
Dans la vallée du Weï ho, le centre principal est Kountcheou, peuplé de 50 000 âmes et perdu, pour ainsi dire, dans une immense enceinte dont une partie forme un cimetière. Plus bas sur la même rivière est la ville administrative de Foutchang bien, près de laquelle un autre Bouddha, se dressant sur une colline, bénit la campagne en étendant la main droite.
Au sud, sur les bords d'un affluent du Weï ho, la grande Tsingtcheou, riche de 160 000 habitants (d'après Kraitner), élève ses pagodes et temples au-dessus du branchage des châtaigniers et des noyers : c'est un groupe de cinq municipalités ayant un maire commun, mais chacune entourée de son enceinte particulière de hautes murailles. Tsingtcheou est un grand marché de thé, de tabac, d'indigo; ses artisans s'occupent du tissage et de la broderie des soies ainsi que de la mise en œuvre des métaux. Un sentier fréquenté s'élève de Tsingtcheou vers un col de 1 392 mètres d'altitude, seuil de l'arête qui sépare les bassins du Hoang ho et du Yangtze kiang et à laquelle des cartes donnent le nom de Peï ling, inconnu dans le pays.
Quand on parle des dix-huit provinces de la Chine, on n'est plus dans la stricte vérité : l'Empire du « Milieu » s'est officiellement taillé dans ses dépendances mongoles et turques en 1884-1885, une dix-neuvième province, dite de la « Nouvelle Ligne », le Sintsiang ou Sinkiang, fait de stériles plateaux, à l'ouest du Kansou, jusqu'à de grands monts de l'Asie centrale qui le séparent de la Sibérie, de l'Afghanistan, de ITnde. Ce Sintsiang n'est en plein désert que le prolongement et l'épanouissement du Kansou mongol.
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Énorme pays, presque égal à trois fois la France, de par ses 1 426 000 kilomètres carrés, mais si pauvre, si sec, si vide, qu'on n'y compte sans doute pas plus d'un million d'hommes, et peut-être moins encore.
Quoique devenu partie intégrante de la Chine sous le rapport administratif, il n'a réellement aucune qualité pour figurer avec les dix-huit autres provinces. Dépendance il était, dépendance il reste, terre mongole et turque, nullement chinoise de langue, de mœurs et de sympathies, et destinée sans doute à devenir prochainement un territoire russe. Sa capitale est la ville dOuroumtsi, située en pleine Dzoungarie, au delà du Thian chaà.
Le Chensi, provmce frontière touchant au // nord à la Mongolie des Ordos, a pour autres
VANS voisins : à l'ouest le Kansou, à l'est le Chaùsi et
LE CHENSI : le Honan, au sud-est le Houpé, au sud le SetsiNGAN FOU chouen. Le nom de Chensi signifie, comme dit plus haut, « les Défilés Occidentaux ou la frontière Occidentale ».
Sur ses 195 000 kilomètres carrés, aire hypothétique jusqu'à mesures précises, ainsi d'ailleurs que celles des autres provinces de Chine, donc sur un espace équivalant aux 36 ou 37 centièmes de la France, le Chensi passe pour entretenir 8 300 000 habitants seulement, soit rien que 43 au kilomètre carré, contre les 73 de la France. Cette densité de population est presque ridicule dans cette « Fleur du Milieu », où, sur dix-huit provinces, il y en a neuf avec plus de 100 personnes et jusqu'à 210 par 100 hectares; et justement le Chensi possède une des maîtresses villes de la Chine avec un million d'âmes peut-être : toutefois beaucoup n'accordent à Singan fou qu'un nombre d'habitants très inférieur.
A noter que le sol n'y est pas infécond ; que même, au nord des Tsing ling, la région septentrionale, relevant du lœss, est d'une fertilité rare, « terre jaune » aussi propre aux céréales que la « terre noire » des Russes. A noter également que, suivant toutes probabilités, le lœss y recouvre un bassin houiller, d'une richesse extraordinaire, prolongement occidental de celui du Chaiîsi, et que la région des Défilés Occidentaux participe à la singulière richesse minérale des provinces chinoises par des gîtes de fer, de plomb, de mercure, des lacs souterrains de pétrole, sans doute aussi des veines d'or, puisque maints de ses torrents sont aurifères; on y trouve
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aussi sources salées, marais salants, marbres précieux. Donc grandes facilités pour les travaux de l'industrie, à côté des vastes champs de blé, des rizières, des jardins plantureux, des vergers, le tout sous un climat « congénial », qu'on dit plus doux que celui du Chansi, moins humide que celui de la majeure partie du Kansou.
Le principal ennemi de cet heureux pays c'est parfois le manque de pluie : telle année de sécheresse y pèse lourdement sur le paysan, mais aussi l'on admet qu'une saison favorable, humide au degré qu'il faut, compense trois saisons mauvaises. Les sauterelles y broutent de temps en temps les récoltes.
Si le nombre des habitants de la province est relativement très faible, il n'en était pas ainsi avant la néfaste insurrection des Dounganes; la « révolte musulmane » y a fauché les habitants par millions à partir du milieu du xix" siècle, principalement dans le pays parcouru par le Weï ho : là, en trop d'endroits, il ne resta pierre sur pierre, et personne de vivant. Nulle part, ni en Kansou, ni en Chansi les massacreurs ne furent plus actifs : de 15 millions en 1852 la population descendit à la moitié, ou moins encore.
Le Chensi est au centre de l'histoire chinoise; la vallée du Weï avec sa ville métropolitaine de Singan resta longtemps le centre de cristallisation de ce qui devint avec le temps le « Noble Milieu ».
Singan fou, chef-lieu du Chensi. fut jadis capitale du Royaume Central, à l'époque des Tcheou, des Tsin, des Han (de 1230 avant l'ère vulgaire, à 220 après), sous le nom de Siking ou « Résidence occidentale » ; puis sous les Soui et les T'ang, soit de 580 à 907, la cour s'établit, non pas précisément à Singan, mais à Tchang ngan, ville qui n'en est guère éloignée.
Et dans la débâcle de 1900, cette antique métropole a reçu l'empereur, sa cour, ses eunuques et ce qui lui restait d'armée après la prise de Peking par les « diables d'Occident » : toute la haute « officialité » s'est réfugiée, comme au vrai centre de la Chine, dans cette ville qui a gardé jusqu'à ce jour, durant tant de siècles, son nom de Changan ou « Paix continue ».
Rien qu'enfoncée en des monts dont il semble au premier abord qu'il est bien difficile de se dégager, et ne voyant pas couler de grand fleuve, car le lieu le plus rapproché du Hoang ho n'est pas à moins de 120 kilomètres à l'est-nord-est, et même n'ayant pas de rivière où refléter les maisons de ses quais, Singan est fort heureusement située, sur une des grandes voies commerciales de la Chine. Sans rien dire de sa proximité de la
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vallée du Hoang ho moyen, elle communique aisément avec le Yangtze kiang par un col des Tsing ling, passage ouvert b. 1 249 mètres d'altitude seulement : de ce pas on descend vers un affluent de gauche du Haù, et les eaux navigables de ce Hafi mènent les bateaux à Hankoou. De même, et facilement encore, bien que le col des monts Loupin chan s'y échancre à 2C9t mètres, elle est en relations, vers les sources d'affluents gauches du Weï, avec Lantcheou, le val supérieur du Hoang ho et les sentiers du plateau de Turkestan et de Mongolie. D'où il suit que Singan se trouve sur une des voies magistrales du monde, sur la route de l'Europe au plus beau de la Chine, de Londres, Paris, Berlin, Moscou à Hankoou, trajet qu'une voie ferrée ne tardera pas à suivre.
D'après la plupart des voyageurs elle a certainement plus d'habitants que Peking et n'est dépassée que par Canton; d'après d'autres elle en a moins : les estimations se balancent entre 400 000 personnes, dont sept dixièmes chinois au type légèrement tibétain, deux dixièmes musulmans, un dixième tartare, et un million d'hommes, dont oOOOO professeraient l'Islam et se coiffent du turban lorsqu'ils entrent dans les mosquées.
Singan, à 930 kilomètres à vol d'oiseau sud-ouest de Peking, à 1 22o par une des deux grandes routes, à 1 300 par l'autre, a son site à 10 kilomètres de la rive droite du Weï ho, plus ou moins doublé à quelque distance en aval par le King ho ; au sud, et tout près, monte la chaîne des Tsing ling. On connaît encore si « imprécisément » la Chine qu'on fait varier son altitude entre 307 et 518 mètres.
« C'est le type le plus complet de la ville chinoise. » Sa forte enceinte crénelée forme un carré parfait, orienté suivant les points cardinaux, et le milieu de chaque côté, long de plus de 11 kilomètres, est percé d'une porte monumentale surmontée de pavillons étages. Elle sépare Singan de faubourgs dont on a fini par entourer l'ensemble dune muraille d'argile.
Depuis des milliers d'années, pas moins, Singan est une cité commerçante de premier ordre, grâce à sa position centrale et à la fertilité de sa « terre jaune ». Elle trafique surtout des peaux, fourrures, laines, opium, musc, plantes médicinales des plateaux du Tibet et du Turkestan, du sucre du Setchouen, de la soie du Setchouen et du Tchekiang, du thé du Houpé et du Houuan : ses magasins sont remplis de marchandises précieuses. Mais aucun édifice curieux des anciens temps ne s'est conservé; on ne montre plus dans le quartier « mandchou » que l'emplacement d'un palais des T'ang. Toutefois Singan possède toujours un musée archéologique d'une grande richesse, le
La Chine. livre deuxième
Païlin ou i forêt des tablettes », collection d'inscriptions et de dessins, dont quelques-uns ont deux mille années d'existence, et qui permettent de reconstituer l'histoire de plusieurs dynasties.
Singan fou a dû à son enceinte de murailles de n'avoir pas été détruite par les rebelles mahométans, comme Nanking et tant d'autres villes de la Chine centrale. Pendant toute la durée de la guerre civile, ses très nombreux musulmans furent internés dans la ville, sous menace de mort, et c'est à grand'peine qu'on empêcha la multitude de les massacrer. Ils possèdent encore leurs huit mosquées, mais ils ont dû en changer les inscriptions et y placer les tablettes de l'empereur et celles de Confucius.
La capitale du Chensi jouit d'un grand renom dans un monde savant spécial pour son inscription bilingue, en chinois et en syriaque, qui était gravée sur une pierre en l'an 781 de l'ère chrétienne, et encastrée en une paroi de mur, dans la €our d'un temple du Bouddha. Elle racontait, dit le docteur Lakoy, qu'en 636 de notre ère, le missionnaire historien Olopônn arriva à Tchang ngan avec des icônes et des livres saints; qu'Olopônn traduisit ces ouvrages en chinois; que l'empereur Taïtsoung reconnut la vérité de la nouvelle religion ; que dès 638 il édicta qu'elle pourrait être prèchée librement dans tous ses États; que, malgré quelques persécutions en 699 et 713, cette religion fut en général respectée par les empereurs, de sorte qu'à la fin du vii*^ siècle, il y avait des temples chrétiens dans toutes les provinces de la Chine. Il y a des découvertes de ce genre à faire dans les environs de Singan, ce lieu des antiques souvenirs de la Chine la plus chinoise, comme également dans toute la « terre jaune », qui est une autre Pompeï, le lœss couvrant et conservant pour l'avenir, comme la cendre au pied du Vésuve, les pierres, les bronzes, inscriptions, objets d'art qui y sont enfouis.
En aval de Singan fou, sur le Weï ho, s'élevait avant la guerre musulmane, la ville importante de Hoa tcheou : c'est là que commença, en 1860, cette insurrection qui ruina de si vastes contrées et coûta la vie à tant de millions d'hommes. Hoa tcheou n'existe plus; elle a été rasée; il n'en reste qu'un monument sacré, l'un des plus anciens de l'Empire, un temple élevé au commencement de l'ère vulgaire.
Une ville à laquelle on suppose 70 000 habitants, Toung kouan, ou la « Porte Orientale », borde la rive droite du fleuve Jaune, en dessous du confluent du Weï ho, précédé de peu de celui du Lo ho sur cette même rive droite. Le nom de
Fig. 7. — Boucle du IIoang no et Vallée du VTeï ho.
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La Chine. livre
Porte Orientale est bien justifié, Toungkoiian étant à l'extrême levant de la province, à la frontière du Honan, vis-à-vis du Chansi dont le fleuve sépare la ville. C'est la forteresse centrale de tout le bassin du Hoang ho et le point stratégique de la Chine intérieure le mieux défendu : des tours et des remparts armés de canons en commandent les appi'oches; une garnison nombreuse y veille dans une enceinte d'environ G kilomètres dont les Européens ne feraient qu'une bouchée.
Mais, c'est là le point principal, cette place de guerre est surtout une place de commerce : à l'entrée du Chensi, à l'angle de la vallée fluviale, et à l'endroit où le Hoang ho, cessant de couler du nord au sud, reçoit en même temps trois rivières abondantes, Toung kouan est le point de jonction naturel de plusieurs routes maîtresses. Or, dans ce pays où la « terre jaune » occupe une si grande étendue, c'est par les chemins qu'a tracés le ravinement, et par eux seuls, que se font les mouvements des hommes et des marchandises. Dans la paix comme dans la guerre, c'est par des voies détournées que doit se faire tout le mouvement du commerce et de la guerre : de là l'importance exceptionnelle de cette ville du Hoang ho.
Le Hoa chaù, qui domine Toung kouan à l'ouest, est à peine moins saint que le Taï chan du Chantoung et porte aussi de nombreux monastères; mais il est plus difficile à gravir. Au sommet de la montagne « à dos d'éléphant » siège, entouré de fées et d'esprits célestes, Peï ti, l'Empereur Blanc, le protecteur des provinces occidentales.
Le Chensi septentrional, limitrophe du pays des Ordos, est une des contrées les moins connues de la Chine; à l'exception des missionnaires, nul voyageur européen ne l'a visité; on sait néanmoins qu'il s'y trouve des villes commerçantes. Telle est la ville de Toung tchoou, à la base septentrionale du saint Hoa chaù et à peu de distance en amont du Lo ho. C'est une cité de commerce et d'industrie, de laquelle la place militaire de Toung kouan, cependant beaucoup plus importante, n'est qu'une dépendance administrative. Foutcheou est le principal centre de la haute vallée du Lo ho; Yangan fou est située plus au nord, dans une région riche en houille et en sources de pétrole; Yulin fou, bâtie à l'une des portes de la Grande Muraille, surveille au nord les steppes mongoles, en même temps qu'elle avoisine le Chansi septentrional, plus facilement accessible, et mieux connu que le Chensi du nord. Des Européens l'ont parcouru en divers sens pour en étudier les ressources et l'on s'y trouve déjà dans le cercle d'attraction du port de Tientsin en même temps que de la métropole chinoise.
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Chansi, cela veut dire : « les Monts Occiden-
/// taux », par opposition à Chantoung ou « les Monts
DANS Orientaux ».
LE Cette province est frontière comme le Kansou
CHANSI et le Chensi et borde ainsi qu'eux, au nord, le plateau de la Mongolie. Par ailleurs elle confronte : du levant, au Petchili et au Honan; du sud, à ce même Honan; du couchant, au Chensi.
On lui suppose 212 000 kilomètres carrés, soit presque exactement les deux cinquièmes de la France, avec M 200 000 habitants, soit 54 seulement par kilomètre carré. Encore une province insuffisamment peuplée, inférieure sous le rapport de la densité de population à douze des dix-huit gouvernements chinois.
Sans doute il y a lieu de considérer qu'une partie de son territoire se trouve au nord de la Grande Muraille, en Mongolie, par conséquent sur un plan sec, stérile, où il y a dix personnes à peine au kilomètre carré ; toutefois, ce sol marâtre distrait, le Chansi n'entretient que 63 individus par 100 hectares, malgré la préexcellence de sa « terre jaune », qui permet la culture jusque dans le haut des montagnes, et en dépit de l'immensité prodigieuse de ses ressources minérales : mais cela est une promesse de lavenir bien plus qu'une réalité du présent.
Une des raisons de ce peu de densité de la population, c'est, mais à un bien moindre degré que dans le Chensi, la révolte des Musulmans : elle a coûté beaucoup de vies, elle a été accompagnée et suivie d'une émigration formidable.
Une seconde cause c'est la lamine de 1878, l'une des plus funestes qu'ait connues la Chine moderne, et qui sévit dans le Chansi plus durement que dans les quatre autres provinces atteintes, le Honan, le Chezisi, le Petchili, le Chantoung. Faute de chemins de fer, de routes pour recevoir d'ailleurs des grains ou toute autre nourriture, d'innombrables paysans moururent d'inanition, de fièvres, d'épidémie.
Une autre raison, moins passagère, c'est que les gens du Chansi, qui ont le talent, la passion innée du commerce, sont les « Auvergnats de la Chine » : ils ont de tout temps quitté leur pays en grand nombre pour aller faire fortune au dehors : pas une ville, pas un gros bourg de l'Empire où l'on n'en rencontre quelques-uns en train de se tirer « gentiment » d'affaire.
Quoique très âpres au gain dans leurs voyages à l'étranger, les gens du Chansi sont généralement polis, prévenants, hospitaliers, tandis que ceux du Chensi se sont fait auprès des voyageurs une réputation toute contraire.
Quoi qu'il en soit, si le Chaùsi ne « grouille » pas encore
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d'habitants, il « grouillera ». On peut lui pronostiquer hardiment un grand croît, puis un surcroît de population : comme richesse en houille, surtout dans son centre et son midi, c'est, on le prétend, le premier pays du monde, et les autres minéraux y sont en surabondance : c'est une Belgique, un Lancashirc, une Pennsylvanie de l'avenir. Plus qu'aucune autre province de l'Empire des Fleurs, il est « guigné » par l'industrie européenne.
Taïyuan fou, ainsi se nomme la capitale de ce Chansi que les Chinois colonisèrent à partir du xii"^ siècle de l'ère ancienne, par conséquent avant le siège de Troie, au détriment de ses premiers occupants, les Barbares Ti.
On lui accorde 250 000 habitants au maximum et on lui en reconnaît 50 000 au minimum : ainsi varient les estimations en Chine.
Elle a son site à peu près au centre de la province, à 400 kilomètres ou un peu plus, à vol d'oiseau, vers le sud-ouest de Peking, au sud-est d'une chaîne de collines, l'un des gradins que forment les plateaux étages du Chansi, dans un cirque dont le fond contenait un lac dès longtemps disparu. Sa rivière, affluent de gauche du fleuve Jaune, est le Fen ho ou Fouen ho, par la vallée duquel débuta probablement la colonisation chinoise de la contrée.
Ta'îyuan est moins vaste que la plupart des autres capitales de province; le rectangle de son enceinte n'a que 13 kilomètres et renferme des espaces inhabités ; comme Peking, elle a son quartier tartare, séparé de la ville chinoise par une haute muraille, et l'on a pris soin d'en disposer les quartiers de la même manière que ceux de la résidence impériale; le parc du gouverneur a des nappes d'eau, des pagodes, c une montagne de charbon » imitées de celles de la « Ville Jaune ». Autrefois Taïyuan a eu un grand renom pour la fabrication des armes, industrie qui a beaucoup diminué d'importance, quoique le gouvernement y possède un arsenal et une fonderie de canons.
Les alentours de Taïyuan sont fort bien cultivés, et quelques-unes de ses campagnes passeraient ailleurs pour des jardins ; c'est même là que les agriculteurs obtiennent le meilleur raisin de la Chine et ils savent en faire de bon vin, en suivant la méthode enseignée par les premiers missionnaires catholiques.
On va de Taïyuan à Peking par deux routes : la route directe remonte à l'est vers une ville commerçante de 20 000 âmes, Pingting, entourée de fonderies et de houillères d'excellent anthracite; puis elle passe par quatre cols ou « portes célestes »
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pour redescendre à Tchingting dans la plaine du Petchili; celle qui écorne la Mongolie s'élève par la vallée du Poutou ho, contourne l'extrémité occidentale de l'Outaï chan et traverse la Grande Muraille intérieure au col de Yemen kouan : on y voit passer jusqu'à 2 000 bêtes de somme en un seul jour.
Dans l'extrême nord du Chafisi, déjà dans la Mongolie, Tatoung fou, l'un des avant-postes occidentaux de Peking sur le chemin de l'Asie centrale, se trouve entre les deux remparts qui constituent ici la Grande Muraille, à 50 kilomètres au nord de la muraille intérieure, à 30 de la muraille extérieure. A 1 300 mètres d'altitude, cette place de guerre s'enferme dans une double enceinte de 8 kilomètres en un pays froid, terres alcalines à demi stériles.
Dans le pays de Taïyuan, Hieoukao, qu'on taxe à 20 000 ou 25 000 habitants, Tchi bien auquel on en donne 30 000, font un commerce actif, l'un au sud, l'autre au sud-ouest de cette capitale.
Au sud-sud-ouest, Pingyao bien, qui aurait 60 000 l'ésidants, trafique, à quelque distance, avec les gens de la province de Honan.
Taïkou bien et Tchanglan tchin sont deux cités fort riches où résident plusieurs des banquiers de l'Empire, en relations d'affaires avec San Francisco, Londres, Marseille; les bronzes et les vases que les antiquaires trouvent dans ces villes du Chansi sont parmi les produits les plus précieux de l'art chinois.
Le sol maigre des plateaux ne suffît pas ici à nourrir la population : l'industrie et les profits de l'émigration périodique doivent subvenir aux ressources naturelles du pays. Chaque ville, chaque village a son travail spécial, celui des étoffes, des fers ou du papier; on s'occupe aussi très activement de l'exploitation des mines de houille pour la consommation locale.
Avant l'insurrection des Taïping, plusieurs villes s'élevaient dans le bassin qui s'étend au sud de celui de Taïyuan fou et que parcourt également le Fouen ho, après avoir traversé par une cluse profonde la chaîne du Ho chan, montagne remarquable en ce qu'elle sépare les deux grands bassins houillers du Chansi : le bassin oriental, qui s'étend aussi dans le Petchili, et auquel Richthofen attribue 34 820 kilomètres carrés dans les limites de la province, et une capacité de 630 milliards de tonnes d'anthracite; et le bassin occidental, qui se prolonge dans le Chensi, le Kansou, et qui, toujours d'après Richthofen,
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n'a pas moins de 55 000 kilomètres carrés, dans le seul territoire du Chansi. Quant au bassin septentrional, dans la Mongolie de Tatoung ho, son aire serait de 3 300 kilomètres carrés seulement.
Ce qui ajoute encore à la valeur inestimable de ces gîtes de charbon bitumineux, c'est qu'ils avoisinent d'immenses réservoirs de pétrole, des mines inépuisables d'un fer « de premier ordre ».
Ces villes en aval des défilés du Ho chaû n'étaient plus, après la « grande rébellion », que des amas de ruines occupées par des garnisons; elles se rebâtissent peu à peu, grâce au commerce considérable qui se porte du Honan vers le Chansi septentrional. Le col de Hansin ling, étroite brèche ouverte dans la « terre jaune », est parfois aussi animé qu'une rue de grande ville : les ânes, les mulets, les chameaux, portant blés, farines, tabac, sel, thé, papier, cotonnades, se suivent en une longue caravane, dont le chargement total représente celui de plusieurs convois de chemins de fer.
Pingyang fou est située sur le Fouen ho, dans une plaine sablonneuse moins fertile que le bassin de Taïyuan; ce fut naguère une des villes les plus considérables du Chansi, mais les Taïping l'ont dévastée; un de ses faubourgs, quoique entouré de murs comme la cité, n'avait plus une seule maison qui ne fût démolie. Pourtant il n'est point de villes chinoises qui soient mieux fortifiées que Pingyang, fortifiées à l'ancienne mode, s'entend, et jadis capables de longue et victorieuse résistance, mais à la merci maintenant de la moindre canonnade : en effet, elle est entourée d'une triple enceinte et de chemins couverts qui permettraient à la garnison de prendre l'ennemi à revers s'il venait à dépasser la première porte; il est probable que, saisis de panique, les habitants de la ville ne songèrent pas à se défendre; ils comptaient peut-être aussi sur la vertu magique de leurs murailles, dont les contours, approuvés du feng choui, reproduisent la forme d'une tortue.
Pingyang est l'une des villes saintes de l'Empire et l'une des plus anciennes du monde; à moins de 3 kilomètres au sud se trouve l'emplacement de ce qui fut la capitale de la Chine, telle qu'elle était alors aux temps de Yao, il y a plus de quarante-deux siècles. Près de là s'élève un temple, naguère somptueux, consacré à la mémoire des trois saints empereurs Yao, Chun et Yu. D'après la légende, Yao serait enseveli dans une grotte des montagnes qui s'élèvent à l'est de la plaine de Pingyang : là s'ouvre une grotte d'où s'échappent des vapeurs méphitiques, et c'est au fond de cette caverne inaccessible, dans les eaux d'un lac, que se trouverait le cercueil d'or et
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d'argent du célèbre empereur, suspendu aux parois du rocher par des chaînes de fer.
De tout le grand passé, ce qui reste à cette antique résidence d'empereurs, c'est la population d'une petite ville de province : 15 000 habitants.
Plusieurs des villes importantes du Chansi, Poutcheou fou, Kiaïtcheou, qu'on dit peuplée, Yuentching, riche de 70 000 individus, se sont élevées dans un pays de nature steppeuse, aride, un demi-désert, vers l'angle sud-oriental de la province, dans la partie que limite le coude du fleuve Jaune. C'est la région d'où l'on extrait le sel qui approvisionne le Chansi et la plus grande partie du Chensi, du Honan, du Kansou.
Le principal marais salant, connu sous le nom de Loustwoun, s'étend sur la rive septentrionale d'un lac de 30 kilomètres de longueur, que dominent au sud les hauts escarpements du Foungtiao chaù. Ce marais est dans le monde un des gisements qui fournissent la plus grande quantité de sel, et celui que l'homme exploita régulièrement pendant la plus longue série de siècles : à l'époque de Yao déjà, il y a plus de quatre mille ans, on en retirait du sel en abondance, et sans doute, depuis ces temps antiques, on n'a rien changé au mode primitif d'exploitation. L'eau du petit lac qui occupe le fond de la dépression marécageuse étant presque douce, on ne l'utilise point; c'est dans le marais seulement que l'on travaille à cristalliser le sel.
Là les terrains sont faits d'une argile dure, remplie de cristaux de gypse : on y creuse de grands trous en forme d'entonnoir, au fond desquels s'amasse l'eau salée, que l'on élève ensuite au moyen de seaux et que l'on verse sur des aires unies où elle s'évapore en laissant une couche saline.
L'ensemlDle de la dépression appartient à l'empereur, qui l'a fait entourer d'une haute muraille pour la perception de la gabelle et qui la loue à des associations de fermiers au nombre d'environ cent cinquante; celles-ci possèdent chacune dans le marais une zone de 180 mètres de longueur. La quantité de sel qu'elles retirent varie suivant la saturation du terrain; mais, en moyenne, on peut évaluer la production annuelle du bassin à la forte quantité de 154 000 tonnes.
Yuentching ou la « Cité des Sources » est le centre principal de l'expédition du sel ; un des plus beaux temples de la Chine y élève ses dômes au-dessus de la ville.
Des sondages révéleront un jour, dans la profondeur, des bancs épais de sel gemme, car des sources salines jaillissent en beaucoup d'autres endroits du Chensi méridional et du Honan.
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Ainsi, au versant opposé du Foungtiao chaû, dans la plaine même du Hoang ho, des marais salants s'étendent au bord du fleuve. La « terre jaune » des berges est imprégnée de sel. Les habitants lavent cette terre et font évaporer l'eau de lavage dans les compartiments de marais disposés exactement comme ceux du littoral de la mer : la concentration et la cristallisation du sel s'achèvent au moyen du feu.
En aval de Toung kouan, les villes et les
IV villages se succèdent sur les deux bords du
DANS Hoang ho en une chaîne continue; les hommes
LE se pressent en multitudes dans cette fertile vallée
noxAN et dans les campagnes qu'arrosent ses affluents : c'est la partie de la Chine qui porte spécialement le nom de « Fleur du Milieu ».
On est ici dans la province de Honan, ce qui signifie le « Sud du fleuve ».
Le Honan a pour bornes : au nord, le Chansi, dont il est d'abord divisé par le cours du Hoang ho; au nord-est, le Petchili; à l'est, le Chantoung et le Nganhoëi ; au sud, le Houpé; à l'ouest, le Chensi. On lui attribue 176 000 kilomètres carrés, un tout petit peu moins que le tiers de la France, et 22 100 000 habitants , contre les 29 069 000 du recensement de 1842.
Si ces deux nombres sont exacts, le « Sud du fleuve » entretient 125 personnes au kilomètre carré, et il en entretenait 165 il y a soixante années : cinq ou six provinces de Chine sont plus densément peuplées, mais c'est bien plus que la moyenne de l'Empire, estimée provisoirement à une personne par hectare.
C'est que le Honan est un très riche pays, surtout en son orient; car, son occident, bien plus rude, se hérisse de monts moyens (rarement 2 000 mètres) qui sont la « fin finale » de la chaîne du Kouenlun, tandis que l'orient appartient à la grande plaine chinoise, et que le nord, parcouru pendant près de 500 kilomètres par le Hoang ho, fait partie de la proverbiale « terre jaune ».
H n'appartient pas entièrement au bassin du fleuve Jaune (comme aussi le Kansou et le Chansi) ; quelque peu de son territoire méridional a sa pente vers le Yangtze. Mais il faut considérer que ses rivières orientales, qui s'arrêtent maintenant au canal Impérial ou vont se verser dans le Hoaï ho, aboutissent en réalité au Hoang ho, quand celui-ci, labourant
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tout devant lui, se creuse un lit à sa taille, non plus vers le nord de la grande protubérance du Chantoung, mais vers le midi, aux approches du bas Yangtze kiang.
Ce « jardin de la Chine » a tous les privilèges d'une heureuse contrée, la fécondité du sol, les pluies, les rivières bien coulantes, la douceur du climat, une race pullulante aimant le travail des champs; et sans être aussi riche en son sous-sol que, par exemple, le Chaùsi et le Yunnan, on y constate un peu partout, dans la région montagneuse, la présence de mines diverses, spécialement d'un excellent charbon bitumineux dont le chemin de fer de Peking à Hankoou ne tardera vraisemblablement pas à faciliter la vente. Le Honan, lui aussi, est suivant toutes probabilités, une province de « Minas Geraes ».
Historiquement, le Honan, prolongement normal, vers l'est, de la vallée si notablement historique du Weï ho, fut le lieu où se jouèrent longtemps les destinées de la Chine, alors que le Grand empire jaune était encore en formation.
Les plus anciens souvenirs de la « race aux cheveux noirs » rappellent ce pays central, route de l'ouest à l'est, au long de son Hoang ho, en même temps que du nord au sud par les plaines opulentes qui se déroulent, chemin facile, du Hoang ho au Yangtze kiang.
C'est ici, dans ces larges campagnes, qu'on se battit si longtemps pour la domination, armées impériales contre armées de princes féodaux.
Dans ce temps-là la Chine du Sud n'étant pas encore subordonnée, on appela cette région centrale le Tchounghouati, ou « le Pays fleuri du Milieu », le Tchoung koué, c'est-à-dire « le Royaume du Milieu » ; et c'est ce dernier nom qui est resté dans l'usage courant pour désigner l'ensemble de l'Empire. Honan, Chansi méridional, Chensi des rives du Weï, c'est en Chine comme une Ile de France. Et le Honan en particulier jouit toujours d'un très grand renom social historique, artistique, et littéraire.
La capitale du Honan, Kaïfoung fou, est universellement connue dans le pays avoisinant sous son ancien nom de Pienleang.
Elle s'est établie à 000 kilomètres en ligne droite au sudsud-ouest de Peking, à 16 kilomètres de la rive droite du Hoang ho, dans la région où le fleuve crève si calamiteusement ses levées, près du futur chemin de fer de Peking à Canton, lequel est plus que projeté ; quelques années le verront sans doute
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achevé, et Kaïfoung lui sera réuni par un assez court embranchement.
Il se peut que le nombre de ses citadins atteigne 100 000, dans une région agricole opulente, en plein lœss. Par malheur pour cette campagne, les crues du fleuve Jaune et celles du Pien, l'un des émissaires de droite du fleuve, la menacent toujours, elles l'endommagent souvent, et l'on a vu bien des fois les murailles de Kaïfoung battues par une mer débordée, en dérision des travaux de consolidation des digues où s'emploient constamment des milliers d'ouvriers. En 1541,1a ville fut même détruite presque en entier par ses propres défenseurs : ayant abattu les levées pour noyer une armée de rebelles, ils ne surent pas détourner le courant de leurs remparts et périrent presque tous, tandis que la plupart des assiégeants eurent le temps de s'enfuir.
Kaïfoung fou fut pendant 250 ans de notre Moyen âge la capitale de l'Empire, sous le nom de Toungking ou « Résidence orientale ». Elle ne conserve aucun monument de sa grandeur passée : ce n'est plus qu'une ville de commerce, comparable à un champ de foire permanent. Presque tous les Juifs qui s'y trouvent, formant l'unique communauté Israélite de la Chine, exercent, comme leurs frères de l'Occident, les métiers d'orfèvres, de brocanteurs, de manieurs d'or et d'argent. Le bourg de Tchuchen chen, à quelques kilomètres de Kaïfoung, est l'un des principaux marchés de la Chine : on le classait jadis parmi les quatre grands lieux d'échange de l'Empire. A Liouyouen kao, port fluvial de Kaïfoung, le Hoang ho n'a guère qu'un mètre de profondeur, avec largeur de 600 mètres.
A quelque 200 kilomètres vers l'ouest, en remontant la vallée dans la direction du Chensi, Honan fou, qui porte ainsi le même nom que la province, occupe, comme Singan fou, l'une des parties de la Chine où s'éleva jadis une capitale du Royaume Central; c'est près de là, sur la rivière Ho, qu'était Loyang, résidence impériale, au in'^ et au vu" siècle de l'ère vulgaire, sous les dynasties desWeï et des Tang; les légendes y placent aussi la résidence du mythique Fo hi.
Honan fou est bâtie près de la rive septentrionale du Lo ho, qui coule parallèlement au fleuve Jaune; une rangée de collines d'une hauteur moyenne de 150 mètres sépare les deux vallées. La position centrale de Honan en a fait pour les Chinois un « ombilic du monde ». Peu de cités sont plus favorisées comme points de convergence pour des routes de chars; au chemin qui remonte la vallée du Hoang ho viennent se rattacher en cet endroit d'autres voies carrossables se dirigeant
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au nord-est vers Tientsin, au sud-est vers le Hoaï ho et le Yangtze inférieur, au sud, vers la vallée du Han, par le col de Nantcheou.
Lorsque des chemins de fer traverseront la Chine, Honan ne peut guère manquer de devenir le principal entrepôt de marchandises du Royaume Central à destination de l'Occident. Elle ne tardera guère, d'ailleurs, à être reliée à Kaïfoung par une voie ferrée qui croisera celle de Peking à Canton à une soixantaine de kilomètres à l'ouest de Kaïfoung, au sud du pont par lequel cette grande « ligne du Midi » franchira le Hoang ho.
Elle ne montre aux visiteurs aucun édifice tant soit peu remarquable, mais les collines des environs portent des temples qui sont parmi les plus anciens de la Chine et les plus curieux par leurs objets d'art.
Au sud et au sud-est de cette antique métropole, le Soung chan, dernière avancée du Kouenlun vers le levant, au-dessus de la plaine du lœss et des alluvions, élève son granit à près de 2 4o0 mètres. C'est une autre Outaï chan, une montagne sacrée des bouddhistes, qui viennent en foule s'y prosterner dans des temples et des chapelles dont plusieurs ont été creusés dans la masse du roc vif.
Au nord du Iloang ho, la ville de Hoaïking fou, située dans un immense jardin qu'arrosent de clairs ruisseaux descendus du Taïchang chan, est aussi une cité de grand trafic. Mais elle est dépassée en importance commerciale par un bourg voisin, situé à 18 kilomètres au nord-est, Tchingoua tchen : celui-ci sert d'entrepôt à des mines de charbon très activement exploitées dans les collines situées à l'ouest; il expédie aussi des objets en fer et en acier fabriqués à Hoaïking, et c'est ici que la pharmacopée chinoise se procure le tihouang {rehmania glulinosa), une des racines qu'elle apprécie le plus.
La roule de Tchingoua tchen à Tientsin traverse la grande ville de Weïhoui fou (Weïkui, Weïkiun) et va rejoindre la tète de la navigation sur le Weï ho à Tankoou tchen, port de rivière, où l'on échange des objets du Chansi contre des objets du Petchili, et principal intermédiaire entre Tientsin et les cam pagnes riveraines du fleuve Jaune.
A l'ouest du Weï ho, sur un petit alïluent, la cité de Tchangte fou se distingue avantageusement de toutes ses voisines par le bon entretien de ses rues, de ses temples, par le goût de ses habitants, la prospérité de son industrie. « Les routes des environs, dit Oxenham, sont aussi bien entretenues que les meilleures chaussées de l'Angleterre. »
Les villes commerçantes sont aussi très nombreuses au
La Chine.