CHAPITRE CINQUIÈME
VILLES ET LIEUX REMARQUABLES
I. DANS LE SETCHOUEN. Il II. TCHINGTOU. Il III. TCHOUNG TCHENG. Il IV. DANS LE KOEÏTCHEOU. Il V. DANS LE HOUPÉ. il VI. HANKOOU. Il VII. DANS LE HOUNAN : SIANGT'AN. Il VIII. DANS LE KIANGSI. Il IX. DANS LE NGANHOEÏ. Il X. DANS LE KIANGSOU : NANKING. M XI. CHANGHAÏ ET SOU- TCHEOU. Il XII. DANS LE TCHEKIANG : HANGTCHEOU.
DEPUIS que les insurrections et les guerres ont dévasté le bassin du Yangtze kiang, le DANS nombre des grandes villes a diminué et la popu- LE lation de la plupart d'entre elles a beaucoup
SETCHOUEN décru ; cependant il en est plusieurs qui doivent être rangées parmi les premières cités du monde. Ces vastes agglomérations ne peuvent naturellement se trouver que dans les régions fertiles et commerçantes du bassin, en aval du haut fleuve.
Le Setchouen ou les « Quatre Rivières », les «t Quatre Vallées » est en beaucoup de choses la première des dix-huit provinces de la Chine : en tout cas la plus grande, la plus habitée, la plus riche en moyenne, et c'est un dicton connu de tout l'Empire qu' « on n'a jamais vu d'hommes mal habillés dans le Setchouen ».
Dans tout esprit chinois, le seul nom de Setchouen éveille aussitôt l'idée d'abondance et d'opulence.
Province frontière, il s'appuie, à l'ouest et au nord-ouest, au Tibet dont il a distrait à son profit 160 000 kilomètres carrés environ. Comme autres limites, il confine : au nord, au Kansou et au Chensi; à l'est, au Houpé et au Hounan; au sud, au
Koeïtcheou et au Yunnan; et au sud-ouest, à ce même Yunnan.
Entre ces bornes son aire est supposée atteindre 566 000 kilomètres carrés, soit 30 000 de plus que la France, ou presque l'étendue de cinq de nos départements moyens.
Combien d'hommes en cet espace?
Le recensement de 1842 s'étant totalisé par un peu plus de 22 millions d'habitants, celui de 1882 arriva au nombre surprenant de près de 68 millions, celui de 1885 atteignit 71 millions, chiffre vraiment excessif pour un pays sans aucun doute admirablement favorisé de la nature, mais sur la moitié seulement de son étendue, en son orient, dans son « bassin Rouge », tandis que son occident se relève en colossales montagnes peu habitables, très peu habitées.
En en distrayant les anciens districts tibétains, où ne vivent guère que 500 000 personnes, le Setchouen aurait donc entretenu en 1885 près de 180 individus par kilomètre carré.
Mais il convient d'éliminer, de ces 40 millions d'hectares, 12 à 15 millions comme hérissés de monts, de rochers, terres hautes et froides à peu près incapables de culture et, de fait, quasi vides d'habitants.
Si donc en retranchant douze millions d'âmes au Setchouen on arrive à 253 ou 254 personnes par 100 hectares; et si l'on en extrait quinze, réduisant ainsi la surface vraiment utile à 250 000 kilomètres carrés, on obtient 284 habitants au kilomètre carré; et cela dans un pays sans grandes industries, alors que la Belgique très industrielle se contente de 228. Le dénombrement de 1885 fût-il dix fois plus officiel encore, il y a donc lieu de le considérer comme ayant dépassé en quelque chose la vérité stricte.
C'est ce qu'ont fait les meilleurs connaisseurs du Setchouen, spécialement les membres de la Mission Lyonnaise, qui n'accordent à la province que 42 500 000 âmes, « soit une densité de 75 habitants au kilomètre carré pour la province entière, et de 175 par 100 hectares pour les 25 millions d'hectares du territoire agricole ».
Dans aucune des dix-huit provinces la propagande catholique n'a fait autant de prosélytes; le Setchouen, divisé en trois vicariats apostoUques, lesquels renferment ensemble environ 200 chrétientés, compte au delà de 100 000 catholiques. A la différence de la plupiart des autres communautés « romaines » de la Chine, ce troupeau ne comprend pas seulement des nouveaux convertis; même la plupart des chrétiens des Quatre Rivières sont fils, petits-fils ou arrière-petits-fils de « baptisés ».
Batang, la ville principale de la région du Setchouen < 328 )
TRoisiicME Villes et Lieux remarqiiahles.
connue d'ordinaire sous le nom de Tibet oriental, n'est actuellement qu'une faible bourgade. Complètement renversée en 1871 par des tremblements de terre qui se succédèrent pendant plusieurs semaines, Batang se compose de quelques centaines de maisons neuves, bâties dans une plaine fertile qu'arrose un afïluent oriental du Kincha kiang et oîi jaillissent des sources thermales abondantes ; près de la moitié de sa population consiste en lamas vivant dans un couvent somptueux à toiture dorée, sur laquelle perchent des milliers de chapons sacrés apportés par les fidèles. La ville du « Relais », car tel serait le sens du mot Batang, d'après Desgodins, n'a d'importance que comme lieu d'étape sur la grande route de la Chine centi'ale à Lassa; les Tibétains, qui dépendent de magistrats de leur nation, mais que surveille une garnison chinoise, y vendent aux négociants venus de l'est du musc, du borax, des pelleteries, de la poudre d'or, en échange de thé en briques et d'objets manufacturés; des tribus complètement indépendantes, connues sous le nom de Zendi, parcourent les montagnes des environs; ils se rattachent aux Lolo.
Litang (10 000 hab.), autre lieu de marché sur la route du Tibet à Tchingtou fou, est une des villes les plus misérables du monde : située dans une dépression des hauts plateaux, dans le bassin du Kitchou, qui descend au sud vers le Kincha kiang, elle se trouve presque à la limite supérieure de la végétation, à 4 088 mètres d'altitude : on ne voit pas un arbre, pas de céréales, à peine quelques choux rabougris et des navets dans ce triste pays, berceau de la monarchie tibétaine; et pourtant 3 500 lamas y vivent dans un riche couvent au toit revêtu de feuilles d'or; plus 2 500 autres de ces prêtres dans de moindres moutiers des environs. Ces prêtres de Bouddha, des coupeurs de route, du bétail, des chevaux, de l'or, ce sont les caractéristiques du haut et dur pays de Litang.
A 2 500 mètres environ Tatsienlou (Tatsienlu), est le Tatchindo, Dartchedo, Tarzedo des Tibétains; elle a de 30 000 à 40 000 habitants, parmi lesquels moins de Chinois ou de Tibétains que de métis des deux races, et l'on y compte des milliers de lamas pour lesquels de misérables orpailleurs lavent les sables aurifères des torrents. Parmi les femmes la majorité est aux Tibétaines, la plupart servantes vouées aux métiers pénibles, « solides gaillardes », qui sont plus grandes et plus vigoureuses que les Chinoises et gardent leurs pieds au naturel. D'ailleurs Tatsienlou est, en beaucoup de choses, une ville d'aspect tibétain : partout llottent au-dessus des maisons des
La Chine. livre
étendards où sont écrites des prières bouddhistes en langue du Tibet; des cordes tendues sur les cours des habitations, sur les rues, et de colline à colline, soutiennent des étoffes, lambeaux ou banderoles également « inscrites » de prières : « chaque fois que le vent agite ces inscriptions on peut considérer les prières comme dites, et l'effet bienfaisant s'en répand sur toute la contrée ». (iracieusement située dans le val d'un affluent du Min, elle possède la douane chino-tibétaine de cette région du Setchouen occidental ; une garnison chinoise occupe des casernes, et de nombreux marchands du Chansi, bouddhistes ou mahométans, habitent le beau quartier de la ville et y trafiquent sur la laine, la rhubarbe, le thé, principalement le musc. Divers métaux abondent dans le pays et « il y a tant d'or aux environs, dit Bonvalot, que la contrée de Tatsienlou pourrait devenir une Californie ».
Le souverain nominal du pays est un roi Mantze dont le domaine s'étend au sud jusqu'au pays des Lolo. Les femmes chinoises ne peuvent dépasser le territoire de ce roi pour entrer dans le Tibet oriental ; mais elles sont nombreuses à Tatsienlou, et la population tibétaine n'est guère représentée que par des métis, d'ailleurs plus beaux de traits, au goût des Européens, que les « Enfants du royaume Central ». Il n'est pas de pays dans l'Empire chinois où les femmes aient à un pareil degré la passion des bijoux; elles se couvrent de plaques d'argent ciselées qui s'entremêlent à leurs colliers de pierres fines et de verroteries; le haut de la chevelure est caché par deux grands disques d'argent, et les nattes qui s'échappent du diadème sont soutenues par une étoffe revêtue de plaques du même métal. Tatsienlou est le siège des missions catholiques dites du Tibet.
La rivière de Tatou ho passe en aval de Tatsienlou dans une gorge formidable, entre des parois abruptes hautes de 200 mètres, les montagnes encaissantes en ayant 3 000, et avec quelque recul 4 000 ou 5 000 et au delà. Elle passe sous le pont suspendu de Loutingtchao, soutenu par treize grosses chaînes et si branlant que le passager ne sait comment s'assurer sur ses jambes. Loutingtchao est la première ville du Setchouen (en venant de l'ouest) située complètement en dehors du pays des Tibétains et des Mantze. Puis la rivière s'unit à d'autres cours d'eau et forme le Toung ho, principal affluent du Min kiang et même son supérieur en masse liquide. En toute saison, les bateaux peuvent remonter le Min jusqu'au rapide périlleux de Kiating fou, la cité qui domine la jonction des deux fleuves et d'un autre cours d'eau.
TROISIÈME Villes et Lieux remarquables.
Kiating, à laquelle on attribue généralement 25 000 âmes, montre la sculpture la plus gigantesque de l'univers terrestre, un bouddha taillé dans le porphyre rouge, au bord de la rivière encanonnée dont il a pour mission de protéger les bateaux et les bateliers. Bien que ne se tenant pas debout, mais assis, et les mains posées sur les genoux, le Dieu, dont le Min lave les pieds, touche de la tête le sommet de la paroi de roche, à 120 mètres au-dessus de la rivière; assis au bord de notre Truyère, il toucherait presque au tablier du pont du Garabit. Ce géant du monde oriental n'a donc pas de rival chez les fiers Aryas, puisque le sculpteur grec n'a pu dessiner dans le mont Athos la statue d'Alexandre. Cette statue date d'environ douze cents ans.
Comme témoignage du doute qui plane sur la population des villes chinoises on peut citer Kiating, puisque l'estimation de son peuple varie du simple au sextuple : 25 000 d'après l'évaluateur chiche, et 150 000 d'après le généreux.
C'est l'un des grands entrepôts du Setchouen en même temps qu'un centre d'exploitation du sol et le lieu d'expédition, pour la Chine tout entière, de cette précieuse cire blanche ou ipeï la que produisent les coccus apportés des campagnes de Xingyuen, à 300 kilomètres au sud-ouest. Entourée de fontaines salines, elle reçoit aussi par eau les soies grèges de Yatcheou fou, située au nord-ouest, sur la route du Tibet à Tchingtou fou. En iSGO, toutes les villes de la contrée se fortitifièrent pour résister aux attaques des Taïping, mais les insurgés ne dépassèrent pas Kiating fou dont les habitants se défendirent sans le secours des troupes chinoises.
C'est à une petite journée de marche à l'ouest que les pèlerins bouddhistes vont faire leurs dévotions dans les temples de la célèbre montagne d'Omi ou Omei; et ils y vont en foules presque « innombrables » , à travers des blés , des pavots, des champs de canne à sucre, le long du Toung ho, puis en remontant le « ho » qui tire son nom d'Omi, dans un val où s'alignent les mûriers, où les bambous s'inclinent au vent, où l'on soigne le précieux arbre à cire.
Passé le bourg d'Omi, l'on gravit le mont homonyme par un routin de pente très dure et des dalles en escalier, à travers un de ces merveilleux parcs naturels où les Chinois laissent à elle-même la nature, arbres, odeurs, sources vives, torrents et cascades, pour la joie des yeux, l'enthousiasme des sens, le réconfort des pèlerins. Toutes les dix minutes, plus ou moins, on passe devant un moutier, un temple élégant, varié, bizarre, avec son « peuple de bonzes en toge couleur de cendre, le chef
La Chine. livre
rasé », desquels temples et couvents le plus vaste et le plus célèbre est celui des Dix mille années, le Chônouannien se, à 1 300 mètres au-dessus des mers, la cime de l'Omi s'élevant à 3 250.
De ce monastère au sommet, il y a 17 à 18 kilomètres par un sentier presque tout en escalier, mais souvent les degrés de pierre se sont écroulés, usés; l'ascension fatigue au suprême degré; en route, encore et toujours des pagodes; à la cime également, d'oîi le panorama des montagnes, jusqu'aux sierras du Tibet, est immense, « grisâtre », souvent brumeux, toujours mélancolique.
Yatcheou peut avoir 50 000 habitants sur un alîluent droit du Min; c'est la principale place forte et le grand dépôt militaire de ce côté de la Chine; c'est la ville où se prépare presque tout le thé en briques employé dans le Tibet : dans les campagnes environnantes se cultive l'arbuste à thé, dont la feuille, iDcaucoup plus grossière que celle des arbrisseaux de l'est, est employée à cette préparation. Ainsi que s'exprime à peu près Kreitner, d'énormes paquets de ce thé et de non moins gros paquets de tabac sont transportés à dos d'hommes de Yatcheou à Tatsienlou, et la route de montagne que suivent ces porteurs est criblée de trous faits à la longue par les pointes des « bâtons de soulagement » sur lesquels ils appuient leur fardeau pendant les courtes haltes quand, épuisés de fatigue, ils s'arrêtent pour reprendre haleine et pour essuyer leur front ruisselant de sueur.
Tchingtou fou est la métropole du Setchouen, de la « maîtresse province », l'unique avec le // Petchili qui ait un vice-roi pour elle seule. Hors
TCHINGTOU ces dcux cas un vice-roi gouverne deux provinces : par exemple, les deux Kouang; Kouang toung et Kouangsi.
Cette « parfaite capitale », à ce que signifie son nom, est toujours, comme au temps de Marco Polo, une « riche et noble cité », bien que depuis cette époque elle ait été plusieurs fois dévastée et même détruite; Koublaïkhan en extermina presque toute la population, plus d'un million d'hommes, disent les annales.
La ville actuelle est d'origine moderne : le palais impérial, qui est peut-être l'édifice le plus ancien, date seulement de la fin du xiv° siècle. Les murailles et presque toutes les maisons ont été bâties vers la fin du siècle dernier, après
TROISIÈME Villes et Lieux remarquables.
un grand incendie qui ravagea Tchingtou : l'enceinte actuelle, assez irrégulière, mais solide et bien entretenue, a 20 kilomètres de développement, avec des murs de 12 mètres de large, et 15 mètres de haut. De vastes faubourgs se prolongent le long des routes.
Bien peu de villes couvrent une surface plus considérable, mais il s'en faut qu'elle ait un nombre d'hommes en rapport avec son aire, comme un Paris, un Berlin, un Londres : elle comprend tant d'espaces vagues, de lacunes autour de ses pagodes, de ses yamens ou palais, tant de jardins maraîchers, qu'on ne peut guère lui donner que 500 000 habitants tous faubourgs compris, comme Marcel Monnier, ou 600 000 à 700000 habitants comme la Mission lyonnaise, ou 800 000 au plus comme Richthofen.
Elle s'est bâtie à un peu plus de 1 500 kilomètres à vol d'oiseau au sud-ouest de Peking, à 500 mètres au-dessus des mers (458 d'après les uns, 550 d'après les autres), dans une plaine d'extraordinaire fertilité parcourue de canaux d'arrosage dérivés du Min, en vue de hautes montagnes. Cette situation « rappelle assez exactement celle de Milan par rapport aux Alpes ».
Comme toutes les autres capitales de province, Tchingtou est formée de deux villes, le quartier tartare et le quartier chinois, celui-ci de beaucoup le plus riche, et incomparablement le plus populeux : il n'y a guère que 15 000 habitants dans la ville tartare, située à l'ouest du Tchingtou chinois, c'est-à-dire du Tchingtou réel.
La capitale du Setchouen est le « Paris de la Chine '),la cité la plus élégante et la plus belle de tout l'Empire. Les rues sont larges, droites, régulières, bien pavées ou dallées et pourvues de rigoles. « Larges », ce mot ne doit pas évoquer ici des ampleurs européennes ou américaines; on entend par là que, contrairement à l'usage chinois, qui appelle rues, de simples ruelles, Tchingtou possède quelques voies de 10, 12 et 15 mètres de bord à bord, à côté d'autres qui n'en ont que 8, 5, ou 3. Des façades en bois agréablement sculptées ornent les maisons, et de la porte on voit la perspective des cours, avec leurs tentures multicolores et les jardins fleuris qui les terminent. Les arcs en grès rouge qui s'élèvent dans la ville et dans les faubourgs sont couverts de gracieuses sculptures en relief représentant des animaux fantastiques ou des scènes de la vie locale. Proprement et même richement vêtus pour la plupart, les habitants de Tchingtou fou ont en outre la réputation d'être les plus aimables, les plus polis de
La Chine. livre
l'Empire et ceux qui s'intéressent le plus aux choses de l'art et de la science : de précieux objets emplissent les magasins des rues élégantes, et les acheteurs se pressent dans les boutiques des libraires.
D'après Monnier, cette physionomie gaie, propre, avantageuse, s'applique seulement à une très menue portion de la ville, à un quartier qu'il trouve fort supérieur à ce que la Chine lui a montré de plus avenant dans ses autres cités de premier ordre.
« Les approches de Tchingfou, nous dit-il, sont affreuses. Dans l'interminable faubourg, et même une fois la porte franchie, tout n'est qu'ordure, délabrement, guenille. Tandis que ma chaise faisait cahin-caha sa trouée à travers la foule compacte, découpait dans cette pâte humaine un profond sillon, aussitôt refermé, se traînait péniblement de ruelle en ruelle, éraflant au passage un pan de mur, une façade branlante, butant ici contre une enseigne, plus loin contre un amas de décombres, j'avais peine à me persuader que c'était là l'opulente cité, autrefois capitale d'empire, dont la magnificence émerveilla les premiers explorateurs. Où donc sont les rues spacieuses, les maisons peintes et dorées, les magasins bondés d'étoffes de prix, les chaises à porteurs tendues de soie et de brocart, le brillant décor entrevu par Marco Polo? Il existe encore, cependant, tel ou peu s'en faut que l'a décrit le voyageur vénitien. Seulement, ce que celui-ci oublie de nous dire, dans sa relation peut-être légèrement flattée, c'est que ces jolies choses ne forment qu'une partie, une très petite partie de la ville. Il faut, pour les découvrir, faire preuve de patience, se résigner à de longs circuits dans un labyrinthe de couloirs bordés de maisons lépreuses, se heurter à des impasses, enjamber des monceaux de détritus de toute nature, des flaques, tituber sur des dalles disjointes et glissantes, recevoir en plein visage l'haleine empestée des bouges. Ad augusta per augusta. Le promeneur, il est vrai, sera récompensé de ses peines; sa surprise est grande lorsqu'il débouche inopinément dans une large rue tirée au cordeau, munie de trottoirs, égayée par les ors et les laques des boutiques où trônent les marchands de soieries, les bijoutiers, les changeurs, par les étalages où chatoient les porcelaines polychromes, les bronzes, les cuivres. C'est un spectacle inattendu, unique peut-être dans les dix-huit provinces, une Chine remise à neuf, pimpante, soudainement révélée au sortir d'un cloaque : fleur épanouie sur un fumier, miniature agréable dans un cadre vermoulu. » — Il valait la peine de citer en entier cette descrip-
TROISIÈME Villes et Lieux remarquables .
tion, dont la première moitié, mutatis mutandis, s'applique à toutes les grandes villes de Chine, précédées de faubourgs sales et malodorants.
Fig. 9. — TCHINGTOU ET LE BaSSIN DU MiN.
E. de Greenwich.
D'après FrufiLegnon ci cuttres.
Hauteurs en mètres