‹ L'empire du milieuChapitre 47 sur 157 · E!E] EZE3 E · texte numérisé non relu

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200 Kil.

« C'est le mélange de vie commerciale, industrielle, administrative, qui donne tant d'animation à Tchingtou et fait en même temps sa richesse. » Cette capitale est un grand centre de gouvernement, puisqu'elle commande à la province la plus peuplée et. à beaucoup de points de vue, la plus riche de l'Empire.

La Chine. livre

Tous les trois ans, 18 000 à 20 000 candidats y arrivent, le pinceau à la main, aux grandes épreuves de concours, et ils sont reçus dans le « palais des examens littéraires », gigantesque ensemble de bâtiments, d'ailleurs sans aucune grandeur ou beauté, contenant ensemble 13 799 cellules, d'après le compte officiel; mais en réalité il y en a plus : il faut dire qu'elles méritent plutôt le nom de niches avec leur largeur d'à peine un mètre, leur profondeur d'un peu plus d'un mètre, leur hauteur de deux.

Si c'est une ville d'examens, c'est également une ville de solliciteurs qui viennent « s'asseoir sur le banc froid », suivant l'admirable expression chinoise, et implorer une fonction, un avancement, un passe-droit, un service quelconque, et, s'il se peut, la main à la poche. Et c"est aussi une ville de mandarins retraités.

Ville d'industrie, Tchingtou ne donne plus de bronzes merveilleux comme antan, mais elle fabrique en grand des couteaux d'un bon marché fabuleux, très appréciés en Chine, et des chapeaux de paille dont la modicité de prix n'est pas moins extraordinaire : à peu près dix fois moins qu'en Europe à valeur intrinsèque égale.

Comme ville de commerce, elle trafique de plantes pharmaceutiques dont les Chinois font une consommation qu'on peut dire extravagante, d'opium, de laines et de peaux venues du Tibet ; et quand les eaux sont hautes, c'est-à-dire durant six mois sur douze, de mai en novembre, il lui arrive, à huit cents lieues de l'Océan, mais non sans peine, des jonques de plus de cent tonnes.

La plaine dont Tchingtou fou occupe le centre, et qui fait de cette capitale une des cités nécessaires de la Chine, est un immense jardin, l'un des mieux cultivés du monde, où l'eau des « Quatre Fleuves », le Min et ses tributaires, se divise en canaux d'eau pure, ramifiés en d'innombrables filets entre les vergers, les rizières, les plates-bandes de légumes. Outre la capitale, cette plaine est parsemée de dix-huit chefs-lieux ayant le rang de tcheou ou de hien, de plusieurs autres villes non murées et de villages ayant plus d'habitants que n'en ont maintes cités commerçantes : il est probable, croit-on, qu'une population de 4 millions d'habitants est groupée dans ce bassin dont la superficie ne dépasse pas 6 000 kilomètres carrés : soit donc l'extraordinaire densité de six ou sept personnes à l'hectare.

L'énorme production agricole de cette plaine a fait, il va sans dire, de Tchingtou un grand dépôt de denrées, mais la ville est aussi fort industrieuse, et c'est par milliers qu'on

TROISIÈME Villes et Lieux remarquables .

y compte les tisseurs d'étoffes, les teinturiers et les brodeurs.

Enfin, commercialement parlant, c'est l'entrepôt du transit de la vallée du Yangtze kiang avec le Tibet d'une part, et de l'autre avec le Setchouen septentrional et le Kansou, par Kouan bien ou la « Ville de la Porte », située au nord-est, à l'entrée des gorges du haut Kialing, la principale rivière du Setchouen oriental.

La fraîcheur, la richesse, la fécondité de la Grande Plaine oîi murmurent les rigoles remplies des eaux du Min, et la haute draperie des monts blancs de neige en la saison — ainsi les Alpes au-dessus du Piémont et de la Lombardie, les Pyrénées au-dessus de la Bigorre, — font des campagnes de Tchingtou l'un des paradis de la Chine. « C'est un enchantement que cette nature, qui a l'air japonaise, un peu artificielle, ces paysages arrangés où semble s'être complu le caprice dun maître décorateur, avec des lignes moins heurtées qu'au Japon, je ne sais quoi de plus harmonieux et de plus ample, une végétation plus vigoureuse et plus drue : mais aussi comme au Nippon il y a de la gaîté dans l'air. » (Monnier.)

On y visite, dans les environs immédiats de la grand'ville, le couvent de Tsaotang, les pagodes de Woukeoutze et de Tsinyangkong Ce couvent abrite la sépulture de Toufou, l'un des poètes populaire du « Milieu », contemporain de Charles le Simple et, puisque nous sommes en Chine, « autant dire d'hier ». Cette pagode est le dernier séjour d'un empereur du temps de Septime Sévère et de Caracalla, donc d' « avant-hier ». La pagode de Tsinyangkong est tellement originale et belle que l'auteur du Tour de VAsie n'hésite pas à y voir un des plus magnifiques spécimens de l'architecture religieuse en Chine, parfaitement digne des conceptions des grands artistes japonais auxquels on doit les merveilles de Nikko et de Nara. D'après la tradition du Setchouen, elle occuperait le lieu de naissance de Laotze, le philosophe qui prêcha le taoïsme : mais d'autres légendes donnent à celui-ci pour patrie soit le Houpé, soit le Hounan.

A une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Tchingtou, Kioungtcheou, sur la route de Yatcheou, au pied oriental des monts qui limitent la plaine, aurait plus de 50 000 résidants, population faite en partie d'immigrants du Fo'kien, province littorale, et fort redoutée dans le pays pour son esprit de violence. Ville de papeteries, elle produit le meilleur papier de la Chine : ce n'est pas peu dire.

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A la même distance à l'ouest-nord-ouest, Kouantchien surveille l'entrée de la montagne, là où le Min, pénétrant dans le bassin où il s'amortissait jadis en lac, se divise en une dizaine de canaux pour l'irrigation de la plaine de Tchingtou. On y admire un pont suspendu de 480 mètres de long porté par des câbles en fibres de bambou.

Tout à fait dans le haut du bassin du Min, non loin de la frontière du Kansou, Soungp'antingse blottit dans une étroite vallée, entre des monts de peu dinclinaison que gravissent des champs de blé; mais les vergers manquent, la ville ayant son site à 2 986 mètres : ce qui ne l'empêche pas d'être un marché fort animé, en même temps qu'un lieu de repos pour les nombreux pèlerins qui, de la Mongolie orientale et de la Chine, s'en vont dévotieusement à Lassa, la ville sainte du bouddhisme. Au nord, à quelques lieues de distance, on admire dans les monts Soueï chan les charmantes vasques et les cascades du Lac doré.

Au nord-est de la capitale, une route mène à la haute vallée du Han kiang, dans le Chensi, en traversant successivement plusieurs rangées de collines et de montagnes.

Cette route, que les annales disent avoir été tracée il y a vingt-trois siècles, pour unir les deux royaumes de Tsin et de Chou, c'est-à-dire la Chine du nord et le Setchouen, qui n'étaient pas encore groupés en un même Empire, est connue sous le nom de (Kinniu tao) ou « route du Bœuf d'Or ». D'après la légende, c'est pour aller chercher sur la montagne des bœufs prodiges dont la nourriture se changeait en or, que le roi de Chou, sur les conseils de l'autre souverain, fit ouvrir cette route, qui devait avoir pour conséquence la perte de son royaume. Le chemin de Tchingtou fou au bassin du tleuve Jaune ne fut complété que six siècles plus tard, par une route de Hantchoung fou à Singan. qu'ouvrit à travers le Tsing ling un empereur du Setchouen, du nom de Liupi, dont la légende a fait une sorte d'Hercule chinois.

La région chinoise du haut fleuve Bleu ne peut se comparer pour l'importance des villes avec le bassin plantureux du Min kiang; toutefois il existe en ce sud-ouest du Setchouen, à 1 360 mètres d'altitude, à l'occident de monts de 4 000 mètres, près d'un lac de 13 kilomètres sur 4, une cité considérable visitée après Marco Polo, par Baker, Hosie, Bonvalot, Madrolle : c'est Ning yuen, chef-lieu de la belle vallée de Kientchang, dont la rivière, coulant au sud, va s'unir au Yaloung à une faible distance du confluent de ce lleuve avec le Kincha kiang. D'après Bichthofen, Ningyuen serait le Caindu du voyageur vénitien. Les Chinois parlent de cette ville et des campagnes

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qui l'entourent comme d'un paradis : le contraste merveilleux de cette riche plaine avec les âpres montagnes qui l'environnent est un de ceux que l'on n'oublie jamais. Le tremblement de terre de 1850 mit à maie mort plus de quinze mille de ses habitants.

A quelques lieues en amont de l'embouchure du Min, Pingchan est la ville riveraine du grand fleuve Yangtze, où s'arrêtent, venant d'aval, les jonques de navigation : le Bleu est impraticable en amont, immense, orageux torrent plutôt que rivière : la cascade de Man-i-ssé interrompt le cours du fleuve par un brusque dénivellement de 3 mètres. Là est la limite absolue de l'utilisation du Yangtze comme voie fluviale, à 2860 kilomètres de son embouchure.

Au confluent du Yangtze et du Min, Sutcheou, Souetcheou, Siutcheou, ou encore Suifou, passait pour avoir, d'après les missionnaires, quelque 300 000 habitants : moins dans son enceinte de 4 kilomètres que dans ses faubourgs. Mais on ne lui en accorde plus que 50 000 à 60 000 : ce n'est pas elle qui centralise, comme on croyait, les échanges entre le Setchouen et le Yunnan; c'est bien plutôt Tchoungtcheng. Aussi n'y a-t-il à Souetcheou, dit Marcel Monnier, « qu'une animation très relative, et rien de l'impétueuse poussée des foules, des corpsà-corps d'une multitude affairée ». En revanche, ses boutiques sont emplies d'objets rares; les sculpteurs, les graveurs de pierres fines sont nombreux parmi ses artisans, et l'on y tresse des nattes très flexibles d'une grande solidité. Les gisements riverains de houille, en amont et en aval, sont ceux qui fournissent le meilleur combustible de tout le bassin du Yangtze kiang. Sur les bords du fleuve on n'utilise le charbon japonais que jusqu'au port d'itchang. En amont de cette ville, chaque vallée profondément entaillée dans le plateau latéral a ses mines de charbon.

Plus bas, Loutcheou, située également sur la rive gauche du fleuve, au confluent d'une rivière, le Fousoung, exporte d'autres produits minéraux, les sels qui proviennent des sources fameuses de Tsouliou tcheng (Tselieou tsing ou « Puits de l'Eau Coulante »), à une centaine de kilomètres dans la direction du nord-ouest.

De loin, la « ville du Sel » s'annonce par de hauts échafaudages au bord de la rivière, sur les pentes, même au sommet des collines. C'est l'aspect qu'offrent en Europe les cheminées des cités manufacturières ; ou bien, suivant la comparaison d'un des membres de la Mission Lyonnaise, P. Duclos, on dirait d'un port encombré de mâts de vaisseaux, car au-dessus des

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milliers de puits se dressent fièrement dans les airs des chèvres dont beaucoup ont jusqu'à 45 mètres de hauteur.

Cette curieuse région nous fut d'abord connue par les récits des missionnaires; récemment des voyageurs européens, savants, industriels l'ont visitée. Elle comprend un espace d'environ 160 kilomètres carrés où le sol est criblé de trous forés à des centaines de mètres de profondeur, dans des couches de grès, d'argile, et tout au fond, presque toujours, à travers un banc de roche très dure : c'est vers 450-700 mètres que dort généralement l'eau salée. Le creusement des puits est une œuvre de très longue haleine : à 60 centimètres par jour, et avec fréquentes ruptures des forets, tel puits peut coûter dix, douze, quinze ans de travail avant qu'on arrive à la nappe salifère : parfois on ne l'atteint guère qu'à 860 ou même à 1 000 mètres sous terre.

C'est par de bien simples procédés que les ouvriers chinois arrivent à rivaliser avec les ingénieurs occidentaux : une barre de fer se terminant en pointe, une corde de bambou pour la soulever, un déclic pour la laisser retomber dans le trou, un léger mouvement de torsion imprimé à la corde quand elle remonte, et c'est tout. Les trous, d'une largeur de 6 à 12 centimètres, sont garnis de bambous, et c'est au moyen d'autres bambous percés d'une soupape, qu'on soulève l'eau saline pour la rejeter dans les bassins d'évaporation.

Quand on pousse le forage au-dessous de la couche salée, le tube s'emplit non d'eau saline, mais de pétrole. Des gaz inflammables s'en échappent avec violence : d'où le nom de « puits de feu » donné aux trous de sonde. Des tubes de bambou enduits d'argile sont adaptés à l'issue d'où s'échappent les gaz combustibles et se ramifient au-dessous des bassins d'eau saline, où on allume le gaz pour hâter la cristallisation. En 1862, lorsque le pays était parcouru par des rebelles, un des puits prit feu et flamba longtemps, illuminant toute la contrée comme un phare. Le plus souvent, c'est par 750- 850 mètres qu'on arrive aux gaz inflammables.

Le gouvernement, quia rangé sous ses lois, décrets et bons vouloirs l'exploitation du sel de Tsouliou tcheng, ignore le nombre des puits; il y en a certainement de trois à quatre mille, dont le rendement annuel est diversement estimé entre 300 000 et 600 000 tonnes.

La plupart des mines appartiennent à de riches corporations, mais la masse des habitants est d'une extrême pauvreté; peu de villes sont d'aspect plus misérable, plus navrant, que cette grande cité dont le travail enrichit les banquiers de Tchoung tcheng.

TROISIÈME Villes et Lieux remarquahles.

Il y a quelques années, des propriétaires de mines, associés à une compagnie de négociants européens, voulurent introduire des pompes anglaises pour faciliter le travail et diminuer le prix de la main-d'œuvre, mais une grève éclata aussitôt et les innovateurs furent chassés du pays.

La population de ce district, dont l'industrie unique, à part la culture du sol, est l'exploitation des sources de sel et de pétrole, s'élève à plusieurs centaines de milliers d'individus dont le travail contribue ainsi notablement au budget de la province; car, le gouvernement local prélève des droits « avantageux » sur cette denrée indispensable. Il y a donc aussi une « erabelle » en Chine.

Tchoung tcheng ou Tchoung king, le grand

marché du Setchouen oriental, occupe très pitto-

/// resquement, en amphithéâtre, le raide promon-

TCHOUNG toire qui se hausse au confluent du Yangtze kiang

TCHENG et d'un gros affluent de gauche, rivière navigable qui vient du Kansou, du versant méridional des Tsing ling. Si fort que soit ce cours d'eau, nommé le Kialing, on l'appelle ici le Siao ho ou « la Petite Rivière », par opposition au Ta Kiang ou « Grand Fleuve ».

Tchoung tcheng se présente très bien sur son cap d'entre deux rivières, quand on la contemple d'environ 300 mètres de haut, du point le plus élevé du Laotching, colline d'outrefleuve, dont pagodes et pagodons font l'assaut. Les voyageurs de la Mission Lyonnaise la comparent à Lyon, pour ses deux rivières, et plus encore pour son climat très humide, prodigue de brouillards, pour son ciel « continuellement gris », pour son séjour désagréable dont Tété verse jusqu'au-delà de 40° une chaleur insupportablement lourde. La différence entre les deux cités consiste en ce que Vlnter amnes de Lyon est une plaine alluviale, et que celui de Tchoung tcheng est une colline escarpée d'où descendent des escaliers de quatre à cinq cents marches.

La Mission Lyonnaise lui donne de 400 000 à 450 000 habitants, toutes annexes et faubourgs compris. Sans doute sa surface est immense, mais les espaces libres y sont nombreux, autour de la pagode de la Littérature et de beaucoup d'autres, ainsi que devant et derrière les yamen; il y a même, fait qui n'est pas rare en Chine, des champs cultivés dans l'intérieur de l'enceinte, qui a 7 kilomètres de tour.

A 1 335 kilomètres de Hankoou en remontant le Yangtze,

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à 2 12o de Changhaï, elle est devenue l'entrepôt de toutes les denrées du Sctchouen et le lieu de distribution des marchandises importées de l'est. Centre de commerce, principalement pour les soies, les tabacs, les huiles végétales, le riz, le sel, la houille, le musc, Tchoung tcheng est plus affairée que la capitale même du pays des « Quatre Fleuves » ; c'est le Changhaï de la Chine occidentale : comme les cités d'Europe, ce marché du Setchouen a une bourse où se discutent les cours des diverses denrées, comptoir bruyant qui a été ouvert au commerce universel en 1890.

Elle possède des établissements d'industrie, parmi lesquels des usines où s'affine l'argent et qui font passer chaque jour dans leurs creusets une centaine de mille francs en lingots. Mais elle est bien inférieure à Tchingtou fou pour la propreté des rues et la beauté des édifices. Ville de trafic, elle ne se distingue que par l'animation de ses rues, de ses ruelles, et par l'encombrement des jonques et des barques ancrées devant ses berges; ce sont des immigrés qui se sont emparés de son commerce, des négociants des provinces du Chafisi, du Chensi, du Kiangsi.

Sa grandeur est relativement récente : elle n'avait, dit-on, que 36 000 habitants au commencement du xvii*^ siècle.

Au nord-ouest de Tchoung tcheng, Hotcheou est fort commerçante, grâce à sa situation dans la riche plaine où s'unissent les trois courants qui constituent définitivement le Siao ho ou « Petite Rivière », autre nom de Kialing kiang. C'est le cours d'eau qui descend des monts Tsingling vers le Yangtze moyen et dont la vallée deviendra certainement la grande voie commerciale de Setchouen, vers le Kansou, la Mongolie et l'Europe. Les montagnes du voisinage renferment des gisements de terre grasse qui servent, dit-on, à l'alimentation en temps de disette (?) : on la pétrit en petits pains que l'on fait cuire sur des charbons et qui s'expédient sur tous les marchés environnants.

En dehors de son énorme extumescence ly tibétaine, le « Setchouen est une mer de collines;

DANS le Koeïtcheou une mer de montagnes s.

LE Koeïtcheou, ce nom veut dire : « Terre insu-

KOEiTciiEou laire distinguée > ou, en termes à peu près équivalents : « Bon pays entouré d'eau », ce qui n'est guère le cas qu'au nord, où il confine quelque peu au Yangtze,

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et au sud, où il a pour limite une des rivières qui forment le Si kiang; partout ailleurs il s'arrête à des monts, ou à des lignes imaginaires, mais pas à des eaux, tout au moins à de grandes eaux.

Certains disent que le nom de Koeïtcheou lui aurait été donné d'après une liane sauvage, peut-être celle qui donne la cannelle de Chine. Cela concorde peu avec la traduction cidessus : « Terre insulaire distinguée » ; la langue chinoise et son écriture idéographique prêtent à de nombreuses confusions ; c'est le royaume touffu des énigmes.

Il a pour bornes : au nord le Setchouen, à l'ouest le Yunnan, au sud le Kouangsi, à l'est le Hounan. On lui suppose 174 000 kilomètres carrés, moins que la moyenne des provinces du Grand et Pur Empire, qui revient à peu près à 220 000 kilomètres carrés. Des dix-huit circonscriptions de la Chine cinq seulement sont plus petites.

Là-dessus, près de huit millions d'habitants, d'après certaines estimations, moins de cinq d'après d'autres, soit de 28 à 46 personnes au kilomètre carré : densité de population fort au-dessous de la moyenne chinoise.

Pourtant le pays est naturellement riche, d'un sol calcaire généreux, sous un climat doux, quoique brusque, inégal, point salubre dans les bas-fonds. 11 possède une race de chevaux renommés qui ne s'épouvantent ni du sentier ni du précipice. Quant aux capacités minières, cuivre, or, argent, étain, plomb, mercure, houille, elles sont incalculables; on admet qu'avec son voisin le Yunnan le Koeïtcheou n'a peut-être pas de rivaux en Chine pour le nombre et pour la variété de ses gisements et gangues.

Mais les révoltes des indigènes, révoltes rarement apaisées, la guerre des Taïping, ont grandement nui au Koeïtcheou, qui est certainement beaucoup moins peuplé qu'il y a cinquante ans.

Pour résumer en quelques mots, le Koeïtcheou, dans son remous de montagnes, d'allures originales qu'on a surnommées du surnom banal de « Suisse chinoise », le Koeïtcheou est la province la moins peuplée de l'Empire, avec son voisin le Kouangsi ; c'est peut-être la plus pauvre pour l'instant, avec toutes possibilités d'un avenir d'opulence; c'est la moins chinoise, ou l'une des moins chinoises, à cause du grand nombre de tribus non encore assimilées, et aussi parce que ses Chinois sont, paraît-il, plus traversés d'éléments étrangers que n'importe quels autres « fils de Han ». — Soit Lolo, soit Miao, soit Ykia ou Tchongkia, tribus apparentées aux Siamois et Laotiens, on évalue ces hétérogènes à plus de la moitié des habi-

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tants du Koeïtcheou ; l'élément « national », fourni par les provinces voisines, surtout par le Setchouen, habite principalement le nord du territoire. Au total, c'est jusqu'à présent la plus arriérée des dix-huit provinces : elle ne suffit pas à ses dépenses et le gouvernement central la subventionne de 750 000 taëls ou 2 700 000 francs par an.

La capitale du Koeïtcheou, Koeïyang, se trouve à peu près au centre de la province, à 1 075 mètres d'altitude, au-dessus d'un affluent droit d'une rivière qui atteint le Yangtze à Foutcheou en Setchouen : rivière navigable à la chinoise, comme plusieurs de ses affluents, tout cela formant un réseau de communications précieux dans une contrée aussi dépourvue de bonnes routes, voire de bons routins, que l'est le pauvre Koeïtcheou.

La plupart des barques remontant ce cours d'eau central de la province, le Wou ou bien Ou (avec autres noms locaux), s'arrêtent à côté de la frontière du Setchouen et du Koeïtcheou, dans la ville de Koungt'an, mais les bateaux à fond plat poursuivent leur route jusqu'au bas de la capitale : celle-ci a l'avantage de communiquer par des seuils peu élevés, d'une part avec le bassin du Si kiang, de l'autre avec celui de la rivière Yuen, affluent du lac Toungting, ce qui aide aux relations de ce pays reculé.

On est par ici dans un fouillis de montagnes qui ne sont un peu connues (ou soupçonnées) que depuis le passage de la Mission Lyonnaise parmi des Miaotze dont un assez grand nombre ont été convertis au catholicisme par des missionnaires français. On se demande comment ces prédécesseurs des Chinois en Koeïtcheou ont pu se maintenir jusqu'à nos jours dans leurs « repaires », tant ils ont dû lutter longtemps et souvent contre les envahisseurs, tant ils ont été pourchassés depuis des siècles; et surtout malgré la dernière et plus que terrible répression, il y a une trentaine d'années, à la suite du soulèvement à peu près général de tous les Miao de la province.

Combien le Koeïtcheou a perdu de vies dans ces guerres « inexpiables » on en a mille exemples : il suffira de dire qu'à Tchenlin, ville au sud-ouest de Koeïyang, sur le faîte ou près du faîte entre Yangtze et Si kiang, il y avait trente mille habitants avant le soulèvement des Taïping, « compliqué de celui des races non chinoises, bien aises de prendre leur revanche d'une cruelle oppression » ; il n'y resta que six familles. Maintenant la population est remontée à dix mille âmes. En dépit de ces haines, égorgements, représailles, la miscégénation fait son œuvre, et le nombre des métis de Chinois et de Miao ne cesse d'augmenter dans le Koeïtcheou.

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