FRANCS
près de 78
près de 8
Commerce en 1899.
Angleterre ....
Hongkong
Singapour
Inde anglaise . . .
Amérique anglaise.
Europe occidentale.
Japon
États-Unis
Russie
Autres pays . . . .
près de 5
CINQUIÈME Commerce Chinois.
La comparaison des deux tableaux montre combien le Japon, les États-Unis, la Russie ont développé leurs transactions, et combien celles de l'Angleterre ont reculé.
Il est vrai que le second tableau ne comprend pas l'Australie, dont le commerce avec la Chine doit être mis au compte de l'Angleterre.
N'empêche que la valeur des échanges réelles entre l'empire Anglais et la Chine est fortement majoré par ces documents officiels.
Les statistiques anglaises n'aiment guère à montrer les faits sous leur véritable jour. Albion transporte beaucoup plus qu'elle ne produit, qu'elle ne vend et achète.
Pour combien la France, au vrai du vrai, participe-t-elle aux transactions de la Chine avec les deux mondes? Très peu, « si l'on se fie aux statistiques des douanes chinoises. Mais ces statistiques sont rédigées par des agents anglais. La Mission Lyonnaise les a analysées et elle a constaté que l'énorme supériorité attribuée à l'Angleterre repose en partie sur un simple jeu de chiffres.
« Ces statistiques comptent en effet au profit de la seule l'Angleterre tout le commerce qui se fait par Hongkong. Or, Hong-Kong est l'entrepôt naturel de l'Indo-Chine, de sorte que tout le trafic opéré par notre colonie est enlevé au total français pour figurer au total anglais. En conformant les chiffres à la réalité on voit que, pour 1897, année sur laquelle porte le travail de la Mission Lyonnaise, notre part exacte dans le commerce avec la Chine a été de 228 millions et demi, sur un total de 1 365 millions. Nous y occupons le second rang, assez loin, il est vrai, de l'Angeterre, mais immédiatement après elle. Commerce surtout de matière première : la Chine nous envoie de la soie et l'Indo-Chine lui envoie du riz. Mais commerce croissant rapidement : en 1893 nous n'avions en Chine que 33 maisons de commerce et 786 nationaux; en 1899 nous avions 76 maisons et 1 183 nationaux.
En résumé, la France compte pour un sixième dans le commerce extérieur de la Chine, pour près d'un tiers dans ses emprunts à l'étranger, pour plus d'un tiers dans son réseau de chemins de fer initial, pour une part prépondérante dans les concessions minières de trois à quatre de ses meilleures provinces métallifères : ainsi, dans le Yunnam, toutes les mines, de n'importe quelle nature de la moitié orientale de la province; dans le Kouangtoung, les mines de Kaotcheou, de Lientcheou, de Leïtcheou, soit argent, soit houille; dans le Koeïtcheou des mines de charbon de terre, de fer, de mercure; dans
La Chine. livre
le Sétchouen, les mines de cuivre, de plomb, d'argent, d'or de la région de Tienchan et de Maokong, et divers gisements de pétrole; dans le Houpe, les houilles d'Aïnantze et de Youan- Chan. — Il convient d'ailleurs de dire que dans plusieurs de ces projets ou de ces entreprises, le Français n'est pas seul, qu'il associe ses apports de capital à des apports anglais, chinois ou autres.
C'est beaucoup plus qu'on ne croirait, à juger des faits par le petit bout de la « lorgnette » anglaise.
En 1900, le commerce général de la Chine a été presque égal à celui des années précédentes, malgré la guerre : il s'est tout simplement déplacé et du nord reporté vers le sud. Les importations se sont élevées à 830 700 000 francs et les exportations à 678 000 000 francs. Total, 1461700 000 francs. Les recettes de la douane n'ont été que de 15 millions de francs inférieures à celles de l'année précédente.
Voici, en nombres ronds, la part des dix principaux ports à traité dans le commerce de la Chine avec l'étranger en 1899, importations et exportations réunies :
Changhai
Tientsin
Hafikoou ,
Canton
Nioutchouang
Swateou (Ghachantoou)
Tchefou
Tchoungtcheng . . . ,
Tchingkiang
Wouhou
La soie et le thé sont les deux seules den- V rées d'une importance capitale que la Chine
LA SOIE fournit aux nations de l'Occident et au Nouveau LE THÉ Monde.
L'OPIUM Tandis que les Chinois exportent de plus en
plus leurs soies brutes et leurs soiries, notamment en Fra nce, le thé contribue moins qu'antan à l'enrichissement du « Milieu » par les achats de l'étranger.
Ainsi en 1878, la Chine exporta 114 800000 kilogrammes de thé d'une valeur de 233 886 600 francs, et en 1899 elle n"en a expédié que pour 118 323 440 francs : guère plus de la moitié — la déca-
CINQUIÈME Commerce Chinois.
dence est grande. La seule Russie reste en ceci fidèle à la Chine : elle est sinon voisine — ce qu'elle sera dès livraison du Transsibérien — du moins accessible par terre, sur des routes de caravane,, et n'a point d'intérêt à demander son thé à l'Inde, à Ceylan, à l'Indo-Chine anglaise et autres pays, ce que font l'Angleterre et diverses nations qui y trouvent leur profit : d'autant que, paraît-il, le thé « extra-chinois », plus scientifiquement cultivé, plus savamment préparé, vaut mieux que le thé de Chine.
En 1876, l'Empire jaune exporta 5 621 000 kilogrammes de soies diverses et soieries; en 1899 il en a embarqué pour 307 917 680 francs, dont près de 269 millions pour les soies brutes, et près de 40 pour les soieries.
Parmi les denrées naturelles utiles que la Chine demande à ce qui n'est pas le « Milieu », le riz tient la première place, mais si l'on classe ensemble le nécessaire, le superflu, le pernicieux, il n'est plus qu'au second rang, une substance très funeste occupant le premier : l'opium.
Le riz, qu'amènent des vapeurs, et aussi des milliers de jonques, vient du Tonkin, de l'Annam, de la Cochinchine, du Siam; il en a été importé pour à peu près 67 millions de francs en 1899.
Pour l'opium le mouvement des échanges est à l'inverse de celui du thé, dont la Chine exporte de moins en moins, alors qu'elle importe de moins en moins l'opium.
En 1879 les Chinois reçurent de l'étranger, ce qui veut dire ici de l'Inde, pour 274 millions d'opium, contre un peu moins de 135 millions en 1899 : soit, par à peu près, la moitié des achats de vingt années auparavant. Le temps est donc passé où les Anglais, représentés surtout par des négociants juifs et parsis de Bombay, payaient avec la drogue malfaisante la plus grande partie des objets qu'ils se procuraient chez les gens du « Milieu »,
Le vice de l'opium est nouveau dans l'Empire, sauf chez les hommes du Setchouen. Ceux-ci fument en effet l'opium depuis des siècles; mais, vers 1750, la funeste substance était encore inconnue des Chinois du littoral.
Deux Anglais de l'Assam eurent la déplorable idée d'importer l'opium dans la « Fleur du Milieu » ; et l'opium devint un des revenus importants de la noble Compagnie britannique des Indes; et après que la Compagnie eut « passé la main » au gouvernement anglais de l'Hindoustan, celui-ci vingtupla
La Chine. livre
parmi les Chinois la vente de la drogue : 5 540 500 kilogrammes en 1879, contre 303 000 en 1792.
Au beau temps de ce commerce imposé par l'Angleterre, le gouvernement de l'Inde y puisait sans fatigue un excellent revenu par un procédé fort simple : avance de fonds aux fermiers s'adonnant à la culture du pavot dans le Bengale; achat de l'opium à prix fixe; vente aux enchères avec bénéfice moyen de 2 250 francs par caisse. Aujourd'hui la formule commercialefiscale est la même, avec moindre profit. L'opium « malwa », qui vient des plateaux de ce nom, dans les États médiatisés de l'Inde méridionale, est frappé, à la frontière, d'une taxe de 1 500 francs.
Ainsi l'opium qui s'exporte de l'Hindoustan en Chine est en entier vendu au nom du gouvernement de l'Inde anglaise et au profit de son trésor; 150 à 200 millions, suivant les années, entrent de ce chef dans le budget indien.
Ce n'est donc point sans de très bonnes raisons que l'on accuse la nation britannique de spéculer sur les vices des Chinois pour les avilir et les empoisonner; les patriotes du Royaume Central ne manquent pas de montrer ceux que l'abus de l'opium a réduits à l'état de squelettes ou dont il a fait des idiots, pour dire aux Anglais qui viennent se poser en civilisateurs : « Gentilshommes, voilà votre œuvre! »
Toutefois on peut se demander s'il est sur la terre une nation, représentée soit par des négociants isolés, soit par son gouvernement, qui puisse se prétendre innocente d'actes de même nature. Que ce soit par les eaux-de-vie, le tabac, le jeu ou tel autre poison matériel ou moral, il n'est point d'État qui ne spécule sur les vices des nationaux ou des étrangers. Le gouvernement de Peking lui-môme retire parles droits d'entrée sur l'opium de l'Inde et de la Perse un des revenus les plus sûrs de son budget, et dans presque toutes les provinces de l'Empire les négociants et les mandarins se partagent de gros bénéfices sur les récoltes de la graine prohibée.
Quant aux effets de l'opium sur l'économie, il n'est pas de question plus discutée ; il n'en est pas non plus que l'on ait plus obscurcie, suivant les intérêts de la cause à défendre; c'est toujours pro et contrai
Si funeste qu'elle soit, cette drogue est loin de produire d'une manière générale les conséquences qu'on lui attribue. La plupart des lettrés font un usage modéré de l'opium, sans que leur intelligence en paraisse affaiblie et sans que chez eux la vieillesse arrive avant l'âge. Sans doute les fumeurs insatiables, qui passent toute leur journée dans le délire du rêve,
CINQUIÈME Commerce Chinois.
sont des hommes absolument perdus pour le travail, et finissent, comme les alcooliques, par succomber à des attaques convulsives et à la paralysie générale; mais ces êtres, relativement peu nombreux, ne se rencontrent guère que chez les désœuvrés, rares en Chine, pas chez les paysans les ouvriers, qui forment la véritable nation.
Les fumeurs d'opium, en grande majorité, se contentent de quelques bouffées inoffensives dans l'intervalle de leurs travaux : c'est précisément dans la province où l'on fume le plus, dans le Setchouen, que la population se distingue par son intelligence et son activité. En admettant même que la quantité de la drogue indigène, d'ailleurs beaucoup moins active que celle de l'Inde, égale l'opium d'importation étrangère, la part qui reviendrait à chaque habitant, la Chine étant cotée à 400 millions d'âmes, ne serait que d'une vingtaine de grammes par an.
Tous les explorateurs récents de la Chine ont constaté dans les diverses provinces une toujours croissante extension des champs de pavots, qui n'a pas seulement pour effet de diminuer les arrivées des caisses d'opium indien, mais aussi de pourvoir aux malfaisantes voluptés d'un nombre croissant de fumeurs.
Malgré ce développement d'une culture insensée, le nombre des fumeurs d'opium, pour grand qu'il soit en Chine, est fort au-dessous de ce qu'on se figure communément.
L'un des Européens de beaucoup les plus savants en choses chinoises, le directeur anglais des douanes de l'Empire, sir Robert Hart, s'est livré il y a quelques années à des calculs sur le nombre probable des fumeurs « confirmés » de la mauvaise drogue ; il est arrivé à un chiffre surprenant de modestie, un « demi Chinois » seulement sur cent, 5 sur \ 000, 2 millions seulement pour toute la Fleur du Milieu >. Curzon, dans ses Problems of the East, admet que. vu les progrès de la « culture nationale » du pavot, l'opium arrivé de l'Inde n'est fumé que par 2 Chinois sur i 000 : soit par 800 000 hommes, à supposer 400 millions d'habitants dans l'Empire.
Aucun de ceux qui ont parcouru la Chine attentivement ne peut admettre un nombre aussi faible, mais aucun non plus n'oserait dire que le déplorable vice de l'opiophagie soit, comme d'aucuns l'ont dit, une passion générale dans la masse de la nation; pas plus qu'en Europe l'alcoolisme : l'un et l'autre sont le « privilège j de la grande minorité.
L'usage du tabac ou de la « feuille à fumée », beaucoup plus général dans les provinces du littoral et du nord, où l'introduisirent les Mandchoux, que dans le reste de l'Empire aux dix-huit provinces, ne cause peut-être pas des effets moins
La Chine.