‹ L'empire et l'Angleterre; (volume 2)Chapitre 3 sur 8 · SITUATION EXTERIEURE · texte numérisé non relu

SITUATION EXTERIEURE

Ce mot échec politique paraîtra dur. Je ne le prononce pas pour blesser, mais au contraire comme un regret et un conseil. Je signale la faute dans l'espoir que l'Empereur trouvera, dans les ressources de son habileté et de sa fortune, les moyens de la réparer.

Napoléon lïl avait vaincu l'Autriche sur les champs de bataille de l'Italie; il rencontra l'Angleterre sur les champs de la diplomatie, et il faut reconnaître que dans cette lutte politique, le vaincu n'est pas l'Angleterre.

Je dois m'arrêter un moment ici, pour apprécier la politique suivie par l'Angleterre, depuis la mission de lord Cowley, avant la guerre, jusqu'aujourd'hui; si j'aiàconstater le triomphe de la politique anglaise, auquel nous assistons, je dois rappeler les fautes qui ont précédé ce triomphe, flétrir les moyens employés pour l'obtenir et prévoir les représailles que cette politique peut-être ne tardera pas à provoquer.

La guerre n'était pas déclarée, mais on l'entendait venir; Lord Derby avait mis dans la bouche de la Reine la haute proclamation du principe européen: la foi due aux traités; il avait dénoncé « cette guerre comme devant avoir des (c conséquences désastreuses, développer la plus violente « passion et embraser bientôt l'Europe entière dans une « conflagration générale. »

Cette politique était vraie, bonne, supérieure au mouvement de l'opinion publique en Angleterre, à laquelle le cabinet Tory eut le tort de céder. C'est l'honneur de lord Derby d'avoir hautement proclamé ce principe du droit public européen que les puissances elles-mêmes, l'Angleterre à leur tète, sacrifient et abandonnent honteusement aujourd'hui dans la (fuestion Romaine. Mais il n'employa pas à praticfuer cette politique l'énergie qu'il mit à la proclamer. Cette guerre qu'il déplorait et dont il prévoyait les funestes suites pour l'Europe, il pouvait l'empêcher; il ne le fit pas, et ce sera la faute que lui reprochera l'histoire.

Il pouvait l'empêcher: la mission de lord Cowley allait réussir; le cabinetanglais l'a déclaré lui-même à la tribune. Les conditions de l'entente à rétablir entre la France et l'Autriche, étaient acceptées à Vienne, elles allaient l'être à Paris. Napoléon JII ne pouvait pas les refuser; il avait en ce moment, on s'en souvient, l'Europe entière et l'opinion contre lui : en Angleterre, les Torys et les Wighs étaient d'accord pour condamner la guerre et pour vouloir le maintien de l'Europe des traités; l'Allemagne coalisée se regardait comme menacée, à Vienne, à Francfort et à Berlin, et le patriotisme de 4813 se réveillait partout ; l'opinion en France, des régions infimes où se débattent les intérêts vulgaires, jusqu'aux conseils de la couronne, l'opinion se prononçait avec force contre une guerre dont elle ne comprenait pas les avantages et dont elle pressentait les périls ; le Times pouvait donc dire, à cette époque, avec vérité, que toutes les nations^ et tous les partis dans chaque nation, étaient les alliés de V Autriche,

La France ne pouvait donc pas refuser les conditions pacifiques proposées par l'Angleterre et la Prusse, et accep-

lées par rAiitriche. Comment cette situation a-t-elle été brisée? On se le rappelle : la Russie, par initiative ou par conseil, jeta en travers de la mission de lord Cowley la proposition d'un Congrès.

Le Cabinet Tory, au lieu de déclarer cette proposition tardive, de garder la direction d'une négociation terminée et dont il tenait le succès, commit l'impardonnable faute d'abandonner cette direction à la Russie ou plutôt à la France. Il laissa tomber le projet dont lord Cowley était porteur à Paris, et accepta sans résistance, la proposition d'un Congrès destinée à tout remettre en question et à rendre inévitableune guerre préparée et voulue, mais quiallait échapper manifestement à ceux qui croyaient en avoir besoin.

Je regrette d'avoir ce reproche à adresser à l'homme d'État le plus éminent de l'Angleterre et pour le caractère et le mérite duquel je professe la plus sincère sympathie. Je sais aussi qu'il trouve l'excuse de cette faute dans l'état fâcheux des partis parlementaires, qui était toute force au gouvernement; mais il n'en est pas moins vrai que si l'AU" gleterre, unie à l'Allemagne pour le maintien des traités européens, avait persisté à imposer sa médiation et à menacer de son hostilité celle des deux Puissances en armes qui l'aurait refusée, il n'en est pas moins vrai que la guerre devenait impossible et que le Piémont devait refermer les digues que partout il avait ouvertes, en Italie, aux flots révolutionnaires.

La responsabilité de la guerre d'Italie pèse donc, nonseulement sur le Piémont qui la voulait, sur l'Autriche qui, par son ultimatum, en a fourni le prétexte que l'on guettait, mais surtout sur l'Angleterre qui pouvait l'empêcher et qui ne l'a pas fait.

La guerre éclate. Lord Palmerston était aux affaires; la politique conservatrice de lord Derby fut abandonnée ; la foi due aux traités fut oubliée. Le cabinet Whig poursuivit deux buts à la fois: laisser d'abord écraser l'Autricbe, l'isoler dans la guerre, en empêchant l'Allemagne frémissante d'intervenir, en un mot diviser l'Europe; et puis, reprendre en Italie la politique de lord Palmerston en 1846 et 1847, y épouser la cause du Piémont et du parti révolutionnaire, faire servir à sa cause toutes les passions excitées par la guerre, y lutter d'influence et d'audace avec la France à laquelle lord Palmerston comptait bien ainsi ravir les fruits des sacrifices et des victoires de l'Empereur.

La paix de Villafranca, nous l'avons vu, était un danger pour l'Angleterre menacée d'isolement; ce danger, le cabinet Whig le retourne contre la France, et voici comment :

Il vit clairement qu'il y avait en Italie deux politiques opposées, confondues un moment sous un même drapeau, la politique de la France et celle du Piémont. Il comprit qu'en donnant son appui à l'une, il faisait échouer l'autre. Il entreprit de détacher le Piémont de la France, en dépit du mariage Sarde, en encourageant toutes les convoitises, les prétentions et les projets ambitieux de la maison de Savoie. Il vit qu'il était possible de chasser politiquement la France de l'Italie, comme l'Autriche en avait été chassée militairement.

L'opposition entre la politique française et piémonlaise en Italie, était éclatante et manifeste :

Napoléon III a cru devoir s'arrêter au Mincio, pour éviter la guerre révolutionnaire et générale qu'il rencontrait à Vérone et à Venise. Le Piémont, qui le lui a reproché amè-

rement, voulait l'exclusion de l'Autriche, au risque d'incendier l'Europe et de faire triompher la Révolution. M. de Cavour, qui bien plus que Victor-Emmanuel, représente l'idée piémontaise, se retira sous sa tente d'Achille, [)our préparer la revanche qu'il obtint.

La France marchait vers la restauration des Princes italiens; le Piémont vers l'annexion.

La France regardait comme un danger pour l'Europe et surtout pour elle-même , l'établissement d'un grand royaume italien à sa frontière des Alpes, et pouvant tourner un jour contre la France son influence et son épée. C'est ce grand royaume libéral et anticatholique, c'est-à-dire anglais, que le Piémont voulait fonder.

La France voulait une confédération d'États , avec le Pape au sommet; le Piémont voulait l'unité au profit du Ré d'Italia et au détriment de la Papauté abaissée.

La France promettait l'intégrité des États de l'Église; le Piémont cherchait à en séparer les Romagnes, en attendant de pouvoir exiler le Pontife catholique dans Rome, et plus tard à Gaëte ou ailleurs.

Le programme de la France et celui du Piémont formaient donc une parfaite antithèse, et Napoléon III jura à Villafranca et à Zurich que c'était le sien qui triompherait.

Cette parole n'a pas été tenue, et pourquoi? A-t-il fallu reculer devant les menaces du Piémont derrière lequel se dressaient les menaces révolutionnaires? Je me refuse à le penser; mais on a reculé devant TAnglçterre.

L'Angleterre prêta son puissant appui à la politique du Piémont, et se promit, à l'aide de cet auxiliaire rompu aux intrigues, de déchirer une à une toutes les pages du traité

(le Zurich. Elle prit les devants sur la France, en renchérissant sur le programme Napoléonien. Lord Palmerston disait ou ])ensait : « Ah! vous avez lait la guerre contre « notre gré et la paix sans nous; nous ferons le Congrès « contre vous. Vous avez levé le drapeau de l'indépendance; « nous levons celui de la liberté, de la liberté que vous « ne pouvez pas donner à l'Italie, après l'avoir refusée à « la France.

« Nous irons jusqu'au régime parlementaire que vous ne c< pouvez pas sanctionner, jusqu'à l'Unité italienne que vous « devez repousser, jusqu'à l'annexion des Duchés et des c( Romagnes que vous avez exclue, jusqu'à Rome où nous « humilierons le Pape que vous vouliez défendre et gran- « dir, jusqu'à Venise peut-être, que vous avez abandonnée « et que nous proposerons de racheter. » ' ^

Lord Palmerston a réussi, et le Times du 6 Janvier a pu dire avec une fine ironie et un arrogant orgueil : « Nous « n'avons nul motif de regretter l'attitude d'observation c( que nous avons prise, et nous ne saurions croire qu'il y « ait aucune intention sérieuse de renoncer à ime position qui « nous a valu tous les avantages de la paix et toute rinfluence a que nous aurions pu obtenir par la guerre la plus destruca tive... L'Angleterre doit abandonner aux États ardents à « faire la guerre pour une idée, le soin de sortir de leur « mieux des difficultés qu'ils ont créées. »

C'est amer, mais c'est vrai. Voilà pour l'Ralie. Regardons l'Europe :

Napoléon, nous l'avons dit, avait cru, à Villafranca, (ju'il fondait l'alliance des trois emi)ires, (pi'il forçait la Prusse isolée en Allemagne à s'y rattacher, quil isolait l'Angleterre en Europe. Voyons ce qui arriva.

L'Angleterre exploita habilement d'un côté la haine encore saignante de la Russie contre l'Autriche, et de l'autre les craintes et l'ambition de la Prusse. > La Russie, blessée de cette paix directe ])roposée, à son insu, par la France à l'Autriche, contre laquelle toutes ses rancunes se réveillèrent, retira la main donnée à Napoléon m à Stuttgardt.

La Prusse, que la menace d'une guerre portée de l'Adige sur le Rhin, avait jetée dans les bras de l'Angleterre, se rapprocha de la Russie, pour mieux servir en Allemagne ses projets de suprématie que l'abaissement de l'influence Autrichienne favorise et assure. L'entrevue de Breslau couronna cette politique, et le Gouvernement britannique put dès lors consentir à participer au Congrès de Paris, où sa politiqse devait triompher.

Dans cette situation, quelle était la position faite aux puissances dans le Congrès, et quelle était surtout celle de la France?

Napoléon III était engagé d'honneur, par sa signature et sa parole, à défendre dans le Congrès les principes de la paix de Villafranca et de Zurich : la possession de la Vénétie par l'Autriche, la restauration des duchés dansl'Ilalie centrale, l'intégrité des Etats-Romains, la confédération italienne. L'Angleterre aurait soutenu l'indépendance complète de l'Italie, le respect pour ce qu'on appelle le vœu des populations, l'annexion de l'Italie centrale au Piémont, l'Unité, et la dépossession du pape.

En plaçant la question romaine au premier plan du règlement des affaires d'Italie, lord Palmerston et M. de Cavour se croyaient sûrs de rallier à leur politique la Russie schismatique et la Prusse luthérienne.

Le Congrès devenait dès ce moment impossible pour la France. Des deux choses l'une: l'Angleterre eût fait adopter son programme par la majorité des Puissances; elle eût fait condamner solennellement par un Congrès convoqué par la France et l'Autriche, le traité que ces deux Puissances soumettaient à la sanction européenne, et le vainqueur de Solferino devenait manifestement le vaincu du Congrès de Paris. Ou bien, l'empereur Napoléon, à l'aide des voix de Rome, deNaples et de l'Espagne, eût rallié à son système, la majorité des Puissances dans un Congrès divisé et sans force politique, et la France isolée à côté de l'Autriche affaiblie, eût été plus embarrassée de ce triomphe apparent que d'une véritable défaite diplomatique.

Les décisions du Congrès ne pouvaient pas rester irréalisées et impuissantes, sans livrer ce Congrès à la risée de l'Europe et sans blesser au cœur l'autorité des gouvernements ainsi abaissés. Mais qui donc se serait chargé de l'exécution de ces décisions? qui aurait rétabli les Princes dépossédés, rendu les Romagnes au Pape, fondé la Confédération italienne? L'Angleterre, la Prusse, la Russie? Evidemment non; elles se seraient réfugiées dans le principe de non-intervention absolue. La France et l'Autriche? Mais Napoléon III aurait-il fait, après le Congrès de Paris, ce qu'il n'a pas osé ou voulu faire après la paix de Villafranca, à la tête de ses armées victorieuses?

L'Angleterre triomphait encore une fois dans cette situation impossible. Elle se retirait du Congrès où elle aurait défendu contre la France, ce qu'on appelle les droits, l'indépendance et la liberté de l'Italie; elle se serait retirée en entraînant le Piémont après elle, en rompant l'alliance qu'on avait cru former par le mariage sarde, en tuant Fin-

flnence française en ïtalie à l'égal de l'infïnence autrichienne, en y allumant contre l'Empereur toutes les vengeances des sociétés secrètes, en y prenant la place prépondérante que l'Autriche y avait avant la guerre et que la France avait cru conquérir par ses victoires.

Napoléon lit se trouvait donc au bout d'une véritable impasse jmlitiqiie ; j'emprunte ce mot à l'organe de lord Palmerston. Toute son habileté n'a pas suffi à y échapper, et c'est pour en sortir qu'il a brisé le Congrès qui, dans les conditions posées, n'était plus qu'un piège tendu sous ses pas par les mains de l'Angleterre.

La brochure célèbre, le Pape et le Congrès, avait ce but. Cette bombe jetée au milieu des puissances prêtes à se réunir, a rendu le Congrès impossible, et c'est ce que l'on voulait. L'Angleterre qui, la veille, se croyait menacée d'une invasion française, comptait les vaisseauxdela France, énuméraitles redoutables armements que l'empire organisait dans l'ombre et les régiments qui devaient composer le futur camp de Boulogne, qui mesurait la force agressive de Cherbourg, surveillait l'Irlande avec crainte, jetait du haut de la tribune son cri d'alarme, travaillait avec une inquiète et ardente énergie à la défense de ses côtes, et formait son armée de carabiniers volontaires, — l'Angleterre étonnée vit tout à coup la France venir à elle, lui tendre la main, lui céder les fruits de la guerre d'Italie, la paix de Villafranca toute entière, lui livrer sa parole donnée à l'Autriche, lui sacrifier le Pape, c'est-à-dire, lui demander grâce, en se jetant du côté des forts et en trahissant les faibles!

A ces condescendances imprévues, à ces concessions extrêmes, comment réi)ond l'Angleterre? Toute la presse britannique exprime sa satisfaction et sa joie de voir la

France abandonner la politique impossible de Villafranca et de Zîtrieh, pour adopter la politique qui lui a été conseillée par l'Angleterre (i) ; elle se félicite de la conversion de l'Empereur aux vœux du gouvernement anglais, et d'un aussi brillant succès diplomatique pour l'Angleterre (2), Mais lord Palmerston considère-t-il ces concessions comme suffisantes, accepte-t-il le nouveau programme politique arboré par la brochure anonyme et par la lettre de Napoléon III au Pape? Se contente-t-il de la nouvelle rupture de la France et de l'Autriche, de l'abandon des Princes auxquels on avait promis la restauration, et de l'abandon de la papauté que l'on sacrifie aux rancunes anglicanes et révolutionnaires?

Non; l'Angleterre repousse la politique de la lettre au Pape, comme elle a combattu et ruiné la politique de la paix de Villafranca. Elle élève de nouvelles exigences; pourquoi les lui refuserait-on? La solidarité et l'irrésistible logique des événements aux(|uelles on a déjà obéi, exigent qu'on y obéisse encore. Napoléon III, en reconnaissant son impuissance à exécuter les conditions de Villafranca, rejetées avec indignation par les vœux des populations (5), demande trois choses, comme conditions de la capitulation à laquelle il souscrit: 1° que l'Italie centrale forme un état séparé et ne soit pas réunie au Piémont; 2" que le Souverain Pontife, après avoir perdu les Légations, conserve le reste de ses états qui lui seront garantis par l'Europe; 3° qu'une action, une politique commune, soit adoptée par l'Angleterre et la France, dans le règlement des afl'aires d'Italie, qu'une alliance réelle existe entre ces deux puissances.

(1) Times, du M janvier. — (2) Idem. — (3) Morning Post.

Le Ministère Anglais refuse cette capitulation à laquelle il faudra renoncer:

i"" ce II a transmis aux cours étrangères l'expression franc( che de son opinion, à savoir que l'annexion de l'Ilalie « centraleà la Sardaigne serait la solution la plusrapideet « la plus heureuse des complications actuelles(i). En tout <( cas, il déclare s'opposer à ce qu'un membre appartenant « aux familles des dynasties des cinq grandes puissances ne « soit admis à monter sur le trône du nouvel état créé » contre la volonté de l'Angleterre (^2). »

â*" « Quant à la garantie des Etats restant à l'Eglise, dont « il est question dans la lettre de l'Empereur, il suffit de ce faire remarquer qu'aucun ministre anglais, à quelque ce parti qu'il appartienne, n'oserait garantir la continuation, c( sur les Marches romaines, de la tijrannie dont on délivre ce les Légations, et de rappeler la déclaration faite par ce Lord Jhon Russell, l'année dernière, qu'une chose à ce laquelle l'Angleterre ne consentira jamais, c'est de déce fendre l'intégrité de la puissance papale (5). » Lord Palmerston, en répondant à M. d'îraeli, dans la séance f/^5 Communes du 24 Janvier, a confirmé pleinement cette déclaration de son collègue lord Russell: Le Gouvernement de S. M., a-t-il dit, 71 a jamais contracté aucun engagement relatif au maintien de l'intégrité des Etats du pape; jene pense pas que ce pays veuille le moins du monde accorder une pareille garantie.

3" L'organe de Lord Palmerslon, le Morning-Post, promet à la France une alliance virtuelle, mais voici comment le r/m^5 explique la portée de cette alliance: « l'Angleterre ce a compris (jue sa polili(|ue exige qu'elle évite toute intcr-

(1) Moniing Post. —(2) Idem. — (3) Idcni.

« vention armée en Italie ; le gouvernement a sagement « laissé prendre à l'Empereurdes Français riniativedans tout « cequi a été fait, et si nous avons une part quelconquedans « le règlement des destinées futures de l'Italie, ce ne sera « que comme les conseillers de la France dont l'armée « continue à occuperRome et la Lombardie... On annonce, « ajoute le Times, que l'empereur des Français s'est ce adressé à notre Gouvernement pour savoir si la Grande- « Bretagne était disposée à le soutenir dans le cas où « l'Autriche chercherait à faire exécuter le traité de Zurich « par un second appel aux armes. C'eût été se départir « de notre politique; mais heureusement l'arrangement n'est « pas nécessaire, l'Autriche ayant fait connaître qu'elle « n'avait ni la volonté, ni le pouvoir d'entreprendre une « nouvelle campagne d'Italie, et que si la France s'oppo- (f sait à la restauration des souverains légitimes en Italie, (( l'Autriche ne pouvait que protester contre cette injusc< tice... C'est à la France, conclut le principal organe de « l'opinion en Angleterre, qu'appartient le règlement des « affaires de r Italie centrale... L'Empereur sortira le mieux c( qu'il pourra des difficultés qu'il a créées. »

M. Fitzgerald avait affirmé que le traité de commerce couvrait l'identité de politique, établie entre la France et l'Angleterre. M. Gladstone et lord Granville protestèrent vivement contre cette allégation, et déclarèrent que la politique de V Ancjleterre restait complètement indépendante, dans la manière d'envisager les questions européennes.

On ne peut pas accueillir des oflres d'entente cordiale plus humbles, avec une superbe plus britannique. Si la France a été forcée d'abandonner sa politique, l'Angleterre garde fièrement la sienne, et il faut reconnaître qu'on ne

trouve plus dans celte attitude de l'Angleterre aucune trace de la peur qui la veille semblait l'égarer.

Pour bien mesurer la profondeur de cette chute, il suffit de comparer la position que la France occupait en Europe, avant la guerre d'Italie, et celle que les événements créés par cette guerre lui font aujourd'hui.

Voici ce que j'écrivais le 15 avril 1859, la veille de la guerre ! « L'Enjpire, par la gloire de ses armes ce et le bonheur de sa politique, assure la sécurité de la (c France et la paix de l'Europe; appuyé sur l'Autriche « qui engage inévitablement la Prusse après elle, et qui lui « apporte l'influence germanique toute entière, il arbore « le principe conservateur que l'Autriche représente; apcc puyé sur Rome, il participe à la force du principe reli- « gieux et catholique dont l'Église dispose. 11 a fait de la « France la première des puissances militaires, la première c( des puissances conservatrices, la première des puissan- « ces catholiques. L'Europe de 1815 est dissoute, avec les ce alliances qui la constituaient. Napoléon ïll a rencontré cf la fortune inouïe de faire déchirer les traités de 1815 par (c les mains de l'Autriche et de l'Angleterre... il est à la tète « d'une alliance qui assure, à l'empire la prépondérance et « la durée... Il marche visiblement à la suprématie euroce péenne, que déjà on ne lui conteste plus. »

J'ajoutais: c( arrivé à ce faîte, la tète tourne aux plus « sages et la main manque aux plus fermes,... au lieu de (C cette grande alliance occidentale à la tète de laquelle on ce se trouvait, on se met à la suite delà petite alliance du ce Piémont qui lui-même est à la suite des réfugiés et de la c( Révolution... On court, à travers les hasards, après l'alcc liance de la Russie que peut-être on n'attendait pas; on

« consomme la rupture avec l'Autriche; on prépare la rup- « ture avec Rome; on alarme l'Europe qu'on avait rassurée, c( on inquiète les intérêts conservateurs et religieux qu'on « avait accepté la mission de défendre... On descend de la « suprématie européenne à laquelle on touchait, pour re- « tourner à l'isolement dont on était sorti. On abandonne « la voie tracée par la Providence et où l'on avait rencon- « tré le succès, pour entrer dans le vice oi^i le premier em- « pire s'est égaré et perdu. »

Je n'ai rien à retrancher de ces lignes et j'ai peu de choses à y ajouter. L'alliance de la France et de l'Angleterre, hier si compromise, et prête à se rompre, se reconstitue aujourd'hui, mais dans quelles conditions? La France est-elle à la tête ou à la suite de cette alliance? Elle l'avait dictée du haut des remparts de Sébastopol à l'Angleterre amoindrie militairement et politiquement par la guerre de Crimée; elle la dominait, parce qu'elle avait l'Autriche à côté d'elle qui lui assurait cette domination. Aujourd'hui, vaincu sur le champ de la diplomatie et par l'habileté de l'Angleterre et par les difficultés nées de la guerre, forcé de mettre sa brillante campagne d'Italie au service de l'Angleterre, Napoléon III accepte la nouvelle alliance des mains triomphantes de lord Palmerston ; il semble la solliciter et la subir.

L'Angleterre a séparé la France de la Russie le lendemain de Villafranca; elle a détruit l'effet de l'entrevue deStuttgardt, qui lui rappelait trop celles d'Erfurt et de Tilsit; elle a rapproché la Russie de la Prusse à Breslau ; elle jette entre l'xiutriche et l'empire français, en brisant le traité de Zurich, des haines plus irréconciliables que celles créées par la guerre de Grimée entre l'Empereur François-Joseph

et le Czar; elle met la main sur Tltalie que Napoléon lll croyait tenir et comptait garder; elle enlève à l'Empire, par la rupture avec Rome qu'elle conseille et encourage, le titre et la position de première puissance latine et catholique, de fille aînée de l'Église, que la France a tant de raison et d'intérêt à conserver. L'Angleterre détache ainsi de l'influence française cette Espagne qui se réveille et dont elle surveillait avec inquiétude les succès dans le Maroc du haut de son Gibraltar; elle détourne de la France les sympathies de toutes les nations latines et catholiques, de la Savoie qui lui revenait, de l'Italie qui veut rester catholique en devenant libre, et de ces deux cent millions d'hommes qui sous toutes les latitudes regardaient l'influence de la France comme acquise à leur cause et à leurs droits; elle enlève à l'empire français la magnifique position que celui-ci voulait prendre en Orient, et jusque dans l'extrême Asie, comme défenseur de l'intérêt catholique dans ce monde que l'Angleterre veut ouvrir à ses marchands, la Russie à l'ambition moscovite, et la France au Christianisme.

Voilà la situation. Est-ce là monter ou descendre? N'estce pas perdre la suprématie européenne à laquelle on touchait ^ pour retourner à V isolement dont on était sorti? On obtient l'alliance anglaise, maison cédant toute sa politique à l'Angleterre qui tient la France impériale, comme elle a tenu la France de juillet, isolée et dès lors à sa merci. La France de juillet a conclu l'alliance anglaise entre deux actes de puissance et d'énergie, l'occupation d'Ancône et le siège d'Anvers; elle a lutté courageusement avec l'influence anglaise à Athènes, en Italie et en Suisse en 1846 et en i847. Qu'est-ce que l'indemnité Pritchard qu'on a si ridiculement reprochée au gouvernement de Louis-Philippe et qui avait

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tant ému lopinion en France, en regard de l'abandon d'un traité solennellement signé, d'une paroledonnée à l'Autriche, à la Papauté et au monde, en regard de la pertedes alliances au sommet desquelles on se trouvait, et de la confiance que l'on avait inspirée à l'Europe? L'acquisition de la Savoie et de Nice, quelque valeurqu'on lui attribue, ne compenserait pas à coup sûr l'établissement d'un grand royaume d'Italie formé par l'influence anglaise; c'est un dédommagement qui peut servir à masquer une défaite, mais qui ne la supprime pas.

Puis-je donner à ces résultats un autre nom que celui iVéchec politique, échec que ne peuvent couvrirsuffisamment les victoires de Magenta et de Solferino?

La politique du Piémont à l'égard de la France, vaut celle de l'Angleterre. La Sardaigne, nous l'avons vu, a empêché tout ce que Napoléon ÏII avait voulu et avait promis à Yillafranca. M. de Cavour, après avoir assisté, dans son orgueilleuse retraite, à la ruine totale de la politique impériale contre laquelle il avait solennellement protesté, vient de sortir de sa tente en vainqueur, pour reprendre tous ses projets d'annexion, sa guérie contre Rome, ses conspirations contre Naples, et demain sa lutte en Vénétie contre l'Autriche. La France inquiète de voir un état de cette puissance, se formera sa frontière, veut éloigner des Alpes ce grand royaume, en prenant elle-même possession de la Savoie. Mais M. de Cavour, dans les enivrements de son triomphe, résiste, et cherche des appuis à cette résistance, à Londres, à Vienne et à Berlin. Il marchande sa reconnaissance, et trouve qu'il suffit à la France d'avoir fait la guerre j^our une idée, sans qu'elle ait besoin qu'on lui paie sa gloire.

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