‹ L'Empire et la défense de Paris devant le jury de la SeineChapitre 10 sur 65 · AUX (^)UESTIONS POSÉES PAR M. LE PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

AUX (^)UESTIONS POSÉES PAR M. LE PRÉSIDENT

M. LE Président : Mon>icur de Villemessant, vous reconnaissez avoir publié, dans les numéros du 23 et du 27 janvier, les deux articles que je vous fais représenter.

M. HH Villemessant: Monsieur le Président, jo ne les désavoue pas.

M. LE Président : Ces deux articles, suivant la plainte, et suivant les articles de la loi, dont lecture vient de vous être faite, constitueraient un premier délit de diffamation envers le général Trochu, en sa qualité de Gouverneur de Paris; et un second délit d'injure et d'outrage envers le même, à propos de faits relatifs à ses fonctions.

Avez-vous quelques explications à fournir en réponse à ces accusations?

M. DE ViLLEMESSANT : Mou Dicu, monsieur le Président, si je voulais dégager ma responsabilité, cela me serait facile; je n'en ai pas l'intention. J'étais à Nice quand les deux articles ont paru, je n'ai pu exercer par conséquent ma surveillance de rédacteur en chef. J'ai eu tort, mais j'accepte la responsabilité de ma faute. Aussi bien, je reconnais que je ne suis pas autrement innocent, car ces articles, je les avais commandés. C'étaient les premiers d'une série que j'avais demandé à M. Vitu de rédiger. Toutefois, M. Vitu m'ayant parlé un jour des faits qui y sont exposés, je lui avais dit : «C'est très-grave,— je ne les publierai que si vous avez les pièces à l'appui ; — prenez votre temps. »

Je dis donc à mon rédacteur : « Je serai très-heureux de publier ces articles contre Trochu, cela me fera grand plaisir ; seulement, je veux que vous ayez les pièces à l'appui ; c'est infiniment grave. » En effet il prit son temps, il mit deux ou trois mois à recueillir les pièces, et un jour il me dit : « Je vais commencer ma publication très-prochainement. » Sur ces entrefaites, je partis pour Nice où ma santé m'appelait. C'est là que je lus le premier article; et, je ne devrais peut-être pas le dire, je le trouvai un peu dur, non parce qu'il s'adressait au général Trochu, mais à un soldat. J'envoyai une dépêche, qui est conservée dans les bureaux du journal, dans laquelle je disais à mon secrétaire : « Dites à M. Vitu que dorénavant il arrondisse un peu les angles. » Et vous avez pu remarquer qu'en effet le second article est un peu plus modéré.

Maintenant, si vous ttie demandez pourquoi je voulais attaquer le général Trochu, je vais vous le dire. Je ne suis pas napoléonien, puisque j'ai passé ma vie en pohce correctionnelle sous le règne de l'Empereur, et je ne pouvais pas être fâché de la chute de l'Empire. Mais, un aumônier de l'Impératrice m'avait envoyé une lettre où il racontait le départ de l'Impératrice, lettre que je publiai et qui fit beaucoup de bruit. Ce récit, absolument sincère, fait par un prêtre, m'avait profondément impressionné. Quand je sus la manière dont s'était conduit le général Trochu en présence d'une femme, qu'elle fût reine ou impératrice, peu importe, le cœur me battit, je fus indigné, en sorte que toutes les fois que quelqu'un me disait : « Voulez-vous que je fasse un article contre Trochu »? je disais : « Faites! » Je suis resté à Paris pendant le siège, c'était pour moi la plus grande des plaisanteries. Tous mes rédacteurs mangeaient à ma table, et quand nous voulions nous amuser, nous parlions du dégagement de Paris par Trochu. Tout ce qui se faisait ne me paraissait pas sérieux. Ce n'est pas cela qui m/occupait. La cause de mon irritation contre le général, c'est le départ de l'Impératrice, et, quand ces articles ont paru, j'ai bu du lait; j'en accepte la responsabilité.

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