‹ L'Empire et la défense de Paris devant le jury de la SeineChapitre 16 sur 65 · I M. JOSEPH BRAME · texte numérisé non relu

I M. JOSEPH BRAME

minutes ou un quart d'heure après le départ de l'Impératrice ; son départ peut avoir eu lieu entre trois heures un quart et trois heures et demie.

M*' Allou : C'est difficile à concilier avec le départ du général Trochu se rendant à la Chambre pour la protéger.

M. BussoN-BiLLAULT : Je ne sais pas si le général s'est porté à la Chambre par les quais; mais j'affirme que dans l'invervalle de temps que j'ai indiqué, un quart d'heure après le départ de l'Impératrice, j'ai vu le général Trochu sortant du Louvre, descendant la rue de Rivoli dans la direction de la place de la Concorde, mais à la rue Castiglione, tournant à droite et se dirigeant vers la place Vendôme ou les boulevards.

J'ai été me mettre à la disposition des ministres, mais j'ai appris que la République était proclamée et que le général Trochu était président du Gouvernement de la Défense nationale.

M^ Allou : C'est après le départ de Sa Majesté.

M. BussoN-BiLLAULT i Oui. mais pas plus d'un quart d'heure après.

M. JuLES-Louis-Jo&EPH Brame, membre de l'Assemblée nationale,

ANCIEN DÉPUTÉ, ANCIEN MINISTRE DE l'iNSTRUCTION PUBLIQUE.

M" Lachaud : Monsieur le Président, je voudrais vous prier de demander à M. Brame, qui était ministre, quelle a été l'attitude etquelles ont été les déclarations du général Trochu dans le conseil des ministres ; de nous dire ce qu'il sait relativement au rappel à Paris de certains bataillons de la garde mobile, aux assurances de dévouement absolu du général pour le Corps législatif et pour l'Impératrice.

M. Brame : Je sais que M. le général Trochu a accusé le Figaro de diffamation en raison d'un article qui a été publié dans ce journal. Je lis très- superficiellement le Figaro. Je ne me rappelle pas avoir lu cet article ; j'ai fait de grands efforts pour me procurer le numéro qui le contient; je n'ai pas pu y arriver. Je serais reconnaissant à la Cour de vouloir bien me poser des questions.

M. LE Président : La connaissance de l'article ne vous est pas nécessaire pour répondre aux questions qui vous ont été adressées; M"" Lachaud va les préciser.

Me Lachaud : Je vous prie, monsieur, de dire à messieurs les jurés si, devant vous, dans le Conseil des ministres, le général Trochu n'a pas parlé de son dévouement à l'Impératrice. Si vous pouviez dire en quels termes ces déclarations ont eu lieu, je vous en serais obligé.

M. Brame : Le conseil des ministres avait quelques doutes au sujet de l'attitude et du degré de dévouement du général Trochu : je dis dévouement dans les fonctions qu'il était appelé à remplir.

Il est arrivé qu'un jour le Corps législatif a été entouré d'un certain nombre de personnes; on a craint un envahissement; c'était un commencement. Le lendemain, ou quelques jours après, le général Trochu est venu au Conseil, et là, un ministre a cru devoir lui demander quelle était la situation de son esprit et le degré de son dévouement à la dynastie et au Gouvernement.

Le général Trochu, une première fois, n'a pas répondu d'une manière bien net{3 et bien catégorique à cette question qui était cependant nettement posée; il a parlé quelques minutes, et comme la réponse ne satisfaisait pas le ministre qui avait fait la question, ni le Conseil, la question lui a été posée une seconde fois, et alors le général a répondu qu'il ne pouvait pas comprendre comment on posait une question semblable à un général français; que, puisqu'on persistait à faire ces questions, il répondait, avec sa foi de général, de manière à donner confiance au Conseil des ministres, que si la Chambre était envahie ou la dynastie menacée, il remplirait son devoir et viendrait se faire tuer sur les marches des Tuileries.

Si on me demandait dans quelles circonstances cette question a été faite, je pourrais donner quelques indications, mais je ne puis pas bien préciser les motifs qui ont amené à faire cette question.

M* Laciiaud : Vous souvenez-vous que le Conseil des ministres se soit occupé du retour des gardes mobiles à Paris? Le ministre de la guerre ne désap] rouvait-il pas cette mesure prise par le général Trochu? Cette mesure n'a-t-elle pas été prise par le général sans l'autorisation du ministre de la guerre?

M. Brame. 11 y a eu quelques explications assez vives dans le sein du Conseil des ministres, entre le général Trochu et le général Palikao. Le général Trochu était parti avec une'mission active, et il est revenu, quelques jours après, comme Gouverneur général de Paris. Nous avons appris quelques jours après, peut-être quarante-huit heures après, de notre collègue le général Palikao, dans une conversation qui a eu lieu dans le sein du Conseil des ministres, que le général Trochu ne s'était pas borné à revenir seul. Il était nommé par le Gouvernement, qui n'avait peut-être pas le droit de le nommer, puisque nous étions ministres responsables. Nous avons appris qu'il devait amener dix-huit bataillons de mobiles et quatorze mille chassepots. Il y eut alors, de la part du ministre de la guerre, des reproches adressés au général Trochu qui s'était permis, sans son assentiment, de ramener dans l'intérieur de Paris des troupes qui étaient destinées à combattre en rase campagne.

Voilà ce qui s'est passé ; cela a été ie motif des reproches faits [.ar le ministre au général Trochu.

M. RouiiER (Eugène), député a l'Assemblée nationale, ancien président DU SÉNAT et membre DU CONSEIL PRIVÉ, AVOCAT A PaRIS.

M^ Laciiaud : J'ai plusieurs questions à adresser à M. Rouher. .l'aurai d'abord Thonneur de lui demander de vouloir bien indiquer à quelle époque, comme président du Sénat, il a pris part aux délibérations du Conseil des minisires. Je prierai monsieur Rouher de fixer cette date autant qu'il le pourra.

M. Rouhi:r : Messieurs les jurés, j'ai été appelé dans le sein du Conseil des ministres, pour la première fois, à la date du 7 août. Je me trouvais à la campagne, lorsqu'un député de mes amis m'apprit les événements du G. Je me rendis immédiatement à 1\um>, et je trouvai au palais du Sénat une convocation pour assister à la délibération du Con-

seil des ministres. C'est le 7 que, pour la première fois à cette époque, j'ai assisté aux délibérations du Conseil. J'y suis allé avec le garde des Sceaux, M. Emile Ollivier.

M^ Lachaud : Monsieur le Président, je vous prierai de demander à M. Rouher de nous faire connaître ce qui se serait passé dans le Conseil des ministres, relativement au retour des gardes mobiles que M. le général Trochu avait ramenés, et de nous exprimer, dans les termes les plus précis, si M. Rouher en a gardé le souvenir, les déclarations que M. le général Trochu a dû faire sur sa fidélité et son dévouement, soit au Corps législatif, soit à l'Impératrice.

M^ Mathieu : Je prierai aussi la Cour de vouloir bien demander à M. Rouher si, pendant que le ministère de M. Emile Ollivier existait encore, il a su, alors qu'il faisait partie du Conseil des ministres, qu'il ait été question d'appeler M. le général Trochu au ministère delà guerre, ou tout au moins s'il sait ce qui s'est passé relativement à la proposition de confier le ministère de la guerre à M. le général Trochu.

•M. Rouher : Je vais répondre aux questions qui me sont posées, en suivant l'ordre chronologique des faits.

J'ai assisté pour la première fois au Conseil des ministres le 7 août. Au moment où j'ai pris part à ses travaux, M. le général Dejean était ministre de la guerre à titre provisoire. En présence des douloureux événements qui venaient de se passer, on avait compris la nécessité d'avoir un ministre de la guerre titulaire. On dut donc se préoccuper du remplacement du général Dejean qui, dans les termes les plus honorables, offrait sa démission, et demandait un commandement dans l'armée de Metz. Vint alors la question — et ici je réponds, non à la première qui m'a été adressée, mais à la seconde — du remplacement du général Dejean comme ministre de la guerre. On prononça le nom du général Trochu. M. Schneider, président du Corps législatif, assistait à ce Conseil, ainsi que les membres du Conseil privé, MM. Raroche, de Persigny et Drouin de Lhuys. Sur le nom de M. Trochu, M. Schneider prit la parole et, s'adressant à l'Impératrice, lui dit : « Je ne crois pas pouvoir conseiller à Votre Majesté, après les conversations que j'ai eues avec M. le générai Trochu, de le prendre pour ministre de la guerre. Je crois d'ailleurs qu'il n'accepterait pas. »

A ce moment, M. le garde des sceaux prit la parole et dit : « Moi aussi, j'ai vu M. le général Trochu, et après l'entretien que j'ai eu avec lui, je croirais manquer à mon devoir si je proposais à Votre Majesté de le prendre pour ministre de la guerre. »

Aucune autre explication ne fut donnée devant moi sur la nature de l'entretien qui avait eu lieu entre chacun de ces deux messieurs et le général Trochu. Les explications ne furent pas plus étendues, et on passa outre à l'examen d'un autre nom. L'attention fut appelée sur le général de Pahkao, qui fut mandé par dépêche télégraphique, et arriva, je crois, immédiatement.

Pour être complètement sincère, je dois dire qu'en entendant les réflexions qui étaient faites sur le général Trochu, je demandai comment il se faisait qu'il ne fût pas à l'armée. On me répondit qu'il était tout naturel qu'il y fût envoyé, et qu'un commandement lui serait donné. En

effet, il fut nommé par le général de Palikao, et envoyé au camp de Châlons.

Maintenant, quant aux autres faits, je ne me rappelle pas très-bien ce qui a été demandé.

M'' Lachaud : Ma question portait sur ce qui se serait passé au Conseil des ministres relativement au retour des mobiles, sur la discussion qui aura dû s'engager à ce propos, et sur les déclarations que, dans cette circonstance, M. le général Trochu aurait faites de sa fidélité et de son dévouement.

M. RoufiER : Quant aux gardes mobiles, le Conseil s'était montré très-ému de leur retour. Ils avaient commis des actes d'indiscipline graves vis-à-vis du maréchal Canrobert, et le général de Palikao fut très-froissé de les voir revenir; il était inquiet des idées turbulentes de ces jeunes gens. Il les considérait à ce moment — peut-être à tort, peut-être à raison, je n'ai pas à apprécier ici cette manière de voir — comme les auxiliaires possibles d'un mouvement révolutionnaire. 11 s'en expliqua en Conseil, et je crois me rappeler que les explications furent assez vives pour qu'alors le général de Palikao manifestât l'intention de se retirer. Cependant, la discussion s'apaisa, mais elle se raviva — je ne sais plus si c'est le même jour — à propos d'une proclamation adressée par M. le général Trochu aux mobiles^, et dans laquelle il leur disait, autant que je puis m'en souvenir exactement, car je ne l'ai pas relue depuis cette époque : <' J'ai demandé votre retour à Paris, parce que c'est votre droit. » Se servir de ces expressions en parlant à des troupes qui avaient fait acte d'indiscipline nous parut grave, et cela devint l'objet d'un incident assez sérieux dans le Conseil.

J'arrive maintenant aux faits personnels au général Trochu dans le sein du Conseil. Les séances avaient lieu deux ou trois fois par jour; je crois y avoir vu M. le général Trochu trois ou quatre fois, soit qu'il y eût été appelé, soit qu'il y fût venu spontanément. Dans deux circonstances spécialement, il a dû y venir spontanément. La première, c'est à l'époque de son arrivée, au moment où il fut investi des fonctions de Gouverneur de Paris. Il nous adressa une allocution très-étendue sur l'appréciation des faits et des événements. Ceci ne me paraît pas avoir grand trait aux circonstances actuelles, par conséquent je ne m'y arrêterai point.

La seconde circonstance dans laquelle le général Trochu me parut venir spontanément au Conseil, ce fut à propos de l'exécution d'un espion prussien qui avait été fusillé le malin. 11 vint faire des observations sur cette eî{écution, se plaignant, je crois, de ne pas en avoir été prévenu, a Mais, luidemandai-je, général, si vous n'avez pas été prévenu, comment l'avez- vous su? — Je ne lai su (ju'hier soir, et par hasard. — Alors il fallait vous occuper de cette atfaire hier soir; nous ne pouvons plus revenir là-dessus, maintenant que l'exécution est faite. »

Voilà la première particularité.

Quant au fait des déclarations de lidélilé de M. le général Trochu à rimpératrice-régente et à la dynastie, autant qu'il m'en souvient, il y a eu deux circonstances dans les(|uellos la manifestation de ces déclarations s'est produite dans le Conseil.

La première a dû avoir lieu à propos d'une lettre de M. le général Trochu publiée par le journal le Temps, Dans cette lettre on invoquait beaucoup la force morale comme un élément propre à diminuer les agitations publiques et aussi comme un élément de sécurité. Ces phrases, ces paroles firent pénétrer dans l'esprit de quelques membres du Conseil une véritable inquiétude sur la répression possible des désordres qui pourraient surgir dans la rue. Des explications furent demandées à M. le général Trochu sur ce qu'il entendait par la « force morale». «Enfin, lui dit-on, si cela devenait nécessaire, on ne devrait pas s'en tenir là, et il faudrait faire montre de force et d'énergie dans la répression. » M. le général Trochu affirma que telles étaient ses intentions, ses sentiments, et qu'il maintiendrait l'ordre avec la plus grande énergie.

Le second fait dont j'ai à vous entretenir est plus rapproché des événements de septembre. Des rassemblements commençaient à se former autour du Corps législatif. M. le général Trochu assistait au Conseil. Y avait-il été appelé, y était-il venu spontanément? je n'en ai pas gardé la mémoire. L'insistance auprès de M. le général Trochu fut très-vive au sujet de ces rassemblements. Nous lui demandâmes quelles mesures il comptait prendre pour protéger le Corps législatif d'une manière particulière, puisqu'il semblait menacé dans la liberté de ses délibérations par les rassemblements qui se pressaient autour du palais. M. le général Trochu, à une première interpellation, répondit par des considérations assez longues, assez étendues. Je crois me rappeler que ce fut moi qui lui répondis : « Mais, permettez, général,Ul faut arriver à des considérations pratiques. Quelles sont les mesures que vous comptez prendre pour protéger le Corps législatif? »

Mon interpellation était assez pressante ; elle devait l'être. J'avais été trop profondément ému par les événements dont j'étais le témoin depuis quej'avaisprisde nouveau part aux déhbérations du Conseil des ministres.

M. le général Trochu se tourna alors du côté de l'Impératrice et dit : « Puisqu'on insiste, puisqu'on pareille matière on paraît avoir besoin de connaître l'opinion d'un général français, je réponds que je me ferai tuer sur les marches des Tuileries pour Tlmpératrice-régente et pour la dynastie. »

Cette phrase fut prononcée avec une telle énergie, que demander de?; explications complémentaires sur les détails d'exécution me parut dépasser les limites de mon droit ; je n'avais pas d'ailleurs à me rendre compte de ces détails ; je ne faisais point partie du cabinet, je n'avais pas de responsabilité directe ; j'assistais aux séances du Conseil comme président du Sénat.

Voilà, en ce qui me concerne, les circonstances qui, dans le Conseil des ministres, ont marqué mes relations avec M. le général Trochu, avec qui je n'avais eu antérieurement aucun rapport. Je crois cependant l'avoir vu deux fois quelque temps auparavant : la première, à l'occasion d'une démarche qu'il avait faite auprès de moi dans l'intérêt d'unchemin de fer de Bretagne; la seconde, alors que, membre du Gouvernement, j'avais été chargé de la préparation d'un projet de loi sur l'armée. C'était à Fontainebleau ou peut-être à Compiègne.

M* Lachaud : Jo prierai monsieur le Président de demander à M. Rouher si, indépendamment de cette énergique déclaration qu'il rappelait tout à l'heure, il ne sait pas que, dans une autre circonstance, M. le général Trochu a affirmé son dévouement en se servant de ces mots : a Breton, catholique et soldat, je serai fidèle comme un Breton, un catholique, un soldat doit l'être ! »

M. RouHER : Ces expressions n'ont pas été employées devant moi par M. le général Trochu. J'en ai eu connaissance seulement après les événements du 4 septembre. J'étais alors en Angleterre. La communication m'en a été faite par ITmpératrice elle-même. Nous avons causé, comme c'était tout naturel, des événements et de la journée du 4 septembre. J'avais été absolument étranger à tout ce qui s'était passé à partir de midi. J'avais assisté au Conseil des ministres de huit heures à midi, puis j'étais rentré a'u Sénat où j'avais pris la présidence que j'avais conservée jusqu'à quatre ou cinq heures. Je n'ai su que par la rumeur publique les événements qui s'accomplissaient à quelques kilomètres de distance. Je suis donc resté totalement étranger à tout ce qui, dans cet intervalle, s'est passé dans Paris et aux événements qui ont précédé le départ de Tlmpératrice, départ que je n'ai appris que sur le fauteuil de la présidence.

En revoyant Sa Majesté on exil, je lui demandai si elle ne se rappelait pas quelques détails ; et je me souviens très-bien que, comme j'insistais sur le rôle de M. le général Trochu. demandant ce qu'il avait fait, dans la journée. Sa Majesté me répondit : « Je comptais sur lui, car, quelques jours auparavant, il s'était présenté aux Tuileries, et comme je lui demandais quel rôle il se proposait de tenir si les conjonctures devenaient graves, il me répondit : « Madame, si votre police est bien faite, « vous devez savoir que j'ai des rapports avec des membres de l'oppo- « sition. Il est de mon devoir de connaître l'état de l'opinion, de ta ter tt le pouls de l'opinion, — je crois que c'est l'expression dont il se ser- « vit; — mais Votre Majesté ne doit nullement douter de mon dévoue- « ment, je lui en apporte pour garant un triple titre : je suis soldat, « catholique et Breton ! »

Voilà la déclaration qui m'a été faite à cette époque-là.

M* Laciiaud : Monsieur Rouher était membre du comité de défense. Voudrait-il nous dire s'il sait ce qui s'est passé dans ce comité et ce qu'y auraient été le rôle et la position de M. le général Trochu?

M. RouiiER : Je n'ai pas fait partie du comité de la défense nationale. Ce comité était présidé par M. le général Trochu. Il a\ait été formé, le V" ou le 2 août, je crois, par le ministère de M. Emile Ollivier. Sa composition avait été l'objet d'un débat : il s'agissait de savoir si on y adjoindrait un certain nombre do membres de la Chnmbre, , et des négociations avaient été entamées pour obtenir leur consentement : ces pourparlers retardèrent de deux ou trois jours la promulgation du décret qui constituait lo comité de (iéfiMise. Dans cet intervalle, M. le général Trochu fut nommé Gouverneur de Paris. Il arriva au Conseil; là, M. le général Vaillant, qui était désigné comme président du comité, ofTrit la présidence à M. le général Trochu qui n hésita pas à déclarer que M. le maréchal Vaillant était son ancien et cjuc la présidence ne

pouvait être en de meilleures mains. Après cet échange de courtoisie, M. le général Trocliu fut nommé président du comité de la défense nationale. On se préoccupa un moment d'adjoindre à la composition de ce comité de nouveaux membres soit du Corps législatif, soit du Sénat. Comme présidentde ce corps, je fus appelé à désigner ceux des membres du Sénat qui me semblaient pouvoir être appelés à faire partie du comité de défense, et je désignai MM. le marquis de Chasseloup-Laubat et Béhic. On ne voulut prendre qu'un de ces deux messieurs, et.^ à la délibération en conseil, le choix porta sur M. Béhic. Quelques jours après, M. Béhic se trouvant dans mon cabinet^ oii il venait souvent comme secrétaire du Sénat, je lui demandai des nouvelles de ce qui se passait au comité de défense, et si ses travaux avançaient. Je me souviens, — et j'ai confirmé mes souvenirs il y a deux jours, par crainte de me tromper, — je me souviens que M. Béhic me dit : v J'y ai été témoin d'une scène pénible. » Et il me raconta que M. le général Trochu présidait et venait de répondre à un discours qui avait été prononcé par l'un des membres du Conseil, lorsqu'un général — que je n'ai pas de raison de ne pas nommer, M. le général d'artillerie Billaud, homme fort distingué, et conseiller d'État au moment des événements — se serait levé, et, croisant les bras sur sa poitrine, se serait adressé à M. le général Trochu, et lui aurait dit : « Mais sommes-nous ici un comité de défense? Ne sommes-nous pas vraiment plutôt un comité de défaillance? »

Lorsque M. Béhic me fit cette déclaration, il était encore sous l'impression qu'il avait ressentie, et il me dit : « Mais enfin qu'est-ce que tout cela signifie? »Nous échangeâmes alors des appréciations qui n'appartiennent point au débat actuel. Du reste, je n'avais point assisté à cet incident, et je n'ai ici à rendre compte que des faits qui sont à ma connaissance personnelle. .

M^ Allou . Je prierais monsieur le Présidehtde vouloir bien demander à M. Rouher s'il n'aurait pas fait tout à l'heure confusion dans les explications qu'il a données relativement au choix fait de M. le général Trochu, comme ministre de la guerre. Ainsi il a parlé à la fois de M. Emile Olhvier et de M. Schneider. Eh bien, il est incontestable que les deux faits ne peuvent pas se rattacher à la même circonstance. Il y a une première proposition du ministère delà guerre qui a été faite à M. le général Trochu par M. Emile OUivier, puis une démarche de M. Schneider faite auprès de M. Jurien de la Gravière ; enfin se placerait à une époque postérieure, en faveur de M. le général Trochu, une démarche de l'Impératrice elle-même.

M. RouHER : Je dois déclarer que les observations faites par M. Schneider et par M. Emile Ollivier ont .été présentées dans le même instant, dans le même Conseil, à la même heure. 11 a pu y avoir,— mais je n'en ai pas déposé, parce que ces faits ne sont pas à ma connaissance personnelle, — il a pu y avoir des rapports entre MM. Schneider et Emile Ollivier et M. le général Trochu, même entre S. M. l'Impératrice et M. le général Trochu : cependant à l'égard de ces points, je crois savoir, — je ne l'affirme point, parce que ces particularités ne sont pas à ma connaissance directe, — je crois savoir qu3 M. le général Trochu, invité à se rendre auprès de l'Impératrice, aurait répondu : a Non, je

n'irai pas ; le refus me serait trop pénible vis-à-vis d'une femme ; je ne veux pas la voir, » C'est-là un fait que je n'ai connu (juc par des circonstances concomitantes et postérieures.

Je maintiens comme parfaitement exact que dans le second Conseil tenu par l'Impératrice, dans le ministère Ollivier, le nom de M. le général Trochu a été prononcé à propos de la démission volontaire du général Dejean ; que M. Schneider et M. le garde des sceaux ont successivement déclaré que, sur leur impression de la conversation qu'ils avaient eue avec M. le général Trochu, ils ne croyaient pas pouvoir donner à S. M. l'Impératrice le conseil de le choisir pour ministre de la guerre ; ils ont ajouté — sinon tous les deux, au moins M. Schneider — que M. le général Trochu n'accepterait pas.

Voilà les faits qui sont à ma connaissance.

Il y a d'autres points sur lesquels je pourrais répondre si l'on m'interrogeait à cet égard. Je ne sais s'il en est question dans le débat actuel; toutefois je les signale. Ainsi on a parlé d'un voyage que le président du Sénat aurait fait à cette époque au camp de Chàlons. Je ne sais si ces particularités rentrent dans le sujet

M^ Laciiaud : Vous pourriez en effet nous expliquer

M. RouiiER : Cela me paraît avoir traita M. le général Trochu d'une manière très-directe. Il s'agissait de savoir dans quelles circonstances le mouvement del'armée s'opérerait; si elle devait se retirer sur Metz, ou revenir sur Paris

M" Allou : Cela est en dehors du débat.

M" Lachaud : Nous n'insistons pas.

M. Schneider, JosEPii-EuGÈNE, §oixante-six ans, maître de forges,

ANCIEN président DU CoRPS LEGISLATIF ET MEMBRE DU CONSEIL PRIVÉ.

M^ Laciiaud : Je prierai monsieur le Président de demander à M. Schneider s'il se rappelle avoir rendu compte à l'Impératrice, dans le Conseil des ministres tenu h 7, de la conversation qu'il aurait eue avec M. le général Trochu au sujet du ministère de la guerre, et si, lui et M. Emile Ollivier n'ont pas, à cette occasion, dit à l'Impératrice qu'ils ne croyaient pas possible de lui conseiller de choisir M. le général Trochu pour ministre de la guerre. M. Schneider aurait ajouté : « M. le général Trochu d'ailleurs n'accepterait pas. »

M. Schneider : Si monsieur le Président m'indique d'avoir à communiquer ce (pii a pu se passer en ma présence dans le sein du Conseil, j'obéirai par déférence; dans le cas contraire, je dois avouer que j'éprouverais quelques scrupules ; maisje puis, en tous cas, rendre compte de ce qui m'est personnel relativement à une conversation que j"ai ou l'honneur d'avoir avec M. le général Trochu à Toccasion du fait ijui vient d'être actuellement mentionné.

Au moment où le ministère de la guerre était occupé à titre provisoire, les circonstances prenaient une gravité que tout le monde connaît ; le sentiment public était que ce provisoire devait cesser. Je re- (jus dans mon cabinet, comme président du Corps législatif, la visite de

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