‹ L'Empire et la défense de Paris devant le jury de la SeineChapitre 22 sur 65 · DES TÉMOINS APPELÉS PAR LE GÉNÉRAL TROGHU · texte numérisé non relu

DES TÉMOINS APPELÉS PAR LE GÉNÉRAL TROGHU

M. LE MARÉCHAL DE MaC-MaHON (MaRIE-EdME), DUC DE MaGENTA.

Me Allou : Je prierai monsieur le Président d'avoir la bonté de demander au maréchal dans quelles circonstances il aurait, pendant la conférence de Châlons, recommandé à l'Empereur le général Trochu, et dans quelles circonstances il serait, plus tard, revenu sur ses sentiments à son égard.

M. le maréchal de Mac-Mahon : Il y a une manière très-simple de répondre à la question qui m'est adressée, c'est de faire connaître ma déposition devant la commission parlementaire chargée de faire une enquête sur les événements du 4 septembre, déposition qui, je le crois, par l'emploi qu'en a fait le Figaro^ a été une des causes du procès actuel .

Voici cette déposition telle que je l'ai faite.

[Le témoin cherche des papiers dans sa poche.)

M. LE Président : Monsieur le maréchal, il faudrait avoir la complaisance de vous reporter à vos souvenirs.

M. LE Maréchal : Comme les appréciations contenues dans ma déposition devant la commission d'enquête du 4 septembre sont exactes, le Figaro a cru devoir reproduire cette déposition.

M. LE Président : Ici nous ne pouvons, monsieur le maréchal, qu'entendre vos déclarations verbales et non pas des déclarations écrites.

M. le MAf.iiCHAL : Dars la déposition dont je viens de parler, — déposition qui est l'une des causes du procès, — j'ai fait connaître que j'étais arrivé à Châlons le 17 août d'assez bonne heure ; que sur les huit heures l'Empereur me fit demander; l'Empereur était établi devant son quartier général; il y avait à côté de lui, causant avec lui, le prince Napoléon, \d général Trochu, le général Schmitz, et. . . [Ici le maréchal cherche dans ses souvenirs.) Il y avait une quatrième personne dont je ne me rappelle pas bien le nom...

M. le général Trochu : Le général Berthaut.

M. le Maréchal : Oui, le général Berthaut ; je vous remercie.

Il y avait déjà quelque temps que l'Empereur causait avec ces messieurs. Quand j'arrivai, le prince Napoléon exprimait à l'Empereur qu'il craignait une révolution à Paris, ou un mouvement très-prononcé, et il disait que le général Trochu, par ses antécédents, par sa manière d'être, était le seul homme qui fût en état d'arrêter un mouvement révolutionnaire.

Cette appréciation, ces observations du prince Napoléon parurent étonner l'Empereur dans le premier moment, et je crois me rappeler qu'il ne répondft pas immédiatement; par un motif quelconque, il me fit signe d'aller lui parler. L'Empereur rentra dans le pavillon, je crois, et là il me demanda ce que je pensais du général Trochu. Je lui dis que

je connaissais le général Trochu depuis longtemps, que c'était un homme de cœur, un homme d'honneur, et que l'Empereur pouvait avoir confiance en lui. J'ajoutai que c'était là ma conviction intime.

Voilà ce que j'ai dit.

M^ Allou : Je voudrais que monsieur le maréchal eût la bonté de préciser'un peu plus. Nous ne nous plaignons pas des sentiments qu"il vient d'exprimer, mais ces sentiments ont-ils été rétractés par le maréchal, ainsi que le Figaro^ dans son article, le fait supposer?

N'y a-t-il pas, dans ces paroles rapportées par le Figaro : « Je le croyais un honnête homme », en quelque sorte comme une illusion perdue ?

M. LE Maréchal : Je n'ai jamais prononcé ces mots. J'ai dit, en faisant connaître ma pensée sur le général, que c'était ma conviction intime.

M® Allou : Je n'ai pas autre chose à demander.

M® Laciiaud : Monsieur le maréchal sait-il si , lorsque le général Trochu a été envoyé comme Gouverneur à Paris, il n'a pas fait, du retour des mobiles de Châlons à Paris^ une condition sine qua non de son acceptation ?

M. le Maréchal : Je crois me rappeler que , lorsque le général Trochu parla de son retour à Paris, il demanda d'y ramener les 18,000 mobiles de Châlons. Ma conviction intime est que l'Empereur fut étonné de cette demande, et qu'il n'approuvait pas ce projet ; dans le premier moment, il dit qu'il n'était pas partisan de cette idée et on parla de cette troupe. Ce sujet intéressant le général Berthaut, il intervint et dit quil avait confiance dans ses troupes, et qu'on pouvait compter sur ses bataillons.

L'Empereur consentit alors à leur retour à Paris, mais à la condition que les bataillons de mobiles de Belleville, de Ménilmontant, et probablement aussi de Montmartre, seraient envoyés à Valenciennes, à Maubeuge ou à Lille, je crois.

Je crois que c'est le général Trochu qui a demandé de ramener à Paris la garde mobile.

M^ Laciiaud : Monsieur le Président , auriez-vous la bonté de prier M. le maréchal de nous dire s'il était entendu entre lui et le général Trochu, que le maréchal reviendrait sur Paris?

M. le Maréchal : Je venais d'être nommé, sous les ordres du niaréréchal Bazaine, commandant de l'armée. J'écrivis au maréchal Bazainc pour lui demander des instructions; je fis partir un oflicier, le lieutenant-colonel Broyé, pour Verdun; je ne savais pas ce qui s'était passé à Metz; on ne connaissait pas encore, à ce moment, la bataille de Mars-la-Tuur; à cette épocjue, je ne pensais pas ramener l'armée à Paris, je ne songeais qu'à i)rendre les instructions du général en chef.

M" Laciiaud : Je prie monsieur le maréchal dédire si l'Empereur exerrait encore le commandement militaire à ce moment.

M. le Maréchal : Lorscpie j'ai été nommé au commandement de larmée de Châlons, j'ai reçu ma lettre de service et j'ai' été demander à l'Empereur quels étaient les rapjiorts qui devaient exister entre lui. le souverain, et le commandant en chef de l'armée de Châlons. L'Empereur

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