‹ L'Empire et la défense de Paris devant le jury de la SeineChapitre 23 sur 65 · M. CHANGARNIER · texte numérisé non relu

M. CHANGARNIER

m'a répondu que, par des considérations qu'il n'avait pas à me faire connaître, il faisait abstraction de lui, qu'il en avait décidé ainsi, qu'il me remettait le commandement et qu'il ne s'occuperait pas des opérations.

Je dois dire que tous les mouvements qui ont été ordonnés l'ont été par moi, et ces mouvements, cela est arrivé, étaient l'inverse de ce que l'Empereur voulait faire.

M^ Allou : Le maréchal a dit qu'il était arrivé à Châlons au milieu d'explications entre l'Empereur, le générai Trochu et le général Berthaut ; ainsi 1q commencement de ce qui s'est dit dans cette conférence, c'est surtout le général Berthaut qui nous le fera connaître.

M. LE Maréchal : Oui , ces messieurs causaient ensemble ; moi , j e suis allé rédiger un ordre.

M. Nicolas-Anne-Théodule Changarnier, soixante- dix-huit ans,

DÉPUTÉ A l'AsSEMRLÉE NATIONALE.

M' Allou : Le général a-t-il prononcé ces paroles qui lui sont attribuées par le journal le Figaro : « C'est Tartufe coiffé du casque de Mangin», en parlant du général Trochu?

M. le général Changarnier : La société serait bien malade si l'on répétait les propos dits dans les salons; quant à moi, je ne répéterai jamais ceux que j'ai entendus, je les oublie, mais je réclame la même réserve à mon égard. Comment! on m'appelle ici pour faire connaître mon appréciation ; je suis ici pour répondre sur des faits et non pas pour faire connaître mon opinion. Je refuse absolument de faire connaître mon opinion.

M^ Allou : Ce que nous demandons au général, c'est précisément de nous renseigner sur un fait , nous- ne lui demandons pas une appréciation.

Je comprends la discrétion avec laquelle le général s'exprimait tout à l'heure, mais nous le prions de nous dire s'il a prononcé ces mots, en parlant du général Trochu : « C'est Tartufe coiffé du casque de Man gin. »

M. le général Changarnier : A quelle époque ai-je dit cela? Nommezmoi la personne qui a répété ce propos, afm que je ne la fréquente de la vie.

M^ Allou : Ces sentiments sont les nôtres, mais nous demandons au général s'il répudie les paroles qui lui sont attribuées?

M. le général Changarnier : Je suis un homme bien élevé !

W Allou : Ces paroles constituent l'un des faits les plus graves de la prévention. Le Figaro a enveloppé la carrière du général Trochu entre deux accusations : celle du maréchal de Mac-Mahon et celle du général Changarnier; ce sont là deux autorités considérables qui sont mises en jeu dans deux articles du Figaro. J'insiste donc en demandant si les paroles que je viens d'indiquer ont été prononcées, dans une circonstance quelconque, par le général Changarnier?

M. le général Changarnier : Je prie maître Allou de me permettre de lui dire que, à la date du 4 septembre, je prenais part à la guerre autourde Metz, et j'étais privé de toute communication avec le reste de la

France; je n'ai rien su que par des propos recueillis par des amis, que par des propos de salon; mais comment peut-on vouloir m'obliger à répéter, aujourd'hui devant la justice, que je respecte, de pareils propos ! Appelé ici, je me suis empressé de venir devant la justice, je préférerais cependant être à l'Assemblée, où l'on doit discuter le budget du ministère de la guerre.

Encore une fois, comment veut-on que, cherchant dans des conversations qui remontent à plusieurs mois, je répète des paroles qui compromettent mes amis et moi-même? Je ne le veux pas.

Je ne suis pas pessimiste; malgré tant d'épreuves, je suis resté optimiste, et je crois à l'avenir de mon pays. Mais la société serait bien malade si de pareilles mœurs se propageaient. Le général Changarnier ne lui donnera pas le dernier coup en répétant des propos de salon ; il est impossible de discuter sur ces paroles, je n'admets pas que la discussion puisse porter sur ce point.

M^ Allou : Il ne s'agit pas d'appréciation, il ne s'agit pas de propos échangés entre le général et d'autres personnes, il s'agit d'un propos qui aurait été tenu par le général Changarnier.

M. le général Changarnier : Je n'enregistre pas mes paroles. On veut que je vienne, après deux ans qu'elles auraient été prononcées, rappeler des paroles devant la justice ; ce n'est pas possible.

M'' Allou : Je n'ai pas à insister.

M. le général Changarnier : Je répète à M^ Allou que je suis étonné d'avoir été appelé ici. Comment pourrais-je apporter des faits sur la révolution du 4 septembre, lorsqu'à cette époque j'étais privé de toute communication avec la France ? Je refuse de répéter des propos de salon.

Je n'ai pas de renseignements plus précis à lui donner sur le Deux- Décembre. Les grands acteurs de ce drame sont généralement connus, mais les acteurs subalternes sont inconnus. J'ai été arrêté au point du jour, conduit à Mazas, de là à Ham où je suis resté trente-huit jours, et j'ai ensuite été exilé en Belgique pendant huit années. C'est à mon arrivée en Belgique que j'ai commencé à lire les journaux pour connaître les faits de cette époque.

Le général Trochu, a.ec lequel j'ai eu des relations très-cordiales et très-bienveillurtes, se plaint d'ôtreaccusé d'avoir été l'un des agents subalternes» du drame du Deux- Décembre. Je n'en sais rien. Je ne puis pas répéter des bavardages ; je demande qu'on m'en dispense.

Me Allou : Quels sont les sentiments d'estime manifestés par le témoin pour le général Trochu?

M. le général Changarnier : Lorsque je commandais la garde nationale et l'armée de Paris, — ce qui était une position considérable, — le général de division Neumayer avait pour aide de camp son beau- Irère le capitaine Trochu. J'ai beaucoup apprécié les capacités du capitaine Trochu, et j'ai toujours conservé une alfectueuse estime pour lui. Nos relations furent rompues lors de la révocation du général Neumayer ; elles IV.rent tout à fait interrompues pendant benucoup plus de temps ensuite, lorsque jetais en Belgique; le décret d'exil ayant été rapporté pour moi après la cam[)agne d'Italie, je rentrai en France en novembre

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