‹ L'Empire et la défense de Paris devant le jury de la SeineChapitre 25 sur 65 · M. DE MAILLÉ. - M. CHARLES DE MEFFRAY · texte numérisé non relu

M. DE MAILLÉ. - M. CHARLES DE MEFFRAY

du coup d'État, soit postérieurement à cec événement;, et quels sont ses sentiments personnels à l'égard du général Trochu?

M. le comte de Maillé : Mes relations avec M. le général Trochu datent de notre entrée à l'École militaire, en 1835; depuis ce moment, une intime amitié a existé entre nous, elle a duré et dure encore. Le général Trochu est, parmi les hommes que j'ai connus dans ma vie, celui qui s'est laissé le moins lier par la politique, subordonnant tous les actes de sa vie à la loi morale dont il a été l'avocat ardent et convaincu, dans tous les temps et sous tous les régimes.

Sa vie privée a été modeste, pure et dévouée pour les siens jusqu'aux plus grands sacrifices. Sa vie publique a été laborieuse, réservée et dominée toujours par ces idées morales qui l'ont rendu l'adversaire des moyens employés pour préparer le coup d'Etat, l'adversaire du coup d'Etat lui-même et de ses conséquences.

Je me souviens qu'en 1849, lorsqu'il était aide de camp du maréchal Bugeaud et, par intérim, du général Neumayer, il écrivit une lettre au maréchal Bugeaud ; il me montra cette lettre qui traitait la question présidentielle, et par laquelle il conseillait au maréchal de voter en faveur du général Cavaignac, lui démontrant tous les dangers que le pays courrait si le prince Louis-Napoléon parvenait au pouvoir.

Le coup d'Etat du 2 décembre ayant été sanctionné par le suffrage universel, le général Trochu avait accepté franchement l'Empire; il le servit sans arrière-pensée, en se réservant de lui dive toute la vérité. C'est ce qu'il fit d'une manière très-nette, notamment par son livre sur Farmée française, en 1867, et je crois que si on l'eût écouté à ce moment, l'Empire eût pu être sauvé.

A cette occasion, je me souviens que, chez moi, à la fin de l'année 1866, discutant avec plusieurs de mes amis sur la campagne de Sadowa, le général Trochu défendit, avec beaucoup de chaleur, le général Benedeck. Après la conversation, je lui demandai pourquoi il avait défendu avec tant d'ardeur le général Benedeck. Il me répondit ; « Je l'ai défendu comme il faudra défendre un jour tous les généraux français, car, un jour, nous serons tous des Benedeck, victimes de la détestable organisation militaire de notre pays. »

Je ne connais pas une phrase plus douloureusertient prophétique !

M. Charles DE Meffray, propriétaire a Paris, cinquante-deux ans.

M'^ Lacii\ud : Je prierai monsieur de Meffray de vouloir bien faire connaître à messieurs les jurés les observations qu'il a faites sur la bataille de Buzenval. M. de Meffray s'est occupé spécialement et sérieusement de cette étude, et comme c'est là un des points de la prévention, il est indispensable que M. de Meffray puisse donner à messieurs les jurés tous les renseignements qu'il peut avoir par-devers lui.

M. Charles de Meffray : C'est avec une douloureuse et profonde attention que j'ai suivi cette longue agonie de Paris.

Je dois dire que, depuis le commencement jusqu'à la fin du siège, jamais les rares opérations qui ont eu lieu n'ont été préparées avec" le

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soin que commandait cette grave mission de la défense de la France entière par la défense de Paris.

Quant à l'opération de Buzenval en elle-même, les ordres, dans cette affaire, n'ont pas été assez sérieusement donnés, ni d'une façon assez précise. Je crois, en mon âme et conscience, que cette entreprise a été une satisfaction donnée à la surexcitation si imprudemment soulevée dans la partie malsaine de la population de Paris.

Je ne pense pas que le fait de Buzenval puisse être sérieusement considéré comme une opération militaire, alors que nous étions arrivés à la dernière bouchée de pain, si l'on peut appeler pain ce qu'on mangeait alors.

Je crois qu'une opération importante devait être menée autrement que l'a été celle de Buzenval ; il fallait prendre ses dispositions pour que les colonnes arrivassent en même temps; il fallait donner des ordres plus précis; il fallait que l'ordre de départ des colonnes fût calculé de telle sorte que l'effort pût s'accomplir partout en môme temps ; il ne fallait pas que les chemins fussent encombrés malencontreusement, comme cela s'est produit. Je crois, pour terminer, que toutes les mesures pouvaient être mieux prises qu'elles ne l'ont été.

Me Allou : Je voudrais que le témoin ne fût pas blessé de ce que je vais dire.

Je me demande en quelle qualité il parle; je n'ai pas compris quelle était l'importance de l'autorité qu'il avait dans le débat ; tient-elle à sa situation militaire ?

M. DE Meffray : J'avais donné ma démission, je n'avais aucun rôle à jouer.

Me Allou : Démission de quelle qualité?

M. DE Meffray : La dernière démission que j'ai donnée a été celle de capitaine dans l'armée française.

M. PÉLissiER (Philippe -Xavier), clnquante-iiuit ans, général de

DIVISION d'artillerie DE MARINE.

M^ Lachaud : Je voudrais prier M. le général Pélissier de bien vouloir dire la conversation qu'il aurait eue dans le chemin de fer avec plusieurs personnes sur l'affaire de Buzenval ; quelle était son appréciation sur la bataille de Buzenval':

M. le général Pélissier : Je viens do lire, il y a un instant, dans un journal, la conversation qu'on me prête. Cette conversation remonte au 30 mars 1871. J'éprouvais la surexcitation que beaucoup ressentaient à la suite des malheureux et déplorables événements qui se dérouiaient. Mon langage a pu être animé, mais mes souvenirs no pourraient pas m'aider à me rappeler les paroles que j'ai prononcées ; cependant je dois dire que je n'ai en aucune façon rien avancé qui pût porter atteinte au caractère et à l'honneur du général Trochu.

J'ai pu émettre des opinions générales, et dire que le général Trochu ne croyait pas à la défensi^ de Paris, ;\ son succès; ipie ce manque de confiance avait pu se faire sentir dans la direction imprimée aux opérations militaires ; qu'il y avait eu innit-t^tre gaspillage de nos forces vives

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