M. LE GÉNÉRAL PÉLISSIER. — M. LE GÉNÉRAL LEBRUN
et manque d'unité dans les moyens d'action, dans la mise en œuvre.
Quant aux propos qui me sont prêtés, et que je viens de lire à l'instant, je le répète, je ne les ai pas dits, je n'ai pas tenu un pareil langage. J'ai pu dire que la conviction du général Trochu était que le succès de la défense était impossible, et qu'il considérait comme un sang inutilement répandu celui qui serait versé dans ce but.
Quant à Buzenval, j'ai pu exprimer le regret qu'à une certaine heure de la journée, au moment où 1 on était repoussé du côté de la maison du curé, on n'ait pas fait avancer les réserves inactives qui attendaient l'ordre de marcher. Quant à préciser les termes dont je me suis servi, je ne saurais le faire, et je crois que la personne qui a provoqué mon intervention dans ce débat est elle-même fort mal servie par ses souvenirs.
M" Allou : Je demanderai au témoin s'il tutoie le général Trochu.
M. le général Pélissier : Non; j'ai même trouvé cela assez bouffon; ce fait prouve que la personne qui s'est occupée de moi est bien mal renseignée.
M*' Lachaud : La personne qui a été entendue sur ce fait a déclaré ne pouvoir affirmer si vous aviez dit tu ou vous.
W Allou : C'était la constatation que la personne qui a rapporté la conversation n'en avait pas un souvenir bien fidèle.
M. DE Grave, qui est dans la salle, demande la parole à M. le Président, qui la lui accorde.
J'ai eu le bonheur insigne de retrouver une des personnes qui se trouvaient avec moi dans le wagon le jour où a eu lieu la convers^ition du général Pélissier, et qui a entendu comme moi les explications du général : c'est le capitaine Cazanova, ancien capitaine de la garde impériale.
M^ Lachaud : Son adresse?
M. DE Grave : Je la donnerai demain.
M. LE GÉNÉRAL DE DIVISION LeBRUN (BaRTHÉLEMY-LoUIS-JoSEPH),
soixante-deux ans, ancien aide-major général de l'armée du Rhin.
W Lachaud : On nous a dit, je ne sais si c'est exact, que M. le général Lebrun était à Châlons au moment où les fonctions de Gouverneur de Paris ont été données à M. le général Trochu. Le général Lebrun peut-il donner des explications sur ce point?
M. le général Lebrun : Je suis arrivé au camp de Châlons en même temps que l'Empereur que j'accompagnais, le 16 août, venant de Metz. Le lendemain matin, il y a eu conseil, composé de l'Empereur, président; du général Trochu; du général Schmitz, son chef d'état-major général; du général Berthaut et du maréchal de Mac-Mahon.
Je n'ai su qu'à l'issue du conseil la question qui avait été agitée, au moment même où la séance était levée. J'apprisalors que le général Trochu, qui était arrivé le même jour que moi à Châlons, et qui avait été désigné pour prendre le commandement du 12'' corps d'armée, venait d'être nommé Gouverneur de Paris. J'appris en même temps par le maréchal
de Mac-Mahon, qui sortait du conseil, que j'étais appelé à prendre le commandement du 42* corps, en remplacement du général Trochu.
Je dois dire que je me lélicitai beaucoup de la nomination du général Trochu au poste de Gouverneur de Paris; je ne regrettai qu'une chose, c'était de me voir appelé à lui succéder dans le commandement du 12'' corps, parce que je n'avais demandé que le commandement d'une division. Je dus prendre possession de mes nouvelles fonctions.
Voilà donc quel était mon sentiment à ce moment. Je me félicitai, comme tous ceux qui étaient autour de moi, de voir le général Trochu occuper une position aussi élevée, celle de Gouverneur de Paris.
Il était pris, en même temps, une autre décision, mais je ne l'approuvais pas, c'était la décision relative au retour à Paris des quatorze ou quinze mille gardes mobiles qui avaient donné, au camp de Châlons, des preuves d'indiscipline très-marquées. J'avoue que si l'on m'avait consulté sur ce point, j'aurais demandé qu'on les envoyât dans les places du Nord et non pas à Paris. Mais enfin la décision était prise.
M. le général Trochu a quitté le camp de Châlons dans la journée du 17, vers midi, pour rentrer dans Paris.
Ai -je besoin de dire ce qui était venu à ma connaissance relativement aux dispositions arrêtées quant à la direction que devait prendre l'armée de Châlons?
M* Allou : Oui, général, vous pouvez le dire.
M. le général Lebrun : Il avait été dit que l'armée de Châlons était destinée non pas à prendre la direction de Metz, mais celle de Paris, et non pas par les voies ferrées et par Reims, mais en combattant pied à pied, pour cherchera ralentir la marche de l'armée ennemie, et de manière à devenir, pour Paris, le noyau d'une armée qui, à mon sens, en moins de six semaines, nous eût donné une armée organisée, instruite, et qui eût pu peut-être atteindre le chiffre de trois cent mille hommes. Dans ces conditions, Paris pouvait se défendre, parce que Paris était placé alors dans la situation de toutes les places fortes qui peuvent combattre et espérer ne jamais capituler quand, à distance, il y a une armée considérable qui peut lutter avec l'ennemi assiégeant.
Il en a été tout autrement, puisque l'armée, arrivée à Reims avec cette idée qu'elle allait être dirigée sur Paris , était dirigée sur Metz.
La Cour comprend, sans que j'aie besoin de lui donner des détails, que cette armée n'est pas allée en droite ligne sur Metz et que, toujours attirée d'un côté sur 51etz, de l'autre sur Paris, il a dû se produire des tergiversations qui ont fait qu'en définitive, il y a eu un temps darrèt à Rethel et à Reims, où on a passé quarante-huit heures au lieu de vingtquatre ; qu'à Etrecheville, sur la Suippe, il y a eu encore un temps d'arrêt; maison était toujours dans cette alternative de revenir par les places du Nord sur Paris, ou de continuer la roule sur Metz.
J'ai été en ;iosition d'exi^rimer mon sentiment sur le mou\ ornent dans la direction de Metz; ce mouvement me jiaraissait extrêmement compromettant, je ne lo croyais pas basé sur les principes de la stratégie; il ne tenait pas compte de notre infériorité numérique et laissait Paris livré à lui-même-