M. LE GÉNÉRAL LEBRUN
Je ne crois pas avoir besoin de parler de la bataille de Sedan et de ses conséquences funestes.
M** Lachaud : Si le témoin veut déposer sur ces faits, ce n'e^-tpasmoi qui l'arrêterai ; je l'écouterai au contraire avec beaucoup d'attention ; mais, en définitive, ce n'est pas pour connaître ces grands événements de guerre que nous avons prié l'honorable général de se présenter ici. J'ai adressé une question, on y a répondu; on vous a prié d'insister sur certains faits, vous avez parlé, je n'ai plus rien à demander.
M. le général Lebrun : Dans les attaques dirigées contre le général Trochu figure celle qui consiste à dire qu'il aurait joué un rôle à l'occasion du coup d'État du 2 décembre, dont il aurait été l'un des acteurs.
Je puis déclarer que c'est le contraire qui a eu lieu, que le général Trochu n'a pas été un des acteurs du coup d'État, qu'au contraire il y était excessivement opposé, et que, au moment où se produisit le coup d'État, il n'y était absolument mêlé en rien, puisqu'il venait de quitter sa position près du général Neumayer, qui avait remis son commandement au général Carrelet.
M^ Lachaud : J'ai les états de service du général Trochu, et, lorsque la discussion sera venue, je montrerai qu'il est celui de tous les généraux français dont l'avancement a été le plus rapide.
M. le général Lebrun : Oui, son avancement a été rapide; mais, dans l'armée, ses camarades ont cru qu'il était parfaitement justifié.
M* Lachaud : Je ne me permets pas de dire que cet avancement n'ait pas été justifié; mais, pièces en mains, avec des indications positives, j'établirai que, comme avancement et comme promotions dans la Légion d'honneur, il n'y a pas eu, en France, un officier général qui se soit trouvé dans les conditions de M. le général Trochu.
M^ Ali ou : Cela est de la discussion ; quand elle sera venue, il me sera peut-être facile de montrer que le général Trochu a refusé encore plus d'honneurs qu'il n'en a reçus.
. M. le général Lebrun : Je demande à ajouter un mot, non pas tant pour M. le général Trochu que pour l'armée, à propos de l'attitude prise par le général dans les journées des 3 et 4 septembre.
Si la Cour le permet, j'exprimerai mon opinion sur ce point.
M. LE Président : Ce sujet fait partie du débat ; le rôle du général à cette époque est compris dans les articles incriminés, et vous pouv3z faire connaître les renseignements que vous avez sur ce point.
M. le général Lebrun : Ce sont quelques observations que j'ai à faire, et je répète que je crois pouvoir les faire dans l'intérêt de Tarmée bien plus encore que dans celui du général Trochu.
Il y a une question que s'adressent les collègues du général Trochu, sej collègues les plus affectionnés, et je me permettrai de dire que je me suis placé depuis longtemps, et que je suis disposé toujours à être compté parmi ceux-là, mais avec cette petite réserve que je fais.
Il y a, dis-je, une question que se sont posée les camarades du général Trochu, après avoir lu sa déposition devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, déposition dans laquelle est sxpliqué son rôle dans les journées des 3 et 4 septembre 1870.
Il a été constaté que le général Trochu n'avait pas paru une seule fois aux Tuileries dans la journée du 3 septembre, et on s'est demandé pourquoi il ne s'y est pas présenté, parce qu'il n'est personne dans l'armée qui ne l'eût fait, surtout après les engagements pris par le général envers l'Impératrice, le général Trochu ayant dit qu'avant d'arriver jusqu'à elle on passerait sur son corps.
Eh bien, je demande à être éclairé sur cette absence, moi représentant d'une partie de l'opinion de l'armée. Je demande comment on explique le fait de cette absence dans la journée du 3.
Le 4 septembre, au contraire, il arrive un moment où le général Trochu est prévenu de ce qui se passe au Corps législatif; il monte à cheval et l'on se demande où il va aller : d'un côté, il y a les Tuileries où se trouve l'Impératrice, et de l'autre, le Corps législatif. Il avait son quartier général au Louvre.
Le général monte à cheval ; mais, au lieu de passer par les Tuileries, il va droit au Corps législatif. On peut s'expliquer qu'ayant deux intérêts considérables à sauvegarder, il ait pu se diriger vers le Corps législatif où la représentation du pays avait besoin d'être protégée.
J'explique le fait de cette façon; mais, étant en route, étant parti par la rue de Rivoli ou les quais, l'encombrement de la foule devient tel qu'il ne peut arriver jusqu'au Corps législatif; il rencontre, dans son chemin, M. Jules Favre ; on échange quelques paroles par lesquelles M. Jules Favre apprend au général qu'il est trop tard pour lui de songer à protéger le Corps législatif, où il n'a plus rien à faire ; il ajoute que si le général veut être utile encore c'est à l'Hôtel de ville qu'il doit aller.
M. le général Trochu tourne bride après ces paroles et ne va pas aux Tuileries.
On peut se demander si, dans ce moment, voyant qu'il ne pouvait aller jusqu'au Corps législatif, le général ne devait pas et ne pouvait pas passer par les Tuileries.
M. LE PiiÉsiDExYF : Jc VOUS ferai remarquer, général, que vous entrez là dans des détails qui ne sont pas à votre connaissance personnelle Nous ne vous demandons que des faits qui soient à votre connaissance personnelle ; comme témoin, c'est le rôle qui doit être rempli ici.
Je crois qu'on n'a plus de questions à vous adresser de part et
d'autre.
M. le général Lebrun : Je voulais fournir au général Trochu l'occasion de s'expliquer sur ces faits.
M" Lacuaud : Le général Trochu a pour défenseur l'avocat le plus éminenl, vous pouvez vous en fier à lui pour recevoir des explications.
W Allou : L'honorable général recevra les explications qu'il désire.
M. DE Lalande, soixante-dix-neuf ans, général de brigade du