M. DE LALANDE. — M. LACROIX. —M. DE PLACE. J
séquence de ce qui s'était passé à l'une des revues de Satory, du général Neumayer et de son aide de camp M. Trochu.
M. le général de Lalande : J'étais à cette époque chef d'état-major de la première division militaire ; j'étais informé, je savais qu'il était de notoriété, dans l'état-major de cette division, que le général Trochu, alors chef d'escadron en disponibilité et précédemment aide de cam.p du général Neumayer, s'était toujours montré opposant au coup d'État, et avait manifesté la même opposition à l'égard des mesures qui devaient le préparer et en déterminer l'accomplissement.
M. Lacroix (Saint- Ange Edme), cinquante-trois-ans, colonel d'étatmajor EN RETRAITÉ.
]VP Allou : Quelle a été la conduite du général Trochu, alors chet d'escadron, au moment des revues de Satory et au moment du coup d'Etat ; quels sentiments exprimait-il relativement aux distributions de vivres, d'argent et de décorations qui étaient faites alors, et quelle a été son attitude au moment du plébiscite, lorsque le vote à découvert fut imposé à l'armée?
M. le colonel Lacroix : Au moment du plébiscite on fit voter l'armée sur un registre ouvert ; d'un côté il y avait une colonne pour les oui^ et de l'autre une colonne pour les non. On votait à la division militaire, et l'on devait apposer sa signature dans la colonne des oui ou des non. Le lieutenant-colonel Trochu est venu au milieu de nous à la division militaire, bien qu'il n'appartînt pas à cette division, et il a inscrit son vote dans la colonne des non, en apposant sa signature.
jVP Allou : Savez-vous quelques faits relatifs aux revues de Satory ?
M. le colonel Lacroix : Je n'étais pas de service aux revues'de Satory, je restais à l'état-major général, à la place Vendôme ; je ne sais pas, comme témoin, ce qui s'y passait.
M. Gustave-Henri de Plage, général de brigade, cinquante-iiuit ans, chef-d'état-major du premier corps.
M^Allou: Messieurs les jurés saventque, dans un des articles du F/^aro, M. Vitu a rattaché la nomination de M. le général Trochu aux fonctions de sous-directeur à la guerre, aux services qu'il aurait rendus au moment du coup d'Etat. Nous entendons maintenant demander au témoin dans quelles circonstances a eu lieu la nomination de M. Trochu comme sous-directeur à la guerre, et si cette situation ne lui a pas été imposée par le général de Saint-Arnaud.
M. le général de Place : Au moment où eut Heu le coup d'Etat du 2 décembre, le général Neumayer et la commandant Trochu étaient en disponibilité ; le commandant Trochu avait été aide de camp du général Neumayer, son parent ; il ne faisait donc pas partie de l'étatmajor du ministre; j'étais, à cette époque, aide de camp du ministre de la guerre. Quelques semaines après les événements, je me rendis, par amitié, chez le commandant Trochu, car j'étais très-lié avec lui. Il habitait la rue des Saints-Pères; nous eûmes une conversation dans laquelle il me fit part de ses appréciations personnelles.. Je n'étais envoyé •
près de lui ni par le ministre ni par qui que ce soit. Dans cette conversation, M. le commandant Trochu m'exprima l'intention de ne pas être compris dans le personnel actif de l'armée, et le désir de rester dans la position où il était, c'est-à-dire en disponibilité. Je revins au ministère de la guerre, et quelques jours après je parlai au ministre de cette conversation ; le ministre répondit que les sentiments exprimés par le colonel Trochu étaient honorables, et, quelque temps après, le ministre me fit part de son intention d'appeler le colonel, Trochu à la direction du personnel comme adjoint. Il y fut appelé, en effet; je me rendis près du colonel Trochu et lui donnai connaissance de sa nomination probable à cet emploi; le colonel Trochu m'exprima encore l'intention où il était de rester à l'écart. Malgré cela, j'appris que le ministre l'avait fait appeler par l'un de ses officiers d'ordonnance, et qu'il lui avait confié la fonction de directeur-adjoint du personnel à la guerre en lui donnant l'ordre de l'accepter.
M" Allou : Ce n'est bien que sur l'ordre du maréchal de Saint-Arnaud, ministre de la guerre, c'est-à-dire sur l'ordre d'un supérieur à un inférieur, que M. le colonel Trochu a accepté la situation de sousdirecteur du personnel à la guerre ?
M. LE Président, au témoin : Vous entendez l'interpellation?
M. le général de Place : Oui, c'est bien sur l'ordre du ministre de la guerre et, à ce moment, M. le colonel Trochu désirait rester à l'écart ; il était en disponibilité, et ne faisait partie de l'état-major du ministre en aucune façon.
M. Waubert de Genlis, général de [brigade en disponibilité,
ANCIEN aide de CAMP DE l'EmPEREUR, CINQUANTE-SEPT ANS.
M" Allou : Voici une première question que je désire adresser au général .
N'est-il pas à la connaissance du général de Waubert que, lorsque le o-énéral Trochu était en Crimée, on lui avait offert le poste très-envié et très-considérable de chef d'état major général et qu'il le refusa.
M. le général Waubert de Genlis : J'ai connaissance de ce fait; j'étais le collègue du général Trochu, et j'ai le souvenir que le fait dont il vient d'être parlé s'est produit.
M^ Allou : Deuxième question. En 1860, à l'occasion de la mort du frère du général Trochu qui laissait une famille nombreuse, ne se soraiton nas présenté, au nom de l'Empereur, chez le général avec une somme de :20,000 francs pour la veuve et les enfants du frère du général? Le général se trouvait alors à Rennes, et, à son retour, lorsqu'il apprit ce fait, il prit la somme et la reporta à l'Empereur.
M. le général Waubert de Genlis : J'ai le souvenir que, lorsque le général Trochu perdit son frère, l'empereur en eut connaissance, et qu'il fit envoyer au général une somme de 20,000 francs. Le général était absent; cette somme fut reçue par madame Troclui, Quelques jours après , le général vint me trouver et m'informa de cette circonstance.et aussi do ses scrupules. Il me dit qu'i! n'était pas dans une situation à profiter de l'ofire que lui faisait l'Empereur, et il me pria