ARTICLES DU FIGARO
23 janvier 1872.
« 19 janvier 1872 ! Anniversaire d'un jour de deuil, où le sang le plus pur coula dans une entreprise ténébreuse, que la conscience publique a flétrie du nom d'assassinat ! Au moment où les régiments de marche de la garde nationale furent lancés à travers le brouillard contre les batteries prussiennes, le gouvernement de la prétendue Défense nationale était déjà résolu à capituler. Une seule chose troublait ces âmes de sycophante : ils craignaient l'indignation de la population parisienne et ses suites possibles quant à la sûreté de leurs précieuses personnes. Ils s'attendaient à être écharpés. « Le Gouverneur de Paris ne capitulera « pas », avait dit le général Trochu dans une proclamation solennelle. Et cependant il savait qu'avant dix jours il aurait rendu la ville, les forts, les fusils, les canons de l'armée, payé 200 millions de contributions de guerre, et signé, avec les préliminaires de la paix, l'abandon implicitede l'Alsace et de la Lorraine,
« Contre son attente, le farouche bombardement qui dévastait la rive gauche n'avait pas ébranlé le courage des Parisiens. L'expédition de Buzenval fut résolue. C'était l'élite de la jeunesse qu'on envoyait au feu. Les résultats étaient prévus : le lendemain du désastre, la garde nationale et la population viendraient supplier le Gouvernement démettre fin à une boucherie inutile, et le Gouvernement déférerait, non sans résistance, aux vœux de la population,
« Vains calculs! crime sans résultat!
« La consternation fut grande, il est vrai. Presque tous les morts portaient des noms connus dans le monde, dans les lettres, dans les arts^, dans la marine et dans l'armée : H. Regnault, Frank Mitchell,Perodeaud.