M. ALFRED WACHTER
ble, — il pourrait être entendu, monsieur le Président, en vertu de votre pouvoir discrétionnaire.
M. LE Président : Audiencier, veuillez appeler M. Wachter. •
M. Wachter se présente à la barre.
M. LE Président, s adressant au témoin : Vous allez être entendu en vertu de mon pouvoir discrétionnaire. Vous n'avez pas à prêter serment; mais je n'ai pas besoin de vous dire que vous nous devez toute la vérité. Vous avez entendu l'interpellation qui a été adressée ?
M. Wachter, Alfred-Oscar, quarante-six ans, tiomme de lettres, ancien chef d'état-major de la garde mobile.
Quand, dans sa déposition, M. le général Schmitz a dit que M. Je général Trochu était sorti en bourgeois vers trois heures et demie, j'ai dit qu'il se trompait. J'étais à ce moment assis dans l'auditoire, à côté d'un jeune homme, le fils, je crois, de M. Busson-Billault, qui, ayant entendu mon observation, en aura probablement informé son père. Je suis prêt à déclarer ce que je sais.
M. le général Berthaut m'avait envoyé prendre les ordres du Gouverneur de Paris. Je suis entré dans le cabinet du général Schmitz, c'est-à-dire dans une grande salle d'où on avait vue sur les Tuileries, et d'oii l'œil pouvait porter sur le cadran du pavillon de l'Horloge. Je dis que je venais prendre des ordres, que nous étions très-inquiets. On me répondit :'« Attendez, il se passe des choses très -graves; llmpératrice fait ses préparatifs de départ. » Je fis connaître quel était mon embarras, et je suis descendu ensuite dans la cour du Louvre, où j'ai causé avec un des officiers d'ordonnance du Gouverneur. A ce moment, j'ai vu M. le général Trochu monter à cheval et quitter l'hôtel en tenue. Il y avait, autant que je puis m'en rappeler, parmi les officiers qui l'accompagnaient, un capitaine du train qui est parti avec lui. Il est sorti par la rue de Rivoli. Voilà les seuls faits que j'ai vus, et je pense que M. le général Trochu ne les conteste pas.
M. le général Trochu : Parfaitement.
M. Wachter : Au moment où l'Impératrice partait, j'étais à côté du général.
M. le général Trochu : C'est la vérité.
M^ Allou : Quelle est l'heure exacte du départ de l'Impératrice ? M. l'amiral Jurien de la Gravière a parlé de quatre heures; M. Busson- Billault de trois heures et demie. Comme il faudrait fixer ce point, je fais oltserver ici qu'il est une chose incontestable, c'est que M. le général Trochu est sorti à cheval de l'hôtel du Louvre par la rue de Rivoli, qu'il a tourné par le guichet conduisant à la place du Carrousel, qu'il a traversé cette place, se dirigeant vers la Chambre par le quai, jusqu'au pont de Solférino ; qu'il est revenu après avoir rencontré près du pont une foule considérable ne lui permettant plus d'avancer. Nous sommes sur tout cela parfaitement d'accord. Il ne faut pas qu'on s'imagine maintenant que le retour du général a été suivi d'un nouveau départ pour la Chambre, et je dois ajouter que, lorsque le général §'est rendu à l'Hôtel de ville, ce n'est qu'après avoir appris de M. le général Schmitz que
l'Impératrice était partie, et qu'après avoir vu s'abaisser le drapeau des Tuileries.
M*" L.vciiAUD, au témoin : Le général est sorti par la rue de Rivoli ?
M. Waciiter : Oui.
M'' Allou : Mais nous ne disons pas le contraire.
M*" Laciiaud : Quelle heure était-il, quand le témoin a vu le général?
M. Waciiter : Trois heures, trois heures et demie.
M^ Lachaud : C'est précisément l'heure indiquée par M. Busson-Biilault, qui rentrait chez lui presque aussitôt après le départ de l'Impératrice, et c'est au moment où il écrivait une dépêche à sa famille qu'attiré à sa fenêtre par les cris de la foule, il a aperçu le général dans la rue de Rivoli. L'appartement de M. Busson-Billault est en face des Tuileries?. . .
M. BussoN-BiLLAULT i En face des Tuileries, mais non pas de la partie habitée par M. le Gouverneur.
M. Waciiter : En ce qui touche la démonstration des gardes mobiles, quand les rapports de police nous sont arrivés, je suis allé à l'étatmajor et j'ai demandé des renseignements sur ce fait.
On me dit que le général-Trochu était très-ennuyé de toutes les manifestations de ces jeunes gens, qui se promenaient avec des drapeaux et faisaient des démonstrations dans Paris; que dernièrement il s'était débarrassé d'une de ces députations en envoyant auprès d'elle le capitaine d'Irisson, qui avait harangué ces jeunes gens.
M. le général Trociiu : C'est vrai.
M. Wachter : M. d'Irisson a reconnu que le fait était vrai, et qu'il était enchanté d'avoir pu ainsi débarrasser le général.
Me Lachaud : M. Rouher pourrait aussi nous donner des renseignements sur la soirée du 3 septembre , s'il y a eu un mouvement aux abords de l'hôtel du Gouverneur de Paris?
Me Allou : Il ne faudrait pas qu'il y eût confusion après les explications données par le témoin.
Vous avez entendu raconter avec une émotion que personne n'a oubliée, et que nous partagions tous, par M. l'amiral Jurien de la Gravière, les circonstances dans lesquelles s'est effectué le départ de l'Impératrice. Si M. l'amiral Jurien de la Gravière est ici, je serai reconnaissant à monsieur le Président de vouloir bien le faire entendre de nouveau, pour faire préciser, d'accord avec M. Busson-Billault, l'heure véritable à laquelle ils se trouvaient ensemble aui)rès de Sa Majesté, et riieure de son départ. Et vous verrez qu'alors le voyage de M. le général Trochu à la Chambre trouvera tout naturellement sa place.
L'audiencier informe la Cour que M. l'amiral Jurien de la Gravière ayant été autorisé à se retirer, n'assiste pas en ce moment aux débats.
Me Lachaud : Je demanderai à M" Allou à quelle heure il place le départ de M. le général Trochu de son hôtel, pour aller à la Chambre.
Me Allou : C'est un point (jui va être précisé par des otliciers qui n'ont pas quitté le général depuis sa sortie de l'hôtel du Louvre, jusqu'au moment où il a été obligé de revenir sur ses pas, arrêté par la foule au pont de Solierino. Vous aurez à cet égard les renseignements les plus complets; soyez-en sur.