‹ L'Empire et la défense de Paris devant le jury de la SeineChapitre 41 sur 65 · QUARANTE ET UN ANS · texte numérisé non relu

QUARANTE ET UN ANS

Me Allou : Ce que nous voudrions d'abord demander au témoin, c'est quelques renseignements sur les conciliabules qu'il a dû pouvoir certainement mieux constater que personne, puisque, en sa qualité de commissaire de police attaché au Gouverneur du Louvre, il a dû nécessairement connaître ce qui se passait chez lui.

Nous voudrions, en outre, lui demander quelques explications sur les rassemblements tumultueux soit du 3 septembre, soit des jours précédents.

M. Pollet : J'ai été désigné par M. Piétri, préfet de police, pour^me mettre à la disposition du Gouverneur, vers le 25 août, et je me suis installé le même jour. J'ai vu un certain nombre de personnes venir chaque jour ; on venait souvent en voiture, on descendait au perron, et je n'avais pas à m'occuper de savoir quelles étaient les personnes qui se présentaient. Ma surveillance s'arrêtait au seuil de la demeure du Gouverneur. Je m'occupais plus particulièrement de ce qui se passait à l'extérieur, afin d'en rendre compte pour les besoins de la chose publique. J'ai appris les tumultes qui se passaient au dehors, j'en ai rendu compte, j'ai donné connaissance des rassemblements qui se sont produits, plus particulièrement dans la journée du 3. J'ai vu venir plusieurs députations, quelques groupes entraient de temps en temps, ma préoccupation était de mettre l'ordre et de les écarter, je n'ai rien vu autre chose. \

M* Allou : Le témoin a-t-il vu le général Trochu lui-même, soit au milieu des rassemblements le 3 au soir au dehors, soit à l'intérieur recevant les députations qui avaient pénétré dans l'hôtel.

M. Pollet : Il est venu dans la soirée du 3 septembre une députation d'officiers de la garde nationale. Je sais que cette députation a été re-

176 DÉPOSITIONS DES TÉMOLNS.

eue. J'ai vu aussi une autre dépulation, ou du moins un flot de députation qui a demandé à entrer dans l'hôtel et qui a parlé d'un garde mobile qui avait été blessé. Etait-ce un garde mobile ou un fantôme de garde mobile, je n'en sais rien. Seulement on insista pour parler au Gouverneur, le Gouverneur est arrivé sur le perron et il a dit quelques paroles pour pacifier la foule. Je me rappelle les quelques mots qu'il a prononcés. Le général a dit qu'on rendrait justice. C'étaient des paroles de pacification, voilà tout.

M^ Allou : Le cri dé déchéance a-t-il été prononcé et a-t-il amené une explication de la part du général ?

M. PoLLET : Les cris de déchéance partaient de la rue, la foule qui montait la rue de Rivoli criait : « Vive la déchéance ! Vive la République » ! et quelques individus cherchaient à entrer dans la cour. Notre préoccupation était d'empêcher que l'hôtel ne fût envahi.

M*' Allou : Serait-il indiscret de demander au témoin si c'est lui qui aurait adressé à M. Piétri le rapport de police auquel il était fait allusion tout à l'heure, et dans lequel se trouvait cette phrase attribuée au générai Trochu : « Le peuple se défendra bien lui-môme. »

M. PoLLET : La foule criait : «Donnez-nous des armes»; je me rappelle que, dans une allocution qui a été prononcée par le général, il a dit : « La' garde nationale sera armée. »

M. LE Président : Maître Lachaud, vous n'avez pas d'observations à faire?

M^ Lachaud : Non, monsieur le Président.

M. LE VICE-AMIRAL FoURICHON (LÉON-MaRTIN), SOIXANTE-TROIS ANS,

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