M. ETIENNE VACHEROT
et on avait pensé à proposer; au ministre des affaires étrangères d'adjoindre au général une espèce de conseil de surveillance, je ne dis pas de direction, — mi-partie militaire, mi-partie civil. Le ministre des affaires étrangères, M. Jules Favre,n'a pas cru devoir porter cette proposition-là au général, mais il a dit à la réunion des maires : « Si vous voulez venir avec moi en causer avec le général, il vous donnera les explications que vous désirerez. » Nous nous somtnes transportés au Louvre, nous avons vu le général ; pendant une heure, il a exposé la situation avec une lucidité et une netteté parfaites et avec une véritable éloquence dans certains moments, car il était très-ému ; il nous a fait le récit de toutes les opérations qui avaient été effectuées jiisque-là. Je dois dire que nous sommes sortis de cette entrevue pénétrés de sympathie et d'estime pour le général que, pour ma part, je n'avais pas l'honneur de connaître auparavant , mais peut-être pas très-rassurés sur la situation que d ailleurs il ne cherchait pas à nous voiler; et du reste nous avions assez de perspicacité pour voir combien elle était devenue grave. Gela se passait peut-être quinze jours avant la bataille de Buzenval. Après la bataille, nouvelle réunion, nouvelle convocation desmaires au ministèrede l'intérieur. Nous y trouvâmes tous les niembres du Gouvernement de la Défense. Nous avons compris tout d'abord l'objet de cette convocation. Le mot de capitulation n'était dans aucune bouche, mais malheureusement il était dans la nécessité des choses. Cependant personne ne l'a prononcé. Le général a fait le récit de la bataille; il a fait le tableau de la situation. Eh bien, môme après ce récit, même après ce tableau de la situation qui à coup sûr n'avait rien d'exagéré, les maires de Paris, à l'unanimité, je crois, ont été d'avis de persévérer, de poursuivre la lutte à outrance, et moi qui ai l'honneur de parler ici, j'étais de cet avis. Je suis de ceux qui ont depuis signalé les illusions auxquelles était en proie alors la population de Paris, illusions que la presse a tant contribué à répandre, — la bonne sans doute moins que la mauvaise, mais la bonne aussi; — eh bien, cependant alors j'étais de cet avis, nous en étions tous, nous voulions qu'un suprême effort fût tenté, et je crois que la majeure partie des membres du Gouvernement le voulait comme nous. Le général, M. Jules Favre, et un troisième membre, M. Picard, je crois, étaient seuls d'une opinion contraire. Mais, autant que je puis me le rappeler, la majorité, dans le Gouvernement, voulait tenter un dernier et suprême effort. C'était le sentiment des maires qui connaissaient bien la situation de Paris, que si, sans préparation, sans transition, le mot de capitulation était prononcé, la guerre civile en résulterait, et, comme conséquence de la guerre civile, l'entrée des Prussiens.
Le général Trochu, tout en disant qu'il comprenait tout cela, a déclaré que, quant à lui, il ne concourrait pas à diriger une pareille action qui, selon lui, devait aboutir à un carnage inutile. Et c'est alors, —je crois que mes souvenirs sont bien nets, — c'est alors que l'un des membres de la réunion, l'un des maires, — ce n'est pas moi, quoique le général à la tribune ait parlé de moi, en commettant une erreur de personne, mais non de fait,— c'est alors, dis-je, qu'un membre de la municipalité, — c'est M. Desmarest, je crois, — a dit au général : « Mais alors, il faut donner votre démission, puisque vous ne pouvez plus
concourir à une dernière action et diriger un dernier effort pour sauver Paris. >
Le général a répondu : « Ma démission , non, je ne la donnerai pas; — si le Gouvernement de la Défense nationale trouve un autre général qui veuille tenter ce suprême effort, alors je ferai mon métier de soldat. Quant à donner ma démission, non; — le poste que la nécessité m'impose, quelque douloureux qu'il soit, je le garde. Il n'est pas dans mon caractère d'échapper à la responsabilité. »
Je crois mes souvenirs parfaitement nets. Cette séance a laissé une trop grande impression dans les esprits de tous les maires et dans le mien particulièrement, pour que je n'en garde pas toujours, tant que je vivrai, la mémoire.
M. Arnaud de l'Ariége (Frédéric), membre de l'Assemblée